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Des Hommes et des Dieux

Treizième rapport du jeune Qahir Ezzalam à son oncle, second vizir du Qoranistan

Ô, mon oncle, frère aîné de feu mon père, dans le programme de recherche que vous me fixâtes pour devenir docteur en sciences du social, vous prohibâtes le cinéma, jugeant toute projection inconvenante pour qui faisait le djihad fil sabil Allah.

Hier, j’ai contrevenu à l’interdit, qui me paraît excellent en toutes occasions, sauf quand le film confirme la grandeur de l’islam. Je suis persuadé que, ayant lu ce que vous lirez, vous me féliciterez de m’être permis ce que vous m’aviez interdit. Le responsable de cette entorse à la loi est le doctorant algérien qui me sert de mentor en votre absence et qui m’a littéralement forcé à le suivre, avec notre maître Baba Yaga, jusqu’au multisalles CGR où était projeté le film : « Des Hommes et des Dieux ».

D’abord, j’ai refusé, arguant le pluriel. Dieux avec un x est une œuvre satanique. « Comment ! Me suis-je exclamé, ils mettent un x à Dieu ! Ils ne savent donc pas, ces filmeurs, que Dieu est unique, tout puissant et miséricordieux ! Il n’y a qu’Allah et il n’y a pas d’autre religion que notre islam. Ce x est anti-islamique ! »

Baba Yaga, mon maître, modéré en toutes choses, a tenté de m’amadouer : « Ô Qahir Ezzalam, ton zèle t’honore et nous honore aussi. Mais avant de t’indigner, attends d’avoir vu le film. Il se peut qu’il nous réserve d’agréables surprises ! »  

Le doctorant algérien m’a laissé barboter dans ma juste colère pendant quelques instants et, quand j’ai eu retrouvé mon calme, il m’a rétorqué : « Détrompe-toi, ce n’est pas un film x. La preuve, ce qui est montré se passe dans mon pays et tout à côté du village où je suis né. Mon cousin m’a dit qu’on voyait sur l’écran la ferme de mes parents et parmi les figurants, des cousins de ma famille. Viens donc ! Tu verras mon pays ».

J’ai vu le film. Je suis en mesure de dire maintenant, sans craindre que l’on me contredise, que le titre est abusif. Il n’y a pas d’hommes dans le film, comme il n’y a qu’un seul Allah, et pas deux. On voit des femmes, voilées heureusement, sinon ce ne serait pas des femmes, et des moines, vous savez, ce sont ces sous-hommes ou ces ersatz d’hommes qui vivent entre eux, sont habillés comme des femmes et passent leur temps à chanter ; ils ne font pas d’enfants, ils ne copulent pas, ils n’ont pas signé de contrat avec des pères de famille qui leur auraient cédé des ventres à faire du musulman. Les seuls hommes du film sont l’imam, que l’on ne voit pas assez souvent ; les paysans du village qui sont assez madrés pour se faire soigner gratis, consultations et médicaments, par des infidèles, l’argent ainsi économisé pouvant être investi dans les œuvres pies de l’islam ; les musulmans de la montagne ou du maquis, les bons, les vrais, ceux qui portent barbe et qamis, récitent le Qoran et sont armés pour la plus grande gloire de l’islam.

En dépit de cela, une bonne partie du film est une suite de purs blasphèmes. Par exemple, l’Algérie étant terre d’islam depuis quatorze siècles, les infidèles, surtout s’ils sont moines, ne devraient pas être autorisés à s’établir sur son territoire, comme il ne leur est pas permis d’entrer dans une mosquée. Pis, ces moines sont autorisés à cultiver la terre d’islam, et, hachouma, sans payer de redevance supplémentaire. Pourtant, la règle est connue : c’est la conversion ou la mort. D’ailleurs, c’est ce qui a fini par arriver à ces moines qui ont subi le sort des moutons d’abattoir.

D’autres blasphèmes ? Il y en a dans chaque séquence : le vieux moine tout décati qui parle d’amour avec une jeune musulmane, non voilée, ce qui est contraire aux lois qu’Allah a données aux hommes, aux vrais de vrais ; des moines, associateurs et infidèles, qui, invités à une fête communautaire, en ressortent vivants, en dépit de l’objurgation de l’imam qui récite en public cette grande prière islamique : « donne-nous la victoire sur les peuples infidèles » ; des femmes malades qui acceptent de se faire soigner par un moine, ce qui viole la charia ; le wali qui rend responsable la colonisation de tout ce qui arrive de mal à l’Algérie, mais qui ne chasse pas de son pays les infidèles qui y vivent et accepte même de leur adresser la parole ; le chef du village qui accuse sans preuve les égorgeurs de filles non voilées et d’infidèles de Croatie de ne pas avoir lu le Qoran, alors qu’ils le connaissent par cœur et le suivent à la lettre ; le prieur des moines qui souille le Coran rien qu’en le touchant de ses doigts infidèles ; etc. etc. etc.   

Heureusement, la loi d’Allah finit par être appliquée. Certes, elle n’a pas été appliquée tout de suite, ce qui se comprend aisément, vu que, si tous les infidèles avaient été d’abord égorgés, il n’y aurait pas eu de film et les filmeurs n’auraient pas fait de fric. Elle est appliquée peu à peu, crescendo comme on dit parfois ici : d’abord une fille de Médéa qui ne portait pas le voile et qui sortait donc nue dans les rues a été envoyée ad patres et la gorge tranchée méditer sur la grandeur de l’islam ; ensuite les ouvriers croates d’un chantier (mais que diable ces infidèles faisaient-ils sur une terre d’islam ?) ont tous été égorgés parce qu’ils étaient étrangers et ne psalmodiaient pas « Allah akbar » ; enfin les sept moines eux-mêmes exécutés, et ce n’est que justice, la justice d’Allah bien entendu.

Voilà mon oncle quel est ce film qui chante la grandeur de l’islam et que vont voir en masse les infidèles du Monomotapa. Que le sort des moines les fasse réfléchir ; qu’ils sachent à quoi ils s’exposent en persévérant dans l’infidélité ; qu’Allah protège notre Qoranistan chéri de toute contamination infidèle, comme il a purifié l’Algérie des souilleurs de Vérité. 

 

© Qahir Ezzalam pour LibertyVox

 

 

 

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© Qahir Ezzalam pour LibertyVox - Article paru le 11/10/2010 Imprimer cet article
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