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La responsabilité des socialistes dans la crise actuelle

De la révolution permanente au profit permanent, Louis Chagnon souligne la responsabilité de la gauche dans la crise actuelle.

 Il est de bon ton aujourd’hui de fustiger les banquiers et les bonus des courtiers. Entre tous, les socialistes montent aux créneaux afin de défendre le peuple contre les nouveaux vampires de la finance qui sucent les économies des bonnes gens et mettent les travailleurs au chômage. Ils n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer cette lie de l’humanité coupable de «crimes contre l’humanité» selon l’expression de Michel Rocard. Mais il est un fait que nos politiques cachent soigneusement, c’est que toutes les manœuvres que les financiers ont effectuées étaient tout ce qu’il y a de plus légales, nous ne parlons évidemment pas des truands comme Bernard Madoff. Ce qui nous amène à nous poser certaines questions : Les institutions financières sont-elles les seules responsables de la crise actuelle ? Par qui les structures financières que nous connaissons aujourd’hui ont-elles été mises en place en France ?

À la fin des années 70 et au début des années 80, le marché financier français était encore cloisonné, réglementé et peu concurrentiel. Il fut jugé par nos gouvernants et les financiers de plus en plus inadapté aux besoins des agents économiques et aux exigences de la compétition internationale financière. Les grands marchés financiers anglo-saxons étaient de leur côté beaucoup plus ouverts, mobiles et déréglementés grâce à une vague d’innovations financières sans précédent : introduction des certificats de dépôt et du papier commercial, création de marchés à terme d'instruments financiers, développement du recours aux options, etc. Bref, il devenait urgent que notre marché financier français soit modernisé, c’est-à-dire décloisonné, libéralisé et concurrentiel.

Les nouveaux outils financiers et les nouvelles structures financières qui ont bouleversé le marché financier français apparurent à partir de 1985, en voici les principales nouveautés :

- Les certificats de dépôts, c'est-à-dire l'autorisation pour les banques d'emprunter sur le marché des titres courts négociables ouverts à tous les investisseurs (1985).

- Les billets de trésorerie, c'est-à-dire la possibilité pour les entreprises d'emprunter sur le marché des titres courts négociables ouverts à tous les investisseurs (1985).

- Les bons du trésor négociables, c'est-à-dire la possibilité pour l'ensemble des agents économiques de souscrire à des titres courts émis par l'État, cela comprend les Bons du Trésor Négociables, les Bons à Moyen Terme Négociables (B.M.T.N.), les Certificats de Dépôt Négociables et Billets de Trésorerie (1985).

- La Caisse de Refinancement Hypothécaire (C.R.H.) qui instaura un grand marché hypothécaire ouvert à tous les agents économiques (1985).

- Le marché à terme d'instruments financiers (M.A.T.I.F.) qui permet la création d'une composante «terme» sur un marché qui n'existait jusqu'à présent qu'au comptant (1986).

- Le Marché des Options Négociables de Paris (M.O.N.E.P.), alors que jusqu'ici le marché financier ne connaissait que l’achat ferme d’actions (le système des options n’existait que pour les matières premières), dorénavant il pourra passer des contrats d’options sur des actions. Il s’agit d’un contrat par lequel l'une des parties s'engage à fournir à l'autre jusqu'à une date donnée un volume donné d'actions à un prix convenu à l'avance, sans qu’elle les possède en propre, c’est-à-dire qu’il aura la possibilité d’acheter ou de vendre des actions qu’il ne possède pas (1987).

- Les entreprises d’investissements remplacèrent en 1989 les agents de change qui disparurent, tout établissement financier put créer sa société d’investissements.

Toutes ces nouveautés ont été réglementées par le Comité de Réglementation Bancaire (C.R.B.) qui a pour mission de fixer «dans le cadre des orientations définies par le gouvernement et sous réserve des attributions du Comité de la réglementation comptable, les prescriptions d'ordre général applicables aux établissements de crédit et aux entreprises d'investissement». Les domaines de compétence du Comité sont déterminés par la loi. Il est placé sous la présidence du ministre chargé de l'Économie et des Finances ou de son représentant, le Comité comprend le gouverneur de la Banque de France, président de la Commission bancaire, et cinq autres membres nommés par le ministre pour une durée de trois ans. Tous les règlements du C.R.B. sont homologués par le ministre de l’Économie et des Finances avant leur entrée en vigueur. Puis une législation fut votée afin de rendre tout cela parfaitement légal.

Ce sont par conséquent les politiques qui furent les auteurs de cette modernisation synonyme de déréglementation et de libéralisation. Pour ne citer que les principaux, il s’agit de François Mitterrand, en tant que Président de République, de Laurent Fabius, Premier ministre du 17 juillet 1984 au 19 mars 1986 et de Jacques Chirac, Premier ministre du 20 mars 1986 au 10 mai 1988.

Mais le grand artisan de ces réformes aura été un triumvirat composé de Pierre Bérégovoy, Ministre des Finances du gouvernement de Laurent Fabius de juillet 1984 à mars 1986, de Jean-Charles Naouri, son directeur de cabinet (socialiste, il est aujourd’hui P.D.G du Groupe Casino Guichard, P.D.G. de la société Rallye, président du Conseil d’administration de la Foncière Euris et de Finatis, Vice-président de la Fondation Euris, en 2009 la revue Challenges le classe 63e fortune française) et de Claude Rubinowicz, son conseiller chargé des affaires économiques, monétaires et financières (socialiste, aujourd’hui inspecteur général des finances, directeur de l’Agence du patrimoine immatériel de l’État, fondateur des sociétés de conseils en stratégie financière Finafix et Finafix U.S.A. dont il est toujours le gérant). Tous les deux sortent de Normale Supérieure et de l’E.N.A. Ce furent ces deux compères qui mirent au point la loi sur la déréglementation du marché financier que Pierre Bérégovoy fit voter en 1986 contre la volonté du Trésor qui rechignait à perdre une grande partie de son contrôle sur la finance. La base de ces réformes fut le rapport sur la modernisation de la place financière de Paris rédigé par Bernard Tricot qui, à l’époque, présidait la Commission des Opérations de Bourse (C.O.B.). Le projet avait eu l’aval de François Mitterrand et l’appui d’Hervé Hannoun son conseiller technique. Voilà pour le volet purement français.

Le marché financier français une fois «modernisé», il ne restait plus qu’à l’inscrire dans un grand marché des capitaux de niveau européen. Si le principe de la libre circulation des capitaux fut consacré dès 1957 par le traité de Rome (art. 56 du Traité instituant la Communauté Européenne ou T.C.E.), il fallut attendre l’action des socialistes français pour qu’il soit effectif. L’idée de constituer un grand marché européen fut relancée lors du sommet de Fontainebleau en 1984 organisé par François Mitterrand alors que la France occupait la présidence de l’U.E, ce qui aboutira à la signature de l’Acte unique européen en 1986 qui fut complété par la directive Delors-Lamy 88/361/CEE du 24 juin 1988 (tous deux socialistes comme chacun sait) qui interdit toute entrave à la circulation des capitaux.

L’article premier stipule : «Les États membres suppriment les restrictions aux mouvements de capitaux intervenant entre les personnes résidant dans les États membres», et dans son article 7 : «Les États membres s'efforcent d'atteindre, dans le régime qu'ils appliquent aux transferts afférents aux mouvements de capitaux avec les pays tiers, le même degré de libération que celui des opérations intervenant avec les résidents des autres États membres, sous réserve des autres dispositions de la présente directive». L’objectif était de créer une entière mobilité des capitaux au sein de l’Union Européenne et entre les pays membres de l’U.E. et les pays tiers, la directive entra en vigueur en 1990. C’était l’ouverture à la mondialisation des marchés financiers.

La libéralisation des mouvements de capitaux a connu sa phase ultime avec la création de l'Union économique et monétaire (U.E.M.), inscrite dans le Traité sur l’Union européenne (T.U.E.) ou traité de Maastricht qui est entré en vigueur en novembre 1993 et a abouti à la création de l’Euro.

Afin de faciliter les mouvements de capitaux et les spéculations en tous genres, la Bourse de Paris a laissé la place en l’an 2000 à la société Euronext, bourse de valeurs européenne née de la fusion des bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Porto et du LIFFE britannique. Pour encore aller plus vite, en 2007, Euronext et le New York Stock Exchange ont fusionné pour donner naissance au plus grand groupe boursier mondial : NYSE Euronext, Inc. Tout ceci n’a pu se réaliser évidemment que grâce à l’action de nos politiciens. Nous arrêterons-là les exemples.

Toutes ces innovations dans les structures financières et boursières permirent à la crise des subprimes d’éclater et de se répandre à la vitesse de lumière grâce aux cotations en temps réel au moyen de connections Internet dans le monde entier et de provoquer la crise économique que nous connaissons. Les responsables de la crise ne sont donc pas seulement les banquiers mais aussi nos «braves» politiciens qui ont déréglementé et libéralisé notre marché financier par leurs actions réglementaire et législative.

Même si la droite parlementaire a opiné dans le même sens que les socialistes, nous avons pu constater que ceux-ci se taillent la part du lion au niveau des responsabilités politiques de la crise, ce qu’ils tentent soigneusement de faire oublier aujourd’hui.

Si Nicolas Sarkozy veut vraiment sanctionner les responsables de la crise comme il l’a affirmé le 22 septembre 2008 dans le très chic restaurant new-yorkais Cipriani, nous lui proposons donc quelques noms au hasard comme Laurent Fabius, Jacques Delors, Pascal Lamy, Jean-Charles Naouri ou Claude Rubinowicz. Nous pourrions ajouter de nombreux autres noms, comme celui du trotskiste Lionel Jospin qui remporta la palme du plus grand privatiseur d’entreprises publiques. De la révolution permanente au profit permanent il n’y avait qu’un pas, le problème est que le monde est passé du profit permanent pour quelques-uns au chômage pour beaucoup et en très peu de temps, grâce à la politique des camarades socialistes qui chantaient l’Internationale une rose à la main et le pognon dans le portefeuille.

 

© Louis Chagnon pour LibertyVox

 

 

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© Louis Chagnon pour LibertyVox - Article paru le 08/09/2009 Imprimer cet article
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