Ce n'est ni le premier, ni le dernier et ce n'est pas un scoop que l'on peut être Africain, Arabe, bronzé ou noir et partager ma blédophobie.
Mais évidemment
Libération préfère que ce soit un AFricain qui le dise plutôt qu'un habitant blanc, victime d'immigrés sur sa terre de Clichy-sous-Bois!
http://www.liberation.fr/transversales/ ... 691.FR.php
Citation:
Mo Ibrahim, 61 ans. Homme d'affaires soudano-britannique enrichi grâce aux télécoms, il enjoint les dirigeants du continent à s'atteler à la tâche plutôt que d'accabler l'Occident.
Afrique, assez !
[img]http://news.abidjan.net/photos/photos/Mo%20Ibrahim.jpg[/img]
Le président du Soudan, Omar el-Béchir, vient d'achever son intervention face à ses pairs africains et à Jacques Chirac, l'hôte du sommet Afrique-France organisé à Cannes en février. Rien que du traditionnel. Accusé en Occident d'être l'un des principaux responsables de la tragédie au Darfour, dans l'ouest de son pays, où une guerre fratricide a fait plus de 200 000 morts en quatre ans, le dirigeant de Khartoum a reproché aux médias étrangers d' «aggraver la crise» en donnant une «image déséquilibrée» du conflit.
Le roi du Swaziland et l'inamovible président du Cameroun, Paul Biya, ont difficilement réprimé un bâillement...
Quand tout à coup, un petit homme dégarni au regard malicieux prend la parole :
«Vous vous plaignez de l'image que les médias occidentaux donnent de votre pays ? Vous feriez mieux de balayer devant votre porte.» Stupeur. «La mortalité infantile élevée, le sida, l'analphabétisme, ce sont peut-être des inventions de l'Occident ?»
En trois phrases, Mohammed Ibrahim s'est fait de nouveaux amis pour la vie. Il n'en a cure.
Mo, comme il aime à se faire appeler, n'est pas un fin politique et n'a pas l'intention, à 61 ans, d'entrer dans la carrière. Né dans le nord du Soudan, à la frontière avec l'Egypte, dans une famille modeste, formé à Alexandrie et résident britannique depuis une trentaine d'années, c'est un businessman qui a fait fortune dans la téléphonie mobile. Il ne doit rien à personne.
Après des études d'ingénieur et un long passage par British Telecom, «docteur Mo» a fondé sa propre entreprise en 1989, avant de se lancer dans la conquête des marchés africains jusque-là délaissés. Bingo ! Le Soudano-Britannique a compris avant tout le monde que les Africains, même pauvres, s'équiperaient en mobiles, ne serait-ce que pour pallier la déficience des réseaux terrestres. En 2005, il revend à des investisseurs koweitiens Celtel, entreprise devenue florissante qui a essaimé dans une quinzaine de pays. Et empoche au passage 3,4 milliards de dollars. De quoi voir venir.
Mais justement, Mo n'a pas voulu voir venir. Au lieu de profiter de son hôtel particulier du quartier huppé de Mayfair, au coeur de Londres, cet ancien étudiant marxiste, inscrit dans sa jeunesse au Parti communiste, a eu une drôle d'idée. Il s'est mis en tête de promouvoir la bonne gouvernance en Afrique. Quand on lui demande comment l'idée lui a traversé l'esprit, l'homme d'affaires demeure étonnamment vague : «J'ai vu combien il était difficile d'investir et de faire du business en Afrique.» Il se garde bien de lâcher les mots qui fâchent : corruption, dessous-de-table, autant d'écueils qu'il n'a peut-être pas pu, ou su, toujours éviter... Il préfère enchaîner : «Au moment des indépendances [début des années 60, ndlr], certains pays africains étaient plus riches que Taiwan ou Singapour, constate-t-il. Aujourd'hui, où en sommes-nous ?»
Réponse : 2 %.
C'est ce que pèse l'Afrique dans le commerce mondial. Alors que les autres continents connaissent une expansion économique rapide, seule l'Afrique régresse. En bourrant sa pipe, ce musulman non pratiquant, qui ne dédaigne pas un bon verre de vin, assène dans son anglais mâtiné d'accent soudanais : «Cela ne sert à rien de déverser des milliards de dollars d'aide à l'Afrique. Ce qu'il nous faut, ce sont de bons dirigeants !»
«Nous ?» Ibrahim Mo a beau avoir obtenu la nationalité britannique et vivre à Londres depuis 1990, il se définit toujours comme un «Africain, citoyen britannique d'origine soudanaise». Il entretient toutefois des rapports compliqués avec son ex-patrie, où il ne met plus les pieds depuis belle lurette, contrairement à son épouse, soudanaise elle aussi et engagée dans des projets caritatifs. L'«échange» cannois avec le président El-Béchir ne devrait pas arranger les choses...
Si le massacre du Darfour est loin de le laisser indifférent, il se montre prudent dans ses analyses : «Ce n'est pas une guerre entre Arabes et Noirs , mais un vieux conflit entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires qui a été instrumentalisé.» Alors que la mobilisation des intellectuels grandit dans les pays occidentaux et que les gouvernements tentent de faire pression sur Khartoum, Mo ne se fait guère d'illusions : «Certains aux Etats-Unis parlent d'un génocide, mais qui, en Occident, est prêt à mourir pour le Darfour ?»
Pour l'heure, Mo est engagé dans un autre combat. Il veut en finir avec ces présidents qui ont transformé leur village en capitale monumentale (tel l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny à Yamoussoukro) ou bâti un «aéroport international» à proximité de leur lieu de naissance (le Togolais Gnassingbé Eyadéma à Kara). En octobre dernier, il a lancé, à Londres, la Fondation Mo Ibrahim, soutenue par un aréopage de figures prestigieuses de la scène internationale : Bill Clinton, Nelson Mandela, Kofi Annan... «Que des has been», sourit-il.
D'ici la fin de l'année, celle-ci doit décerner le prix de la Bonne Gouvernance en Afrique, doté de 5 millions de dollars. Le milliardaire a aussi demandé à un universitaire de Harvard, Robert Rotberg, d'élaborer un index de la bonne gouvernance fondé sur des critères tels que la santé, l'éducation, la lutte contre la corruption. En bon homme d'affaires, il veut du solide : des chiffres.
L'initiative du bon docteur Mo suscite des sarcasmes chez certains experts de l'Afrique : 5 millions de dollars pour inciter à la vertu des dirigeants corrompus, dont les coffres à l'étranger sont bien plus garnis ? D'autres se demandent pourquoi le businessman a décidé de récompenser exclusivement les dirigeants à la retraite. «Récompenser un politicien en activité serait trop dangereux, rétorque-t-il, on ne sait jamais ce qu'il va faire le lendemain.»
Mo balaie toutes ces critiques en expliquant qu'il cherche avant tout à «susciter un débat à l'échelle du continent sur la bonne gouvernance». Il ne détesterait pas voir les opinions publiques africaines s'emparer de son index pour demander des comptes à leurs dirigeants. Mais pas question, officiellement, de faire de la politique. «C'est aux sociétés civiles de prendre leur destin en main.»
Il y croit. L'ancien ingénieur des télécoms récuse aussi bien les récriminations convenues du Sud contre l'Occident éternellement «négrier» et «colonial» que l'afropessimisme à la mode au Nord. «L'Afrique, ce n'est pas seulement le sida et les guerres civiles, c'est aussi une énergie incroyable. Même les jeunes qui embarquent au Sénégal pour tenter de rejoindre l'Europe se battent, d'une certaine manière, pour un avenir meilleur.» Il n'a pas pris le temps de voir le Dernier Roi d'Ecosse , où Forest Whitaker, oscarisé, campe un Idi Amin Dada saisissant. «L'Afrique a certes produit Idi Amin ou Mobutu, mais aussi Nelson Mandela, commente-t-il. Vous, vous avez eu Hitler et, plus récemment, Milosevic.» A quand le prix de la Bonne Gouvernance pour l'Europe ?
Mo Ibrahim en 7 dates 1946 Naissance dans le nord du Soudan. 1974 S'installe à Londres. 1990 Devient citoyen britannique. 1998 Fonde la société de téléphonie mobile Celnet. 2005 Vend sa société et empoche 3,4 milliards de dollars (2,6 milliards d'euros). 2006 Lance à Londres la Fondation Mo Ibrahim. Février 2007 Participe au sommet Afrique-France à Cannes.