LibertyVox • Voir le sujet - POLOGNE
 
 
Retour à l'accueil
Index du forum

LibertyVox

La voix est libre !
Nous sommes le 21 Aoû 2019, 23:42

Heures au format UTC [ Heure d’été ]




Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 111 messages ]  Aller à la page 1, 2, 3, 4, 5 ... 8  Suivant
Auteur Message
 Sujet du message: POLOGNE
MessagePublié: 09 Juil 2006, 06:29 
De Nina
Posté le: 05 Juil 2006, 14:20 Sujet du message:
--------------------------------------------------------------------------------
Bon...euh...Mr ou Mme LibertyVox va pas apprécier que je sois fainéante mais je tenais à en parler...Pardonne-moi Gershom si j'utilise ton fil !

Commémoration du POGROM DE TILSE EN POLOGNE....aujourd'hui !!!

Il y a 60 ans jour pour jour, les juifs rescapés des camps de la mort, repartis chez en eux en Pologne ont été tués par les polonais à coups de pierres et de haches 13 MOIS APRES LA FIN DE LA GUERRE !!!

Nous comptons près de 1500 juifs morts en Pologne APRES LA GUERRE !!!
POUR QU'ON N'OUBLIE JAMAIS !!!

PS : Et que D.ieu pourrisse la vie de RADIO-MARIA, radio polonaise véhiculant tous les jours des appels à la haine antisémite !!!!
------------------------------------------------------------------------
LibertyVox
Administrateur
Posté le: 05 Juil 2006, 14:23 Sujet du message:
--------------------------------------------------------------------------------
Pas de problème Nina... Mais vous savez, l'information circulait très mal en Pologne et ils n'ont appris la fin de la guerre que par Jean-Paul II, sinon, jamais ils n'auraient fait ça

En fait je reprends ce qu'a écrit Nina sur le fil de Gershom mais ..j'ai regardé :roll: iil n'y a aucun fil sur ce sujet.
Or ce qui me frappe c'est que dans les conversations privées plusieurs juifs m'ont parlé de l'antisémitisme des Polonais. Ce fut aussi bien Betty Dan, du centre culturel de Bruxelles que le docteur Nahum, de Radio judaïques FM, des gens modérés et cherchant plus à minimiser qu'à aggraver.
Ce que j'ai entendu m'a totalement stupéfiée. Des juifs qui retournaient sur les lieux, à Auschwitz , récemment et qui étaient insultés par des Polonais.
Et je lis le post de Nina , sur "Radio Maria" :roll:
Dois-je continuer et que va-t'on encore me fournir comme justification "catholique".
Pour répondre à Clotilde, ce n'est pas que je n'accepte pas la contradiction. Mais j'ai vécu dans un milieu catholique où jamais je n'ai entendu parler de l'antisémitisme de la Pologne. :roll: :roll:


Dernière édition par Delcambre le 09 Juil 2006, 06:46, édité 1 fois au total.

Haut
  
Répondre en citant  
 Sujet du message:
MessagePublié: 09 Juil 2006, 08:49 

Enregistré le: 07 Juil 2006, 11:24
Messages: 79
Radio Maryja* s'est hélas illustrée en ce domaine.
Voici l'extrait d'un rapport publié sur le site du Conseil de l'Europe. Il décrit très clairement l'antisémitisme, conjugué au temps présent, d'une partie de la très catholique Pologne :

" Radio Maryja, station fondée par un prêtre catholique et célèbre pour ses émissions intolérantes et particulièrement antisémites, au mépris de plusieurs rappels à l’ordre par l’Eglise catholique. D’autres prêtres catholiques ont fait l’objet de critiques en raison du caractère antisémite de leurs sermons, comme par exemple un prêtre d’une église de Gdansk, tenu par plusieurs sources pour responsable d’actes et de propos antisémites répétés. L’antisémitisme se manifeste également à l’occasion d’événements publics, comme des matches de football où le mot « Juifs » est utilisé comme injure contre les supporters de l’équipe opposée, ou dans des concerts de « musique du pouvoir blanc ». Le réseau Internet est aussi utilisé pour diffuser l’antisémitisme en Pologne, à partir de sites hébergés en Pologne ou à l’étranger. L’ECRI est également préoccupée par des informations selon lesquelles des politiciens de partis d’extrême-droite ou nationalistes, comme la Ligue des familles polonaises (LPR, Liga Polskish Rodzin) et la Renaissance nationale de la Pologne (NOP, Narodowe Odrodzenie Polski), tiennent souvent des propos antisémites. L’ECRI a appris avec une plus grande inquiétude que des politiciens des partis non extrémistes ont aussi fait des déclarations xénophobes et antisémites, exploitant ainsi les sentiments de certains membres de la population polonaise pour gagner des voix pendant des campagnes électorales.

96. Bien que certains actes antisémites aient donné lieu à des poursuites, l’ECRI note avec une grande inquiétude que la station Radio Maryja ou encore la librairie Antik sont régulièrement signalés pour incitation ouverte à l’antisémitisme depuis plusieurs années, sans qu’il soit possible de mettre fin à leur comportement répréhensible. Cela semble indiquer une application insuffisante des mesures visant à interdire les actes et les propos à caractère antisémite."

L'intégralité du rapport [url=http://www.coe.int/T/F/Droits_de_l%27Homme/Ecri/1-ECRI/2-Pays-par-pays/Pologne/Pologne_CBC_3.asp#P419_83634]ici[/url].

* Les recherches seront plus faciles avec son nom polonais


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
MessagePublié: 09 Juil 2006, 14:00 
Delcambre a écrit:
jamais je n'ai entendu parler de l'antisémitisme de la Pologne. :roll: :roll: [/b]



:lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :lol:
le milieu catho français me parait vraiment decidement bien exotique !

les polonais sont antisemites comme ils sont polonais ou presque, bien sur il y a des exceptions et des justes parmi les polonais mais c'est vraiment l'exception

entre l'eglise catholique, l'utlisation des juifs par les occupants russes contre les polonais, puis le nationalisme a un moment ou les juifs vivaient sur un mode "communautaire", puis le communisme : l'antisemitisme est a un degre extreme parmi les polonais ! au point d'avoir fait ces pogroms apres la II guerre !


Haut
  
Répondre en citant  
 Sujet du message:
MessagePublié: 09 Juil 2006, 14:32 
POLONAIS ET ANTISEMITE....PLEONASME SECULAIRE !!!

Voici d'un ami DSK..."je préfère en rire de peur à avoir à en pleurer !"


Haut
  
Répondre en citant  
 Sujet du message:
MessagePublié: 09 Juil 2006, 15:20 
Il y a plusieurs siecles, quand la pologne a recueilli les juifs espagnols, cela n'etait pas encore le cas.


Haut
  
Répondre en citant  
 Sujet du message:
MessagePublié: 09 Juil 2006, 15:42 
Coran Tanplan
Avatar de l’utilisateur

Enregistré le: 07 Avr 2006, 16:08
Messages: 9600
Localisation: Belgique
:shock: :shock: :shock:

Merde...c'est moi qui ai signalé l'appel de ce site sur le fil dédié à O.F. :oops:

Mille excuses à mes amis juifs présents ici, je ne savais pas :evil: :evil: :evil:


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message:
MessagePublié: 09 Juil 2006, 16:11 
Mais tu as bien fait Mécréant ! Je ne t'en veux absolument pas au contraire !!!

Je veux tout savoir !

Amicalement,

Nina


Haut
  
Répondre en citant  
 Sujet du message:
MessagePublié: 09 Juil 2006, 17:30 
Coran Tanplan
Avatar de l’utilisateur

Enregistré le: 07 Avr 2006, 16:08
Messages: 9600
Localisation: Belgique
Nina a écrit:
Mais tu as bien fait Mécréant ! Je ne t'en veux absolument pas au contraire !!!

Je veux tout savoir !

Amicalement,

Nina


Merci Nina, mais ca m'apprendra à ne pas vérifier les trucs que je poste...

Ca me servira de leçon pour la prochaine fois :|

:wink:


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message:
MessagePublié: 10 Juil 2006, 16:41 
De Cromagnon

Enregistré le: 10 Sep 2005, 17:38
Messages: 1059
Source Haaretz
Pour les non anglophones, Israel ne veut plus avoir à faire avec le minsitre polonais de l'éducation, issu d'un parti antisémite ultra catholique car il pourrait nuire à l'éducation de la Shoah.

Last update - 18:42 09/07/2006

Polish coalition jeopardizes cooperation on Holocaust education

By The Associated Press

WARSAW - Israeli officials have decided to refuse all contact with Poland's new education minister because he leads a right-wing party they consider anti-Semitic, a policy that could hinder cooperation in the area of Holocaust education, officials said Sunday.

Jerusalem is stopping short of a formal boycott of relations with Roman Giertych, but has decided instead to shun any dealings with him, said Tali Samesh, a senior official in the Foreign Ministry in Jerusalem.

"The Polish education minister is the president of a Polish party... that is an anti-Semitic party by definition, therefore we are not interested in having contacts with him," Samesh said. "We are not initiating anything with that minister."

Poland plays a pivotal role in Holocaust remembrance, because Nazi Germany's death camps such as Auschwitz, Chelmno, Majdanek and Treblinka, were set up on occupied Polish territory.

Under communism, Poland's authorities downplayed Jewish suffering in the Holocaust; but since the collapse of communism 16 years ago, the country has made great strides in promoting Holocaust education and building strong ties with Israel.

The League, known by its initials in Polish, LPR, is a small ultra-Catholic and nationalist party that joined the governing coalition in early May, sparking street protests in Warsaw and other cities.

The Jewish community is also concerned about the party's far-right youth wing, the All-Polish Youth, consisting of members who have used Nazi slogans and gestures. The League itself is ideologically linked to a pre-World War II party, National Democracy, that led successful efforts to limit the numbers of Jews at Polish universities and segregate them from Christians.

"We have a standing policy not to talk to LPR members, and this goes back before the formation of this coalition," Israel's ambassador to Poland, David Peleg, told The Associated Press. "I am not going to meet or to talk to Mr. Giertych."

Giertych denied he was anti-Semitic and indicated he found Peleg's stance unfair.

"I like the Jewish nation and I can't see a reason why the ambassador doesn't like me," Giertych was quoted as saying by the news agency PAP.

The governing Law and Justice party, a socially conservative party, formed the coalition with the league and another small party, Self-Defense, in May.

Peleg said he has expressed his displeasure to Polish leaders over handing the Education Ministry to this party. According to Peleg, the Education Ministry forms the "core" of Polish-Jewish and Polish-Israeli. The ministry oversees Holocaust education in Poland, youth exchanges and the annual March of the Living, a Holocaust remembrance march at Auschwitz-Birkenau that draws thousands from Israel.

Peleg said Polish leaders have suggested they might transfer all Israel-related matters to a different ministry in order to facilitate Israeli-Polish cooperation - a move Peleg supports.

Giertych suggested Peleg was overstepping his bounds by pushing for such a solution, saying, "It's not a good practice for the ambassador to suggest what the scope of certain ministries should be."

A new prime minister and Cabinet are expected to take office in coming days, after Law and Justice accepted the resignation of Prime Minister Kazimierz Marcinkiewicz on Saturday.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message:
MessagePublié: 10 Juil 2006, 18:46 
J'adore le titre de ce fil !!!

AU BIBERON QU'ILS SONT ANTISEMITES LES POLONAIS !!!! :lol: :lol: :lol:

D'ailleurs, tout le monde aura remarqué à quel point ILS SONT PLUS RICHES depuis l'anéantissement de leurs juifs...

Ca avait même commencé par les pogroms...une routine...Puis, dès que les nazis ont été annoncés, le mouvement s'est accéléré et c'est par DIZAINES DE MILLIERS QUE LES JUIFS ONT ETE TUES !!!

Récemment, un milliardaire israélien s'est offert le luxe de toute sa vie !!!

Il s'est offert une équipe de tournage, des journalistes, une carte de presse pour lui-même et est parti dans le village polonais où il était né...

Orphelin, complètement seul depuis la seconde guerre mondiale, il voulait savoir si "certains ragots" sur la mort de sa famille étaient avérés...

Il se fit recevoir par le maire de ce village...Le vieillard avait toute sa tête...L'équipe se présenta sous une autre nationalité bien sûr !!!

Et là...devant la caméra....le milliardaire israélien apprit enfin la réalité des causes de la mort de ses parents, frères et soeurs...(lui était chez un oncle ce qui le sauva)...

Les villageois sont tous arrivés (dont l'actuel maire) dans la maison de ses parents et ont tué son père et son petit frère...Sa mère, terrorisée, s'est défenestrée avec sa petite fille dans ses bras...

Voilà sans doute pourquoi il ne trouvait pas les noms de ses parents à Yad Vashem...

Combien d'autres sont morts et oubliés dans des conditions aussi terribles...tués par de "gentils" voisins de toujours.... ??? COMBIEN ???


Haut
  
Répondre en citant  
 Sujet du message:
MessagePublié: 10 Juil 2006, 20:15 
De Cromagnon

Enregistré le: 10 Sep 2005, 17:38
Messages: 1059
Mon grand-père paternel qui était allemand d'origine et qui s'est installé en France à la fin du 19ème siècle disait: "l'antisémitisme, les allemands le boivent au sein de leur mère".

J'ai un reportage très émouvant sur une casstte VHS quelquepart.
Il s'agit d'un juif américain aux origines polonaises qui contacte le jeune maire de la petite ville dont sa famille est issue. Le maire très interressé participe avec ce monsieur à "l'exhumation" de l'histoire juive de sa ville jusqu'à ce que il s'agisse d'ériger un monument au morts de la guerre et là, silence radio!

Aucun juif et pourtant les pierres tombales de l'ancien cimetière servent de pas de porte.

bye


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message:
MessagePublié: 10 Juil 2006, 23:22 
MORTE DE RIRE !!!

ROMULUS ET REMUS AUX COMMANDES DE LA POLOGNE !!!

Des jumeaux pour tenir la très catholique Pologne : l'un est Président et son jumeau 1er Ministre !!! (si l'un se fait chier à une inauguration de champ de patate, l'autre le remplace et vice-versa...vachement utile n'empêche !!! )

Des fois que ce ne serait pas assez, on nous nomme un Ministre de l'Education d'extrème-droite antisémite !!!

Qui a dit que sur le fumier pouvait toujours pousser quelque chose ??? :lol: :lol: :lol: La Pologne est l'exception à la règle ??? MAIS OUI MAIS OUI... :lol: :lol: :lol:


Haut
  
Répondre en citant  
 Sujet du message:
MessagePublié: 28 Jan 2007, 19:54 
[img]http://www.lamed.fr/images/articles/s_s_shoah_230.jpg[/img]
Pologne, Roumanie...pays catholiques et qui jouèrent un sinistre rôle.


Haut
  
Répondre en citant  
 Sujet du message:
MessagePublié: 28 Jan 2007, 19:58 
Delcambre a écrit:
[img]http://www.lamed.fr/images/articles/s_s_shoah_230.jpg[/img]
Pologne, Roumanie...pays catholiques et qui jouèrent un sinistre rôle.

http://www.primo-europe.org/showdocs.ph ... -706427204


L'antisémitisme en Europe aujourd'hui: au-delà de la négation.
Albert Herszkowicz






"L'antisémitisme est avant tout une langue, l'espéranto de tous les chacals fascistes, quelle que soit leur nationalité".
Friedrich Gorenstein, écrivain russe (1932-2002).

Il y a beaucoup d'émotion et de réactions, absolument justifiées, à propos d'actes et de menaces antijuives en France et en Europe ces derniers mois. Ceci s'accompagne d'une avalanche de titres sur " le nouvel antisémitisme ", la nouvelle judéophobie (selon le titre de l'ouvrage de P.A.Taguieff paru en janvier 2002), en relation avec la situation au Moyen Orient; l'accent y est mis sur l'antisémitisme arabe, musulman voire prétendument d'extrême gauche.

Mais en Allemagne, c'est l'extrême droite nationaliste qui revendique des attaques contre des synagogues et tout récemment (5 septembre 2002) contre un monument commémoratif des marches de la mort. En Russie, en Pologne, en Autriche, en Roumanie, de puissants partis " populistes " dénoncent " l'influence juive " . En France Le Front National bien connu pour ses positions xénophobes et antisémites a crée la surprise par sa présence au deuxième tour de l'élection présidentielle d'avril/mai 2002.

En d'autres termes, pourquoi parler de l'antisémitisme aujourd'hui? Ne s'agit-il que d'une manière détournée et orientée d'aborder la situation au Moyen Orient?
La démarche qui suit tente de présenter une autre vision des choses dans ce qui veut être un éclairage européen, insistant sur la continuité historique de courants antisémites et de modalités de leur intervention dans les différents pays. C'est sur ce terreau que poussent les formes les plus récentes de la haine des Juifs.

France : le choc d'avril 2002
Le 21 avril dernier, 4,8 millions de voix se sont portées sur J.M. Le Pen, candidat du principal parti antisémite et négationniste d'Europe; au deuxième tour de la présidentielle, après la mobilisation que l'on sait, le candidat du FN a encore recueilli 5,5 millions de voix. Ces suffrages ne se sont pas portés sur lui principalement en raison de son antisémitisme et de son négationnisme, mais cet aspect n'a pas constitué un repoussoir pour des millions d'électeurs, et a peut-être participé à son succès, en résonance avec ses dénonciations xénophobes et antimondialistes. Il est donc utile de rappeler l'histoire du Front National dans ses rapports avec l'antisémitisme et le négationnisme.

Le " détail " et la passion négationniste
Le 13 septembre 1987 lors de l'émission " le Grand Jury R.T.L. " à une questions ainsi formulée: " Que pensez vous des thèses de Faurisson et Roques (négationnistes notoires) ? " : Le Pen répond :
« ... je suis passionné par l'histoire de la Seconde Guerre Mondiale. Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n'ont pas existé. Je n'ai pas pu moi-même en voir. Je n'ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Seconde Guerre Mondiale... »
Le détail n'est pas un lapsus ni le résultat d'un piège journalistique. C'est au contraire une affirmation emblématique et répétée qui montre que si le négationnisme est marginal dans le domaine historique et scientifique, il a enregistré d'immenses succès au plan politique. L'impact pratique du négationnisme se juge par le " détail ". Concernant l'expression antisémite du FN, c'est un saut qualitatif. Comme le dit Valérie Igounet, auteure de l'Histoire du négationnisme en France (Seuil 2000) :
« l'épisode du " détail " doit être considéré comme le véritable tournant de la stratégie frontiste. A une négation latente succède une négation patente »1.

En 1988, lors de l'affaire Durafour-crématoire, lorsque Yann Piat et F. Bachelot alors dirigeants du parti protestent devant le bureau politique, Bernard Anthony alias Romain Marie, chef de file du courant catholique intégriste au sein du FN, répond ainsi à Bachelot :
Tu n'as rien compris, nous sommes ici pour prendre notre revanche contre l'anti-France; c'est le lobby juif et le lobby maçonnique...2
Le Pen de son côté leur réplique :
« oui ce jeu de mots je l'ai fait exprès et j'y reviendrai systématiquement car nous ne pouvons pas passer sous le joug de la juiverie française ».3

Lorrain de Saint Affrique, longtemps conseiller en communication de Le Pen, note qu' " il est impossible de faire partie de la direction du FN si on ne partage pas des convictions négationnistes et antisémites ".

L'engagement antijuif et négationniste est absolument central dans l'univers de la direction et des cadres frontistes. Les déclarations et textes abondent. C'est la substance même de la continuité de l'extrême droite française depuis plus d'un siècle, son cœur identitaire construit autour de " la revanche contre l'anti-France ". C'est aussi l'outil par lequel Le Pen cimente l'unité des différentes fractions querelleuses de cette mouvance. Ces fractions divisées historiquement et idéologiquement, par exemple sur la place de la religion ou le programme économique, communient aisément dans la tradition antisémite française. Le chef et tribun est celui qui manie le mieux cette charge de violence.

Maryse Souchard précise ainsi dans le livre collectif " Le Pen, les mots " basé sur l'étude sémantique de ses discours de 1980 à 1996 : " l'analyse du lexique montre que lorsqu'il s'agit de les désigner avec précision, les discours de Le Pen parlent presque deux fois plus des Juifs et des israélites que des Arabes et des musulmans; il n'en oublie pas pour autant les francs-maçons... "4

On retrouve les ennemis traditionnels et la revanche de la deuxième guerre.
Pour bien marquer cette continuité historique et politique, les idéologues du FN, sa presse, prennent en compte les développements de l'actualité. Le procès Papon en 1997, suivi des commémorations du centenaire de l'affaire Dreyfus en 1998 (parution du "J'accuse" de Zola en Janvier 1898), donnent lieu à un déchaînement rarement atteint auparavant. Le journal National-Hebdo se distingue par sa violence, titrant par exemple le 9 octobre 1997 sur la " Judapo " (contraction de judaïsme et Gestapo) pour présenter un dossier sur " la question juive ".

Quelques semaines plus tard, dans le numéro de National-Hebdo du 15 au 22 janvier 1998, soit cent ans jour pour jour après la parution du "J'accuse" de Zola, l'éditorialiste et directeur du journal résume ainsi l'identité antisémite de son parti et la place cruciale qu'il attribue à cet engagement; il dénonce " la tétrade satanique racisme-xénophobie-antisémitisme-négationnisme... " :

c'est le préjugé antiraciste qui empêche de rétablir l'ordre et de résoudre le problème de l'immigration...nous devons expliquer aux Français que tant que l'on n'aura pas débloqué l'affaire du " détail " les banlieues continueront à flamber et la France à sombrer...5.

Le Pen a t il changé ?

Lors de la dernière campagne présidentielle, Le Pen a choisi un profil globalement moins violent que lors des échéances précédentes. Pour autant il a, par quelques symboles habituels, pris soin de rappeler la continuité négationniste et antisémite de son mouvement.
Ainsi pendant cette campagne, Le Pen donne une préface à la réédition, chez l'éditeur néonazi "Éditions de l'Homme Libre", d'un livre de François Duprat intitulé La Droite nationaliste en France 1971 à 1975, qui retrace notamment la création du FN. Duprat est considéré comme le principal propagandiste et importateur du négationnisme en France. Traducteur du livre de Richard Harwood 6 millions de morts le sont ils vraiment ?, il n'a cessé de diffuser des thèses négationnistes notamment dans la revue Défense de l'Occident et dans son hebdomadaire Cahiers Européens. Mort en 1978 dans un mystérieux accident de voiture, il symbolise au sein du FN la passion antisémite la plus extrême; il y fait l'objet d'un véritable culte. Le Pen ne manque pas de célébrer chaque 18 mars l'anniversaire de sa mort. Sa photo orne le bureau de Bruno Gollnisch.

De manière plus générale, Le Pen n'est jamais revenu sur ses propos scandaleux pour les atténuer ou les retirer. En prologue de la campagne électorale des régionales de 2004 il vient de les confirmer en déclarant à propos du " détail " et de " Durafour-crématoire " (in Le Monde 15.3.03) : " j'ai émis plus ou moins habilement une opinion, est ce que tout cela ne fait pas partie de la liberté d'opinion ?... "

Tous les dirigeants frontistes qui se profilent (Gollnisch, Romain Marie, Marine Le Pen) partagent avec lui un engagement antisémite caractéristique et fondateur. Comme l'explique René Monzat, chercheur spécialiste des droites radicales :
... l'antisémitisme de l'extrême droite est trop souvent confondu avec les dérapages d'après boire de ses chefs, alors qu'il s'agit d'une conception du monde inculquée aux catholiques intégristes depuis leur plus jeune âge, que cet antisémitisme repose sur une contre-culture, historique, sociale, théologique très structurée...6

Quelques mois après l'élection présidentielle de 2002, le candidat soutenu par le FN à une élection cantonale de Villeurbanne, en préparation des régionales de Rhône-Alpes, est Pierre Vial : Vial est l'animateur du courant dit " païen " du Front National, traité de " raciste " par Le Pen au lendemain de la scission avec Mégret, puis pardonné et investi. Apologiste des S.S. français à la Saint Loup, il déclare que " le totalitarisme est né le jour où est apparue l'idée monothéiste... tout a commencé historiquement avec Abraham.. "7, et oppose aux " peuples germains les gardiens de chèvres qui vont adorer leur dieu unique dans le désert ".

Dans la ville de Lyon et la région Rhône-Alpes qui sont au cœur des affaires de négationnisme à l'Université, et qui ont cristallisé l'affrontement que l'on sait autour de Charles Million, P. Vial se profile ainsi en tandem avec B. Gollnisch. Leur antijudaïsme partagé transcende leurs multiples divergences.


Les électeurs FN : tous antisémites?
A priori il faut bien sûr distinguer entre militants d'extrême droite et électorat. Pascal Perrineau directeur du Cevipof précise ainsi :
« les électeurs frontistes ne sont pas tous antisémites même s'ils le sont plus que la moyenne des Français; les interviews non directives auprès des électeurs d'extrême droite montrent à quel point la figure du maghrébin est rejetée : 9 personnes sur 10 manifestent spontanément leur hostilité à l'égard des immigrés originaires d'AFN. En revanche, la question juive est peu ou pas abordée notamment dans les régions méridionales où la présence étrangère focalise les sentiments de rejet. A l'inverse chez les cadres (du FN), les militants et le noyau dur des nationalistes traditionnels, la hiérarchie des haines est fort différente. La figure du juif est incontournable, lorsque le Pen dénonce le " lobby de l'immigration " ou de l'" euromondialisme ", chacun comprend à quel groupe, à quelle communauté il fait allusion »8.

Mais en même temps, une autre étude approfondie révèle des éléments inquiétants. La chercheuse Nonna Meyer suit au long cours le sondage annuel réalisé par la Commission nationale consultative des droits de l'homme à propos des opinions xénophobes dans notre pays. Dans un article intitulé "Sondages mode d'emploi"9, elle observe entre 1988 et 2000 à la fois un recul des préjugés racistes en général et une forte augmentation des opinions antisémites croisées sur plusieurs questions ("les Juifs ont trop de pouvoir en France", "il y a trop ou pas trop de Juifs en France", "les Juifs sont des Français comme les autres"). Elle précise qu'en fait il s'agit avant tout d'une diminution de la catégorie "refus de répondre" à ces questions, et en conclut à l'expression plus explicite d'un antisémitisme auparavant plus tabou et honteux. Selon ses termes :"... autrement dit il n'y a pas plus d'antisémites dans la société française mais il y a moins d'antisémites honteux...". Elle attribue cette évolution à un contexte favorable à "la libération de la parole antisémite".

Un véritable danger antisémite, véhiculé par une force politique importante, existe dans notre pays. Il s'inscrit dans la tradition d'extrême droite née au XIXème siècle, maintenue et radicalisée tout au long au XXème en intégrant la collaboration et la conversion à l'entreprise exterminatrice nazie, puis à sa négation. De puissants courants antijuifs sont aussi présents dans des couches issues de l'immigration et reprennent les stéréotypes les plus horribles de cette tradition réactionnaire.

Coup de projecteur en Europe
Regardons un peu au-delà de nos frontières pour tenter de déceler si ce phénomène présente une dynamique européenne ou s'il ne s'agit que d'une spécificité française.
Cette exploration, limitée à quelques pays, mérite un travail beaucoup plus approfondi mais permet déjà de constater de puissants éléments de continuité dans la permanence de courants antisémites enracinés dans l'histoire politique de leur pays. Il conduit aussi à s'interroger sur la situation spécifique des pays de l'est européen.

Roumanie : le parti de la grande Roumanie de Corneliu Vadim Tudor (lui-même ancien laudateur de N.Caucescu) a récolté 30% des voix aux élections présidentielles de décembre 2000. Il mène une intense agitation antisémite et anti-tsigane, s'appuie sur un réseau médiatique puissant notamment de radios qui diffusent des histoires de "coups de poignard dans le dos, de fantasmes de conspirations anti-roumaines ourdies par les forces cosmopolites de Bruxelles New York et Tel Aviv"10. Tudor milite pour la réhabilitation du dictateur Antonescu et de la milice de la Garde de fer, initiateurs des persécutions contre les juifs roumains à la veille de la seconde guerre mondiale. Il déclare :
les juifs nous demandent de détruire les statues d'Antonescu (récemment érigées à travers tout le pays) comme les talibans l'ont fait avec celles de Bouddha. Moi je dis que ceux qui vont démolir nos statues seront eux même démolis.11.

Il reste dix mille juifs en Roumanie ; deux cent mille ont été déportés et cent trente mille exterminés.

Autriche. Le parti de J. Haider s'inscrit dans la tradition antisémite sans doute la plus intense d'Europe occidentale. Dès le début du XXème siècle, Karl Luger, maire de Vienne au programme explicitement antisémite, se fait élire sur la thématique de l'envahissement de la ville par les juifs de l'Est et l'atteinte à la nation autrichienne/allemande. Les nazis autrichiens occupent une place centrale au sein de la galaxie hitlérienne. Un des symboles des persécutions qui ont précédé l'extermination est la scène fameuse des juifs de Vienne contraints en mars 1938 à nettoyer les rues de la ville à la brosse pour la purifier de leur propre présence.

Après guerre, la réintégration rapide des nazis dans l'espace politique se fait sous la protection des Alliés et du mythe d'une Autriche "victime". La présidence de Kurt Waldheim, qui a participé à des crimes de guerre dans les Balkans, poursuit cette voie, aggravée en 1999 par la victoire électorale de Haider avec 27% des voix. Celle-ci est d'ailleurs suivie quelques semaines plus tard de celle du parti semblable de Blocher en Suisse. Son échec électoral récent ne remet pas en cause sa présence au gouvernement autrichien.

Russie. Le sillon antisémite est profond, de l'époque des pogroms organisés par les milices tsaristes dites Cents-Noirs, au soi-disant " complot des blouses blanches " et aux préparatifs de déportation des juifs par Staline. Dans la période récente, on assiste à un déferlement de propagande antisémite véhiculé d'une part par des milieux intégristes orthodoxes et nationalistes et souvent combiné à la haine contre les Tchétchènes et autres "caucasiens basanés", mais aussi par les authentiques "rouges-bruns qui combinent les slogans à la gloire de Staline et les diatribes antijuives".

Ainsi lors des manifestations du parti communiste de Russie de Ziouganov censées commémorer la révolution d'Octobre, se trouvent en nombre des banderoles contre les "youpins". Le général Makachov, membre du comité central du P.C. déclare :
... Jid (youpin) ce n'est pas une nationalité c'est une profession, suceur de sang... il faut virer tous les youpins, mettre en prison les juifs responsables des malheurs de la Russie...
Une résolution le blâmant pour ces propos est repoussée par la Douma en novembre 1998, un seul des 130 députés PC ayant voté pour12. L'antisémitisme russe ne se limite pas aux discours : attaques de synagogues, agressions et plus récemment pancartes piégées sont monnaie courante.

Pologne. Dans ce pays qui présente la caractéristique d'un "antisémitisme sans juifs", après avoir connu la destruction presque totale d'une communauté de plusieurs millions de personnes, on assiste à la poussée des nationalistes chauvins à discours "populiste" et fortement antisémite du parti "Autodéfense" de Lepper, qui récolte 10% des voix. Son score est l'équivalent de celui de la Ligue des familles polonaises, tout aussi violemment antisémite, appuyée sur la radio catholique intégriste Marya. Il s'agit là de la poursuite de la tradition antijuive, si enracinée dans la vie politique nationale, renforcée par le maintien de l'ambiguïté de l'Église avec les croix d'Auschwitz, la volonté de canoniser Pie XII et le refus d'ouvrir les archives du Vatican.
Hongrie. Là aussi, une extrême droite ouvertement antisémite et anti-tzigane est en pleine ascension. Son dirigeant Istavan Csurka, écrivain négationniste, défend la mémoire du régime fasciste du régent Horthy et dénonce " les juifs apatrides " appuyé sur "radio Pannon, la plus violente d'Europe de l'Est" selon l'enquête du journal suisse Neue Zuricher Zeitung13). Lors de la récente attribution du prix Nobel de littérature à Imre Kertesz, de nombreuses réactions xénophobes et antisémites visaient à nier le caractère "national" de cet écrivain en raison de sa judéité.

Allemagne. Des éléments inquiétants se sont accumulés ces dernières années. Dès les années 80, la "querelle des historiens" et la diffusion de thèses proches des révisionnistes ont montré la fragilité d'un consensus qui n'était sans doute qu'apparent. Le choc suivant s'est produit en 1998 avec l'affaire Walser. Cet écrivain fort connu s'est livré, lors de la remise d'un prix littéraire prestigieux décerné par les libraires, à une violente dénonciation de la mémoire de la Shoah en tant que "massue morale" brandie contre l'Allemagne, insistant sur le fait qu'il ne supportait plus d'en entendre parler. Il mettait aussi en cause "l'instrumentalisation" d'Auschwitz à des "fins actuelles", c'est-à-dire pour obtenir des réparations.

Sur le moment il fut ovationné par la salle unanime. Cette prise de position suscita une intense polémique, notamment avec la gauche antifasciste et la communauté juive. Walser a été défendu par une partie de la classe politique et du monde de l'édition. Il a récidivé récemment dans l'évocation antisémite en faisant paraître un roman à clés intitulé "Mort d'un critique" et décrivant avec jubilation l'assassinat d'un très renommé critique littéraire juif.14.

Ces coups de boutoir historiques et littéraires produisent leurs effets. Une étude de long terme à base de sondages répétés, réalisée par les universités de Berlin et Leipzig, donne les indications suivantes15. En avril 2002, 28% des Allemands sondés pensent que l'influence juive dans leur pays est trop grande; 32% supplémentaires approuvent partiellement cette affirmation. La progression de ces opinions est spectaculaire, doublant par rapport à un précédent sondage de 1994. La croissance des opinions hostiles aux juifs est particulièrement forte dans la partie occidentale du pays, contrairement à l'image actuelle.

En octobre 2000, une série d'attentats revendiqués par des groupuscules d'extrême droite visent des synagogues, inspirant en réaction une importante manifestation le 9 novembre, anniversaire de la Nuit de Cristal nazie de 1938. Cette mobilisation s'opposait aussi aux dirigeants démocrates-chrétiens développant le thème de la Leitkultur (culture dominante allemande) contre les immigrés et la double nationalité. Les campagnes électorales de 2002 ont apporté leur lot de signes de fragilité : poussée transgressive du parti libéral s'attaquant à la communauté juive après une polémique sur Israël, réhabilitation de la cinéaste du régime nazi Leni Riefenstahl, nouveaux attentats notamment contre un mémorial des marches de la mort, couvert de croix gammées et de slogans antisémites, manifestations agressives à Berlin contre la retour de noms de rues modifiés par les nazis pour effacer des identités juives...

Plus récemment encore, le principal dirigeant démocrate-chrétien Koch se permettait de comparer le sort, à ses yeux malheureux, des personnes fortunées sous un gouvernement de gauche, à celui des juifs sous le nazisme, pareillement stigmatisés par une étoile jaune...
Ce panorama européen pourrait se poursuivre par la description de la situation en Suisse, Grèce, pays Baltes, Belgique... et autres pays européens dans lesquels l'antisémitisme est bien vivace.

La levée des tabous européens
Sur le front de l'antisémitisme européen, une période de relative accalmie a suivi l'apocalypse de la seconde guerre mondiale, sans empêcher de violentes campagnes, notamment dans les pays de l'Est autour des procès staliniens, mais aussi en France, en Allemagne et en Autriche. Un historique même succinct dépasserait le cadre de cet exposé; rappelons simplement que les droites radicales de ce continent n'ont jamais abandonné cette croisade. La résurgence de l'antisémitisme en Europe est bien antérieure à la crise actuelle au Moyen Orient.

Elle trouve son expression dans les victoires enregistrées par l'extrême droite depuis le milieu des années 1980 et singulièrement dans les succès du Front National, qui sert de modèle et d'espoir aux partis de sa mouvance. La continuité antisémite se nourrit aussi au milieu des années 1990 du débat malsain sur les spoliations et réparations en France, Suisse, Allemagne, Autriche. Les négationnistes avaient déjà donné le ton en la matière.

Ainsi R. Faurisson ne se bornait-il pas à affirmer que les chambres à gaz n'avaient pas existé; il fournissait une explication de ce "mensonge": dès 1980 il put déclarer à la radio :
les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des juifs forment un seul et même mensonge historique qui a permis une gigantesque escroquerie politico-financière dont les principaux bénéficiaires sont l'État d'Israël et le sionisme international et dont les principales victimes sont le peuple allemand -mais pas ses dirigeants- et le peuple palestinien tout entier...16

Le succès de cette propagande, notamment en Allemagne, témoigne de la difficulté à purger réellement l'abcès de la seconde guerre mondiale. En 1992, un président socialiste français fait encore fleurir, chaque 11 novembre, la tombe de Pétain, malgré les nombreuses protestations et manifestations; il n'abandonne qu'en raison du scandale qui le contraint. Le procès Papon ne s'ouvre qu'en 1998, soit 17 ans après la révélation des faits, et n'est pas toujours pas terminé, comme nous le savons maintenant.

Esquisse d'une typologie : le poids de l'histoire
Dans les pays européens à forte tradition antisémite (Roumanie, Pologne, France, Russie, Autriche, Hongrie, Suisse), on retrouve aujourd'hui un discours antisémite structuré par des partis politiques qui ont réalisé des percées importantes. Ceux qui le portent se situent dans la mouvance d'extrême droite rebaptisée "populiste". Le chercheur Jean Yves Camus désigne ces organisations comme des "partis mixtes", dont la structure organisationnelle d'extrême droite s'est modernisée sans changer le fond idéologique17. Ils revendiquent un sinistre "héritage européen".

En effet, c'est en Europe, sous les auspices de l'antijudaïsme catholique, qu'ont été forgés le terme et le concept de ghetto, la rouelle puis l'étoile jaune, l'expulsion des juifs, la conversion forcée et les massacres, l'Inquisition. C'est en Europe qu'est né l'antisémitisme moderne, c'est en Europe qu'a été rédigé et répandu le protocole des sages de Sion, c'est en Europe et au nom de l'Europe qu'a eu lieu le génocide nazi appuyé sur la collaboration des États.

C'est encore en Europe que se développent et se maintiennent des partis et mouvements comme le FN, le parti de Haider et leurs acolytes, pour lesquels la "question juive" est toujours d'actualité, en héritage spirituel du fascisme et du nazisme. A intervalles réguliers, des médias et des personnalités très médiatisées apportent leur contribution à cette propagande.
L'exemple le plus fameux est celui de l'abbé Pierre, symbole du dévouement social et quasiment sanctifié de son vivant, qui a accumulé les déclarations antisémites et négationnistes les plus vulgaires sans que cela ne nuise durablement à sa popularité.

Par contre, certains pays européens ont, pour différentes raisons, une faible tradition antisémite moderne : Angleterre, Scandinavie, République tchèque, Italie, Espagne Hollande (déjà dans les années 1930, les correspondants locaux des nazis manifestaient des réticences envers l'antisémitisme18. Les partis de droite radicale qui s'y développent ne portent pas la dimension antijuive caractéristique des pays à forte tradition antisémite.

L'Allemagne est un cas particulier, pour des raisons historiques évidentes : une tentative d'éducation contre le nazisme et l'antisémitisme y a été menée. Elle semble aujourd'hui ébréchée et fragilisée, à la merci d'une radicalisation de forces de droite significatives.
La production antijuive européenne s'exporte bien.

Les antisémites agissant avec le succès que l'on sait dans le monde arabe et musulman puisent largement dans les ressources infinies de la production négationniste européenne. Ainsi le soi-disant " Protocole des sages de Sion " y est abondamment diffusé, et a même donné lieu à une série télévisée égyptienne, laquelle a provoqué des réactions d'intellectuels dénonçant ce recyclage. Les négationnistes européens et particulièrement français sont de véritables vedettes dans de nombreux pays arabes. Garaudy est un héros, financé et soutenu par les États, notamment syrien et iranien, si généreux envers tous les groupuscules néonazis et négationnistes19. La télévision Al-Jazira invite Faurisson, les islamistes jordaniens invitent Garaudy et Pierre Guillaume de la "Vieille Taupe" pour combattre "la normalisation avec Israël"20.

Substance du discours antisémite en Europe
a) Au delà du négationnisme intégral, la relativisation du génocide joue un rôle crucial : c'est une vieille histoire, les juifs en font trop, l'ont en partie inventée, en tirent abondamment profit financièrement (on retrouve le rôle important du mauvais débat sur les réparations); politiquement, ils se débrouillent trop bien dans leur statut de victimes et agissent comme des nazis à l'encontre des Palestiniens. Dans ce dernier domaine, la presse grecque, notamment certains quotidiens, se distinguent particulièrement; ainsi le quotidien Ethnos a récemment publié une caricature montrant deux soldats israéliens massacrant d'innocents palestiniens avec le commentaire suivant : "Ne culpabilise pas, frère, nous étions à Auschwitz et Dachau non pour souffrir, mais pour apprendre"21.
C'est un enjeu de brouillage important, et c'est pourquoi il faut absolument rejeter ce type de glissement qui assimile la répression meurtrière et le crime de guerre à un génocide.
2) Le thème de la mondialisation ou du "mondialisme" demeure un grand classique. Ainsi le "populiste" italien Bossi dénonce :
la mondialisation c'est du fascisme.... Haider veut maîtriser l'immigration; lui au moins prend le taureau par les cornes. Ce sont les grands financiers, une quarantaine ou une cinquantaine au maximum qui veulent nous imposer les immigrés au nom de la mondialisation. C'est cela aujourd'hui le fascisme, cet anéantissement des peuples. Ceux qui tirent les ficelles sont les petits-fils des véritables mandataires du fascisme et du nazisme d'autrefois...
A une question qui l'interpelle : "vous avez dénoncé les banquiers juifs américains qui tirent les ficelles de la mondialisation", il réplique :
... ma réponse a été un peu différente. Je suis contre la grande finance et les financiers. Ils sont en grande partie juifs c'est un fait. Je n'ai rien contre les juifs en général.22
On retrouve le "lobby immigrationiste et mondialiste" cher à Le Pen.
Dans la fantasmagorie antisémite et nazie, les Juifs on été accusés de vouloir détruire la société par les deux voies a priori opposées du capitalisme et du communisme, également "apatrides". Romain Marie, dirigeant du courant catholique du FN, reprend d'ailleurs cette antienne : "Les Juifs sont au centre de nos débats contemporains : Marx et Rotschild sont un peu les deux faces de la même médaille..."23. Ainsi le mouvement pour l'altermondialisation, dont une des figures marquantes est Naomi Klein, auteur de No logo, qui revendique sa judéité, pourrait représenter l'autre face de la médaille du "complot destructeur". Il est à noter au passage que N. Klein met en garde contre les dérives antisémites présentes dans certains réseaux, et contre la propagande de ce type diffusée sur le réseau Indymedia24.

Quelles ripostes? (contre la confusion)
Face à l'actualité de la lutte contre l'antisémitisme en France et en Europe, ceux qui devraient en prendre la tête, instances dirigeantes de la communauté juive et mouvance antifasciste de gauche, sont tétanisés par la crise du Moyen Orient et ses conséquences.

Les instances dirigeantes de la communauté juive française acceptent, voire même recherchent les soutiens les plus ambigus, comme le montre le soutien apporté par une partie d'entre eux à la littérature du militant de la Nouvelle Droite Alexandre Del Valle, ou au pamphlet xénophobe et tout aussi anti-musulman d'Oriana Fallaci (La rage et l'orgueil). P.A. Taguieff, de son côté estime que "Fallaci vise juste, même si elle peut choquer par certaines formules" qui sont "contre-productives"25.

Ailleurs on s'allie avec les évangélistes américains, profondément antijuifs, qui rêvent de convertir les juifs ou de voir ceux-ci se détruire en préparation de l'Apocalypse finale. Dans l'ensemble, les communautés juives, focalisées sur le "nouvel antisémitisme" détournent les yeux du danger d'extrême droite, le relativisent, voire le nient.

La gauche antifasciste et militante est elle aussi percutée par la situation en Israël et Palestine. Une partie d'entre elle semble opérer une réévaluation, et même une révision, sur l'appréciation du génocide des juifs, en relativisant la place de l'antisémitisme dans l'univers nazi.

Cette hypothèse inquiétante est confortée par un exemple qui témoigne de la confusion en cours. Le journal Ras'lfront, principal organe de la lutte antifasciste dans le pays, publie dans son numéro 89 d'août 2002 un article de Michel Lequenne, vétéran du mouvement révolutionnaire, ancien dirigeant trotskiste; il s'agit de la recension d'un livre sur le nazisme qui donne lieu aux appréciations suivantes:
(ce livre) tend à nous délivrer d'une mystification qui nous a tous plus ou moins atteints sans que nous en apercevions : celle de donner l'antisémitisme comme essence du nazisme... Le phénomène nouveau aujourd'hui, c'est l'inversion de sens du substitut. Faire du génocide hitlérien des juifs un tournant de l'histoire sert aux nouveaux idéologues à dissimuler la caractère de la Deuxième Guerre mondiale en tant que guerre inter-impérialistes, et par extension à dissimuler la nature capitaliste impérialiste de ce qu'on appelle maintenant le néo-impérialisme et sa mondialisation... En revanche on ne (le) voit aujourd'hui (l'antisémitisme) dénoncé avec emphase que dans un rapport à la cause israélienne et utilisé ainsi par inversion dans une couverture de la politique d'un État capitaliste colonial contre-révolutionnaire, qui se livre à une guerre génocidaire contre... des sémites... qui ne sont pas des juifs...

Cette prose n'est guère éloignée des pseudo-rationalisations ultra-gauches qui servirent de substrat au négationnisme de la secte rassemblée autour de la Vieille Taupe. Publiée dans un organe voué à l'antifascisme, elle prend une résonance particulière, celle d'une révision portant sur le génocide nazi à la lumière de la situation au Moyen Orient. Il est tout aussi dramatique qu'une maison d'édition généralement associée à la gauche radicale(La Fabrique) ait choisi de publier le pamphlet de Norman Finkelstein L'Industrie de l'Holocauste, en le justifiant par une postface de Rony Brauman liant ce choix éditorial à la situation au Moyen Orient.

Or, parmi ses multiples dérapages, Finkelstein écrit(page 72 op.cité) que David Irving, principal porte-parole du négationnisme dans le monde anglo-saxon a apporté une contribution " indispensable " à notre connaissance de la Deuxième guerre mondiale. Le succès énorme du livre de Finkelstein en Suisse, en Allemagne, en Autriche26, n'a rien à voir avec le soutien au peuple palestinien; en qualifiant d' " extorsion aux dépens de la Suisse et de l'Allemagne " les demandes de réparation, il flatte l'antisémitisme local qui se délecte d'autant plus de cette prose que son auteur est juif.

A cette dérive il est utile d'opposer les analyses de Jean Marie Vincent et d'Enzo Traverso dans l'excellente et défunte revue Mauvais Temps27 : ils insistent au contraire sur la dramatique sous-estimation par la gauche et le mouvement ouvrier de la place déterminante de l'antisémitisme dans l'entreprise nazie.

Brève conclusion et question.
On hésite souvent à relever et à combattre les propos et écrits antisémites par peur de paraître intolérant, ridicule, pathétique, obsédé ou dans un mouvement de gêne en rapport avec la situation en Israël et Palestine. Inspirons-nous de Naomi Klein, déjà citée, qui appelle à combattre vigoureusement l'antisémitisme sans atténuer la critique de la politique des gouvernements israéliens ni le soutien au peuple palestinien.

La question que j'effleure et qui reste à creuser est : comment expliquer l'extraordinaire tolérance dont jouissent des écrivains et autres personnages publics convaincus d'antisémitisme, et qui ont donc quelque chose à voir avec le nazisme? Comment peut on actuellement célébrer en grande pompe le centenaire de Simenon en passant quasiment sous silence qu'il fut - avant et après la guerre - un antisémite virulent, ce dont témoigne son ouvrage Le Péril juif? Comment peut on "amnistier" l'engagement négationniste de l'abbé Pierre? Comment peut-on considérer comme progressiste un Jean Genet qui en 1983 adresse à J. Vergès, défenseur de Klaus Barbie, le courrier suivant : " J'apprends que vous défendez Barbie. Plus que jamais vous êtes mon ami"28?

La lutte contre l'antisémitisme est d'une actualité brûlante. Elle rejoint le combat contre tous les négationnistes, chercheurs permanents de prétextes pour justifier ou relativiser les génocides qui ponctuent l'histoire. Il nous faut inlassablement rechercher et expliquer les causes du génocide nazi, en même qu'est décrite son atrocité. Car l'apocalypse exterminatrice qui a marqué ce triomphe de la réaction se perpétue à travers la haine antijuive ressurgissant des profondeurs de notre continent et s'étendant, telles les métastases d'un cancer.

Une note personnelle
Le point de départ de mon activité actuelle de réflexion sur l'antisémitisme et le négationnisme date de 1996, lorsque l'abbé Pierre s'est rangé aux côtés de R. Garaudy. Plongé dans le militantisme politique et de défense des sans-papiers, j'ai pu observer la faiblesse des réactions dans le mouvement antiraciste (et dans la société dans son ensemble !).

Cet épisode a concrétisé a mes yeux un phénomène que je connaissais depuis mon enfance mais tendais à relativiser: l'existence dans notre société d'un antisémitisme enraciné et persistant, nourri en partie par les thématiques de l'extrême droite négationniste, toléré sous différents prétextes.

Albert Herszkowicz


(Communication au colloque " l'Histoire trouée ; négation et témoignage " de l'Association Internationale de Recherche sur les Crimes contre l'Humanité et les Génocides(AIRCRIGE) Paris- La Sorbonne 19 Septembre 2002 par Albert Herszkowicz, membre de l'association Mémorial 98.
Cette association, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme existe depuis 1998. Son nom fait référence aux premières manifestations contre l'antisémitisme organisées en 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens.
Mémorial 98, 7 Rue Bernard de Clairvaux 75003 Paris.
e-mail : memorial98@noos.fr)

1 in Négationnistes : les chiffonniers de l'Histoire, éditions Golias p 66.
2 in O. Guland, Le Pen, Mégret et les Juifs, La Découverte 2000.
3 Ibid.
4 Le Pen, les mots, La Découverte.
5 National Hebdo 15/22/1/98
6 Recherches internationales n° 65 p126.
7 lors du 14eme colloque du GRECE, dont il est le secrétaire général, en décembre 1979.
8 O. Guland, op. cit, pages 87 et 88
9 La Documentation française, octobre 2000.
10 "Populisme et xénophobie sur les ondes de l'Est", Courrier international n° 612.
11 " L 'Autre Mémoire Roumaine ", Le Monde, 8 Mars 2002.
12 cf Le Monde 10/11/98.
13 in Courrier international 612.
14 voir notamment Le Monde 2/7/02.
15 cf Haaretz daily 6/9/02.
16 Europe 1, 17 décembre 1980.
17 in Recherches internationales, op cit.
18 cf Michman, Pour une historiographie de la Shoah, Éditions In Press, 2001.
19 voir notamment Bêtes et méchants, petite histoire des jeunes fascistes français, Éditions Reflex 2001, p 67 et suivantes.
20 cf bulletin France-Pays Arabes, octobre 2000.
21 in Haaretz daily sur la presse grecque et le rapport du comité Helsinki 21/2/03.
22 Le Figaro 12/2/2000.
23 Mensuel Présent, février 1979 in Guland, op cit.
24 Haaretz daily 3/5/02.
25 in Actualité juive 20/6/02.
26 où il est en première place des ventes pendant plusieurs semaines selon la librairie électronique amazon. com. cf Le Monde 15/02/01
27 Éditions Syllepse, numéro spécial Fascismes, mars 2000.
28 cf Le Monde 10/11/5/87


Haut
  
Répondre en citant  
 Sujet du message:
MessagePublié: 28 Jan 2007, 20:13 
j'savais pas que la roumanie était un pays Catholique...

quand au fait de remuer tout ça,surtout apres le PARDON MUTUEL entre JUIFS et CATHOLIQUES qui ont tout deux des choses à se repprocher,et connaissant la position de l'Eglise sur le sujet.

ça sent mauvais.

Jean-Paul II a dit:

Citation:
"Catholique ou antisémite,il faut choisir."


c'est pourtant clair,non?

je ne suis pas un FAN de l'auto flagelation,et je ne demande pas constament aux juifs de se justifier sur tels ou tels sujets.

que chacun balaie devant sa porte et tout ira bien.


Haut
  
Répondre en citant  
Afficher les messages depuis:  Trier par  
Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 111 messages ]  Aller à la page 1, 2, 3, 4, 5 ... 8  Suivant

Heures au format UTC [ Heure d’été ]


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Google [Bot] et 8 invités


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas modifier vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages

Rechercher pour:
Aller à:  
cron
POWERED_BY
Traduit par phpBB-fr.com