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Les nazis, c’est quand il y en a beaucoup que les problèmes se posent

Douzième rapport du jeune Qahir Ezzalam à son oncle, second vizir du Royaume du Qoranistan

 Je vous prie d’excuser, cher oncle, le silence auquel les événements, que je vais vous narrer, m’ont contraint. Quand je vous laissai, vous et mon cher Qoranistan, il y a cent quatre lunes, partant au Monomotapa préparer une thèse en sciences du social, vous me mîtes en garde sur les dangers qu’il y aurait à me mêler des affaires du pays hôte. « A Rome, tu ne fais pas comme à Rome, mais comme si tu étais au Qoranistan. Motus et bouche cousue, pas d’ingérence, tu t’occupes de ta seule affaire : devenir docteur de la Grande Mosquée de Cantabrique. Un diplôme prestigieux obtenu à l’étranger est le ticket idoine pour accéder à l’ascenseur réservé aux vrais croyants ». Je me souviens de ce que vous me conseillâtes obligeamment comme si c’était hier et je crois m’être plié prudemment, jusqu’à présent, à vos objurgations. Je n’ai pas dévié de la voie tracée, même pas d’un kasra, prouvant ainsi mon aptitude à devenir, dès que je serai sciencieux du social, un des conseillers écoutés de votre vizirat.      

Pourtant, il y a treize lunes, j’ai dû faire une entorse, ô très légère, à la règle que vous m’imposâtes et dont je suis convaincu qu’elle est juste et bonne. Le responsable en est le doctorant algérien, qui a été mon mentor quand j’arrivai en Cantabrique. Il est vrai que cet excellent homme connaît tous les détours de la Mosquée et de ses innombrables dépendances culturelles, mieux que s’il avait été nourri dans le sérail. Comme je vous l’ai confié à plusieurs reprises, ce doctorant est un homme avisé, sage, pondéré, habile, prudent, qui fait la fierté de notre communauté : une « figure de proue », comme disent les naturels de ce pays dans leur langue imagée.

J’ai écrit plus haut qu’il est le responsable de l’entorse à la règle. En réalité, j’aurais dû en faire porter la responsabilité sur le mauvais procès que lui ont intenté, il y a quelques lunes de cela, les fascistes et autres ressortissants du Fachicistan. Voici pourquoi. Le doctorant, invité par notre maître Baba Yaga, a prononcé une conférence sur le fascisme et sur les menaces que font peser sur les libertés du Monomotapa les nombreuses communautés qu’y ont établies les ressortissants du Fachicistan. La conférence a été appréciée à sa juste valeur et, comme notre maître Baba Yaga a le bras long, il a obtenu des pouvoirs publics qu’ils fassent diffuser la conférence sur la toile et, par le réseau des réseaux, sur un écran géant disposé dans chacune des annexes savantes de toutes les mosquées d’Europe. Un débat s’est ensuivi avec les internautes et avec les talibans présents dans le grand amphithéâtre.

Parmi eux se trouvait le petit satrape, qu’on nomme ici le satrape jobard, puisqu’il gobe tout ce qu’il avale, mensonges et couleuvres compris. Le petit satrape, comme le Grand Satrape et de nombreux autres satrapes culturels et scientifiques de Cantabrique, vient du Fachicistan. La critique du fascisme l’a indigné et fait sortir de ses gonds, fâché tout rouge, éructant, maudissant, vouant le monde entier aux gémonies, et il a accusé de fascismophobie, de racismophobie, de nazismophobie et même, injure suprême, d’avoir peur de son ombre, le doctorant algérien, qui s’est contenté de répondre, montrant le satrape du doigt : « Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ». S’il avait modulé en public l’anti chouhada « la chitan ila allah wa muhammad rasoul chitan », il n’aurait pas provoqué plus violente ire. Tous les fascistes du Monomotapa, tous les ressortissants du Fachicistan établis au Monomotapa, tous les racistes du monde entier, où que ce soit, en Amérique, au Soudan, en Arabie, etc. ont éructé leur haine.

Le Grand Satrape, qui déteste le doctorant algérien, a immédiatement alerté le réseau Vigilance sans Frontières et tous ses camarades du HFHP ou Haraka Fasciste pour la Haine entre les Peuples, mouvement auquel l’Etat du Monomotapa prodigue aides, crédits, subventions, facilités innombrables, avantages divers, aumônes fiscales, versements exceptionnels, etc. et qui, ne s’en contenant pas, fait aussi cracher au bassinet les pouvoirs locaux : la région, le département, la communauté de communes, l’agglomération, la commune, le quartier, la rue, les voisins, etc. Grâce à cette manne tombée d’un Ciel aveugle, le HFHP s’est doté d’un service juridique pointilleux, impitoyable aux faibles, obséquieux envers les puissants, plus étoffé en matière de juristes, jurisconsultes, légistes, avocats, avoués, procureurs, que les multinationales états-uniennes et dont la raison d’être est d’intenter des procès à n’importe qui, et d’abord aux naturels du pays hôte, pour accroître, par les amendes et les condamnations, le magot des dirigeants du HFHP, qui tiennent plus d’un émir du Golfe que d’un cheikh du Qoranistan.

Donc, pendant treize lunes, j’ai soutenu le doctorant algérien, j’ai lutté à ses côtés, je me suis battu pour son innocence, j’ai animé des comités dans le Monomotapa, je suis allé jusque dans la Capitale, j’ai sillonné les provinces, j’ai distribué des tracts, j’ai collé des affiches, j’ai organisé des réunions. Je suis devenu antifasciste. En vain. Le procès qui a eu lieu il y a un quartier de lune de cela a été une épreuve : le HFHP avait soixante-neuf avocats ; nous, nous n’en avions qu’un. Le doctorant algérien qui connait la justice du Monomotapa redoutait le pire.

Il y a soixante-dix ans, alors que le Monomotapa était occupé par une armée étrangère venue de la Bochie voisine, des ressortissants de ce malheureux pays avaient été déjà condamnés à de la prison et à des amendes de plusieurs millions de marks pour avoir dit en privé la phrase : « Les nazis, c’est quand il y en a beaucoup que les problèmes se posent ». Le tribunal l’a condamné à 7500 € d’amende et à un an de prison avec sursis pour incitation à la haine antifasciste. La condamnation fait grand bruit. Les politiciens s’en mêlent, qui demandent la démission du doctorant algérien. Il y en même un, un soixante-huitardiste venu de Bochie, qui tient les Algériens pour moins que rien et qui, au nom de la haine qu’il voue à ceux qu’il met sous les chiens, tout au-dessous des chiens dans sa hiérarchie des races, exige que mon mentor soit immédiatement expulsé vers l’Algérie. Le Monomotapa, proclament-ils tous, qui est un pays tolérant, ne peut pas tolérer la présence sur son sol de fascismophobes, de nazismophobes, de racismophobes, etc. etc. etc.

Mais, nonobstant le nombre, nous ne nous résignons pas à subir la loi de Goliath. Un tribunal infidèle n’est pas la charia. Le combat continue. Nous faisons appel et l’appel, comme on dit dans la langue de ce pays, est suspensif. Le doctorant algérien est toujours innocent. Bien entendu, mon oncle, vous serez tenu informé, jour après jour, de l’évolution des choses.

 

© Qahir Ezzalam pour LibertyVox

 

 

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© Qahir Ezzalam pour LibertyVox - Article paru le 09/06/2010 Imprimer cet article
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