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 Sujet du message: LES BAHA'IS
MessagePublié: 26 Jan 2006, 12:31 
http://
Laissez étudier les Bahaïs !
15.12.2005 [Le Monde]


De quoi s’agit-il ? Depuis l’avènement de la République islamique en 1979, les quelque 300 000 baha’is d’Iran sont considérés comme des infidèles non protégés, des non-personnes, et n'ont ni droits, ni protection ...



En Iran, les membres de cette importante minorité religieuse sont interdits d’université. Quinze intellectuels et scientifiques de France et d’ailleurs lancent ici un appel pour que cesse une discrimination intolérable.

Les journaux ont rapporté récemment l’indignation des gouvernements de nombreux pays, dont le nôtre, quand Mahmoud Ahmadinejad déclarait, le 26 octobre 2005, vouloir rayer Israël de la carte. Cette déclaration du président nouvellement élu de la République islamique d’Iran, ne devrait pourtant étonner personne. Elle ne fait que révéler ce qui est le fondement de la nouvelle société iranienne. Depuis vingt-cinq ans, le régime islamique iranien nie l’existence de ceux qu’il ne veut pas voir, qu’ils vivent hors d’Iran ou sur son sol.

Ainsi le régime iranien actuel pratique la discrimination selon des critères religieux. Il reconnaît deux catégories de citoyens : les musulmans chiites – et, dans une moindre mesure, les sunnites – et les fidèles de religions antérieures à l’islam (zoroastriens, juifs et chrétiens), citoyens de seconde zone. Les autres, en particulier les baha’is, les agnostiques et les athées, sont des non-citoyens.

Les fidèles de la religion baha’ie sont ainsi décrits par Antoine Spire dans la Chronique d’Amnesty de Février 1993 : ils cherchent à concilier science et religion et à promouvoir à la fois l'égalité de l'homme et de la femme, l'abandon des préjugés de classe, de race et de religion, en s'appuyant sur une éducation universelle obligatoire, chacun étant incité à rechercher personnellement la vérité. En Iran, les baha’is sont victimes de ségrégation à tous les stades de leur vie. Il en est une qui nous préoccupe, nous chercheurs et enseignants : ils n’ont pas droit aux études supérieures.

Depuis vingt-cinq ans, les fils et les filles de la minorité religieuse la plus importante du pays se contentent du baccalauréat. En Iran, c’est ainsi. Pour avoir le droit de s’inscrire à l’université, il faut s’y présenter comme musulman, juif, zoroastrien, ou chrétien, seules religions reconnues. Les autres citoyens n’existent pas. Les baha’is refusent, par principe, de feindre la conversion. Ils n’ont donc pas droit aux études. Depuis vingt-cinq ans, une génération, et la rentrée 2005 n’a pas failli à la règle. Nous, chercheurs et enseignants de France et d’ailleurs, refusons de nous y résigner.

Nous, qui avons eu la chance de poursuivre les études qui nous ont fait ce que nous sommes, voulons rappeler ici une évidence : l’accès à la connaissance est un droit fondamental de la personne humaine. Et nous ne pouvons que regretter que le gouvernement iranien, après avoir promis de rendre accessible à tous, en pleine égalité, en fonction des capacités de chacun, l'enseignement supérieur, sans discrimination, y compris religieuse, en signant la convention de l’Unesco contre la discrimination dans l’éducation, manque à sa parole.

De quoi s’agit-il ? Depuis l’avènement de la République islamique en 1979, les quelque 300 000 baha’is d’Iran sont considérés comme des infidèles non protégés, (...) des non-personnes, et n'ont ni droits, ni protection, indique la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) dans son rapport de 2003 sur les discriminations religieuses en Iran. Ils n’ont pas le droit de percevoir de retraite, d’être fonctionnaires, d’inscrire un nom sur la tombe de leurs défunts, d’hériter, de se réunir pour pratiquer leur culte. Leurs lieux saints et leurs cimetières sont détruits. Les biens de nombreux baha’is confisqués. Des patentes de certains commerçants retirées. Des pressions sont exercées sur les employeurs pour licencier les salariés baha’is.

Pourquoi ? Leur foi, qui a vu le jour en Iran, au XIXe siècle, est postérieure à l’islam, et à ce titre, elle n’est pas considérée comme une véritable religion par le régime. Notons que le sort des autres religions n’est pas non plus très enviable. Les zoroastriens, juifs, et chrétiens, et à un degré moindre les sunnites, sont, eux, des citoyens de seconde zone, souligne la FIDH. Victimes principalement de discrimination à l’emploi, ceux-ci ont toutefois le droit de pratiquer leur culte, et de fréquenter l’université, et ne sont pas, à notre connaissance, soumis à une pression constante pour renier leur foi.

Dans les années qui ont suivi la révolution, la répression contre les baha’is a été féroce. Au début des années 1980, plus de 200 baha’is, parmi les membres les plus actifs, ont été exécutés pour avoir refusé de se convertir à l’islam. L’indignation de la communauté internationale a ralenti cette répression. Mais elle n’a jamais réussi à la stopper : la lutte contre les baha’is est désormais larvée. Un document interne signé, en 1991, de la main d’Ali Khamenei, guide suprême de la révolution islamique, détaille une série de recommandations pour régler ce que les autorités appellent la question baha'ie : Le gouvernement traitera les baha'is de telle sorte que leur progrès et leur développement soient bloqués. (...) Il faut les expulser des universités, soit lors du processus d'admission, soit au cours de leurs études, une fois découvert qu'ils sont baha'is. (...) L'accès à l'emploi, s'ils s'affichent comme baha'is, doit leur être refusé. Toute position d'influence, dans le secteur éducatif par exemple, doit leur être refusée.

La France figure au sixième rang des pays accueillant les boursiers iraniens. Parmi ceux-là, à coup sûr, pas un seul baha’i. Les échanges de coopération entre les deux pays comprennent des partenariats inter-universitaires, comme le programme Gundishapur – en référence à une académie des sciences qui fit la renommée de cette ville du VIe au VIIIe siècle – qui développe une coopération scientifique et technique de haut niveau entre des équipes de recherche des deux pays en soutenant la mobilité des chercheurs. Parmi les bénéficiaires de ce projet, à coup sûr, côté iranien, pas un seul baha’i. Certes, nous ne pouvons que nous réjouir de ces échanges fructueux entre les deux pays. Mais nous refusons de cautionner, par notre silence, cette discrimination envers les étudiants et étudiantes baha’is. Elle n’a que trop duré.

La vie intellectuelle et professionnelle des baha’is d’Iran a été mise en sommeil, de la manière la plus subtile qui soit. La majorité des médecins, juristes, comptables, architectes ou ingénieurs baha’is d’Iran aujourd’hui sont proches de la retraite, et leurs enfants sans avenir. Une violence qui ne dit pas son nom, et d’autant plus cruellement ressentie que les fidèles de cette religion considèrent l’acquisition du savoir comme un devoir sacré : selon les commandements baha’is, la connaissance, en particulier celle des arts et des sciences, est la base du progrès de l’homme.

Ils n’ont d’ailleurs pas renoncé à éduquer leurs fils et leurs filles. Depuis 1987, ils agissent, à leur échelle. Ils ont mis en place une université gratuite, dirigée par des enseignants bénévoles, dans l’intimité des maisons, avec ses ordinateurs personnels, ses bibliothèques, et même ses examens. Cette université virtuelle est soumise au harcèlement de l’Etat, qui confisque du matériel, des copies d’examen, voire arrête ses responsables. Malgré cela, ses diplômes en psychologie, informatique, comptabilité, lettres, biologie, pharmacie, droit, études dentaires, sont reconnus par certains employeurs en Iran, et par certaines universités à l’étranger. Mais les ressources sont faibles, comparées au millier de jeunes à former par an. Un bachelier baha’i sur dix peut en bénéficier aujourd’hui : seuls les plus autonomes et les plus brillants sont formés dans ces écoles supérieures artisanales et très sélectives. Les 90 % qui restent grossissent les rangs de la génération sacrifiée.

Le sort des étudiants baha’is d’Iran n’est pas une fatalité. D’abord parce que l’Iran a les ambitions et les moyens d’une société moderne : le niveau d’études de sa population, dans le pays d’Avicenne, de Hafez, et de certains des plus grands cinéastes contemporains, est un des plus élevés de cette région du monde. La qualité de son système universitaire est reconnue. Il accorde par ailleurs une large place aux femmes : contrairement aux idées reçues, les étudiantes sont plus nombreuses que les étudiants en Iran. Le sort des jeunes baha’is n’est pas une fatalité, enfin, parce que le gouvernement iranien est sensible plus qu’on ne le pense à la pression des défenseurs des droits de l’homme.

Tout être humain a droit au savoir, quelles que soient ses origines. Nous sommes solidaires de ces jeunes qui ont soif de connaissance. Nous demandons au gouvernement iranien d’accueillir dans les universités du pays tous les jeunes qui ont passé avec succès l’examen d’entrée, sans exception. Pour que cesse enfin l’épuration culturelle.

Rosine Haguenauer, directrice de recherche au CNRS en biologie
Jean-Pierre Vernant, historien, professeur au Collège de France
Pascal Lederer, directeur de recherche au CNRS, physicien
Pierre Gilles De Gennes, professeur au Collège de France, Nobel de Physique
Stéphane Robert, directeur de recherche au CNRS, linguiste
Jean-Antoine Lepesant, directeur de recherche au CNRS en biologie
Myriam Chimènes, directrice de recherche au CNRS, musicologue
Sophie Vriz, enseignante chercheuse en biologie
Miguel Angel Estrella, pianiste, ambassadeur auprès de l’Unesco
Michel Volovitch, enseignant chercheur en biologie
Sophie Vassilaki, enseignante chercheuse, linguiste
Claude Cohen-Tannoudji, professeur au Collège de France, Nobel de Physique
François Jacob, professeur au Collège de France, Nobel de Médecine
François Gros, professeur en biologie au Collège de France
Isabelle This-Saint Jean, enseignante chercheuse, économiste

.[img]http://www.bahai-biblio.org/images/img-photo/icone-menu/ico-pecroy.jpg[/img]

Les Baha'is ont toujours été persécutés !


Dernière édition par Delcambre le 26 Jan 2006, 13:15, édité 1 fois au total.

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MessagePublié: 10 Avr 2006, 09:18 
Le problème des baha'is c'est qu'ils sont considérés comme des infidèles "non protégés" , de purs hérétiques et qui méritent la mort.
D'autant plus que " la Maison Universelle de Justice" est située sur le mont Haïfa en ..Israël
Ils sont pour l'égalité de l'homme et de la femme et prônent un universalisme pacifique ..inacceptable pour l'islam.


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MessagePublié: 10 Avr 2006, 09:24 
Ange de l'orthographe
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Enregistré le: 08 Jan 2006, 20:26
Messages: 2487
Localisation: Quelque part entre une chaise et mon ordinateur
Cet Islam de m.... Ne pourrait pas foutre la paix aux autres non? C'est plus fort qu'eux, il faut qu'ils ennuient leur monde! Plus je lis sur ce forum et j'écoute les homélies du Père Samuel et plus je deviens résistante! On dit même que je suis une révolutionnaire! C'est vrai que mon pseudo sur msn attire pas mal de controverse! (c'est ça: Fiers d'être des chiens d'infidèles pour ces sales fanatiques islamiques)

_________________
Réveillez vous majorité silencieuse, écrasons le mensonge et vive la VERITE! Shlomo !


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MessagePublié: 10 Avr 2006, 22:33 
Africanus Rex
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Enregistré le: 02 Avr 2006, 18:23
Messages: 6654
Localisation: Entre Poitiers et Covadonga.
La religion ba'haie pourtant portée au départ par un réformateur shi'ite(je crois: au juste se prenait-il vraiment pour le Mahdi?) aurait pourtant pu être une saine alternative à l'islam, un fruit de tolérance , de respect de la femme , d'ouverture aux autres et aux réalisations de la science et du sens critique, qui parvient à s'arracher à l'arbre malade de l'islam ce n'est pas banal(pour une fois la métaphore évangélique du mauvais arbre qui ne peut donner de bons fruits est un peu démentie, on peut tirer du bon du mauvais: sauf qu'il est urgent pour le fruit de vite prendre ses distances d'un tel arbre!).
Toutefois l'émergence de la religion ba'hai et les terribles persécutions qu'ont subi ses fidèles démontre qu'une réforme de l'islam est impossible, le babisme puis le ba'haisme ne pouvaient être ni un protestantisme du sh'isme ni de l'islam en général , il fallait absolument sortir de cette galère, ce que firent très judicieusement les ba'hais(pas de Luther ni de Calvin pour l'islam, on le quitte une fois pour toutes).
Et le ciel de Haifa, Akko, Saint Jean d'Acre est tellement plus serein que ceux de Téhéran ou de Bagdad...

Lors d'un voyage au Sénégal , pays majoritairement musulman j'ai pu constater que cette religion y était en progression, encore modérée, mais bien réelle(les mourides , tidjanes et autres confréries doivent sans doute s'en inquiéter mais la société sénégalaise n'a pas encore jeté aux horties les quelques acquis démocratique du senghorisme), et les convertis viennent de l'islam, parfois du christianisme.

Il est vrai que le ba'haisme a l'habileté de conserver(ce qui aussi dommage) Mahomet au rang des prophètes avec ceux des nombreuses religions qui l'ont précédé ce qui permet de faciliter la conversion de musulmans encore hésitants.

Jeune, j'ai même failli être tenté par cette foi ba'hai après avoir lu des extraits de traduction du Qitab i Aqdas et de Haft Vadi(Les Sept Vallées en persan), mais me soumettre au végétarisme intégral et à l'absolue proscription de l'alcool, sans doute un petit reste d'islam dans cette religion , ce n'est vraiment pas mon truc, surtout pour un amateur de Sauternes).
Finalement le vin de messe de Monsieur le Curé me convient comme il est.

_________________
VIS ET HONOR
-Ne pas subir
-Frapper l'ennemi c'est bien. Frapper l'imagination c'est mieux (deux maximes attribuées au Maréchal de Lattre de Tassigny)


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MessagePublié: 10 Avr 2006, 22:58 
Poumons d'acier
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Enregistré le: 26 Fév 2006, 17:42
Messages: 2440
Localisation: Périgord
il faudrait interdire l'islam pour que toutes les minaurités puissent vivre tranquille et il n'y aurait plus de probleme dans le monde,

_________________
"les minarets des mosquées sont nos baïonnettes, les dômes nos casques, les mosquées nos casernes et les croyants nos soldats" Erdogan 1er ministre turc

La gauche est une salle d'attente pour le fascisme - Léo Ferré


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MessagePublié: 11 Avr 2006, 08:58 
Le problème des Baha'i ( du mot arabe bahâ'= splendeur , éclat, beauté ;bahâ' Allah = splendeur de Dieu) c'est que beaucoup sont réfugiés en occident et que même là ils vivent traqués. Ainsi en Italie ils sont réfugiés ..dans un petit village et toute la population italienne ne tarit pas d'éloges sur leur culture, leur gentillesse, leur politesse. Seulement , depuis quelque temps, ils ont appris qu'on enquêtait à leur sujet, de manière perfide, souterraine.
Je sais comment l'Iran pratique l'assassinat. La tribu des Bakhtiar est, en Iran, une très puissante tribu. L'assassinat de Chappour Bakhtiar , réfugié à Neuilly, fut un véritable scandale. Je vais rechercher cette affaire sur le net !


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MessagePublié: 11 Avr 2006, 09:07 
Sur le web de l'huma , journal de ....gauche , comme chacun sait !

Bakhtiar : un bourgeois poursuivi par la haine de Khomeiny

CHAPOUR BAKHTIAR, assassiné en compagnie de son secrétaire dans sa villa de Suresnes, le 8 août 1991, était la bête noire du régime islamique iranien depuis qu’il avait accepté, à la surprise générale, de participer à une ultime tentative de sauvetage du régime du chah d’Iran, en janvier 1979. Il était alors devenu le dernier premier ministre de Reza Pahlavi, ce même monarque absolu dont le régime totalitaire et la police politique - la fameuse Savak - l’avaient combattu, pourchassé, persécuté pendant plus de trente-cinq ans. Une tentative vouée à l’échec, qui s’achevait un mois plus tard, après la fuite du chah et le retour de Khomeiny.

Chapour Bakhtiar était né en 1914 dans la puissante tribu des Bakhtiari. Son père était un intellectuel respecté, professeur d’université, et lui-même fit ses études en France, au lycée Louis-le-Grand puis à la Sorbonne. Il avait épousé une Française et combattu sous le drapeau tricolore pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, il entrait en politique dans son pays comme ministre du travail du gouvernement Mossadegh, qui nationalise le pétrole et tente de rendre l’Iran indépendant des impérialismes britannique et américain. Une expérience à laquelle Reza Pahlavi - soutenu par la CIA - met fin par un coup d’Etat sanglant en 1953.

Contraint à la clandestinité et à la fuite perpétuelle, Chapour Bakhtiar, comme tous les opposants au régime du chah, connaît à plusieurs reprises la prison et l’exil. Il continue de diriger le Front national, et se veut l’héritier de Mossadegh. Un Front que fera voler en éclats sa décision de répondre à l’appel du Shah. Il a beau, par la suite, dire son admiration à l’ayatollah Khomeiny, l’accueillir à son retour d’exil, libérer tous les prisonniers politiques, il devra fuir devant l’émeute et restera caché six mois à Téhéran avant de gagner Paris. Condamné à mort par Khomeiny, il sera sans relâche poursuivi et finalement rejoint par les tueurs venus de Téhéran.





FRANÇOISE GERMAIN-ROBIN.


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MessagePublié: 11 Avr 2006, 09:20 
http://fr.news.yahoo.com

jeudi 30 mars 2006, 13h15
Les mollahs préparent-ils une Nuit de cristal ?
Par Alain Hertoghe, sa biographie |Alain Hertoghe (Carte de presse)

Cet article a été rédigé par un reporter d'AgoraVox, le journal média citoyen qui vous donne la parole.


Depuis que Mahmoud Ahmadinejad a pris ses fonctions de président de la République islamique d'Iran, le 3 août 2005, le petit fürher de Téhéran a édifié le monde entier par ses déclarations antisémites et négationnistes. A plusieurs reprises, il a qualifié la Shoah de mythe créé par les occidentaux et il a appelé à la destruction d'Israël (qu'il voudrait tout simplement rayer de la carte), ou - dans ses moments de bonté - au déplacement de l'Etat hébreu en Europe, en Amérique du Nord ou en Alaska...

Au-delà des outrances haineuses du nouveau président élu d'Iran, pour comprendre la nature profonde du régime des mollahs, il faut s'intéresser au sort qu'il réserve, depuis la révolution de 1979, à une discrète minorité religieuse : les baha'is. Née en Perse au XIXe siècle, la foi baha'ie (1) compterait quelque cinq millions de fidèles dans 235 pays et territoires de la planète, dont cinq mille en France. La Communauté internationale baha'ie a, depuis 1948, le statut d'organisation non gouvernementale (ONG) auprès de l'Organisation des Nations unies.

Pourquoi s'intéresser aujourd'hui aux fidèles de cette religion peu connue ? Parce que les mollahs de Téhéran seraient en pleins préparatifs de ce qui pourrait bien être une Nuit de cristal à l'iranienne. Et que, jusqu'à présent, les gouvernements et les médias occidentaux ne s'en émeuvent guère, à l'exception d'une administration Bush qui fait actuellement feu de tout bois contre le régime islamique.

D'après l'expert des droits de l'Homme de l'ONU, Asma Jahangir, le chef de l'Etat iranien, Ali Khameneï, aurait adressé une lettre confidentielle au chef d'état major des armées pour lui demander de ficher les quelque 350 000 baha'is vivant dans le pays. Dans ce courrier daté du 29 octobre 2005, il lui demanderait que les services de renseignement, la police et les gardiens de la révolution recensent dans le plus grand secret les fidèles du bahaïsme et surveillent leurs faits et gestes. Dans son communiqué du 20 mars dernier, Asma Jahangir craint que ce fichage n'annonce davantage de persécutions et de discriminations envers les baha'is.

Dans un texte adressé ce lundi à la presse, les baha'is de France ajoutent que Kayhan, quotidien proche du pouvoir, a accusé les baha'is, dans les dernières semaines, d'être des ennemis de Dieu, de l'islam, des traîtres à la nation, des espions d'Israël et des suppôts de l'Occident. Sans oublier les accusations classiques d'immoralité et de moeurs sexuelles débridées.

Pour les baha'is, l'établissement de ce fichier et le climat actuel rappellent les campagnes qui avaient annoncé les précédentes vagues de répression massive contre eux. En particulier, celle de 1955, sous le Shah, puis celle de 1979, au lendemain de la révolution islamique : arrestations, tortures, exécutions, maisons et fermes détruites, biens confisqués, commerces et entreprises brûlés et saccagés, cimetières profanés et rasés, cercueils exhumés, monuments historiques et lieux saints confisqués ou détruits, fonctionnaires licenciés, retraités contraints de rembourser leurs pensions, enfants et jeunes renvoyés des écoles et universités.

Le 16 décembre dernier, le quotidien Le Monde avait publié un appel lancé par une quinzaine de scientifiques et d'intellectuels français en faveur des étudiants baha'is d'Iran qui n'ont pas le droit de s'inscrire à l'université en raison de leur confession. La Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) avait lancé une pétition pour les soutenir.

Est-ce parce que les baha'is, ces croyants profondément humanistes, restent courtois et pacifiques dans leurs protestations, que la communauté internationale - les médias en particulier - reste relativement indifférente à leur sort ? Il serait temps que les gouvernements démocratiques, la France en tête, les défendent un peu plus énergiquement.

(1) Sans clergé, le bahaïsme s'organise sous la forme de conseils élus. Pour les baha'is, il n'y a qu'un seul Dieu, inaccessible, mais source d'inspiration ; les religions du monde sont des chapitres de l'éternelle révélation de Dieu aux hommes, et l'humanité, une seule race vouée à apprendre à vivre en paix. "La Terre n'est qu'un seul pays et tous les hommes en sont citoyens", selon leur fondateur. Source : les baha'is de France.


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MessagePublié: 11 Avr 2006, 09:24 
http://fr.search.yahoo.com/search/news? ... a%27is&c=0


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MessagePublié: 11 Avr 2006, 09:31 
Journal Le Jacques-Cartier

Article mis en ligne le 5 avril 2006
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Les Baha'is sous haute surveillance
Une représentante de l’ONU s’inquiète
Annonceur vedette


Gisèle Bourgoin Psychologue
Les Bahá’ís du Canada manifestent leur inquiétude après le lancement en Iran d'une opération de recensement et de surveillance de leurs coreligionnaires dénoncée par une spécialiste des droits de l'Homme à l'ONU.

Les bahá’ís se disent très inquiets pour la vie des 350.000 bahá’ís iraniens, la minorité religieuse non musulmane la plus nombreuse du pays. Ils soulignent que l'établissement de ce fichier et le climat actuel rappellent les campagnes qui avaient annoncé les précédentes vagues de répression massive, notamment en 1955 et 1979.

Le 20 mars dernier, Asma Jahangir, rapporteur spécial de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU sur la liberté de religion ou de conviction, avait publié un communiqué dénonçant des instructions données fin octobre pour recenser et mettre sous surveillance les bahá’ís en Iran.

Mme Jahangir indiquait avoir eu connaissance d'une lettre confidentielle attribuant ces instructions au chef de l'État Ali Khamenei et envoyée le 29 octobre 2005 par le chef d'état-major iranien à divers organismes gouvernementaux dont les Gardiens de la Révolution et les forces de police.

Ces derniers développements montrent en réalité que «la situation des minorités religieuses en Iran se détériore», selon le communiqué de Mme Jahangir, qui redoutait que cette mise sous surveillance «puisse être utilisée comme base pour davantage de persécutions et de discriminations envers les fidèles de la foi baha'ie.»

«Nous sommes très reconnaissants à Mme Jahangir d’avoir dénoncé ces activités», a déclaré Bani Dugal, la représentante principale de la Communauté internationale bahá’íe à l’ONU. «Nous partageons ses inquiétudes en ce qui concerne le bien-être des bahá’ís et nous frémissons d’horreur à l’idée de ce que cela pourrait signifier. Étant donné le caractère terrible de l’action entreprise par le gouvernement, nous adressons une requête à l’ambassadeur d’Iran pour qu’il en explique les raisons.»

«Nous savons très bien à quoi peut mener la propagande haineuse; l’histoire récente offre trop d’exemples de ses conséquences horribles. Au nom de nos coreligionnaires iraniens, nous demandons instamment à toutes les nations et à tous les peuples de ne pas permettre que des gens pacifiques, et respectueux des lois soient confrontés à ces situations extrêmes auxquelles la haine aveugle peut conduire», a dit Mme Dugal. «On ne devrait pas permettre que se répètent les gestes effroyables qu’ont entraînés des circonstances semblables dans le passé. Plus jamais.»



Contexte
De telles actions se produisent alors que des attaques de plus en plus fréquentes sont lancées dans les médias contre les bahá’ís, attaques de même nature que celles qui, dans le passé, ont précédé les assauts menés par le gouvernement contre les bahá’ís d’Iran.
«Depuis quelques semaines, Kayhan, le quotidien officiel de Téhéran, a publié plus de 30 articles portant sur les bahá’ís et leur religion, des articles diffamatoires qui ont clairement pour but de provoquer des réactions dans le public. La radio et la télévision se sont également mises de la partie en présentant des émissions qui condamnent les bahá’ís et leurs croyances. De plus, l’influence grandissante qu’exerce dans les cercles gouvernementaux iraniens la Société anti-bahá’íe Hojjatieh, une organisation qui se consacre à la destruction de la foi bahá’íe, ne peut qu’accroître l’inquiétude exprimée au sujet de cette communauté menacée.
Après la série de brèves arrestations, en 2005, de quelque 60 bahá’ís en vue sans qu’en soit signifié le motif, le comportement actuel des autorités iraniennes inquiète à cause de sa similarité avec les actions entreprises dans le passé contre les populations persécutées.
* (Lettre de Gerald Filson, directeur du Département des affaires extérieures à la Communauté bahá’íe du Canada; Susie Tamas, directrice du Bureau des relations gouvernementales à la Communauté bahá’íe du Canada; et Élizabeth Wright, de l'Assemblée spirituelle des bahá’ís de Québec)
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MessagePublié: 11 Avr 2006, 09:48 
http://www.bahai-biblio.org/photo-haifa.htm


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MessagePublié: 11 Avr 2006, 09:51 
[img]http://www.bahai-biblio.org/images/img-photo/icone-menu/ico-harchi.jpg[/img]
Haïfa, vue du mont Carmel, autrefois :lol:
[img]http://www.bahai-biblio.org/images/img-photo/icone-menu/ico-hville.jpg[/img]
Haïfa, entre la mer et le mont Carmel :lol:
Regardez les photos des lieux baha'is en Israël si vous n'avez pas le courage de lire tous les articles :wink:


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MessagePublié: 11 Avr 2006, 10:07 
http://www.google.com

Les Baha’is

L’Orient a toujours été et demeure un lieu religieux source. Le Judaïsme et le Christianisme sont nés en Palestine, l’Islam en Arabie pour ne parler que des grands courants religieux actuels. Au 3e siècle, en Perse, l’actuel Iran est apparu et s’est développé le Mazdéisme ou Manichéisme, religion à part entière, dont on sait l’influence sur les divers courants de pensée au cours de l’histoire.

Et voici qu’en plein XIXe siècle, dans ce pays dominé par l’Islam chiite, naît et prend son essor, malgré les persécutions, un nouveau courant religieux : la FOl UNIVERSELLE BAHA’IE.

Le touriste qui flâne dans le Vieux Lyon entre Saint-Georges et Saint-Paul remarquera, à l’angle de la rue Lainerie et de la place Saint-paul, une vitrine où s’exposent des textes, des schémas, des photos et une invitation à venir aux jours de permanences. C’est le Centre Baha’i qui a pignon sur rue, 1 place Saint-Paul.

En novembre 1995, au Novotel de Bron, ce mouvement tenait son congrès national qui préparait pour fin 1998 le centième anniversaire de son implantation en France. Oui sont donc ces Baha’is peu connus mais bien présents parmi nous ?

I Le précurseur : LE BAB

Tout commence en Iran en 1844. Un jeune musulman chiite,commerçant à Shiraz. Ali Mohamed, qu’on appellera le Bab c’est-à-dire la porte, se présente comme celui qui annonce et prépare la venue prochaine du “Grand éducateur universel” qui “unira le genre humain et inaugurera l’ère nouvelle de la paix universelle”. Il rallie de nombreux adeptes appelés les Babis mais déclenche de la part du clergé islamique une violente persécution. Le Bab est fusillé à Tabriz le 9 juillet 1850 à l’âge de 31 ans et 20 000 babis l’accompagnent dans la mort.

D’autres sont jetés en prison et parmi eux, le futur Baha’u’llah

II.Le messie souffrant : Baha’u’llah

Il s’appelle Mirza Husayn Ali mais prendra le nom de Baha’u’llah, ce qui veut dire “la gloire de Dieu”. Au cours de sa longue et pénible captivité, il va élaborer une religion nouvelle issue de l’enseignement du Bab mais aussi du Coran, de la Bible et surtout de l’Evangile. Babi dès 1844, il connaîtra toute sa vie la prison ou l’exil d’abord en Irak à Bagdad, puis à Istanbul et enfin en Palestine dans la prison de Saint-Jean d’Acre (AKKA), C’est à Bagdad que le 21 avril 1863 (date fondatrice) Baha’u’llah proclame à ses disciples qu’il est le “promis” annoncé par le Bab mais aussi par les prophètes bibliques, qu’il est “celui que Dieu devait manifester”. La communauté babie devient le peuple de Baha ou les Baha’is

De ses prisons, il va réconforter ses compagnons, organiser son mouvement, préciser son message qu’il va faire connaître, en leur écrivant, aux souverains de l’époque : Napoléon III, la reine Victoria, François-Joseph, Guillaume 1er, le président américain et le pape Pie IX,

Transféré à la Bahji à côté de Saint-Jean d’Acre, Baha’u’llah meurt en 1892 après 40 ans de prison et de bannissement. La foi Bahi’e est alors implantée en Irak, en Turquie, en Egypte et en Inde. Son expansion universelle sera l’oeuvre de ses successeurs

III. Les successeurs et le développement

Abdu’l Baha, son fils, passe la première partie de sa vie en prison dont il ne sort qu’en 1908. Avec détermination, mais aussi avec un dévouement et une bonté qui touchent les creurs, il va voyager et donner à son mouvement une dimension internationale. Dès 1911, il est à Londres et à Paris. L’année suivante à New York, Budapest, Vienne, en Allemagne puis en Egypte. En 1913, il rentre à Haïfa où il meurt en 1921.

Shogi Effenoi, petit-fils de Aoou’l Baha qu’il a désigné comme successeur structure la communauté et contribue activement à répandre la foi baha’ie au monde entier. A sa mort, en 1957, trois cent pays abritent des communautés baha’ies.

Depuis 1963, la foi Baha’ie est guidée par la Maison universelle de Justice, corps international élu, qui siège à Haïfai.

Aujourd’hui, sur les pentes du Mont Carmel, un splendide mausolée dominant Haïfa abrite les restes du Bab et d’Ababdu’l Bah A’, Baha’u’llah, lui, repose dans un mausolée à Bahji à 2kms de Saint-Jean d’Acre, au lieu même de sa dernière captivité. Pour les Baha’is, c’est l’endroit sacré par excellence.

IV. La doctrine

Unicité de Dieu. Unicité des religions. Unité du genre humain, ainsi peut se résumer la doctrine baha’ie.

Le programme moral et social des baha’is l’emporte sur l’aspect religieux proprement dit. C’est lui qui attire et séduit.

• Sur le plan individuel, le baha’isme prêche la tolérance, la fraternité, la justice, l’attention aux pauvres et aux souffrants, la non-violence. Dans un poème Baha’u’llah écrit : “Sois une lampe pour ceux qui marchent dans les ténèbres, une consolation pour les affligés... sois un foyer pour l’étranger, une forteresse pour les fugitifs”.

• Sur le plan collectif, les baha’is sont guidés par un principe majeur : “La terre n’est qu’un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens” ou de façon plus imagée “Vous êtes tous les fruits d’un seul arbre, les feuilles d’une seule branche, les fleurs d’un seul jardin, les gouttes d’un seul océan”. Aussi luttent-ils contre le nationalisme, contre toute exclusion ou forme de racisme, contre la violence et encouragent-ils fédéralisme et mondialisme. Dans un contexte difficile, dès les origines en Iran même, ils ont lutté pour la promotion de la femme. La foi baha’ie préconise un engagement social pour promouvoir un corps législatif et un pouvoir exécutif mondial, un tribunal international, avec une capitale unique et une langue commune...

V. Le message religieux

Foi baha’ie et religions
Dieu est unique et inconnaissable. Il se révèle aux hommes par le Verbe de Dieu qui s’incarne périodiquement sous des formes diverses au cours de l’Histoire. A chaque époque, un maître spirituel est porteur du message divin pour le temps qui est le sien. Ainsi en a t-il été pour Abraham, Moïse, Bouddha, Jésus ou Mahomet. La foi baha’ie est “l’une de ces révélations périodiques. son but étant de compléter les messages de toutes les religions mondiales antérieures et d’instaurer sur terre une civilisation idéale et universelle”.

Chaque religion prépare la suivante et disparaît à son tour. “L’enseignement de Moise fut le bouton, celui du Christ, la fleur, l’enseignement de Baha est le fruit... les follioles du bouton doivent tomber afin que la fleur s’épanouisse et les pétales de la fleur doivent tomber à leur tour pour que le fruit se forme et mûrisse”.

La présence des baha’is à la rencontre interreligieuse d’Assise en octobre 86 est l’un des signes de leur volonté de concourir activement à l’unité des religions.

Le Christ
C’est Baha’u’llah qui est l’ultime et définitif messager de Dieu. C’est lui que les prophètes d’Israël ont promis et lorsque le Christ annonce son retour, c’est de Baha’u’llah qu’il s’agit.

Cela n’empêche pas les baha’is de reconnaître la divinité de Jésus-Christ et sa qualité de Fils de Dieu, mais ils réclament des chrétiens la connaissance du même statut pour Baha’u’llah comme pour tous les messagers de Dieu en qui le Verbe de Dieu s’est incamé aux diverses périodes de l’histoire.

Rites et Temples
La foi baha’ie a ses fêtes propres: naissance et martyre du Bab, de Baha’u’llah et de Abdu’l Baha, fête du nouvel an... le 29 mars, ainsi que le 21 avril, date anniversaire de la révélation de Baha’u’llah comme Messie Seigneur.

Elle a aussi un calendrier tout à fait original :

L’an un de l’ère baha’ie est celui où le Bab s’est révélé. Il correspond à l’an 1844 de l’ère chrétienne et 1260 de l’ère musulmane. L’année comporte 19 mois de 19 jours chacun avec des jours intercalaires et commence avec l’équinoxe de printemps

Il n’y a pas de liturgie particulière pour les grandes étapes de la vie à part le mariage et les funérailles

Les bahals ont leurs temples dont Abdul’l Baha minutieusement décrit l’architecture à Wilmette près de Chicago, à Kampala en Ouganda, à Francfort, à Panama. D’autres sont en construction. Les temples sont des maIsons d’adoration ouvertes à tous, baha’is ou non, lieux de prière et de méditation manifestant la fol en l’unicité de Dieu et en l’unité du genre humain

La prière
Trois fois le jour, le baha’i est invité à prier tourné vers Haifa. Tous les 19 jours réunion de prières, de lectures de textes du fondateur et d’échanges sur la vie du mouvement. C’est la “fête des 19 jours” ouverte aux seuls baha’is. Il n’ya pas pour eux un livre source comme la Bible ou le Coran mais des écrits épars dans des publications diverses La foi baha’ie religion sans dogmes est aussi une religion sans prêtres.

L’Organisation
La communauté baha’ie est dotée d’institutions trés démocratiques Ses membres sont groupés en “assemblées spirituelles locales”, elles mêmes réunies en “assemblées spirituelles nationales”. Le comité directeur de chaque assemblée est élu par le suffrage de ses membres A sa tête, au niveau international se trouve la “Maison universelle de justice” composée de neuf baha’is élus tous les cinq ans par les “assemblées spirituelles nationales”, siégeant à Haïfa.

Rayonnement
La foi baha’ie compte plus de 6 millions d’adeptes Elle est implantée dans tous les continents et dans plus de 200 territoires, mais son essaimage est inégal. Sur 103.000 communautés locales. 50.000 sont implantées en Asie, 26.000 en Afrique, 13.500 en Amérique latine, 11.000 en Amérique du Nord et 2.500 en Europe.

En France, des centres baha’is existent à Paris, Marseille, Nice, Nantes, Strasbourg. A Lyon, c’est en 1930 qu’apparaissent les premiers adeptes, mais il faudra attendre les années 70 pour que s’ouvre le centre d’activités baha’i. Pour l’agglomération lyonnaise, on compte une quarantaine de fidèles, surtout à Lyon et à Villeurbanne.

Mais le rayonnement du baha’isme va au delà du nombre des adeptes. L’engagement de ses membres dans les mouvements fédéralistes et internationaux assure une influence impor1ante de la pensée unificatrice du mouvement. L’O.N.U a reconnu comme O.N.G la communauté internationale baha’ie.

Très tôt, dès l’époque du BAB, des penseurs et des écrivains occidentaux ont été séduits par la pensée et l’action des baha’is et ont fait connaître cette nouvelle voie religieuse. On peut noter pour le XIXe siècle l’orientaliste anglais Brown, Ernest Renan, Gobineau et Catulle-Mendes et au XXe siècle Romain Rolland, Guillaume Appolinaire et le philosophe Henri Bergson.

Evaluation Les bahai’is sont extrêmement sympathiques, ouverts, tolérants et dépourvus de tout sectalisme. C’est surtout leur pensée et leur action dans le domaine social et politique qui sont appréciées. Leur volonté d’abolir toute frontière, qu’elle soit géographique, culturelle ou religieuse séduit nos contemporains. La foi baha’ie a vocation à l’universel.

Bien qu’ils s’en défendent, on peut noter le caractère syncrétiste de leur doctrine et leur volonté d’absorber en les intégrant les grands courants religieux traditionnels.

VI. Bibliographie :

.BAHA ‘U’LLAH et l’ere nouvelle par JE Esslemont. Maison d’Editions baha’ies Ouvrage deJà ancien (1931) mais très documenté dont l’auteur est lui même baha’,

- Le livre de la certItude par Baha’u’llah. P.U. F
Essai sur le baha’sme par Hippolyte Dreyfus P.U.F.
Les leçons de St Jean d’Acre par Abdu’l Baha. P.U.F.
Pastorale, sectes et nouvelles croyances
6 avenue A Max -69321 Lyon Cedex 05

VII. POEME DE BAHA ‘U’LLAH

Sous une forme poétique, Baha’u”llah exprime sa spiritualité et son appel à un comportement peu éloigné de l’Evangile.

Sois généreux dans la prospérité, et dans l’adversité ne cesse de rendre grâce. Mérite la confiance de ton voisin, et ne lui montre jamais qu’un visage amical et souriant

Sois le trésor du pauvre. Admoneste le riche, réponds à la plainte du nécessiteux et garde la sainteté de tes promesses.

Sois équitable en ton jugement et réservé dans tes paroles. Ne sois injuste envers personne et montre à tous une douceur parfaite.

Sois une lampe pour ceux qui marchent dans les ténèbres, une consolation pour les affligés, une mer pour ceux qui ont soif, un refuge pour ceux qui sont dans la détresse, un soutien et un défenseur des victimes de l’oppression.

Sois un foyer pour l’étranger, un baume pour ceux qui souffrent, une forteresse pour les fugitifs, des yeux pour les aveugles, un phare pour les égarés.

Sois une parure pour le visage de la vérité, une couronne sur le front de la fidélité, un pilier du temple de la rectitude, un souffle de vie pour le corps de l’humanité, un drapeau des armées de la justice.

Sois une arche sur l’océan de la connaissance, un soleil dans le ciel de la bonté, une gemme au diadème de la sagesse, une lumière qui brille au firmament de ta génération, un fruit de l’arbre d’humilité.


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MessagePublié: 11 Avr 2006, 10:11 
http://www.bahai-biblio.org/centre-doc/ ... lence2.htm


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MessagePublié: 11 Avr 2006, 10:23 
Les baha'is ou la victoire sur la violence
Christine Hakim

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Chapitres 2 à 11

2. La communauté baha'ie en Iran

Dans le tumulte de ces événements cachant l'âme de l'Iran, mes pensées me ramènent a ce pays, l'Iran, pays de contrastes qui m'a meurtri, mais qui m'a fait don d'un précieux legs: mon père et son exemple.

L'Iran, pays où l'on se sent touché jusqu'au fond de l'âme par la beauté grandiose du paysage, ou la majesté de la nature se confond avec les coupoles, les mosquées, les maisons traditionnelles en une même lumière et une même tendresse prédisposant à la sérénité et à la douceur de vivre.

Pays où l'on est frappé par l'hospitalité délicate et raffinée de la population, par sa générosité spontanée et sincère lorsqu'elle offre son amitié. Pays ou la communication n'est pas le langage mais le signe: le geste, le regard, le sourire, l'humour, la courtoisie, les politesses, le silence, la gentillesse, la sensibilité, la serviabilité.

Pays qui, aussi captivant que soit le passé millénaire et glorieux par son modèle de science, de religion et de civilisation, a été par la suite une mine riche dans ses expressions spécifiques de l'art, de la poésie, de la littérature, de la culture et du progrès.

Pays ou j'ai conservé l'unité de ma famille et la fidélité des amis que j'aime.

Pays, berceau de la religion baha'ie, d'où a jailli pour des millions d'êtres l'espoir d'une ère nouvelle et le moyen de transmuter l'énergie de la violence en énergie de l'amour. Et, avant de suivre la marche de ses adeptes, de par le monde, commençons par celle de la communauté baha'ie en Iran en remontant progressivement dans le temps.


2.1. Sous la dynastie des Pahlavi

La communauté baha'ie iranienne fait partie intégrante de sa nation, mais contrairement aux autres religions, la qualité de baha'i ne se transmet pas par la naissance. C'est une communauté ouverte admettant que certains de ses membres la quittent, et acceptant chaque année des centaines de nouvelles conversions.

Les plus anciennes familles baha'ies remontent à sept générations: d'autres sont très récentes. La plupart des familles ont des parents appartenant à leur communauté d'origine musulmane, chrétienne, juive ou zoroastrienne. La plupart des mariages mixtes ont renforcé l'interdépendance entre les adeptes de la foi baha'ie et ceux des autres confessions.

Par rapport à la population iranienne, la communauté baha'ie n'est absolument pas différente ni du point de vue ethnique, ni du point de vue social. Sur le plan ethnique, toutes les populations sont représentées à l'intérieur de la foi baha'ie. Il n'existe pas de régions où les baha'is soient plus spécialement représentés, ni de régions d'où ses adeptes soient absents.

Néanmoins à l'échelon local, il y a des villages ou des groupes tribaux entièrement baha'is.

La majorité de la communauté baha'ie iranienne est d'origine musulmane shi'ite, mais les autres communautés religieuses sont aussi représentés. On estime que la moitié des 70 000 zoroastriens qui vivaient en Iran au dix-neuvième siècle sont devenus baha'is. On compte un grand nombre de familles d'origine juive.

Sur le plan social, une grande partie des baha'is appartient à la population rurale et reflète de ce fait la distribution socio-économique iranienne. Les dernières années, l'urbanisation et l'exode rural ont favorisé l'afflux des baha'is vers les grandes villes où ils se sentaient plus en sécurité. L'image de citadins qu'on a voulu présenter d'eux est erronée: le fait qu'il n'existe presque pas d'analphabètes parmi eux, à cause du principe baha'i de l'obligation de l'instruction, a favorisé l'intégration de nombreux baha'is d'origine rurale dans les classes moyennes.

Il existait des baha'is dans toutes les catégories socioprofessionnelles, mais plus spécialement dans les professions libérales et celles du secteur privé. Officiellement, la fonction publique, l'armée et le professorat étaient fermés aux baha'is, bien que des exceptions fussent faites en ce qui concerne les individus dont les talents et les connaissances scientifiques et techniques étaient considérés comme irremplaçables.

Quelques baha'is se sont enrichis dans le commerce et l'industrie. Toutefois, si l'on se penche sur la liste des nationalisations actuelles sous le Gouvernement islamique, on constate que les baha'is ne contrôlaient aucun secteur particulier de l'économie, et que, parmi les vingt premiers groupes nationalisés, un seul appartenait à un baha'i.

Quant aux postes politiques, ils n'ont été détenus par aucun baha'i, puisqu'il leur est interdit selon leur foi d'assumer ces fonctions. Lorsque M. A.-'A. Huviyda (Hoveyda) devint premier ministre, certains de ses adversaires politiques l'accusèrent d'appartenir à la communauté baha'ie, ce qui était absolument faux. Son père, né dans une famille baha'ie, avait accepté, très jeune, un poste politique, et il fut exclu de la communauté. Quant au premier ministre, il a été élevé dans un milieu islamique et n'a jamais appartenu à la religion baha'ie comme il l'a affirmé lui-même lors de son procès. Sous son ministère, il manifesta même vigoureusement ses sentiments anti-baha'is par des discriminations évidentes. De nombreux adeptes furent ainsi chassés de l'administration ou empêchés d'acquérir des promotions.

De même M. Thabiti (Sabeti), deuxième "homme fort" de la Savak, bien que de père et de mère baha'is, ne fut jamais membre de cette communauté, comme certains l'ont prétendu. Il en était même l'un des opposants les plus zélés.

Une seule personne appartenant à cette religion, le général Sanl'i, fut obligé par le Shah de devenir ministre. Il présenta ses excuses au souverain en expliquant qu'il ne pouvait accepter une fonction politique. Ses raisons furent refusées et il dut assumer cette tache pendant un court laps de temps. Il fut donc exclu, au point de vue administratif, de la communauté baha'ie, jusqu'au moment où il a pu se démettre de ce poste.

Par ailleurs, deux hautes personnalités iraniennes non politiques étaient des baha'is: le général Khadimi, president-directeur-administrateur de la compagnie d'aviation iranienne, Iran-Air, et le Dr Ayadi, médecin du Shah, et aussi inspecteur des hôpitaux de l'armée.

De plus, dans les ministères de l'agriculture, de l'urbanisation et de l'organisation du plan, quelques hauts fonctionnaires d'Etat dont les postes étaient considérés par la loi iranienne comme non politiques, mais techniques, étaient aussi des baha'is.

Au commencement du règne de Rida Shah, les sympathisants de la foi étaient nombreux. Une grande partie de la population se disait même baha'ie.

Pourtant, face a l'indépendance et a l'établissement progressifs de la foi - la fondation des institutions de cette religion, la nécessité de s'inscrire dans les registres baha'is réduisant la communauté aux plus convaincus, l'obligation de se présenter ouvertement en tant qu'adepte de cette foi, de respecter les jours fériés baha'is ainsi que de célébrer des mariages baha'is - le gouvernement s'opposa violemment à admettre et a reconnaître cette foi mondiale et même parfois interdisait ses réunions.

Ainsi, à la suite de fortes persécutions sous la Révolution constitutionnelle iranienne où chacune des deux parties opposées, les partisans de la monarchie absolue et ceux de la démocratie, accusaient les baha'is être associés avec l'autre, les persécutions étaient plus des actes spontanés et les disciples sont devenus l'objet de la répression officielle. Ce qui n'était pas auparavant précisé par la loi fut légiféré et mis sur pied par une politique qui visait à écarter les baha'is de la loi. Le système de la loi civile en Iran est basé sur la loi islamique, qui reconnaît et protège les droits civiques des musulmans et des adeptes des minorités religieuses établies avant l'islam, c'est-à-dire les zoroastriens, les juifs et les chrétiens. Le refus des gouvernements successifs iraniens d'accorder à la foi baha'ie sa reconnaissance officielle en tant que religion indépendante a privé les baha'is, dont le nombre en Iran dépasse celui des trois autres minorités religieuses réunies, de droits élémentaires, faisant d'eux des citoyens de second ordre et laissant la voie ouverte aux discriminations et aux persécutions dans presque chaque domaine de leur vie.

C'est ainsi que les baha'is furent lésés en ce qui concernait leur statut personnel, par la non-reconnaissance des mariages, de l'héritage, etc. La discrimination s'étendit à l'emploi, aux droits civiques et politiques, aux pratiques religieuses, à l'éducation (d'ou la fermeture en 1934 des écoles baha'ies).

Par ces nombreuses mesures élaborées, la communauté baha'ie iranienne devint, sous tous les régimes du pays, le bouc émissaire favori et la cible pour les griefs permettant de détourner l'insatisfaction populaire pendant les périodes de crise.

De façon très frappante, l'année 1955 vit se développer une campagne massive contre les baha'is.

L'un des hauts dignitaires du clergé connu sous le nom de Falsafi, prêcha tous les jours dans les mosquées, dénonçant les "fausses religions" et incitant les foules à la haine des baha'is. Il est soutenu par le gouvernement et les stations de la radio de l'Etat et de l'armée diffusent ses sermons à travers le pays.

Le 21 avril, l'armée entoure le centre baha'i à Téhéran, et le 7 mai l'édifice est occupé par des troupes. Des officiers de l'armée et les dignitaires ecclésiastiques viennent, avec cérémonie, administrer les premiers coups de pioche pour la démolition du centre national.

Il se produit immédiatement dans tout le pays une éruption de violence contre les adeptes de la religion baha'ie avec effusion de sang. Toutes les communautés baha'ies du monde envoient à Muhammad Rida Shah, au premier ministre et au Parlement, des télégrammes faisant appel à la justice.

Devant le danger d'un massacre, le secrétaire général des Nations-Unies M. Dag Hammarskjold, envoie son représentant, le docteur Goedhart, auprès du chef de la délégation iranienne aux Nations-Unies, M. Nasr'u'llah Intizam. L'ampleur de la réaction internationale contraint le Gouvernement d'Iran à céder.

La campagne est arrêtée, et la plupart des biens confisqués sont rendus aux baha'is. Mais les discriminations ne cessent pas. Les membres de cette minorité religieuse continuent à être la cible d'abus de tous genres.

Durant toute cette période, une vaste campagne de calomnie, longuement préparée, fut déclenchée pour minimiser la valeur de la foi baha'ie et même pour l'étouffer complètement. C'est ainsi qu'il fut interdit de publier ou d'introduire des livres baha'is en Iran; par contre on laissa la place à la publication de livres mensongers contre cette religion, sans donner aux baha'is le droit d'y répondre. En outre, toute trace de leur histoire fut rayée des manuels scolaires comme si elle n'existait pas ou, lorsqu'on mentionnait les baha'is, c'était avec une image tout à fait erronée afin d'augmenter l'animosité des élèves contre eux. C'est pourquoi les ténèbres de la diffamation ont obscurci le coeur de la majorité des Iraniens et la vérité sur cette religion respectée à travers le monde se trouvait cachée aux yeux des concitoyens mêmes de Baha'u'llah.

Selon plusieurs sources dont le "Times" de Londres, du 15 juillet 1980, cette campagne contre les baha'is provenait surtout du groupe musulman conservateur qui s'appelle Anjuman-i-Tablighat-i-Islami (la société pour la propagation de l'islam) qui organise des attaques contre les baha'is depuis des années.

La Tablighat-i-Islami était une des associations musulmanes les mieux organisées en Iran, disposant d'un réseau de groupes locaux dans tout le pays. Elle jouissait depuis longtemps du soutien complet des plus hauts membres du clergé shi'ite et, lors de la Révolution islamique, elle a pu prendre en main la direction de plusieurs "comités", conseils révolutionnaires qui ont remplacé les autorités municipales.

D'autre part, un quotidien de Téhéran, le "Mujahid", par ailleurs interdit depuis quelque temps, a public en juin 1980 un document découvert dans les archives de l'ancienne police secrète du Shah, la Savak, révélant le lien qui existait entre la Tablighat-i-Islami et la Savak en ce qui concernait les activités anti-baha'ies.

Ce document, sous la forme d'une lettre adressée par le Troisième Bureau de la Savak au directeur de cette police, se traduit comme suit :

Au Directeur de la Savak
Du Troisième bureau 341
n° 341/1950
Date : 27-8-51
(novembre 1972)
(SECRET)

Objet: Anjuman-i-Tablighat-i-Islami

Le chef d'Anjuman-i-Tablighat-i-Islami dans la capitale a demandé à la Savak de bien vouloir l'aider à attaquer les baha'is d'une manière scientifique et logique. Nous vous transmettons la demande de la société mentionnée en rubrique, et vous demandons d'entrer en communication avec tous les représentants de la société dans votre région, et de leur faire comprendre que leurs activités dans ce domaine ne doivent pas être la cause de provocation et de troubles.

(signe ) Muqaddam

Pour le Directeur-Général du Troisième Bureau

Cette circulaire de la Savak, qui a été, semble-t-il, distribuée dans tout le pays est une copie envoyée par le chef de la Savak dans la province de Khurasan au directeur de la Savak dans le district de Quchan.


2.2. Kirugan

Ce village, où j'ai mené pour ma thèse (2) des recherches en 1972 et en 1976, reflète quelques traits caractéristiques d'une communauté baha'ie rurale. Kirugan, petit village traditionnel de 200 habitants où les baha'is représentent vingt pour cent de la population, est situé dans les montagnes ocre de la région de Jasb, à mi-chemin entre Téhéran et Isfahan.

Les baha'is s'intègrent dans le village par quartier, habitat, famille, travail et alliance. Le mariage est possible à condition que l'un des conjoints adopte la religion de l'autre, selon les exigences de la loi islamique.

Pourtant, certaines des activités dans la vie quotidienne des deux populations semblent être nettement séparées. Les musulmans refusent de mêler leurs activités avec les baha'is. Ainsi, les bains publics, les bouchers et les pâturages des moutons sont séparés pour les deux communautés. Ces discriminations expriment l'hostilité d'une grande partie des musulmans, attisée par la plupart des mulla, à l'égard des baha'is. Cependant, il existe un système régulateur qui permet de sauvegarder des termes paisibles entre les membres des deux collectivités religieuses. La communauté musulmane fait appel à une attitude sociale agressive mais, grâce aux liens familiaux, l'expression de la violence peut être contrôlée. Cette tolérance relative vis-à-vis des baha'is sera totalement éliminée avec l'accès du clergé islamique au pouvoir.

Les baha'is, tout en faisant partie de la même souche socio-ethnique du village, présentent des caractéristiques différentes des musulmans. Bien que leur forme d'alliance matrimoniale suive le même modèle culturel, les baha'is vivent d'une manière moins traditionnelle dans leur type de famille qui est nucléaire. La réalisation la plus apparente de la communauté rurale baha'ie, par rapport au reste de la population, prend la forme de son développement social avec le statut supérieur de la femme, le taux d'alphabétisation plus important, et enfin le niveau social plus décent et plus égalitaire entre les membres.

Les baha'is de ce village éloigné ont laissé dans mon coeur une forte impression de douceur mêlée à une foi inébranlable et vaillante. Je suis repartie de Kirugan avec le sentiment d'avoir goutté à l'esprit des temps héroïques dont la communauté avait gardé le reflet.

Néanmoins un sort douloureux les attendait. Pour ne pas être forcés de renier leur foi, dès le début de la Révolution islamique, ils ont dû fuir le village, laissant derrière eux leurs lopins de terre et leurs biens confisqués ou incendiés.


2.3. Les biens de la communauté baha'ie iranienne

L'Assemblée Spirituelle Nationale de l'Iran possédait des biens, comme d'autres institutions religieuses et culturelles; des lieux de pèlerinage, lieux saints et sites historiques. Parmi les lieux saints, citons la maison du Bab à Shiraz, la maison natale de Baha'u'llah, la prison de Baha'u'llah à Téhéran. A ces lieux saints s'ajoutent des sites, habitations ou jardins associés à la vie des premiers croyants et les tombeaux des martyrs à travers tout l'Iran.

Les propriétés de l'Assemblée Nationale des baha'is de l'Iran étaient de deux types: celles réservées à l'usage social et celles provenant des legs privés. L'Assemblée possédait un immense terrain au nord de la capitale, acheté il y a plus de trente ans, destiné à l'édification d'un temple (le premier en Iran). Un auditorium y était déjà construit, ainsi que des dortoirs pour accueillir plusieurs centaines de jeunes pour des séminaires. Il est actuellement transformé en camps d'entraînement pour les gardiens de la révolution.

Il existait aussi des bureaux pour l'Assemblée Nationale et l'Assemblée Locale de Téhéran. Il y avait, dans de nombreuses villes d'Iran des "Haziratu'l-Quds" ou centres culturels et cultuels offerts par les baha'is. Il faut mentionner les cimetières qui se trouvaient pratiquement dans chaque ville ou village habite par une communauté unie par cette croyance.

Du fait que la foi baha'ie ne jouit pas en Iran de la reconnaissance officielle, et n'a par conséquent pas de personnalité juridique lui permettant de posséder des biens, après la mort du Gardien de la foi, Shoghi Effendi, en 1957, les biens baha'is furent enregistrés au nom d'une société anonyme, la société Umana. C'est par la confiscation de cette société que les autorités du Gouvernement islamique ont confisqué l'ensemble de tous les biens baha'is en Iran.

La société Naw-Nahalan (société des enfants) débuta par un fonds d'épargne pour encourager les enfants à économiser pour des oeuvres de bienfaisance et devint par la suite une sorte de mutuelle pour personnes âgées.

La société connut une rapide expansion et son rayonnement s'étendit sur tout l'Iran ; elle fut même enregistrée officiellement par la Chambre de commerce. En 1979, sous la République islamique, les comités révolutionnaires ont suspendu les activités de la société, une longue enquête fut menée dans le but de prouver qu'elle avait envoyé des fonds au Gouvernement israélien; cependant cette enquête n'aboutit pas. Les employés furent renvoyés sans aucun dédommagement, les actionnaires entièrement spoliés.


2.4. Oeuvres sociales

Durant le règne des Pahlavi, les baha'is ne cessèrent d'apporter leur contribution non seulement au bien-être de leur communauté, mais aussi au pays tout entier en fondant des établissements sociaux:

L'hôpital Mithaqiyyih à Téhéran, oeuvre de bienfaisance, était un hôpital comportant 250 lits, avec un centre de radiologie perfectionné, laboratoire, centre de cardiologie, centre de dialyse. Il était considéré comme une des meilleures institutions hospitalières de la capitale, où l'on donnait des soins gratuits aux malades démunis. Il faut également citer parmi les institutions baha'ies créées dans l'intérêt du pays une école d'infirmières, une école d'aide-infirmières, plusieurs dispensaires et une maison de retraite pour personnes âgées ayant besoin de traitements et de soins particuliers.

Les écoles baha'ies, ouvertes a tous, ne demandaient aux élèves qu'une somme insignifiante à payer selon les possibilités matérielles de leurs parents. Le niveau de l'enseignement de ces écoles était élevé.

En province, furent crées des dispensaires gratuits dans les régions lointaines comme le dispensaire Buyr-Ahmadi, dans la région d'Isfahan. Certains médecins baha'is se déplaçaient pendant les jours fériés pour soigner les malades se trouvant dans les villages ou même dans les communautés tribales particulièrement privées de tels soins.

Les femmes baha'ies ont apporté une contribution particulière au progrès du pays. Parmi ces nombreuses pionnières, il faut citer pour l'avancement de l'hygiène en Iran, l'apport de Mlle Q Ashraf, une des premières femmes qui aient fait des études dans ce domaine en Amérique du Nord.

Une des premières fondatrices des écoles modernes de jeunes filles en Iran fut Mme Munirih Ayadi qui créa la troisième école de ce genre appelée Madrisih-Ta'yidiyyih-Dushizigan-i-Vatan.

La contribution des baha'is iraniens à l'avancement de leur pays ne se limitait évidemment pas à la création et à la gestion de diverses oeuvres humanitaires. Ils se sont efforcés d'être des citoyens sérieux, honnêtes et loyaux.

Même les travailleurs industriels, agricoles ou autres, parmi les fidèles de cette croyance, travaillaient avec beaucoup de zèle et de dévouement, considérant que le travail accompli dans un esprit de service est comme un acte d'adoration de Dieu.


2.5. Sous la dynastie des Qajar

Nous allons suivre ensemble, dans les chapitres suivants, le récit héroïque des premiers adeptes de cette religion, l'expansion vertigineuse de leur foi et les massacres sanglants de plus de vingt mille d'entre eux sous la dynastie des Qajar, massacres qui devaient souiller la dignité de la Perse.

Toutefois, vers la fin du règne des Qajar, il y eut une liberté relative. La communauté baha'ie iranienne, nouvellement relevé des coups reçus, commença à créer des institutions éducatives et sociales qui furent une aide précieuse pour l'émancipation de la foi.

A époque où les écoles publiques étaient encore très rares où même presque inexistantes en Iran, ou l'instruction donnée dans les institutions religieuses (Maktab, ou Hawdiyih-'Ilmiyyih et Madrisih) était lamentablement déficiente, les premières écoles baha'ies, de type moderne, furent fondées. D'abord, l'école Tarbiyat fut créée à Téhéran vers 1900 pour garçons et filles séparément, puis en province, les écoles Ta'yid et Mawhibat à Hamadan, école Tavakkiil à Qazvin, école Vahdat-i-Bashar à Kashan et d'autres instituts d'éducation semblables notamment à Barfurush (aujourd'hui Babul). Certaines de ces écoles ont reçu l'aide d'instructeurs itinérants baha'is venus d'Europe ou d'Amérique.

Ces écoles étaient ouvertes à toutes les confessions, et plusieurs personnalités iraniennes ont reçu leur instruction première dans les écoles baha'ies, où l'on mettait un accent particulier sur l'éducation morale et spirituelle.

C'est ainsi qu'en raison d'une solide instruction et d'une éducation raffinée, les non-baha'is sympathisants à la foi y envoyaient leurs enfants avec satisfaction: leur nombre surpassait même celui des baha'is.

De nombreux étudiants baha'is iraniens firent des études dont leur pays avait le plus grand besoin: études de médecine, d'ingénieur, etc.

Dans le cadre de la coopération entre les baha'is, il faut ajouter qu'en plus des instructeurs, plusieurs infirmières et médecins baha'is sont venus d'Europe et d'Amérique pour conseiller les femmes iraniennes dans les domaines d'hygiène et d'éducation. Elles se dévouèrent, jusqu'à la fin de leur vie en Iran, avec tant d'amour, que même les journaux non baha'is leur adressèrent des louanges.

L'un des ouvrages baha'is intitulé "Le secret de la civilisation divine" (1875) exerça une influence profonde sur les dirigeants du mouvement constitutionnel qui étaient précisément en quête d'un ouvrage les guidant dans la réorganisation du pays sur une ligne conforme aux sociétés les plus avancées.

Ce livre prône le développement des sciences et des techniques pour le progrès. Et cela tout en prévenant les peuples que si la civilisation matérielle devait sortir des limites de la modération, elle serait la cause de dommages innombrables.

Parmi les réformes proposées, les Ecrits baha'is insistent surtout sur la nécessité de l'éducation.

Cependant, les persécutions fomentées surtout par de nombreux mulla continuaient. Plus le nombre des baha'is augmentait, plus grande était l'animosité du clergé, particulièrement en province.

L'image de cette communauté pacifique suscite bien des questions: Comment est née la foi baha'ie? Pourquoi une nouvelle religion? Pourquoi des persécutions et des diffamations dans le pays où elle est née? Cette religion s'étend-elle et comment? Qu'est-ce qui amène à notre époque des êtres si divers à se rencontrer dans une même foi? Qui sont les baha'is? Quel est leur enseignement? Comment le vivent-ils? Comment sont-ils financés? Et bien d'autres questions illustreront cet itinéraire.


3. Le Bab

La Perse, 1848, début de l'été, Conférence de Badasht dans le nord du pays, aux bordures des vertes montagnes du Mazindaran. 81 personnes enflammées par leur croyance naissante, celle du Bab - Précurseur de la foi baha'ie - sont réunies. Elles proviennent de différentes parties de la Perse.

Les principaux dirigeants de la communauté babie conduisent la conférence. L'un de ces personnages est une femme, la très vénérée et ardente Qurratu'l-'Ayn, nommée Tahirih. Selon la coutume islamique, l'érudite entretenait toujours des discussions avec les personnages importants masculins derrière un rideau. Lors de la conférence, Tahirih apparaît pour la première fois le visage dévoilé devant une assemblée d'hommes, proclamant avec sérénité et le visage rayonnant de joie, l'aube d'un nouvel âge divin dont l'émancipation de la femme serait un signe révélateur. Devant le visage dévoilé de Tahirih, la consternation et la stupeur s'emparent de nombreux disciples, certains abandonnent leur foi, l'un se tranche la gorge, mais la majorité surmonte avec stupéfaction ce tournant de l'histoire.

En effectuant une rupture soudaine et complète avec le passé, l'objectif audacieux de cette première conférence sans précédant est d'implanter la foi nouvelle. Quelle sera sa destinée?

Découvrons l'histoire d'un héroïsme douloureux, l'histoire d'hommes et de femmes qu'une force irrésistible mène au sacrifice d'ou jaillira l'espoir et la certitude pour ceux qui de par le monde se passeront le même flambeau. Découvrons l'histoire d'hommes et de femmes de vision et d'action qui malgré les limitations seront les pionniers d'une nouvelle ère, l'histoire d'un monde en marche vers la reconstitution de l'équilibre social et vers une nouvelle responsabilité humaine.

La Perse, milieu du dix-neuvième siècle, de nombreux documents sont les témoins extérieurs de cet événement marquant: la naissance d'un mouvement religieux, la foi babie, son expansion prodigieuse à travers ce pays, la haute ferveur de ses adeptes et les persécutions cruelles qui leur sont infligées.

Ces événements ont été relatés, dans de nombreux ouvrages de cette époque dus à des auteurs occidentaux (3) et dans des rapports provenant des ambassades étrangères en Perse tels que les rapports découverts dans les Archives du Ministère des affaires étrangères de France (4).

1844-1921: Première phase de l'histoire babie-baha'ie: phase messianique selon le sociologue P. Berger (5), âge héroïque selon l'histoire officielle du mouvement.

"Si la Perse doit jamais être régénérée, ce sera grâce à cette nouvelle foi." J. Darmesteter (6)

"Le mouvement religieux le plus important depuis la fondation du christianisme." B. Jowett (7)

"La naissance d'une foi qui pourrait bien gagner sa place parmi les grandes religions du monde." E.G. Browne (8)


3.1. L'attente religieuse

Une ère d'attente religieuse se révèle au milieu du dix-neuvième siècle à travers les messianismes répandus dans le monde: cargos océaniens, christs noirs d'Afrique sud-saharienne, mahdismes d'Afrique ou d'Asie, jacqueries religieuses d'Amérique du Nord, d'Amérique du Sud et de l'Europe (tels les adventistes du Septième Jour ou les templiers allemands). Ces divers messianismes attendent un rédempteur instaurant un ordre nouveau de justice et de bonheur.

En Perse la même attente se retrouve à cette époque. La croyance en l'apparition imminente d'un Messager divin est répandue spécialement parmi le groupement appelé Shaykhi, école d'érudits du clergé musulman. L'Islam shi'ite a une eschatologie développée et sa théologie donne une place importante à la doctrine du Qa'im (le Promis), l'Imam caché, celui qui doit apparaître peu avant la fin du monde pour renouveler la foi. Les disciples du Shaykhisme se dispersent à travers la Perse pour une recherche assidue du Promis.


3.2. Naissance

Mulla Husayn-i-Bushru'i, l'un des disciples vénérés de cette école de théologie, passe quarante jours en prière et en jeûne pour se préparer au voyage de la recherche. D'autres étudiants inspires par son exemple font de même.

Accompagné par deux autres jeunes gens, Mulla Husayn est attiré par Shiraz, la ville lumineuse des poètes, au sud de la Perse. Après la traversée des sévères montagnes désertes, on parvint avec bonheur à cette cité colorée, aux jardins ombragés. 22 mai 1844, les trois compagnons atteignent Shiraz tard dans l'après-midi. Mulla Husayn envoie ses amis à Shiraz pour commencer leur recherche. Lui-même demeure à la porte de la ville, se demandant où son inspiration mystique allait le conduire, lorsqu'il voit s'approcher de lui un jeune homme souriant qui lui souhaite la bienvenue.

Dans ses comptes rendus, le voyageur relate qu'il fut fortement impressionné par la sérénité, la pureté, la courtoisie et la dignité du jeune homme, et qu'il se sentit rempli de joie en compagnie de l'étranger. Celui-ci invite Mulla Husayn à entrer dans la ville et lui offre l'hospitalité.

Au premier étage d'une petite maison située dans un quartier modeste de Shiraz, un important événement historique va se dérouler. Les deux personnages qui y prennent part sont: Siyyid 'Ali-Muhammad, l'hôte, jeune homme âgé de 25 ans, et son invité, le jeune chercheur Mulla Husayn. L'entrevue se prolonge jusqu'à l'aube. La ville endormie est loin de se douter que cette nuit du 23 mai 1844 inaugure un mouvement religieux d'une portée remarquable. Cette nuit capitale marque la déclaration de la mission de Siyyid 'Ali-Muhammad: il annonce qu'il est le Bab, ce qui signifie la Porte, symbolisant la voie d'accès par laquelle on peut parvenir à connaître Dieu. Le Bab proclame qu'il est envoyé par Dieu pour inaugurer une nouvelle ère de paix et de fraternité universelle. Mulla Husayn-i-Bushru'i devient le premier disciple: "Je m'assis, sous le charme de ses paroles, oublieux du temps. Cette révélation qui me fut si soudainement, si magistralement imposée, me frappa comme un coup de foudre. Pendant un certain temps, elle sembla avoir paralysé toutes mes facultés. Surexcitation, joie, crainte et surprise remuèrent les profondeurs de mon être. Mais par-dessus toutes ces émotions, une sensation de bonheur et de force inexprimables semblait m'avoir transfiguré. J'étais assis, captivé par le charme de sa voix et la force entraînante de sa révélation. A regret, je finis par me lever de mon siège et demandai la permission de me retirer." (9)

Le Bab souriant le prie de se rasseoir.

"Si tu pars dans un tel état, quiconque te verra, dira assurément: Ce pauvre jeune homme a perdu la raison." (9)

"Dix-huit âmes doivent au début spontanément et de leur propre initiative m'accepter et reconnaître la vérité de ma révélation. Sans être averti ni invité, chacun d'eux doit chercher indépendamment pour me trouver" (10), dit le Bab a Mulla Hussayn. Ces paroles expriment l'atmosphère mystique à travers laquelle débute le mouvement. Selon l'histoire babie, les dix-huit premiers disciples, dont quinze mulla (prêtres musulmans) et une femme, accédèrent au Bab par leurs propres inspirations, prières, jeunes, méditations, rêves, ou leur pouvoir de contemplation et reconnurent sa mission divine. Qui est cet être qui fascinera une grande partie de la population ?

Le Bab :

Shiraz, 20 octobre 1819, naissance de Siyyid 'Ali-Muhammad surnommé plus tard le Bab, fils de commerçant. Dès l'enfance, il est remarqué pour sa vie sans tache et sa compréhension intuitive du monde spirituel. On attache beaucoup d'importance au fait qu'il ait une connaissance innée, et qu'il soit descendant du prophète Muhammad. Il est réputé dans la ville pour sa piété naturelle, sa bonté, sa noblesse de caractère, sa distinction. Tous ceux qui le rencontrent sont impressionnés par la pureté de sa vie, sa courtoisie, sa douceur et la grâce de ses manières.

Le Bab revendique les litres de Qa'im promis (Celui qui élevé), de Sahibu'z-Zaman (le Seigneur de cet âge) et de Nuqtiy-i-Ula (Premier point), concept gnostique qui revendique un rang dans la série des grands fondateurs de religion portant une nouvelle loi. En tant que tel, il proclame un nouveau code de loi religieuse. Par ses préceptes et son exemple, il institue une réforme morale et spirituelle à travers laquelle il exalte la vertu d'amour. Il proclame sa double mission: porteur d'une nouvelle religion venant de Dieu et héraut du Promis annoncé par toutes les religions du passé. La mission du Bab est de préparer le chemin pour une nouvelle ère. Il représente la porte menant vers un Avènement totalement diffèrent du passé.


3.3. Documents au sujet du Bab

"Il était déjà méditatif et plutôt silencieux cependant que sa jolie figure, l'éclat de son regard en même temps que son maintien modeste et recueilli attiraient dès cette époque L'attention invinciblement, car c'est à l'âge de 19 ans qu'il écrivit son premier ouvrage, le Risaliy-i-Fiqhiyyih dans lequel il montre une vraie piété et une effusion islamique qui semblaient lui présager un brillant avenir dans les liens de l'orthodoxie shi'ite."
A.-L. M. Nicolas (11), relatant la toute première jeunesse du Bab.

"...d'une douceur attrayante, et relevant ces dons par son extrême jeunesse et le charme merveilleux de sa figure, il attira autour de lui un certain nombre de personnes édifices. Alors on commença à s'entretenir de sa science et de l'éloquence pénétrante de ses discours. Il ne pouvait ouvrir la bouche, assurent les hommes qui l'ont connu, qu'il ne remuât le fond du coeur. S'exprimant, du reste, avec une vénération profonde sur le compte du Prophète, des imams et de leurs saints compagnons, il charmait les orthodoxes sévères, en même temps que, dans les entretiens plus intimes, les esprits ardents et inquiets se réjouissaient de ne pas trouver en lui cette raideur dans la profession des opinions consacrées qui leur eut pesé. Au contraire, sa conversation leur ouvrait tous ces horizons infinis, variés, bizarres, mystérieux, ombragés et remues ça et là d'une lumière aveuglante, qui transportent d'aise les imaginations de ce pays là."
J.-A. Gobineau (12).

"La morale prêchée par un jeune homme à l'âge où les passions bouillonnent agit extraordinairement sur un auditoire composé de gens religieux jusqu'au fanatisme, surtout lorsque les paroles du prédicateur sont en parfaite harmonie avec ses actions. Personne ne doutait de la continence ni de la rigidité du Karbila'i Siyyid 'Ali-Muhammad: il parlait peu, était constamment rêveur et le plus souvent fuyait les hommes, ce qui excitait encore la curiosité, on le recherchait de toute part...
Par la moralité de sa vie, le jeune Siyyid servait d'exemple à ceux qui l'entouraient. Aussi l'écoutait-on volontiers, lorsque, dans des discours ambigus et entrecoupés, il parlait contre les abus qui règnent dans toutes les classes de la société. On répétait ses paroles en les amplifiant; on parlait de lui comme du vrai maître, et l'on se livrait à lui sans réserve."
Journal Asiatique 1866 (13)


3.4. Expansion

Le Bab envoie ses dix-huit premiers disciples - appelés "les lettres du Vivant" - exaltés par leur découverte, dans les différentes régions de la Perse pour répandre le message de la nouvelle "Manifestation de Dieu". Il confie à chacun une tâche particulière et désigne leur province natale à quelques-uns d'entre eux comme champ privilégié de leur proclamation.

La pureté de la cause du Bab se retrouve dans l'allocution qu'il leur donne avant le départ:

"ô mes amis bien aimés!

Vous portez en ce jour le nom du Seigneur. Vous avez été choisis pour être les dépositaires de Son mystère.

Il appartient à chacun de vous de manifester les attributs de Dieu et de démontrer par vos actes et par vos paroles les signes de Sa justice, de Sa puissance, et de Sa gloire. Même les membres de votre corps doivent témoigner de la noblesse de vos intentions, de l'intégrité de votre vie, de la réalité de votre foi et du caractère élevé de votre dévotion..." (14)

Septembre 1844, le Bab entreprend un pèlerinage à La Mecque où il déclare sa mission divine.

Une vive excitation l'attend dès son retour à Shiraz. Les narrateurs extérieurs relatent les scènes de Shiraz avec passion et comme des événements profondément marquants. Ils avouent que l'éloquence du Bab, sa voix mélodieuse, sa douceur, son charme radieux, sa sérénité alliée à la vivacité d'esprit sont de nature incomparable. Sans en avoir été témoin on ne pourrait guère l'imaginer. Les auditeurs sont pénétrés d'admiration pour cet héros incarnant l'Amour.

A travers toute la Perse, les missionnaires babis ne craignent pas d'annoncer publiquement leur message. La foule se presse pour entendre les prédicateurs. Ils énoncent des vérités si évidentes que l'affluence des auditeurs augmente. Nombreux sont ceux qui se convertissent. Le phénomène d'effervescence commence à se diffuser à travers tout le pays. Avec une passion agitée, des masses de personnes deviennent les adeptes du Bab et prennent l'appellation de "babi". Les conversions se répandent avec une vitesse vertigineuse parmi toutes les classes de la société et parmi les membres du clergé musulman.

Une dévotion ardente est rendue à cette figure charismatique. A travers le Bab, les adeptes sont enivrés dans le chemin spirituel et mystique de l'approche de Dieu. L'attente messianique offre à la foi babie son pouvoir conducteur. Le mouvement babi apparaît comme une proclamation messianique d'où une aura de sainteté entoure le personnage central.

La Perse du dix-neuvième siècle est le berceau de cette foi qui en peu de temps touchera les coeurs d'hommes et de femmes des cinq continents du monde.


3.5. Le gouvernement et le clergé

La Perse, au milieu du dix-neuvième siècle, est régie par la dynastie des Qajar isolée dans sa cour fastueuse. Le pays est un Etat clérical, le Shah un despote et la loi arbitraire.

Le clergé jouit d'un pouvoir absolu. L'esprit de la foi que Muhammad et les Imams avaient enseigné et selon lequel les maîtres de l'islam avaient vécu ne se manifeste plus que rarement. Seules les formes de la religion survivent et en dépit de pharisaïsme et de parade, l'appareil de l'adoration est conservé précieusement.

Les princes Qajar tiennent tous les postes importants du pays. Le peuple noyé dans l'ignorance et le fanatisme se soumet à l'oppression de l'Etat et du clergé. Du plus haut au plus bas échelon de la société se perpétuent l'inefficacité, l'immobilité, une paralysie générale et la dégradation morale. Quelle amère dégénérescence pour une nation qui avait été si puissante et si illustre! L'histoire témoigne de sa glorieuse civilisation passée durant laquelle les Persans distingués parmi les nations, brillaient par leur sagesse, leur équité, leur science, leurs arts et leurs vertus.

Avec l'avènement du Bab, la plupart des mulla n'attendent pas longtemps pour s'opposer à la passion naissante. Des les premières apparitions en public du Bab et de ses disciples ils lancent une campagne de calomnies et de persécutions contre eux. Les mulla démontrent aux officiers royaux que leurs intérêts sont communs. Dès le début, le gouverneur de Shiraz, alarme, ordonne l'arrestation du Bab, le confiant à la garde de son oncle.

Le souverain, Muhammad Shah, bien que pratiquant une politique dure, est un homme hésitant et malade. Il vit surtout de lassitude et d'ennui, et son caractère naturellement faible demeure très mélancolique. Il n'a d'intérêt que pour son tuteur et ministre idolâtre, Haji Mirza Aqasi. Celui-ci est toujours emporté par son principal trait de caractère: la bouffonnerie. Rien de sérieux, un grand laisser-aller, l'esprit volage, il n'a de plaisir que dans l'échec des idées des autres.

Muhammad Shah, intrigué par l'exaltation des Persans, charge l'un de ses conseillers les plus érudits, mulla, homme de confiance et de grande influence, Siyyid Yahyay-i-Darabi surnommé Vahid (l'unique), d'entreprendre une enquête sur le Bab. Le conseiller hautement respecté, après trois rencontres avec le Bab, est conquis. Il décide de vouer sa vie entière et ses ressources à la foi nouvelle. Il transmet une lettre au souverain en lui témoignant sa croyance passionnée au Bab.

Après la première entrevue, Vahid déclare à un ami:

"En sa présence, je fis étalage à l'excès de mes propres connaissances, mais il fut capable de donner en quelques mots une réponse à toutes mes questions."

Par la suite l'érudit dévoilera:

"Aussitôt que je fus introduit en sa présence, une sensation de crainte, que je ne pouvais réprimer, me saisit subitement. Le Bab, constatant mon état, se leva de son siège, avança vers moi, et, me prenant par la main, me fit asseoir à ses cotés."

"Demande-moi tout ce que désire ton coeur. Je te le révélerai volontiers." prononça le Bab.

"Comme un enfant ne pouvant ni parler ni comprendre, je me sentais incapable de répondre. Le Bab souriait tout en me regardant et dit:

"Si je te révèle les réponses aux questions que tu te poses, reconnaîtrais-tu que mes paroles sont nées de l'esprit de Dieu? Admettrais-tu que mes propos ne sont en aucune façon empreints de magie et de sorcellerie?"

"Comment pourrais-je décrire cette scène d'inexprimable majesté? Les versets coulaient de sa plume avec une rapidité réellement surprenante. L'incroyable facilité de son écriture, le doux murmure de sa voix et la prodigieuse force de son style me stupéfièrent et me désorientèrent."

Vahid conclut le rapport relatif à son enquête sur le Bab en écrivant:

"Tel fut l'état de certitude auquel j'étais parvenu que rien ne pouvait ébranler ma conscience en la grandeur de sa cause." (15)

Après la lecture du rapport, Muhammad Shah déclare à son premier ministre:

"Nous avons été informé que Siyyid Yahyay-i-Darabi (Vahid) est devenu disciple du Bab; si cela est vrai, il nous incombe de cesser d'amoindrir la cause de ce jeune homme." (16)

Le Shah convoque le Bab dans la capitale; le bouffon, l'intrigant Haji Mirza Aqasi se déchaîne comme jamais auparavant. Il craint l'influence du Bab sur son souverain s'ils se rencontrent. De leur coté, les hauts dignitaires du clergé, atterrés face à une telle influence, dénoncent le Bab comme hérétique et, lors d'une assemblée, le condamnent à mort. Par ses intrigues, le ministre réussit à faire échouer le plan de la visite du Bab dans la capitale, puis l'exile dans les repaires montagneux de l'Adhirbayjan, au nord du pays, et l'emprisonne à Mah-ku puis à Chihriq.


3.6. Emprisonnement du Bab et son message

La province de l'Adhirbayjan, Mah-ku, est la prison du Bab. Le Bab prie, écrit sans cesse, sa douceur demeure inaltérable. Les paysans locaux, subjugués par la gentillesse du Bab, sa modestie, sa courtoisie, instruits par ses conseils et son savoir, commencent aussi à le vénérer. Son prestige et sa popularité s'accroissent. Des visiteurs, modestes ou importants, continuent d'affluer vers le Bab. Malgré eux, ceux qui l'approchent subissent l'influence éblouissante de son visage, de ses manières, de son langage, de ses paroles. Chacun ressent l'intensité d'une flamme vivante. La beauté de son caractère est si rayonnante qu'elle a un pouvoir transformateur sur ceux qui l'entourent.

Ces honneurs accordés au Bab constituent les raisons de son transfert dans la forteresse de Chihriq (le mont de la douleur) où la réclusion devint plus rigoureuse et plus sévère. Pourtant, la population locale kurde ne résiste pas non plus à l'influence pénétrante du prisonnier. Une auréole de sainteté, de science, et d'éloquence l'entoure.

Des érudits de haute valeur, de hauts dignitaires du clergé, des fonctionnaires du gouvernement épousent la cause du prisonnier. L'un des visiteurs est un homme venu de l'Inde. Prince dans son pays, il put atteindre Chihriq habille en ermite. Selon les narrateurs, il avait vu le Bab dans une vision. Abandonnant richesse et position, il n'aspirait qu'a parvenir en sa présence. Durant sa visite, le Bab l'invite à retourner en Inde répandre ses enseignements.

En prison, le Bab fond de douleur à cause des tortures et de la mort de ses compagnons. Sa tristesse ne l'empêche pas de finir d'écrire la plupart de ses ouvrages. Il sait que sa mort arrivera bientôt mais aussi que son message sera universel et englobera le monde entier. La pensée d'engendrer ce jour lui est si précieuse qu'elle illumine et adoucit jusqu'à ses chagrins les plus intimes.

L'ampleur de ses Ecrits, la diversité des sujets traités, sont une des caractéristiques de son activité littéraire: prières, homélies, allocutions, traités scientifiques, dissertations doctrinales, exhortations, commentaires sur le Qur'an et sur diverses traditions, épîtres personnelles aux rois et aux principaux dirigeants ecclésiastiques et gouvernementaux et surtout les lois et les ordonnances de la nouvelle foi.

Parmi les nombreux livres du Bab, on remarque spécialement les suivants:

* Le célèbre commentaire sur la surih de Joseph sous le titre Qayyumu'l-Asma' dont le premier chapitre fut écrit le soir même de la déclaration de l'auteur en présence de son premier disciple.
* Le Bayan (Exposé), répertoire magistral des lois et préceptes de la nouvelle religion et les avertissements au sujet de "Celui que Dieu rendra manifeste", louange a l'égard du Promis annoncé.
* Les Ecrits à Muhammad Shah et aux différents dignitaires.
* Le Dald'il-i-Sab'ih (le Livre des Sept Preuves), le plus important des ouvrages polémiques du Bab.

A travers son enseignement, le Bab annonce et prépare le chemin pour la venue du Promis de tous les âges dont la mission serait d'inaugurer une ère de vertu et de paix, une ère qui accomplirait toutes les promesses et prophéties des religions antérieures. Elle commencera un nouveau cycle dans l'histoire de l'humanité. Le Bab déclare à ses fidèles en se référant a "Celui que Dieu rendra manifeste":

"Si quelqu'un entendait un seul verset de Lui et le récitait, ce serait préférable que de réciter le Bayan un millier de fois." (17)

Outre sa mission de Précurseur, le Bab revendique le même rang que celui des grands fondateurs des religions portant une loi nouvelle.

Le Bab atteste la notion de la révélation divine progressive à travers le temps apportée par Moise, Jésus, Muhammad, où la vérité spirituelle reste la même; seules les lois sont abrogées d'une religion à l'autre.

De même, le Bab instaure un nouveau code de lois au sujet de la prière, du jeune, du mariage, du divorce, de l'héritage entre autres. Il change les lois et les cérémonies islamiques les concernant. Par exemple, il rend le divorce plus difficile en instaurant une période d'un an de patience avant de prononcer le divorce et le consentement des deux conjoints. Celle loi remplace la possibilité de la répudiation immédiate de l'épouse selon la loi coranique.

Dans ses enseignements moraux et sociaux, le Bab exalte les vertus nécessaires à la vie de l'homme. Il met en relief les valeurs de courtoisie, d'amour fraternel, de pureté morale.

"Ne contristez qui que ce soit pour quoi que ce soit" (18), dit le Bab.

L'idéal du vrai babi doit être l'amour pur, sans aucun espoir de récompense ni aucune crainte de châtiment.

Il insiste sur l'importance de cultiver les arts et les métiers utiles et la généralisation de l'instruction élémentaire. Il énonce la haute valeur de la femme devenue l'égale de l'homme, et le respect qui doit lui être rendu, le secours aux pauvres par les fonds communs. La mendicité est interdite, l'usage des boissons alcoolisées également.

Une autre partie des enseignements fondamentaux du Bab consiste dans une approche de la connaissance de Dieu:

"Le seul vrai Dieu peut être comparé au soleil et le croyant à un miroir. Dès qu'on place le miroir devant le soleil, il en reflète la lumière", écrit le Bab(19).

A travers ses Ecrits, on reconnaît l'éclaircissement mystique des termes eschatologiques, tels que paradis, enfer, mort, retour, balance, heure et expressions similaires. Par exemple le concept de paradis constitue le bonheur du à la connaissance et à l'amour de Dieu, tandis que l'enfer est la privation de l'approche de Dieu.

Dans le contexte d'une époque de décadence et de désintégration, la naissance de la nouvelle foi babie avec ses doctrines religieuses, ses normes de morale, ses principes sociaux porte d'une manière ostensible un défi à toute la structure traditionnelle de la société persane.


3.7. La communauté babie

La communauté babie est ardente, hardie et chacun de ses membres brûle de sacrifier son rang et sa vie à la nouvelle religion. Pendant l'emprisonnement du Bab, ses adeptes redoublent d'empressement. Ils sont remplis d'un tel amour pour leur cause, qu'ils veulent faire connaître à la Perse entière la joie de leur découverte du message divin. Ce qui met en mouvement la foi des premiers babis est moins l'acceptation d'une nouvelle philosophie de la vie, qu'une dévotion au Bab et une croyance passionnée en son rang de "Manifestation de Dieu".

Ils sont remarqués et respectés pour leur zèle, leur foi et leurs moeurs sévères. Hommes de grande considération, on les attend avec impatience dans toutes les villes. Ils sont recherchés, écoutés et crus avec ferveur.

La plupart d'entre eux sont aussi jeunes que le Bab et peut-être la flamme de leur jeunesse contribue-t-elle à animer le mouvement babi de cet esprit d'audace et de courage.

Parmi les nombreux épisodes héroïques de la communauté babie, quelques-uns seront relatés. Trois personnages principaux y prendront part. Ils sont parmi les dix-huit premiers disciples du Bab:

* Haji Muhammad-'Aliy-i-Barfurushi nommé Quddus, est un jeune érudit de 22 ans. Il avait été l'un des disciples les plus estimés du Shaykhisme. Il représente pour les babis un personnage vénéré pour sa science, sa pureté, son dévouement.

* Mulla Husayn-i-Bushru'i, premier disciple du Bab, est désigné par lui sous le nom de "Babu'1-Bab" (la porte de la Porte). Tous lui reconnaissent un grand savoir et une extrême énergie de caractère. Il est l'homme au "coeur de lion". Emporté par son zèle, il reçoit la mission d'aller à Téhéran et à Khurasan proclamer le message. Il est le premier missionnaire babi. Partout on l'acclame pour ses discours et son exemple.

* Zarrin-Taj ou Qurratu'l-'Ayn (Consolation des yeux), dénommée Tahirih (la pure), jeune femme d'une trentaine années, appartient à une illustre famille sacerdotale islamique. Fille et épouse de prêtres musulmans, elle est une poétesse et érudite de grande renommée. Sans avoir jamais vu le Bab, elle déclare sa foi et devient l'un de ses dix-huit premiers disciples. Elle est l'objet préféré de la vénération des babis. Musulmans et babis font d'extraordinaires éloges de la beauté de Tahirih. Les mémorialistes ajoutent qu'on admire bien plus encore l'esprit et le caractère remarquable de cette jeune femme. Elle ne se contente pas d'une croyance passive envers le Bab mais confesse sa foi en public et proclame avec fougue les enseignements de son maître. Elle fait rayonner autour d'elle une foi passionnée, un enthousiasme illimité.

"Mulla Salih avait parmi ses enfants une fille, Zarrin-Taj - la couronne d'or - qui attira sur elle l'attention dès sa plus tendre enfance... Sa vive intelligence s'assimila rapidement le fatras de la science islamique, sans s'y noyer, et bientôt elle fut à même de discuter sur les points les plus obscurs et les plus confus... Sa réputation était bien vite répandue dans la ville et ses concitoyens la considéraient, à juste litre, comme un prodige. Prodige de science, mais aussi prodige de beauté... Sa réputation devint immense dans la Perse savante et les hautains ulémas consentirent à adopter quelques-unes de ses hypothèses ou de ses opinions... Elle était, comme nous le verrons par la suite, d'un tempérament ardent, d'une intelligence nette et lucide, d'un sang-froid merveilleux, et d'un courage indomptable. Toutes ces qualités réunies devaient l'amener à s'occuper du Bab dont elle entendit parler dès son retour à Qazvin. Ce qu'elle en apprit l'intéressa si vivement qu'elle entra en correspondance avec le Réformateur et que bientôt convaincue par lui, elle fit connaître sa conversion urbi et orbi. Le scandale fut immense et le clergé consterné. En vain son mari, son père, ses frères la conjuraient-ils de renoncer à cette dangereuse folie, elle resta inflexible et proclama hautement sa foi."
A.-L. M. Nicolas (20)

"L'apparition d'une femme comme Qurratu'l-'Ayn était un phénomène rare en tout temps et dans n'importe quel pays, mais dans une contrée telle que la Perse, c'est un prodige, que dis-je presque un miracle."
E.G. Browne (21)

Hakim Masih, l'arrière-grand-père de mon père, rabbin respecté, médecin recherché de Téhéran, est descendant d'une lignée de praticiens.

Médecin attitré de Muhammad Shah, il l'accompagne à un pèlerinage à Karbila en Irak. Au cours du voyage, Hakim Masih rencontre un groupe d'érudits, la plupart des 'ulémas; avec eux il va écouter une allocution et discussion avec une femme assise derrière un rideau, selon la coutume islamique.

Le discours sortant de derrière le rideau a une telle logique que les interlocuteurs sont conquis et ne réussissent plus à répondre aux arguments. Mon ancêtre, juif pieux, demeure perplexe; convaincu par le raisonnement de cet être, il croit en ses paroles. Il n'avait pas encore entendu parler du Bab et il pensa que cette personne pouvait être le Promis. Il ira écouter trois fois, puis il continue son pèlerinage avec le Shah et retourne à Téhéran.

Dans la capitale, il entend dire qu'aucun médecin ne consent à aller soigner en prison l'enfant d'un babi, le célèbre Mulla Asdaq, emprisonnés tous deux à Siyah-Chal (fosse noire) de Téhéran, à cause de leur foi. Le praticien se rend a la prison. Il apprend par le prisonnier que la femme érudite est Tahirih. Mulla Asdaq lui parle de la religion du Bab et de ses enseignements. Conquis et convaincu, Hakim Masih est la première personne de la communauté juive à embrasser la foi babie. Ses descendants, bien que demeurant jusqu'à mon grand-père les médecins attitrés des Shahs successifs Qajar, deviendront tour a tour de fervents adeptes de la foi nouvelle. Tous les nouveaux adeptes du Bab se mettent à répandre avec ferveur et passion ses enseignements. En quelques années, des centaines de milliers d'hommes et de femmes s'empressent de se joindre aux babis. Parmi eux se trouvent de nombreuses personnes de haute considération et respectées pour leur vertus. On compte une majorité de représentants de classes laborieuses paysannes, un grand nombre d'érudits, de respectables théologiens, des hauts dignitaires du clergé islamique, des mulla, des hommes de science, des membres de la famille royale, des notabilités ainsi que des représentants des minorités religieuses zoroastrienne, juive et chrétienne. Partout l'essor de la foi nouvelle est marqué par des passions ardentes.

En quelques années, la foi babie a enflamme une grande partie de la Perse.

"Une de ces étranges explosions d'enthousiasme, de foi, de dévotion fervente et d'héroïsme indomptable... L'esprit qui anime les babis est tel qu'il ne peut guère manquer de toucher d'une manière très puissante tous ceux qui se sont soumis à son influence... Que ceux qui n'ont rien vu ne me croient pas s'ils ne veulent pas, mais si cet esprit se révélait à eux une seule fois, ils feraient l'expérience d'une émotion qu'ils n'oublieraient point de si tôt."
E. G. Browne (22)


3.8. Conférence de Badasht

1848, premier concile des babis dans le hameau de Badasht, la province du Mazindaran. Les disciples marquent et affirment ouvertement l'indépendance, par rapport à l'islam, de la foi nouvellement née.

Mirza Husayn-'Ali, plus tard surnommé Baha'u'llah, l'un des disciples vénérés de la foi babie, devait guider discrètement la conférence.

Quddus, l'élément conservateur dans cette assemblée, devait atténuer le choc d'une telle conférence.

Tahirih, allait proclamer les vues les plus extrémistes du Bab.

Pendant l'une des journées de la conférence, Tahirih apparaît pour la première fois le visage dévoilé devant les disciples et s'assoit à coté de Quddus. L'effet est foudroyant. Tahirih représentait une créature d'une pureté immaculée, le symbole de la chasteté. Les Persans la révéraient à un tel point que regarder même son ombre était inconvenant. Cet acte semblait souiller la figure immortelle qu'elle symbolisait et jeter le déshonneur sur la pureté de la foi.

Les condisciples perdant leurs facultés devant un tel événement sont saisis de colère, crainte et stupéfaction. Une agitation incroyable règne dans assemblée. Quddus furieux et indigne semble vouloir la frapper avec l'épée qu'il tient à la main. L'un des disciples, perdant la raison, s'enfuit de la vue de Tahirih en se tranchant la gorge. Quelques-uns abandonnent la conférence et renient leur foi. D'autres demeurent pétrifiés et ahuris.

Certains, profondément remués, se rappellent la tradition islamique prédisant l'apparition de la sainte Fatimih sans voile au jour du jugement dernier.

Tahirih, sereine et débordante de joie, se lève et avec l'ardeur qui la dévore, lance un éloquent appel à l'assemblée. Elle proclame que l'ère de paix et de vertu qui s'annonce ne peut se réaliser sans les sacrifices de la génération chargée de les accomplir. Elle offre la contribution des femmes pour partager les dangers et les mérites de ses condisciples. Son geste et ses paroles marquent non seulement l'émancipation de la femme en Perse mais encore symbolisent une rupture soudaine et complète avec le passé. Elle termine son appel sur une affirmation hardie:

"Je suis la Parole que le Qa'im doit prononcer, la Parole qui mettra en fuite les nobles et les chefs de la terre." (23)

Puis elle invite les disciples à célébrer une aussi grande circonstance.

Jusque-là, la grande masse des fidèles n'avait pas encore été initiée aux revendications les plus anticonformistes du Bab. A ce concile, le mouvement babi dépasse les souhaits futurs pour se diriger vers les lois et les préceptes du Bab qui doivent être introduits pratiquement dans la nouvelle foi. Les adeptes eurent le courage de défier les conventions de leur société par la rupture avec l'organisation, les coutumes, le sacerdoce et la forme du culte du passé. La naissance d'une nouvelle religion est marquée par l'abrogation de l'ordre ancien, de la loi islamique et l'instauration d'une nouvelle ère religieuse.

L'appel est lancé par une femme. Un but aussi hardi sera atteint.


4. Le massacre des babis

"Les provinces du centre et du sud étaient profondément remuées par les prédications enflammées des missionnaires de la nouvelle doctrine... les mulla anxieux, sentant leur troupeau frémissant prêt à leur échapper, redoublaient de calomnies et d'imputations infamantes. Des mensonges les plus grossiers, les imaginations les plus sanglantes étaient par eux répandus dans la populace hésitante, partagée entre l'horreur et l'admiration..."
A.-L. M. Nicolas (24)

A travers toute la Perse, le commandement reçu par les autorités tant civiles que ecclésiastiques est de punir et de châtier de manière exemplaire tous les babis.

Dès la proclamation du Bab et l'expansion de la ferveur du mouvement, la plupart des mulla exaspérés se mettent partout sur la défensive. Le clergé, résolu à éteindre cette foi, convainc les autorités civiles; ces deux forces réunies prennent vigoureusement l'offensive.

Pourquoi une telle violence s'abat-elle donc sur cette communauté religieuse?

Tous les non-musulmans: les juifs, les zoroastriens et les chrétiens, ont souffert en Perse de la loi shi'ih de l'impureté (Najis) apliquée aux fidèles des religions autres que l'islam. La dynastie des Qajar (1794-1925) représentait, après la dynastie des Safavides, un retour à la pire intolérance shi'ih. Cette loi de l'impureté s'applique aussi aux babis. Toutefois l'opposition était pas due seulement à l'intolérance, mais dans l'assertion du Bab proclamant être le Promis attendu pour inaugurer une ère nouvelle. C'est ainsi que les persécutions des babis ne sont pas comparables à celles des autres minorités.

La force d'opposition la plus importante sera le clergé poussé par la peur de perdre le pouvoir sur la masse de la population et par sa jalousie face à une communauté naissante, religieuse, croissante et saine. Les mulla sont extrêmement irrités, mécontents et effrayés de l'essor du mouvement babi. Ils voient le danger d'un affaiblissement de leur monopole et de leurs ambitions. Ils craignent surtout que leur conduite cachée soit dévoilée s'ils avaient à faire à un peuple éclairé. Ils réussissent, par des calomnies invraisemblables, à convaincre le gouvernement que les babis sont des traîtres envers l'islam, et représentent un danger non seulement pour le clergé, mais aussi pour l'Etat et pour l'ordre social de la Perse.

D'autre part, les membres du gouvernement et les autorités civiles, incités par la monstrueuse campagne de dénigrement, saisissent l'occasion de satisfaire leurs convoitises personnelles. Dès qu'un personnage ambitieux veut faire du zèle auprès de ses supérieurs, il n'a qu'a persécuter les babis et sa promotion est garantie.

Et enfin, parmi la population, ceux qui ne vérifient pas personnellement les enseignements de la nouvelle foi, subissent l'influence des calomnies. Ils se livrent par leur ignorance à un fanatisme cruel.

En fait, l'histoire des religions se répète. La cause du rejet et de la persécution du Bab et de ses adeptes est la même que celle du rejet et de la persécution du Christ et des premiers chrétiens. Si Jésus n'avait pas apporté un nouveau livre ni de nouveaux principes spirituels et sociaux, il n'aurait pas été crucifié.

"Méditez ces paroles que Jésus adressa à Ses disciples en les envoyant de par le monde propager la cause de Dieu. C'est avec de telles paroles qu'Il leur enjoignit de se lever et de remplir leur mission: "Vous êtes comme le feu allumé dans les ténèbres de la nuit au sommet de la montage. Que votre lumière resplendisse aux yeux des hommes! La pureté de votre vie et le degré de votre renoncement doivent être tels, que les peuples de la terre en vous voyant reconnaissent leur Père céleste et se rapprochent de Lui qui est la source de la pureté et de la grâce. Car nul n'a vu le Père qui est aux cieux. Vous, Ses enfants spirituels, vous devez par vos actes donner l'exemple de Ses vertus et témoigner de Sa gloire... L'heure est venue ou seuls les motifs les plus désintéressés, appuyés par des actes sans tache, peuvent s'élever jusqu'au Trône du Très-Haut et trouver grâce auprès de Lui. Seules les bonnes paroles suivies de bonnes actions seront exaltées devant Lui."
Le Bab (25)


4.1. Changement de règne

Muhammad Shah est agonisant. Haji Mirza Aqasi, pivot du gouvernement, demeure incompétent, superficiel et indécis. Parfois, il soutient le verdict des 'ulama, parfois il les condamne pour leur agressivité, parfois il retombe dans ses rêveries et se moque de la gravité de la situation jusqu'à l'annonce du décès de Muhammad Shah.

En Perse, un changement de règne a toujours eté une période très critique. Il s'établit une anarchie plus ou moins longue et d'un caractère plus ou moins violent et tourmenté. Il n'existe plus aucune légitimité, ni de pouvoir. Les frénésies sanglantes tombent sur les babis.

1848, le jeune Nasiri'd-Din Shah monte sur le trône à 17 ans. A Téhéran, les fêtes de l'intronisation royale terminées, Haji Mirza Aqasi est chassé de son pouvoir. L'Amir-Nizam, Mirza Taqi Khan prend la direction des affaires. Homme impitoyable et despote, il est résolu à faire infliger un châtiment immédiat et exemplaire aux babis.

Lorsque les grands de chaque province viennent à Téhéran rendre leurs hommages au souverain, on leur recommande de couper court à l'effervescence des babis. Ils promettent d'agir pour le mieux. Afin de recevoir les récompenses promises par le ministre, les gouverneurs, magistrats et autres fonctionnaires de toutes les provinces font preuve de zèle pour massacrer les adeptes d'une foi proscrite.

Pour la première fois, une campagne systématique des forces du clergé et de l'Etat réunis est lancée à travers toute la Perse pour exterminer les babis. Les historiens de l'époque et les ambassadeurs européens accrédités en Perse relatent avec stupéfaction les événe


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