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Haine de soi

L'offensive marxiste n'est pas terminée, elle prend juste d'autres formes. Par Mattheus.

Je viens de lire la prose d'un conspirationniste américain. Pérorant à propos des attentats du 11 Septembre 2001, il colporte l'idée largement répandue selon laquelle ce sont les Etats-Unis de G.W. Bush (l'exécré planétaire...) qui ont planifié, organisé et exécuté lesdits attentats. Il ajoute, en prenant ces airs mystérieux qu'affectionnent ceux qui sont convaincus d'aller à contre-courant des vérités établies (mais à bon compte et en toute sécurité), que le black-out sur le sujet est la preuve de ce que, de toute manière, il ne serait même plus la peine de démontrer.

Black-out ? Il me semble, au contraire, que les thèses conspirationnistes, ou « sceptiques » (le scepticisme n'étant ici que le cache-sexe du conspirationniste pudique) ont énormément, et de plus en plus, d'audience... Car réfléchissons un instant. Comment, par quel intermédiaire avons-nous connaissance de ces théories ? Par copies ronéotypées passées de mains en mains à la sauvette, comme un samizdat de l'époque soviétique ? Par des tracts jetés du haut d'un immeuble, comme ceux de la Rose Blanche ? Par des petits papiers roulés en boule et cachés au fond des poches, selon l'usage de la Cosa Nostra ? Non. Par la télévision, par Internet, par la presse... C'est-à-dire de manière ouverte, et très peu confidentielle...

Quelle est la proportion d'Américains et d'Européens convaincus, sinon d'une conspiration intérieure, au moins d'une fragilité de la théorie dite « officielle » (selon le premier adage des paranoïaques : « il n'y a pas de fumée sans feu... ») ? Un nombre croissant. Exactement comme pour l'assassinat de J. F. Kennedy, qu'une grande majorité de personnes attribuent à une conspiration protéiforme. Ils ne connaissent rien à l'affaire, mais ils ont vu le (très partial) film d'Oliver Stone sur le sujet, et ils se permettent d'arriver, par simple méfiance et amalgame à l'éternelle conclusion : « Les Etats-Unis, avec leur CIA, sont capables de faire ça, donc ça veut dire que c'est eux ! ». On passe allègrement de la reconnaissance d'une capacité (ils peuvent) à l'intime conviction (ils l'ont fait). Or, aussi bien pour l'affaire JFK que pour celle du 11 Septembre, seuls des éléments disparates, contradictoires, le plus souvent d'ailleurs faux (l'histoire des Juifs absents du WTC, p. ex.), servent de béquilles aux partisans du complot. On trouve de temps en temps un élément curieux (rien de surprenant, dans un dossier de cette importance), et on établit toute sa conviction dessus. Puis on en trouve un autre, sans lien avec le précédent, et on se réinvente un deuxième échafaudage conspirationniste, que l'on superpose au premier, nonobstant les écarts ou les contradictions. C'est la méthode hypercritique, qui monte en épingle tel ou tel élément (sans toujours prendre la peine de le vérifier) en s'abstenant de le confronter au reste. Et on décide que l'affaire est classée.


La raison en est simple : ce genre de sujet déchaîne des passions, parfois malsaines. Ainsi, les conspirationnistes font reposer leur conviction sur un simple sentiment. Ce sentiment est celui de l'anti-américanisme. On me dira que nombre d'Américains partagent les idées conspirationnistes. C'est exact. Cela vient, chez eux, de cette paranoïa née lors de la grande désillusion des années 60-70 (époque qui a vu la conjonction du mouvement des droits civiques, de la Guerre du Vietnam, des assassinats politiques, des révélations sur certaines méthodes d'espionnage et, évidemment, de l'agitation gauchiste sur les campus universitaires). Or, cette paranoïa rencontre harmonieusement, et nourrit, une idéologie pernicieuse, qui est celle de la haine de soi. Idéologie abondamment utilisée par les thuriféraires du Bon Sauvage, ceux qui, aussi bien ici que là-bas, entendent faire douter de la légitimité même de notre civilisation pour imposer leur volonté politique (car l'offensive marxiste n'est pas terminée, elle prend juste d'autres formes). Du reste, la variété d'anti-américanisme ressentie en Europe est, majoritairement, issue d'une variante de cette haine de soi. On déteste les Etats-Unis, comme on déteste Israël (et la Russie de Poutine) parce que ces états et leurs dirigeants (du moins jusqu'à Obama...) n'hésitent pas à jouer un rôle dans l'Histoire, à afficher clairement leurs valeurs, et à envoyer leurs armées défendre leurs droits et leurs intérêts. Ce qui, pour nous, Européens gavés du sirop d'érable du "Vivrensemble", ramollis et effrayés par la seule ombre portée de notre propre histoire, est une hérésie ! L'idéologie absurde du « métissage » qui se met en place, avatar pseudo-festif d'une idéologie de lutte des classes s'étant recyclée en tiers-mondisme, fait que tout recours à la force, tout affichage de valeurs un tant soit peu viriles, est exclu. Voir comment nos gouvernants livrent la rue à la racaille, là où, il y a encore un demi-siècle, l'ordre serait immédiatement rétabli au prix, s'il le faut, de blessés, voire de morts.


On peut ne pas aimer les Etats-Unis. Leur reprocher, pêle-mêle, leur vulgarité clinquante, leur anti-intellectualisme, leurs hypocrisies puritaines, leur chauvinisme puéril. Mais ce n'est pas la raison profonde de l'anti-américanisme français et européen aujourd'hui. On les déteste parce qu'ils sont ce que nous ne sommes plus, ce que nous sommes fiers, par condescendance idéologique, de ne plus être, mais que, inconsciemment, nous avons la jalousie de redevenir.


Alors on leur prête tous les maux de la planète. Les Américains servent de paratonnerre à la haine de l'Homme Blanc (haine qui n'est jamais mieux portée, évidemment, que par des hommes blancs, tous comme les meilleurs théoriciens du marxisme étaient et sont toujours de bons bourgeois...). Il ne s'agit pas seulement des Américains, bien sûr. Il y a aussi les Israéliens, évidemment, qui jouent la partition naguère dévolue à l'Afrique du Sud de l'Apartheid. Car mesurons bien que l'antisémitisme des « anti-sionistes » ne provient en aucun cas de l'antisémitisme ancien.


Il y a là la répétition d'un glissement idéologique qui s'était déjà opéré au milieu du XXème s. On sait qu'un nombre non négligeable, pour le moins, des Collaborateurs les plus endurcis lors de l'Occupation, provenaient des rangs socialistes et dreyfusards. Ceux-ci, après avoir longuement protesté de leur amitié pour la cause israélite, sont venus à l'antisémitisme par le biais du pacifisme (la Seconde Guerre Mondiale, dans cette optique, ayant été provoquée par les Juifs eux-mêmes). Le Paradoxe Français de l'historien israélien Simon Epstein livre sur le sujet une étude implacable.


Aujourd'hui, et de façon assez parallèle, les nouveaux antisémites se recrutent dans les rangs des militants anti-racistes, et parmi ceux qui, depuis un demi-siècle, ont fait fleurir plus que jamais les officines sos-racistes et autres ligues de vertu mrapesques et licraïques. Les Israéliens menacent la paix mondiale. Les Israéliens sont juifs. Le troisième terme du syllogisme est évident.


Le paradoxe, qui semblerait savoureux à un esprit cynique, est que l'antisémitisme moderne est un antisémitisme d'après-Auschwitz, et provoqué par une certaine réflexion ayant suivi Auschwitz. La Shoah est devenue un bruit de fond tellement présent qu'il en est exaspérant, et d'autant plus exaspérant que toutes les réflexions qu'elle a engendrées n'ont servi à rien, sinon à déterminer un « post-modernisme » verbeux et stérile. Le traumatisme nazi, mal compris, a consacré en Europe l'idée selon laquelle le socialisme serait intrinsèquement supérieur, moralement parlant, à la pensée « de droite », abusivement assignée à la place de source du national-socialisme, par un contresens philosophique majeur, voulu évidemment par les marxistes qui avaient alors le pouvoir politique d'imposer leurs vues, et qui savaient de cette manière pouvoir consolider leur doctrine au-delà de tous les échecs du socialisme réel...


Car le socialisme, justement, a connu une défaite, dans le monde réel, absolument éclatante. Une centaine de millions de morts, au bas mot. Des états ravagés, économiquement, socialement, écologiquement, moralement. Pour survivre, le socialisme ne peut compter que sur son aspect purement intellectuel (l'idéologie est en effet une maladie intellectuelle, et non mentale, ce qui est pire). On nous dit : le communisme n'a jamais été appliqué (éternelle défense...) ! Le socialisme est toujours un rêve valable ! Alors on l'adapte à l'air du temps. On l'adapte d'abord à la dictature du Pathos régnant. Il faut entendre Besancenot, trotskiste (et donc thuriféraire d'un léninisme pur et dur, celui qui, en son temps, traitait les grévistes de « moustiques jaunes et nuisibles » ! délicieuse ironie...), parler de la Révolution en termes que l'on croirait issus de la dernière chanson stéréotypée d'un chanteur de la Star Academy : amour, douceur, gentillesse, espoir... Alors que tout le monde sait, Besancenot mieux que personne, ce qui se passerait dès les premières semaines de prise de pouvoir trotskiste en France ou ailleurs...


L'adaptation du marxisme, c'est également une mise à jour des éléments variables de sa doctrine. Le marxisme repose sur la lutte des classes, et donc sur la défense d'un opprimé intellectualisé. Ce rôle, au temps de Marx, était dévolu au Prolétaire. Aujourd'hui, le Prolétaire a disparu. Enfin, entendons-nous bien : il a disparu, comme abstraction intellectuelle à promouvoir, dans l'esprit communiste, car il a trahi la cause, en étant, année après année, de moins en moins porté vers la révolution rouge. L'ouvrier (il y a en a de moins en moins), l'employé, le travailleur pauvre, ne cherche pas à satisfaire le sens de l'histoire. Il veut seulement améliorer ses revenus, augmenter son train de vie, quitte à placer son argent en bourse, s'il en a l'occasion. Se faire une place au soleil des petits matins capitalistes plutôt que d'ourdir dans l'ombre les complots du Grand Soir.


Le Prolétaire n'existe plus ? Il n'est plus digne de la Doctrine ? On sait qu’Hitler aussi clamait que le peuple allemand de 1945 l'avait trahi, et ne devait donc pas lui survivre (convergence des idéologies socialistes, basées sur l'utopie millénariste). Qu'importe, on trouvera une autre classe ! A un moment donné, au sortir de la guerre, cette classe, ce rôle plutôt, a été tenu par les Juifs. C'est encore le cas, aujourd'hui, de manière schizophrénique, et sans doute pas pour très longtemps. Car le Juif n'est pas promu pour sa judéité, sinon de façon superficielle (et purement laïque, évidemment). Le Juif a seulement occupé une place, une case dans un système intellectuel. Cette case, auparavant, était occupée par le Prolétaire. Désormais, elle l'est par l'Etranger, l'Immigré. Le Juif ne vaut que lorsqu'il sort d'Auschwitz. Lorsqu'il est une victime muette, un alibi idéologique. Il cesse de servir à la doctrine quand (nouvelle trahison !) il se met à adopter les réflexes honnis que l'on s'est acharné à éradiquer au sein des sociétés européennes : intérêt national égoïste (là où nous nous ouvrons à la guimauve communautaire européenne), réponse à l'agression par la force (là où nous laissons brûler), nationalisme revendiqué (là où nous devons impérativement nous ouvrir au Vivrensemble)…


Comme il y a encore de nombreux Juifs parmi les doctrinaires et idéologues du néo-marxisme, la schizophrénie consiste à parler simultanément de Juifs et de Sionistes, pour mieux les opposer. Les « Juifs » sont les gentils, ceux qui sont convertis peu ou prou à l'idéologie néo-marxiste et convaincus de la nécessité d'en finir avec la civilisation occidentale. Les « Sionistes » sont les méchants (comme Bush, comme Poutine, comme Sharon), ceux qui ont des chars d'assaut et qui osent s'en servir. Oh, certes, nous aussi, nous avons des chars en France, mais ils iront vraisemblablement tous à la casse en n'ayant jamais connu que les pavés des Champs-Elysées...


Il existe d'ailleurs, dans la communauté juive, une catégorie de pousse-au-crime qui, en elle-même, par ses paroles et positions, est capable de jeter n'importe qui dans les bras de l'antisémitisme le plus réactionnaire. Cette catégorie est simplement l'intersection de deux ensembles, celui de la communauté juive elle-même, d'une part, et celui des idéologues acquis au néo-marxisme d'autre part. Il y a, chez ces gens-là, une autre schizophrénie, tout aussi détestable, qui consiste à interdire pour la France (pour l'Europe, pour l'Occident) ce qu'on autorise ou encourage discrètement pour Israël. Cela prouve, incidemment, que ces gens ne sont pas aussi idéologisés qu'on pourrait le penser. Ironiquement, ils devraient théoriquement être les premières victimes d'une grande purge ; favoriser les réflexes nationalistes d'un état est en désaccord avec les fondements de l'Idéologie...


Mais qu'importe ! Il est tout simplement insupportable d'assister aux pitoyables contorsions morales d'un Claude Lanzmann, par exemple qui, après avoir pris ouvertement le parti du FLN pendant la Guerre d'Algérie, contre la France et l'Armée Française, produit une oeuvre de propagande toute entière tournée à l'hagiographie de Tsahal, Armée Israélienne, réputée pure et incapable, par nature, de toute exaction... Mais il s'agit là, vraisemblablement, d'un combat d'arrière-garde.


Le champ des relations judéo-chrétiennes est en pleine recomposition. Un des éléments du mécanisme, et non le moindre, est l'islam qui fait irruption dans le paysage politique européen, qu'on le veuille ou non. Dans nos banlieues, un antisémitisme monolithique agit comme un ciment communautaire (cf l'affaire Halimi), et n'a d'égal que la haine ressentie pour l'ancien colon français, aujourd'hui colonisé. Les réactions face à l'arraisonnement musclé de la « flottille de la paix », au large de Gaza, sont des plus importantes pour l'avenir. Certains compatriotes, faisant pourtant profession de foi nationaliste, tombent dans le panneau arabe, et, par ressentiment anti-juif, se laissent prendre au piège gauchiste. Comment ne voient-ils pas que défendre le Hamas et ses affidés à Gaza, c'est défendre l'émeute à Saint-Denis ? Qu'accabler le réflexe nationaliste israélien, c'est se priver ici des ressources nécessaires au règlement de la crise civile qui approche jour après jour ?


C'est le même masochisme qui, s'engouffrant dans la paranoïa post-11 Septembre, a permis les débordements d'Obamania qui ont conduit les Etats-Unis à envoyer à la Maison-Blanche un nouveau Jimmy Carter, alors que les problèmes de l'heure exigeaient, au moins, un Ronald Reagan. Et demain, peut-être, un Roosevelt et un Truman...

 

© Mattheus pour libertyVox

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© Mattheus pour LibertyVox - Article paru le 23/06/2010 Imprimer cet article
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