La Une de LibertyVox en RSS: 15 derniers articles 30 Tous
Retour à l'accueil
Retour à la Une  

Considérations inactuelles sur l’Université

Le Mutins de Panurge ont pris l’université en otage. Ponocrates, à qui nous souhaitons la bienvenue à LibertyVox, fait le point sur la situation.

1. Les maîtres de conférences et les professeurs des universités ou les enseignants-chercheurs, puisqu’il faut les appeler du nom dont le ministre Jospin les a affublés, sont fonctionnaires. De l’âge de 20 ou 25 ans, parfois dès 18 ans, jusqu’à 60 ou 65 ou 67 ans, pendant plus de quarante ans, ils émargent au budget de l’Etat, et, âgés de 60, 65, 67 ans, ils sont admis à faire valoir leurs droits à pension, l’Etat inscrivant leur nom au grand livre de la Dette, prélevant sur le travail d’autrui de quoi assurer leur subsistance. Il est possible que dans quelques années, sous l’effet de l’augmentation de l’espérance de vie, des enseignants-chercheurs vivent 120 ou 125 ans, dont un siècle rémunéré par l’Etat, ce qui serait une manière de record du monde. Leur traitement ou, s’ils ne sont plus en activité, leur pension sont payés par les impôts, taxes et redevances dont s’acquittent tous les citoyens, même les plus pauvres. On ne peut pas dire que ces fonctionnaires soient exploités ni que, comme leur employeur ne tire aucune plus-value de leur travail, la jouissance de ce qu’ils ont produit leur soit soustraite frauduleusement, étant, comme Marx l’a montré il y a près de deux siècles, du côté du manche.

2. Les obligations auxquelles, en échange de ces avantages, ils sont assujettis sont l’enseignement et la recherche : 192 heures par an de travaux dirigés ou 128 heures par an de cours magistraux, soit trois ou deux semaines de travail d’un paysan et cinq ou trois semaines d’un ouvrier, à raison de 38 à 42 heures par semaine. Ces obligations n’ont rien à voir avec le dur labeur du mineur qui, au péril de sa vie, arrache aux entrailles de la terre un peu de charbon. Pourtant, les cris d’orfraie poussés dans les processions sont plus aigus que les protestations des grévistes de Germinal. Quelle loi scélérate les suscite ? Outre ces 192 ou 128 heures dans l’année, les enseignants-chercheurs sont tenus, comme l’indique leur nom de baptême, de faire de la « recherche » : rédiger des articles, publier leurs travaux dans des revues savantes, participer à des colloques ; en bref, de faire progresser le savoir. Or, il est avéré que le pourcentage des enseignants-chercheurs qui ne publient rien, n’ont rien publié ou ne publient plus rien oscille entre un plancher de 25% et un plafond de 50%. Qu’un ministre, quelque préférence qu’il exprime, droite, gauche, centre, périphérie, nulle part, etc. exige que l’absence de recherche soit compensée par de l’enseignement, est dans l’ordre des choses, bien que cette compensation soit un pis-aller. Doubler le service d’un enseignant qui ne fait pas de recherche, c’est condamner les étudiants à recevoir des enseignements de seconde (ou de troisième) main, de type collège.

3.  Les fonctionnaires que sont les enseignants-chercheurs sont censés appliquer la loi, laquelle, la France étant une démocratie, émane du peuple. Or, de cette loi, ils ne veulent pas. Si le ministre s’était nommé Aubry ou Royal, ils auraient dit « amen » sans barguigner. Il faut croire que les noms Pécresse ou Darcos contiennent des sortilèges repoussants. Pour que la loi soit rejetée ou, comme ils le disent dans leur jargon, pour faire reculer le ministre, des enseignants-chercheurs ont fait grève. Ce fut un grand flop : moins de 5% de grévistes déclarés. D’autres ont fait grève sans se déclarer grévistes, ce qui, en bon français, est un vol. Mais, comme chacun sait, voler le peuple, c’est ne voler personne. 5% de grévistes, la grève est ridicule. Alors, Die Grosse Bertha a été sortie : l’occupation des universités par les Jeunesses communistes, socialistes, trotskistes, anarchistes. Les mutins de Panurge se portent au secours de la Bête. Ce blocus, nommé par euphémisme blocage, le blocus étant un acte de guerre, transforme les universités en propriétés privées, auxquelles il est fait interdiction aux étudiants, qui ont acquitté des droits et qui paient des impôts, d’accéder. De ce fait, la grève est payante : rémunérée à 100%. Ponocrates a reçu le message suivant : « Nous pouvons remercier les étudiants de tout ce qu’ils ont fait pour nous ». En effet, ils ont offert à ce « nous » de deux à trois mois de congés payés. On peut raisonnablement prévoir que les occupants seront remerciés en retour, pas au sens de « congédiés », mais de « rémunérés », suivant la règle mafieuse du donnant-donnant.

4. Les enseignants-chercheurs sont autonomes, au sens où la règle (en grec, nomos) vient d’eux et d’eux seuls : ils décident de leurs sujets de recherche, ils choisissent les cours qu’ils vont dispenser, les jours où ils enseignent, les contenus et les modes d’enseignement, les modalités d’examen, etc. Aucune autorité ne les oblige à quoi que ce soit. Ni Dieu, ni maître, pourraient-ils dire fièrement. L’objectif des gouvernants actuels, en France comme dans toute l’Europe, est d’étendre cette utopie réalisée aux Universités, en les rendant elles aussi autonomes. Elles seront libres de choisir leurs enseignants-chercheurs ou de déterminer dans quel secteur elles veulent investir ou quelles recherches elles veulent développer ou de fixer le montant des droits d’inscription, etc. Il est logique de couronner l’autonomie des enseignants-chercheurs par celle des établissements où ils exercent. Or, c’est de cela que les enseignants-chercheurs ont horreur. A la liberté, ils préfèrent la chaîne protectrice de l’Etat : le cocon, sans la férule. Ce à quoi ils aspirent, c’est à une maman, douce et souriante, qui les bercera jusqu’à la mort.
    
5. Depuis quelques années, les universités de France se sont équipées de serveurs informatiques puissants, grâce auxquels elles mettent à la disposition de tous leurs employés et de tous les étudiants un service de messagerie. Naguère, on entendait dans les salles de réunion des tératologies verbales que, par bienveillance, on mettait sur le compte de la colère ou de la fatigue et que l’on oubliait le plus vite possible. Désormais, c’est impossible. Ces tératologies sont écrites. Ainsi, sont publiés, à raison de deux ou trois par heure, et à l’intention de mille ou dix mille destinataires, des messages dépourvus de toute ponctuation, sans majuscule, même aux noms propres, avec deux ou trois impropriétés par phrase, et autant de fautes d’orthographe ou d’incohérences syntaxiques. Ainsi, un professeur des universités peut écrire ceci : « je ne voit pas la signification profonde du débat qui s’engage autour du robot de rimbault », ce à quoi un autre, excédé, lui répond, après avoir corrigé voit en vois et rimbault en Rimbaud : « messages bourrées de fautes d’orthographe » ; « j’en ai corrigé deux peut être il en reste espèce d’ignard ». Un enseignant-chercheur en littérature française demande que le département de lettres dans lequel il exerce publie, dans son site officiel, « les pastiches (en fait, ce sont des parodies) qui fleurent (pour fleurissent) sur le net ». Mme Pécresse et M. Darcos devraient exiger des candidats aux fonctions d’enseignant-chercheur qu’ils obtiennent d’abord le Certificat de fin d’études primaires. Le secrétaire général d’une université qui, comme la loi l’y oblige, établit la liste de ceux qui ont eu l’honnêteté de se déclarer grévistes, afin d’amputer leur traitement d’autant de jours de grève déclarés, est accusé, dans une messagerie publique, de livrer à la Gestapo ces grévistes. Ce n’est plus de la démence, c’est du négationnisme, le négationniste en question n’étant pas un évêque excommunié, mais un hiérarque du Parti communiste, dont la principale activité depuis 89 ans est de nier les crimes contre l’humanité (85 millions de victimes, qui ne sont pas un « détail »), dont se sont rendus coupables les chers camarades en URSS, Pologne, Bulgarie, Chine, Ethiopie, Guinée, à Cuba, en Corée, au Vietnam, etc. L’Université offre l’hospitalité à des docteurs de carnaval qui ont pour mamelles les tératologies verbales et le négationnisme.

6. L’agitation a aussi pour cause la formation des maîtres. En 1941, Carcopino, alors secrétaire d’Etat à Vichy, a fondé les Instituts de Formation Professionnelle pour remplacer les Ecoles normales et y introduire la pédagogie moderne ou « nouvelle » et la « centration sur l’enfant », dont les Instituts de Formation des Maîtres du ministre Jospin ont fait leur spécialité. En 1944, à la Libération, il ne s’est pas trouvé un seul professeur pour défendre les IFP. En 2009, les enseignants-chercheurs exigent qu’en soit sauvé le clone moderne, bien que, dans ce chaudron, les futurs maîtres soient formatés à la haine de la culture, bourgeoise par nature, à la déconstruction des savoirs, aux tératologies verbales, etc. Les enseignants-chercheurs croient qu’ils font l’Histoire, alors qu’ils ressuscitent les fantômes du passé. Il est vrai qu’il est dans leur nature d’avoir bonne conscience et même d’exhiber cette bonne conscience en sautoir, comme un maréchal soviétique ses rangées de décorations. C’est qu’ils s’oignent des saintes huiles de « gauche ». Ils sont les Oints de la « Gauche », qui lave plus blanc : Mitterrand, Grass, Blanchot, Duras, etc. en savent quelque chose.

7. L’état des universités est à l’image des collèges. Les universités françaises qui figurent dans le classement des cinq cents meilleures universités dans le monde, établi par l’Université de Shanghai à partir d’instruments de bibliométrie incontestables, sont peu nombreuses et mal classées. Les étudiants l’ont compris, qui votent avec leurs pieds, comme les anciens ressortissants de feue l’Allemagne de l’Est. Ceux qui s’inscrivent à l’Université le font par défaut, sauf en médecine, parce qu’ils n’ont pas été acceptés dans une classe préparatoire, dans un IUT et même dans une section de BTS d'un lycée, ou parce que l’Université offre, quasiment sans contrôle, des avantages (réductions diverses, repas à prix réduits, sécurité sociale et mutuelle bon marché, etc.) grâce auxquels il est possible de s’adonner à d’autres activités que l’étude.

Dans quelques années, les derniers étudiants seront partis se former ailleurs. Le dilemme « l’Université ou comment l’éviter » n’aura plus de raison d’être.


© Ponocrates pour LibertyVox

 

Retour à la Une

© Ponocrates pour LibertyVox - Article paru le 30/03/2009 Imprimer cet article
URL de cet article = http://www.libertyvox.com/article.php?id=379