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La guerre des mots n’est pas finie |
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Dans la bataille des propagandes, les mots peuvent être une arme d’aliénation massive ! Un article d’Arouet le Jeune. |
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Entre
juillet 1940 et septembre 1944, Raymond Aron, alors à Londres au service de la
France libre, a écrit plusieurs études lumineuses sur la guerre, sur ses causes
et son déroulement et sur les buts que poursuivait le Troisième Reich. Ces
études ont été publiées en 1944 sous le titre L’Homme contre les tyrans aux Editions de la Maison Française de
New-York. Dans le chapitre traitant de la « Guerre impériale », il
analyse la « bataille des propagandes », citant en exergue une phrase
du général allemand Ludendorff, mort en 1937 : « Les mots sont
aujourd’hui des batailles : les mots justes sont des batailles gagnées,
les mots faux sont des batailles perdues ». Ludendorff est un militaire
qui ne finasse pas. Foin de la science, foin des subtilités, foin de l’histoire.
Ce qui fait la justesse d’un mot, ce n’est pas son adéquation à la réalité
qu’il désigne ou qualifie ou caractérise, ni son ancienneté, ni s’il est bien
ou mal formé, mais c’est l’issue de la bataille, quel qu’en soit le
cours : le mot qui vainc est juste ; celui qui perd a tort.
Pour ce
qui est de l’islam et des mots français ou arabes ou issus d’une toute autre
langue qui, en français et dans les langues européennes, désignent des réalités
qui sont propres au mahométisme, comme l’on disait jadis, ou à l’islam, comme
l’on doit dire aujourd’hui, et si l’on admet que le vocabulaire est un champ de
bataille, on peut dire, au vu de faits établis, que l’islam a gagné plusieurs
batailles et que les sectateurs de cette religion ou leurs affidés ou tous ceux
qui professent l’islam ou leurs acolytes ou les « savants » qui en
ont fait leur objet d’étude, ont réussi à imposer en français les mots des
mahométans et presque toujours au détriment de vieux mots français.
Ces
batailles gagnées sont attestées par plusieurs séries de faits. Soit islam,
islamisme, musulman. La religion fondée par Mahomet est vieille de plus de
quatorze siècles, mais le nom islam,
emprunté à l’arabe et par lequel elle est désignée, a été introduit en français
en 1697 seulement. C’est Barthélemy d’Herbelot de Molainville (1625-95),
professeur au Collège de France, qui, dans sa Bibliothèque orientale ou Dictionnaire universel contenant tout ce qui
regarde la connaissance des peuples de l’Orient, publiée après sa mort en
1697, a fait entrer dans la langue française les mots islam et islamisme
jusque-là inconnus de nos aïeux, comme l’expose Jaucourt dans L’Encyclopédie (1751-64, d’Alembert et
Diderot éditeurs) : « islam ou islamisme est la même
chose que le musulmanisme ou le mahométisme... C’est M. d’Herbelot qui a introduit ces mots dans notre
langue… Islam vient du verbe salama, se résigner à la volonté de
Dieu et à ce que Mahomet a révélé de sa part, dont le contenu se trouve dans le
livre nommé Coran, c’est-à-dire, le livre par excellence, qui fourmille
de contradictions, d’absurdités et d’anachronismes et renferme presque
tous les préceptes de l’islamisme ou de la religion musulmane ». Islam entre dans le Dictionnaire de l’Académie française d’abord dans le Complément de Barré en 1842 (« à la
fois la religion et le pays des mahométans »), puis dans la septième
édition de 1879 : « la religion des mahométans ; il est synonyme
d’islamisme ». Cela ne signifie pas que les Français ont ignoré cette
religion et ses dogmes. Au contraire. Même dans les siècles obscurs du Moyen
Age, ils en étaient assez bien informés. Tout simplement, les mots en usage étaient
différents. Au XVIIe siècle et dans les siècles antérieurs, la religion
islamique était nommée, entre autres, false
lei (« fausse loi »), alcoranisme,
mahométisme, mahumétisme, religion
alfurcaniste (de furcan, nom
donné par les Turcs au Coran), turcisme
et surtout mahomerie, qui est attesté
sous des formes diverses : mahumerie,
mahoumerie, mahunerie, mahonnerie, meomerie, ces mots désignant les temples
mahométans, la foi mahométane, les pays des mahométans, les idoles. Momerie, « mascarade » et
« hypocrisie », en serait même une altération (cf. Furetière, Littré,
Trésor de la langue française). Islam et islamisme entrent tardivement dans
la langue française comme synonymes. Entre les deux, il existe pourtant une
différence. Le premier qui soit enregistré dans le Dictionnaire de la langue
française n’est pas islam (en 1879, cf. ci-dessus), mais islamisme,
à compter de la quatrième édition, celle de 1762, soit plus d’un siècle avant islam,
et dans le sens suivant : « nom que prend le mahométisme ;
il se dit aussi relativement aux pays mahométans, dans le même sens que
Chrétienté par rapport aux chrétiens » (1762, 1798, 1832-35, 1879,
1932-35). C’est seulement dans la neuvième édition, en cours de publication
depuis 1994, qu’un nouveau sens est ajouté à islamisme, dont islam,
plus tardif, était le synonyme, et cela dans le seul but, idéologique ou
politique, de distinguer le vrai islam (nommé islam) d’un islam dévoyé ou faux, nommé islamisme : « mouvement politique et religieux prônant
l’expansion de l’islam et la stricte observance de la loi coranique dans tous
les domaines de la vie publique et privée ». Les académiciens ajoutent que
ce mot, « aujourd’hui, désigne plus particulièrement un mouvement
politique et idéologique se réclamant des fondements de l’islam et qui peut
prendre un caractère extrémiste », comme si ces traits définitoires
n’étaient pas dans l’islam ou dans les anciennes désignations mahométisme ou mahomerie. Sans les « savants », qui ont imposé le mot
arabe islam, nous continuerions à
appeler la religion de Mahomet mahométisme
ou mahomerie ou peut-être momerie ; et sans les islamologues
bienpensants des années 1960-90, islamisme
serait toujours tenu pour un synonyme parfait d’islam. Le même phénomène s’observe à propos de musulman.
Dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication
depuis 1994), mahométan, adjectif et
nom, n’est pas défini : « dérivé du nom de Mahomet et synonyme vieilli de musulman ».
En 2004 ou en 2005, le mot est « vieilli », alors que, vingt ans
auparavant, il était bien vivant dans le Trésor
de la langue française (1971-94, le tome 11, où se trouve musulman, ayant été publié en 1985),
dans lequel il n’est nulle part fait référence à une quelconque désuétude du mot :
« (substantif) celui, celle qui professe la religion de
Mahomet » (synonyme musulman)
et « (adjectif)
qui professe la religion de Mahomet ou
religion musulmane » ou « qui est relatif à cette religion ou
aux adeptes de celle-ci » (synonyme islamique). En 1985, le mot
était jeune ; vingt ans plus tard, il est près de sortir de l’usage. La
langue évolue certes, mais pas au point de rendre caduc en quelques mois un mot
français, qui est dans tous les dictionnaires depuis plus de trois siècles. Mahométan est attesté en 1538 et pendant
les siècles antérieurs, il existait sous d’autres formes. Citons-en
quelques-unes : macommetiste,
machommetiste, mahommetois, mahometique,
mahommeticien, mahumetiste, mahometiste,
mehemetiste et les équivalents alcoraniste et furcaniste.
Ces formes anciennes, dont on peut supposer, au vu des contextes dans lesquels
elles sont employées, qu’elles sont insolentes et peu amènes pour l’islam,
seraient aujourd’hui censurées à n’en pas douter au point que, si les Français
historiques revenaient parmi nous et qu’ils désignassent les musulmans comme
des mahométistes ou mahométiciens, ils seraient cloués au
pilori de la honte et, en un instant, redekerisés ou vangoghisés, pendant que l’Etat,
évidemment, s’en laverait les mains.
La raison
de cette substitution de mots est la même que celle qui a causé le remplacement
de mahométisme par islam. Mahométan est un mot français, formé à partir du nom Mahomet ; musulman est le mot arabe muslim.
Autrement dit, les mots français ont été écartés pour désigner la religion de
Mahomet et ceux qui la professent. La pureté islamique de musulman luit dans les anciens dictionnaires : musulman est « le titre (et non le
nom) que prennent les mahométans et qui signifie vrai croyant, qui met toute sa
confiance en Dieu » et, adjectivement, « dénomination qui s’étend à
tout ce qui concerne leur religion » (Dictionnaire
de l’Académie française, 1762, 1798, 1835). Dans le Trésor de la langue française (1971-94),
un musulman n’est plus « qu’un adepte de l’islam ». Il en va de même
dans la neuvième édition du Dictionnaire
de l’Académie française (en cours de publication), où musulman n’est plus un « titre », ni un « nom »
que se donnent les mahométans. Il a été naturalisé : c’est « qui est
relatif à l’islam, propre à l’islam, religion de Mahomet » et celui ou
celle « qui professe la religion islamique ». Tout a été fait pour
que mahométan sorte de la langue.
En dépit
de la purification du vocabulaire, la connaissance objective n’a pas progressé.
On peut même dire que ces batailles gagnées se sont accompagnées d’un surcroît
d’aveuglement, volontaire évidemment, et d’une perte de l’insolence, de
l’irrespect pour les puissants ou de l’impertinence qui ont longtemps défini l’identité
française. Des dizaines d’autres exemples le confirment : algèbre,
matraque, séide, martyr, arabe, association, émigrés, etc.
Jusque-là,
dans les batailles rapidement racontées ci-dessus, Mars, le dieu de la guerre
qui décide du sort des combats, a tranché en faveur du mahométisme et des
mahométans. Pourtant, bien que de nombreuses batailles aient été perdues,
l’issue de la guerre engagée reste incertaine, comme l’atteste Allah. Bien que ce mot soit un nom
propre, emprunté à l’arabe, il arrive qu’un article y soit consacré dans les
dictionnaires : sixième, septième, huitième éditions du Dictionnaire de l’Académie française
(1832-35, 1879, 1932-35), Complément
au DAF (Barré, 1842), Dictionnaire de la langue française
(Littré, 1863-1877), Trésor de la langue
française (1971-94). Les premiers à l’enregistrer sont, en 1704, les
rédacteurs du Dictionnaire universel,
dit « de Trévoux » : « (…) nom de Dieu chez les arabes, et chez tous ceux qui font
profession du mahométisme, quelque langue qu’ils parlent ». Dans les
dictionnaires des XIXe et XXe siècles, où est reprise la définition de Trévoux,
ce qui attire l’attention et qui serait tenu sans doute aujourd’hui pour un
« dérapage », c’est l’emploi singulier, étrange mais révélateur, de
ce mot comme une « exclamation ordinaire de joie, de surprise, de crainte,
etc. » (DAF), cet emploi étant
illustré de cet exemple guerrier : Ils crièrent, Allah ! et fondirent sur nous. Barré
(1842, op. cit.) ne finasse pas :
« cri de guerre des mahométans ». Allah
n’est pas seulement l’équivalent approximatif et largement inexact de Dieu, mais c’est aussi un cri de
guerre poussé depuis quatorze siècles et par lequel commencent meurtres,
pillages, conquêtes. Dans le Trésor de la
langue française (1971-94), Allah
n’est pas relevé comme un nom, ni comme un nom propre, mais comme une « interjection »,
c’est-à-dire comme un cri qui n’a pas d’autre sens que l’action qu’il
accompagne ou à laquelle il incite : « exclamation, d’après le nom
donné à Dieu par les musulmans, traduisant divers sentiments comme la joie, la crainte,
la surprise, etc. ou servant d’appel à la prière, au combat ». Plus que
tout long discours, « l’appel au combat » qu’est Allah dévoile la nature de ce dieu, de son envoyé qui fut chef de
guerre et conquérant, de l’ordre (ou din)
qu’il a établi et dont l’emblème est un sabre coupant comme un rasoir, le sayf Allah ou « sabre
d’Allah ».
La guerre
des mots semble mal engagée, puisque des batailles ont été perdues. Mais rien
n’est définitivement écrit, comme le prouve Allah
- le mot, pas l’entité désignée par ce mot. Le cours des choses peut être
renversé, ne serait-ce qu’en ressuscitant les anciennes et irrespectueuses
dénominations qui avaient cours dans toutes les langues d’Europe avant le XXe siècle.
© Arouet
le Jeune pour LibertyVox
Général Ludendorff :
« Les mots sont aujourd’hui
des batailles : les mots justes sont des batailles gagnées, les mots faux
sont des batailles perdues ».
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