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Les «Désobéisseurs»

Louis Dedouet analyse le mouvement des Désobéisseurs et les propos de son leader, Alain Refalo.

C’est dans l’indolence de la période estivale que la sanction est tombée : le conseil de discipline de l’inspection académique de Haute Garonne, réuni le 9 juillet 2009, vient de faire connaître sa décision. Il a infligé à Alain Refalo, une rétrogradation d’un échelon. Pour qui connaît un peu le système, très structuré, du déroulement des carrières au sein de la fonction publique, cette sanction, dont les conséquences sont uniquement financières et limitées dans le temps, peut sembler mesurée. On l’imagine aussi mûrement réfléchie : suffisante pour ne pas laisser croire à une impunité présumée ; modérée, pour ne pas transformer en «martyr» le représentant le plus connu d’une contestation interne.

Alain Refalo, le lecteur s’en souvient peut-être, est ce maître d’école –on dit aujourd’hui «professeur d’école»- qui, en novembre 2008, faisait savoir à sa hiérarchie qu’il refusait, «en conscience», de mettre en œuvre une mesure décidée par Xavier Darcos, alors ministre de l’éducation nationale. Il s’agissait d’organiser dans la classe deux heures par semaine «d’aide personnalisée pour les élèves en difficulté».

On pourra toujours polémiquer sur le bien ou le mal-fondé de la mesure. Dans une typologie un peu caricaturale, elle correspondrait indiscutablement à une «mesure de gauche» : Alors que traditionnellement, la droite est censée placer au dessus du reste les savoirs auxquels, par l’effort, c’est à l’enfant de s’adapter, il s’agit ici de prendre en compte, en petits groupes et de façon ajustée aux besoins de chacun d’eux, les difficultés scolaires d’enfants qui peinent à suivre le cours normal de la classe. C’est donc d’une mesure de nature pédagogique, visant à réduire l’échec scolaire, qu’il s’agit prioritairement. Mais, par un paradoxe qui n’est qu’apparent, ses détracteurs, dénonçant un «dispositif en trompe-l’œil», ne veulent y voir qu’un instrument de gestion, uniquement destiné à compenser la suppression de postes dits R.A.S.E.D. (1)

Quoiqu’il en soit, en refusant d’appliquer une mesure décidée au plan national, Refalo fut, semble-t-il, l’initiateur d’une contestation qui, sous le nom de «désobéisseurs», se constitua en mouvement. L’écho médiatique dont il bénéficia, bien que modéré, fut largement supérieur à son influence réelle : la presse nationale se pencha sur le phénomène et lui consacra nombre d’articles. Les «désobéisseurs», pourtant, sont très minoritaires. Selon leur propre décompte, ils seraient 2800, soit moins de 0,9 % des effectifs d’enseignants du primaire. Il est toutefois vraisemblable qu’ils bénéficient de la sympathie passive d’un nombre non négligeable d’enseignants du premier degré : certes, ce corps professionnel, majoritairement légitimiste et massivement féminisé ne cautionne pas la désobéissance directe. Mais il vit mal une accumulation de réformes d’autant plus impopulaires qu’elles heurtent des habitudes, des convictions anciennes. On ajoutera que dans un contexte global d’amélioration de la performance des agents de l’Etat et de réduction affichée du format de la fonction publique, ces réformes sont loin d’être perçues comme visant toutes, de façon pure et immédiatement visible, des objectifs de réussite scolaire.

Quant au mot «désobéisseur» lui-même, il ne laisse pas d’interroger : sans doute soigneusement choisi pour draper des oripeaux de la vertu opprimée une posture autrement indéfendable, ce vilain néologisme permet aussi de flatter l’esprit volontiers frondeur de nos compatriotes. Il présente surtout l’avantage de donner de la substance à ce qui n’en a pas. Selon le mot de Noël Mamère, fin connaisseur en la matière, «On se pose toujours en s’opposant».

Chacun pensera ce qu’il veut de l’attitude de Monsieur Refalo. Mais, des textes qu’il a rendus publics (2), il ressort indiscutablement ceci :

- Derrière l’apparence de la protestation professionnelle, les motivations de cet enseignant sont clairement, indiscutablement idéologiques. Dans la prose enfiévrée et obstinément accusatrice de Refalo, on ne trouvera pas  un seul vrai argument de «technicien» de la chose éducative, c'est-à-dire centré sur des objections de contenu, de faisabilité ou d’efficacité. En revanche, les accusations se font d’autant plus virulentes que leur objet est vague et global. Il y est question, entre vingt autres perles, de «processus négatif de déconstruction de l’éducation nationale» (sic), de «démantèlement pensé et organisé de l’éducation nationale» (on croyait que c’était à peu près la même chose…), de «déconstruction d’un système» (décidément c’est une idée fixe…), etc. … On notera qu’avec une coquetterie certaine, l’auteur semble affectionner particulièrement le mot «déconstruction», sans que rien n’indique qu’il ait vraiment lu Derrida… On ne peut lui contester, en revanche, une très réelle virtuosité dans le recours au procédé de l’étiquetage, lequel consiste, comme chacun sait, à accoler systématiquement les qualificatifs  les plus déplaisants à tout ce qui ne vous convient pas : de même que les vipères furent en leur temps lubriques, avec Refalo, la vision (entendez : du gouvernement…) est «mécaniste et rétrograde», les dispositifs (pédagogiques de remise à niveau) sont «scandaleux et démagogiques», les régressions (du système éducatif) sont «sans précédent», etc. etc. le reste est de la même eau…

J’ai gardé pour la bonne bouche, l’indignation qui soulève notre bouillant pédagogue lorsqu’il dénonce la «réaffectation dans les classes des enseignants travaillant pour les associations complémentaires de l’école» : des enseignants, jusque-là payés par l’Etat et, par milliers, mis à disposition d’associations, voilà que, malgré la situation largement excédentaire, idyllique même, de nos finances publiques, on les remet progressivement dans des classes, au contact d’élèves, vous vous rendez compte ? Non mais ! Quel scandale, tout de même !

On épargnera au lecteur, qui pourra aisément s’y reporter s’il le souhaite (3), un examen plus approfondi du contenu de ces missives, navrantes à force d’outrances, mais on retiendra ceci : il ne s’agit en aucune façon ici des écrits d’un enseignant, mais des écrits d’un militant. Monsieur Refalo, c’est son droit le plus strict en tant que citoyen, dénonce des réformes à ses yeux nocives, il n’objecte pas, en tant qu’enseignant, de difficultés particulières à leur mise en œuvre au sein de sa classe. Dans ces conditions, il ne peut se réclamer de sa liberté pédagogique, laquelle, dans le système très «impositif» qui est le nôtre, ne va de toutes façons pas jusqu’à pouvoir remplacer par des séances de théâtre un dispositif de soutien prévu par circulaire… On peut le regretter mais c’est ainsi… Puisque ce que M. Refalo exprime, c’est en fait une opinion sur une politique, il ne devrait, ni s’étonner de ce que son administration, respectueuse de sa liberté de penser, veuille tout ignorer de ses choix personnels, ni se plaindre de ce qu’en conséquence, elle n’accepte de considérer que son comportement professionnel. Il ne pourrait d’ailleurs en être autrement : après tout, dans le même contexte et au sein d’une même école, d’autres enseignants pourraient manifester d’autres opinions. Le maître de CE1 mettrait ainsi en place les dispositifs de soutien réglementaire, celui de CE2 les remplacerait pas des activités théâtrales, celui de CM1 par de la flûte à bec et ainsi de suite… On imagine aisément la pétaudière que constituerait un système dans lequel, en l’absence d’autres modes de régulation, chacun déterminerait son travail non pas en fonction de directives générales destinées à garantir la cohérence et l’équité, mais de ses convictions personnelles, érigées en arbitre absolu des options pédagogiques possibles…

- En adressant à son inspecteur un «Je vous écris cette lettre car aujourd’hui, en conscience, je ne puis plus me taire ! En conscience, je refuse d’obéir.», M. Refalo soulève un problème dont il est le premier, sinon le seul, à détenir la solution. Loin d’être le prisonnier d’un employeur dont il exècre les actuels hauts responsables, M. Refalo est libre : il lui est tout à fait loisible de démissionner. Et de se mettre ainsi en accord avec sa conscience. On se demande d’ailleurs pourquoi il continue à apporter sa collaboration à un patron aussi mauvais que l’état français, qui nourrit pour sa jeunesse d’aussi noirs desseins ! Grâce à l’expertise qui est la sienne et avec sa liberté retrouvée, Monsieur Refalo pourrait ouvrir une école privée, y mettre en œuvre les principes qui lui sont chers et prouver à tous qu’il obtient en quelques années, à recrutement comparable, de bien meilleurs résultats que ceux des écoles publiques environnantes, entre-temps il est vrai complètement détruites par l’action négative, «scélérate», du ministère… Il y aurait là, de plus, un vrai courage personnel et une magnifique illustration du bien-fondé de ses critiques... Moderne Célestin Freinet, son nom prendrait place un jour dans les livres d’histoire de l’éducation, auréolé de la gloire posthume qui sied aux précurseurs et aux rebelles bien inspirés.

Arrêtons-là ces railleries et disons-le clairement : monsieur Réfalo et les 2800 enseignants qui partagent ses opinions ne sont pas des «victimes». Ils ont sciemment et délibérément choisi de conduire une action dont ils n’ignoraient pas qu’elle était contraire aux exigences de leur métier (4). Au mépris du statut de la fonction publique, qui leur fait clairement devoir d’obéissance, ils choisissent de ne pas proposer à leurs élèves un dispositif réglementairement applicable au plan national. Car ce sont leurs élèves qu’ils prennent ainsi en otages d’un conflit idéologique qui n’est pas le leur. Il est normal qu’ils aient à en répondre.

M. Refalo se dit victime «d’une volonté de bâillonner les enseignants». Cette déclaration est (en apparence !) d’autant plus extravagante que personne, initialement, ne demandait à l’intéressé de se taire ! Si le statut de la fonction publique, encore lui, prévoit en effet que les fonctionnaires sont soumis à l’obligation de réserve, un usage très largement permissif a, en réalité, réduit le périmètre de cette obligation à certains secteurs sensibles (la défense, par exemple) et aux seuls titulaires de postes d’encadrement ou à haute responsabilité. Concrètement, les enseignants disposent donc des mêmes possibilités d’expression que ceux de tout citoyen. Ils peuvent porter des pancartes, organiser des pétitions, animer des sites ou des blogs, organiser des réunions publiques, coller des affiches, etc… En d’autres termes, à peine sortis de leurs classes, ils peuvent, sans être spécialement «bâillonnés», contester, protester, manifester...  Et chacun sait qu’ils ne s’en privent pas…

On peut gager que si monsieur Refalo et ses clones n’avaient pas médiatisé leur désobéissance et tenté de la répandre par tous les moyens, personne ne les aurait rappelés à un devoir de réserve en effet toujours inscrit dans les textes mais, on l’a vu, fort peu exigé… Ils eussent ainsi pu défendre tranquillement leurs théories … il est vrai localement… sans la résonance nationale que leur a valu leur coup d’éclat. De fait, on ne comprend l’attitude des «désobéisseurs» que si on admet qu’ils ont consciemment, volontairement cherché à créer un abcès de fixation, avec l’espoir de le voir grandir et qu’ils ont ainsi en quelque sorte placé leur hiérarchie dans l’obligation de réagir. La mise en oeuvre des heures d’aide personnalisée n’était ici qu’un prétexte, n’importe quelle autre mesure prônée par le ministère aurait aussi bien fait l’affaire…

Au fur et à mesure que d’autres commissions disciplinaires, concernant d’autres enseignants «désobéisseurs» feront connaître leurs décisions, il sera intéressant de les examiner. Seront-elles plus ou moins «alignées» sur celle qui frappe le plus médiatisé d’entre eux ? Seront-elles plus sévères ? Plus clémentes encore ? Assisterons-nous à des recours en tribunal administratif (5) et quelles suites leur seront données ?

Malgré les doutes qui peuvent planer sur l’issue de ces éventuelles procédures, il faut souhaiter qu’une certaine fermeté soit de mise. Bien que les premières déclarations de Luc Chatel, le nouveau ministre de l’éducation nationale, aillent dans ce sens, ce n’est pas garanti. C’est qu’on en a vu défiler, rue de Grenelle, des ministres, initialement farauds, désireux de faire bouger les choses et qui furent rapidement contraints de battre retraite en rase campagne. Leurs redditions furent souvent d’autant plus piteuses qu’ils furent désavoués par les généralissimes de Matignon ou de l’Elysée, lesquels leur avaient pourtant donné mandat de réformer mais craignent comme la peste le désordre dans les cours d’école, particulièrement en période pré-électorale… Or, nous avons, en principe, des élections régionales en 2010, des cantonales en 2011, des présidentielles en 2012…

D’ores et déjà, Monsieur Refalo récuse violemment le déroulement de la commission disciplinaire. Elle constitue, selon lui, «une parodie de justice», un «procès politique en sorcellerie» (sic). Il regrette –on croit rêver !– qu’elle n’ait pas été le lieu d’un «débat contradictoire, approfondi, diversifié», comme si une commission disciplinaire était un lieu de discussion et d’échanges, où l’on devise d’égal à égal, de politique éducative générale avec des pairs ! Cette façon de sous-entendre que la défense a été muselée constitue aussi une escroquerie : il suffit de lire la plaidoirie que l’avocat de M. Refalo a faite en séance pour comprendre que tous les arguments, y compris les plus ténus, susceptibles d’aider son client ont pu être avancés, talentueusement d’ailleurs, devant la commission disciplinaire…

Monsieur Refalo ne veut pas en rester là. Il appelle à une «insurrection des consciences de la société civile pour sauver l'école de la République aujourd'hui menacée». Il souhaite l’organisation à la rentrée d’ «un mouvement de résistance puissant à ces réformes scélérates», il invite à se «mobiliser pour défendre le service public d’éducation que le pouvoir veut démanteler». Rien que ça… Amis lecteurs, coiffez vos bonnets phrygiens, sortez vos fourches, aiguisez les lames de vos faux, ça va saigner dans les campagnes, la République est en danger !

Si vous pensez que j’exagère, je vous conseille d’aller jeter un coup d’œil au site «Résistance pédagogique pour l’avenir de l’école». Conçu pour défendre les «désobéisseurs», il constitue à lui seul un symptôme du dérèglement mental qui semble avoir gagné plusieurs de ceux dont, en principe, c’est justement le métier que de contribuer à la formation intellectuelle de nos enfants, voire même de ceux qui forment ou qui notent ces enseignants… A croire que le plus élémentaire bon sens a déserté quelques cervelles que l’on eût crues mieux faites…

Parmi les quelques rares témoignages de soutien  aux «désobéisseurs», on relève en effet les attristantes billevesées d’un inspecteur –retraité- de l’Education nationale comparant le conseil de discipline à un «tribunal militaire» et supputant sur ce que sera la prochaine étape «probable» de la «militarisation de l’éducation»… En voilà un que n’étouffe manifestement pas le sens de la mesure ! Plus finaud ou plus retors, un professeur d’IUFM, mieux inspiré lorsqu’il se cantonne à la pédagogie des mathématiques, intègre Vichy à son raisonnement et, au motif qu’il existe des «analogies qui aident à penser le réel», n’hésite pas à évoquer Papon et Jean Moulin pour mieux stigmatiser l’inspecteur d’académie de Haute Garonne… Tout cela, bien sûr, en protestant vertueusement ne pas vouloir insinuer que «Nicolas Sarkozy [soit] le maréchal Pétain» (l’article s’intitule d’ailleurs, on appréciera ce raffinement, «Tartuffe, je te vois…») !  Ce qu’on voit surtout, à propos de Tartuffe, c’est que dans le genre faux-cul, il est difficile de faire mieux… On convoque enfin au chevet de la noble cause des «désobéisseurs» trois grands anciens résistants et/ou déportés, dont Raymond Aubrac lui-même, pour apporter à nos insurgés la caution d’une lettre de soutien, au demeurant prudemment muette, quant aux faits reprochés…

Bref, à la lecture de Refalo et de certains de ses défenseurs, on hésite tour à tour entre l’envie de bailler et une forme d’indignation lasse. C’est qu’on y est trop souvent confronté au caractère convenu, prévisible, d’une «pensée» imprégnée de stéréotypes, crispée sur des postulats déconnectés de toute prise en compte du réel. Finalement, le meilleur parti étant souvent celui d’en rire, c’est l’attitude qui s’imposera devant la grandiloquence et le ridicule de certaines déclarations…

N’importe quel honnête homme se demanderait en effet quels liens peuvent exister entre Caluire et Colomiers, entre les pages noires d’une France meurtrie par l’occupation nazie et les états d’âme d’un instit’  à propos d’une énième réformette concernant l’école française en temps de paix. Ne cherchez pas, il n’y en a pas… De la résistance des époux Aubrac à la «résistance» de Refalo et de ses comparses, il n’y a, on ne le répètera jamais assez, aucune continuité, aucune «analogie». Les uns, œuvrant dans la clandestinité et sous l’occupant risquaient quotidiennement la torture, la souffrance, les camps, la mort. Les autres, fonctionnaires bien nourris, au service d’un gouvernement issu d’un scrutin parfaitement démocratique, n’auront en théorie risqué qu’une révocation (en vérité fort hypothétique) et, concrètement, le premier «condamné» n’aura eu à encourir pour sanction que la perte de quelques poignées d’euros et le risque d’un ridicule dont il est à craindre qu’il ne s’aperçoive même pas… Filons un instant la métaphore cinématographique : il y a la même distance entre les authentiques héros de 1941/1944 et nos modernes «désobéisseurs» qu’entre Gerbier, le personnage incarné par Lino Ventura dans «l’Armée des ombres» de Melville et «Super-Résistant»,  le ridicule coiffeur de «Papy fait de la résistance», l’amusante pochade de Jean-Marie Poiré !

Qu’on ne s’y trompe pas, pourtant : l’utilisation du mot «Résistance», l’évocation de Papon ou de Pétain, celle de mesures «scélérates», la comparaison avec un tribunal militaire, tout cela n’est pas gratuit et vise à déconsidérer, non un adversaire politique porteur d’un projet éducatif différent (au demeurant peu original et largement présent dans des pays comparables au nôtre) mais bien un ennemi socialement nuisible qu’il convient de salir pour mieux le détruire. C’est pourquoi, bien qu’usé jusqu’à la corde, inconsciemment ou délibérément mis en œuvre, le vieux mécanisme consistant à suggérer une étroite proximité idéologique entre la droite républicaine et le totalitarisme est ici une fois de plus à l’ouvrage. Il fonctionne sur le schéma, à tous égards contestable et qui fut lumineusement dépeint en son temps par J.F. Revel : droite démocratique et républicaine = libéralisme = Vichy = nazisme…  CQFD…

Fort heureusement, l’agitation épistolaire qui règne sur «Résistance pédagogique pour l’avenir de l’école» ne semble pas émouvoir grand monde. Indicateur qu’on peut estimer pertinent du succès du site, le compteur enregistrant les passages des internautes oscille, selon les rubriques, entre 700 et 1500 consultations… Parmi lesquelles toutes, à commencer par les miennes, ne sont pas le fait de sympathisants enthousiastes… Pour un mouvement qui déclare compter 2807 membres et qui vise explicitement à mobiliser massivement «parents d’élèves, citoyens et élus», on conviendra qu’il ne s’agit pas d’un raz de marée éditorial…

Plus sérieusement, plus fondamentalement, le phénomène des «désobéisseurs» illustre, une fois de plus, l’impossibilité du pilotage d’un monstre tel que l’éducation nationale. Tout a été dit là-dessus et souvent de façon brillante. De nombreux responsables, tant de droite que de gauche –pour ceux-ci, malheureusement trop souvent en privé- conviennent du caractère «soviétiforme» (6) du système éducatif français et de la nécessité absolue de le réformer. Ou, pour ceux qui pensent que c’est devenu impossible –les plus nombreux, à vrai dire- de le faire «exploser» (par le biais de la décentralisation, notamment). Notre système en forme de mastodonte, absorbe une part considérable de la richesse nationale et c’est normal : c’est de la formation de notre jeunesse et c’est de notre avenir collectif qu’il s’agit. Mais il n’offre en contrepartie que des résultats de moins en moins satisfaisants (7), ce que confirment, année après année, toutes les comparaisons internationales. Après avoir été longtemps ignoré de la base, puis contesté par les professionnels même dont cela aurait été le devoir de l’aborder lucidement, le bilan devient aujourd’hui impossible à dissimuler.

Au moment où ces lignes sont écrites, il est trop tôt pour dire si, comme cela semble devoir être le cas, la contestation initiée par Alain Refalo continuera à s’enfoncer dans la farce ou si, sur ce terreau ultra-sensible que constitue le mal-être enseignant et à la faveur d’un incident quelconque, elle accèdera au statut, tant recherché par ses auteurs, de mouvement protestataire d’envergure. Ce ne serait certes pas la première fois, dans le domaine éducatif, que l’irrationalité balaierait des réformes pourtant souvent marquées au sceau du bon sens, voire de la nécessité… A ma connaissance, aucun leader politique important, aucun responsable syndical de niveau national ne s’est, pour l’instant, associé à cette bien méchante cause…

Formons des vœux pour que le bon sens l’emporte. Et puis, quand l’occasion nous en est donnée, faisons savoir bien fort aux maîtres «désobéisseurs» que leur gesticulation, loin d’entraîner la sympathie, soulève chez leurs compatriotes une plus large désapprobation qu’ils ne le pensent.

Il y a de l’outrecuidance à se prétendre, sans qualifications particulières qui fassent autorité et contre une institution entière, détenteur d’une vérité pédagogique.

Il y a du ridicule à entonner, avec des accents jaurésiens, l’air de la «résistance» héroïque à un «mammouth» depuis longtemps impuissant et  bénin.

Il y a de l’impudence à revendiquer à la fois la sécurité du fonctionnariat et l’indépendance des professions libérales.

Il y a enfin beaucoup d’inconscience –ou beaucoup de cynisme- à se poser en victime lorsque, disposant d’un emploi garanti au sein d’une société traumatisée par le risque du chômage, on se plaint d’une sanction (modérée, fort modérée…) qu’on a délibérément cherchée.

En régime démocratique et sauf circonstances très exceptionnelles, selon l’adage bien connu, «un fonctionnaire, ça fonctionne» !


© Louis Dedouet pour LibertyVox

Notes :

1)  Réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté. Il s’agit d’équipes d’enseignants intervenant autour d’enfants pris individuellement ou en tous petits groupes. Sans entrer ici dans un débat sans fin et contrairement à ce que prétend A. Refalo, des bilans de l’action des RASED ont été réalisés avec des résultats souvent critiques.

2) Je m’appuie ici sur ses courriers du 6 novembre 2008 (annonce à son inspecteur de sa désobéissance) et du 24 juillet 2009 (réaction à la sanction infligée par le conseil de discipline). Il en existe au moins un autre.

3)  Elles sont aisément consultables sur plusieurs sites. On pourra aussi visiter «Résistance pédagogique pour l’avenir de l’école» (Voir plus loin dans le présent article) http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/index-252147.html

4) Dans sa lettre du 24 juillet, A. Refalo écrit : «je savais que je m’exposais au risque de la sanction»… Il est possible aussi qu’il n’ait pas cru que l’administration de l’Education nationale, d’ordinaire bonasse et pusillanime, irait au-delà d’une sanction purement symbolique (avertissement ou blâme)…

5) Aux dires des défenseurs d’A. Refalo, les motifs de comparution devant le conseil de discipline seraient contestables. Pour certains d’entre eux, effectivement, ce n’est pas impossible. La protection –légitime- dont bénéficient les fonctionnaires nécessite qu’un soin méticuleux soit apporté à la définition des reproches qui leurs sont faits. Dans l’instant, il n’y est pas toujours suffisamment réfléchi…

6) Les livres sur le «mammouth» foisonnent. On peut relire le passionnant «Pourquoi ont-ils tué Jules Ferry ?» de Philippe Némo, Ed. Grasset- 1991. Cet essai, pourtant déjà ancien, n’a rien perdu de sa pertinence et contient d’éclairantes réflexions sur la dimension parfaitement idéologique des principales réformes engagées depuis les années 60.

7)  A cet égard, les 88,8% de taux de réussite record aux baccalauréats généraux 2009, dont on a pu très justement écrire qu’ils ne constituaient pas une bonne nouvelle, ne doivent en aucun cas faire illusion… Sur les données ci-dessus évoquées –budget, nombre d’élèves et de personnels, résultats, etc.-  la documentation abonde. Je conseille de se reporter à «Repères & Références statistiques», dense, fouillé, consultable et téléchargeable sur le site du M.E.N. http://www.education.gouv.fr/

De gauche à droite : Walter Bassan, Viviane Bouvier (fille d’Henry Bouvier), Alain Refalo, Michaël Guyader, Stéphane Hessel, Didier Magnin (président de CRHA) et Raymond Aubrac. Source image : http://www.fsd74.org/spip.php?article2287

Image à la Une : Alain Refalo

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© Louis Dedouet pour LibertyVox - Article paru le 31/07/2009 Imprimer cet article
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