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Pendant l’été, les affaires continuent…

Quand été ne rime pas avec probité, Pierre Damiens ouvre la chasse.

Jadis, les mois d’été offraient aux français une trêve politique, renvoyant à la rentrée les réformes d’importance et les débats publics. Ce temps là est révolu. De nos jours, le mois de juillet est devenu celui d’une intense activité législative, au cours duquel le parlement enregistre sur un rythme effréné les lois rédigées par les éminences grises élyséennes. Ainsi, le texte sur le travail dominical devrait passer au forceps, et sans amendements, tandis que le sémillant Frédéric Mitterrand se démène pour accoucher d’Hadopi 2 avant la fin d’une session parlementaire ô combien extraordinaire.

Mais la palme de l’hyperactivité estivale doit sans doute aller à Laurent Wauquiez, jeune et brillant secrétaire d’Etat à l’Emploi, major de la promotion « Mandela »  de l’Ecole Nationale d’Administration et proche de Brice Hortefeux. Ce double parrainage donne sans doute des ailes à notre vaillant ministricule dont l’explosion du chômage n’est pas parvenue à ternir le sourire. Après avoir porté sur les fonts baptismaux le Pôle Emploi (né de la fusion de l’ANPE et des ASSEDIC) puis la loi sur la formation professionnelle, celui-ci vient de révéler son « Plan de mobilisation pour l’emploi ». La principale innovation de ce programme réside dans l’externalisation, ou plutôt la privatisation  massive du traitement des dossiers des demandeurs d’emploi. Ainsi que le révèle le quotidien économique Les Echos[1], ce sont pas moins de 320 000 cas qui seront confiés à des opérateurs privés.

Ce marché s’avère extrêmement juteux puisqu’il s’élève à 100 millions d’euros pour cette année, puis atteindra 200 millions les années suivantes. Par l’odeur alléchés, les poids lourds du reclassement et du conseil en gestion des ressources humaines ont postulé pour rafler la mise. Parmi ceux-ci, les incontournables du travail intérimaire sont en bonne place, parfois par l’entremise de filiales spécialisées, telles que Altédia, du groupe Adecco. Créée en 1992 par Raymond Soubie, cette société et son fondateur sont intéressants à bien des égards. Altédia s’est particulièrement illustrée dans le conseil aux entreprises dans le cadre de restructurations, délocalisations, recherche de performances financières… On devrait donc se réjouir qu’après avoir fabriqué tant de chômeurs, Altédia s’emploie désormais à les recaser.

Enarque,  acteur discret mais influent du monde du travail depuis Pompidou, Raymond Soubie s’est quant à lui forgé la réputation d’un négociateur infatigable, unanimement apprécié dans le milieu syndical pour son aptitude à « huiler » les rapports sociaux. Fort de cette capacité à obtenir les consensus les plus inattendus, il a conseillé tour à tour Jacques Chirac, Raymond Barre, Edouard Balladur, Jean Pierre Raffarin. Il a ainsi été l’un des maîtres d’œuvre de la réforme des retraites de François Fillon,  avant d’être appelé par Nicolas Sarkozy en juin 2007 pour devenir son conseiller social.

A cette époque l’hebdomadaire Le Point, magazine connu pour son expertise en matière de probité, nous garantissait que « De ce passage à l'Elysée, Soubie n'attend rien. Ni poste en remerciement de service rendu, ni privilège : il a fortune faite depuis dix ans »[2]. Soubie était alors effectivement rangé à la 253e place des fortunes de France et la revente d’Altédia à Adecco en 2005 lui avait permis d’empocher un pactole d’environ 60 millions d’euros. Son affaire faite, notre parangon de désintéressement était cependant resté à la tête de la société jusqu’à son entrée dans la garde rapprochée Sarkoziste. Mais que l’on se rassure, son départ n’a pas occasionné une bien grande rupture dans l’état-major d’Altédia, une certaine Danielle Deruy, épouse Soubie, conservant le poste de Directeur Général Délégué[3] !  Aucun risque de conflit d’intérêt donc…

Seuls des esprits particulièrement chagrins pourraient suspecter quelque collusion entre les décideurs et les futurs bénéficiaires de la privatisation du traitement du chômage. Il va de soi que nos medias, à l’indépendance réputée, se seraient fait l’écho du moindre soupçon à ce sujet. Ces derniers ne sont-ils pas tenus au fait de l’actualité en matière économique et sociale par l’AEF,  agence de presse spécialisée dynamique et performante ? Comme elle nous le dit elle-même, « l'AEF[4] produit une information neutre, indépendante et libre de toute position, de tout engagement, de toute influence ».  Et ce n’est pas parce que Raymond Soubie en est l’actionnaire principal et que sa chère et tendre en est le Directeur du Développement  que nous aurions le droit d’en douter !
 
Par ailleurs mélomane, Soubie est aussi de longue date le président du Théâtre des Champs Elysées… à moins qu’il n’y soit marionnettiste !


© Pierre Damiens pour LibertyVox

Notes :

[1] « Reclassement, chômage : Pôle emploi fait massivement appel aux opérateurs privés », D. Perrotte, Les Echos, 21 juillet 2009.

[2] « Raymond Soubie, l'oracle de l'Elysée », R. Guibert, Le Point, 20 septembre 2007.

[3] « Nouvelle organisation de la Présidence et de la Direction générale d’Altedia », communiqué de presse d’Altédia, 7 juin 2007.

[4] http://www.aef.info/public/fr/nonabonne/equipe/qui_sommes_nous.php?nav1=equ&nav4=1

 

Nicolas Sarkozy et Raymond Soubie

Un slogan plein d'humour

 

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© Pierre Damiens pour LibertyVox - Article paru le 24/07/2009 Imprimer cet article
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