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A quoi bon s’indigner que la terre n’est plus plate ?

A qui incombe la responsabilité de la crise que traverse l’Occident ? Une réponse d’Arouet le Jeune.

Depuis plusieurs siècles, la terre n’est plus plate et depuis plus de siècles encore, le soleil n’est plus transporté sur la barque d’Amon-Ré dans l’océan du ciel. Bien entendu, on peut regretter ces fables, qui ont fait rêver les fillettes et les garçonnets, ont consolé les cœurs meurtris (peut-être les consolent-elles encore), ont enchanté l’univers, etc. Pourtant, en dépit des théorèmes, des démonstrations, des preuves, des faits établis, tout cela étant avéré par des images, il est en France des hommes politiques et des « citoyens » qui croient encore que la terre est plate ou qui exigent que l’on revînt aux certitudes du géocentrisme. Evidemment, ici, il n’est nullement question de notre planète, ni d’Amon-Ré, mais de croyances économiques et sociales, lesquelles valent aujourd’hui pour le fatras pittoresque qui encombre les cervelles naïves.

Pour que le monde réel soit changé, encore faut-il qu’il soit perçu et ait une existence pour les citoyens. On ne peut pas comprendre ce que l’on n’observe pas ; et parler d’un réel dont on n’a aucune connaissance, c’est réciter, au sujet de ce réel, les fables de la limande et de la barque solaire. Les sources de la connaissance ne manquent pas. Ce sont les appareils statistiques, démographiques en particulier, de tous les pays du monde, les voyages, à condition que ce ne soit pas à la Sartre, les yeux fermés, les flux financiers, les indices économiques, l’état d’esprit des populations. Dans la plupart des ambassades de France à l’étranger, sont établis des services économiques, dont la mission est de réunir toutes les informations disponibles sur l’économie, les finances, la société, l’état des marchés, les besoins à satisfaire, les pôles touristiques du pays hôte, etc. Tout chercheur sérieux peut y avoir accès, directement ou indirectement. Cela ne demande qu’un minuscule effort, mais qui semble être un travail d’Hercule pour les chercheurs et les profs d’histoire-géo, d’économie et de sciences sociales, recrutés, il est vrai, parmi les élèves médiocres, paresseux, assoiffés de loisirs, les élèves intelligents, travailleurs, curieux de tout, n’ayant pas d’inclination au catéchisme.

A partir de la fin des années 1960 et pendant les années 1970, les financiers, les conseillers en investissements, les responsables stratégiques des grands groupes bancaires, etc. qu’ils soient du Canada, des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, de France, du Japon, etc. ont eu connaissance, en consultant les statistiques de tous les pays du monde, de phénomènes de fond, qui, en moins de trois décennies, ont bouleversé le monde. Ce sont la croissance folle de la population dans les pays du Sud, surtout en Asie, et l’effondrement concomitant de la natalité dans les pays occidentaux. D’un côté, des populations jeunes ; de l’autre, des populations vieillissantes, fatiguées, à l’agonie. De ces faits, il était aisé d’inférer l’existence en Asie et dans les pays du Sud de besoins illimités, publics et privés, à savoir se nourrir, se vêtir, éduquer ses enfants, se transporter, se loger décemment, boire de l’eau potable, évacuer ses immondices, se distraire, équiper son logement, etc. et, en même temps la satiété, le rassasiement, la saturation en Occident. Il était facile aussi, en allant sur place et en ouvrant grand les yeux, de confirmer ces faits par des constatations de bon sens. Au désir de vivre, de survivre, de travailler, de consommer chez les hommes et les femmes du Sud, répondaient la mollesse des Occidentaux, le droit à la paresse, les arguties de la croissance zéro, les rêves de vacances prolongées indéfiniment, les congés payés, maladie, sans solde, etc., le rêve d’un plaçou dans l’administration, les RTT, l’aspiration aux allocations de tout type et toute espèce, la réduction sans limite du temps de travail, etc., tout cela entraînant un rétrécissement des marchés en Occident et l’accroissement du coût du travail.  

De grandes décisions stratégiques ont alors été prises, en toute connaissance de cause, qui ont abouti au nouveau partage du monde : ne plus rien produire en Occident ou n’y produire que des biens immeubles et déplacer dans les pays du Sud et en Asie les appareils de production, ces délocalisations ayant pour objectifs de satisfaire les besoins des pays dits « pauvres » et ceux des familles à faible revenu des pays dits « riches » et d’employer une main d’œuvre qui accepte sans rechigner de produire de plus en plus de biens en un temps de plus en plus court. C’est ainsi que les pays du Sud et d’Asie sont devenus les ateliers du monde. Dans ce partage, qu’est-il échu à l’Occident ? Presque rien. Le secteur primaire (agriculture) est à l’agonie ; le secteur secondaire (industrie) est condamné à terme. Le seul secteur encore vivant est le secteur tertiaire, fait de services subventionnés aux personnes âgées et aux entreprises rescapées, d’importation de produits de consommation et de tourisme destructeur de paysages, avec, comme lot de consolation, le commerce de l’argent : d’où les innombrables fonds communs de placement, assurances-vie, SICAV monétaires, etc. Les investissements industriels se faisant ailleurs et les Occidentaux ayant accumulé, après quatre siècles de travail incessant, beaucoup d’économies, qui ne sont pas encore toutes dépensées, il leur revient de gérer leur épargne, prêtée d’abord aux Etats, qui empruntent pour contenter des électeurs qui ne produisent plus rien, mais qui consomment avidement les produits fabriqués ailleurs. D’où la croissance délirante des marchés financiers, du MATIF, de la spéculation, de la spéculation sur les indices, l’argent n’étant plus investi dans la production de biens matériels, mais dans la spéculation immatérielle. Comme les « vaches folles » auxquelles des savants fous ont fait manger leurs congénères, l’argent se nourrit d’argent, se détruisant lui-même et détruisant tout en se consumant.

Dans ces conditions, les promesses, slogans, mots d’ordre, etc. sur le bout du tunnel, la fin de la crise, la vie à changer, la rupture, l’art de gouverner autrement, l’Europe comme solution à tout, etc. dont se rengorgent les hommes politiques et leurs militants résonnent comme de sinistres blagues. La responsabilité de la « crise » en Occident n’incombe pas aux banques, ni aux industriels, ni aux spéculateurs, qui se sont adaptés au partage du monde et au nouvel ordre des choses, et qui l’ont fait assez intelligemment, mais aux gens ordinaires avides de loisirs, aux citoyens conscientisés exigeant toujours plus, aux consommateurs de produits importés, aux peuples sans mémoire, aux dirigeants dont la démagogie a alimenté les faux espoirs, à tous ceux qui ont rendu possible, par stupidité, inconscience ou paresse, le lent suicide de l’Europe. Depuis plus de trente ans, les cigales d’Occident dépensent ce qu’elles ne gagnent pas et qu’elles payent de dettes abyssales. Dans le partage du monde, comme dans tout partage, il y a des gagnants et des perdants. Les perdants sont connus depuis longtemps : ce sont les cigales et leurs enfants, si tant est qu’elles en aient.

 

© Arouet le Jeune pour LibertyVox

 

 

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© Arouet le Jeune pour LibertyVox - Article paru le 15/02/2010 Imprimer cet article
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