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Le paradis des Beurs

André Dufour nous livre quelques réflexions suite au nouvel intérêt des médias pour les musulmans français expatriés dans des paradis islamiques.

Naguère, les prolétaires de tous les pays avaient tous une même patrie paradisiaque : l’URSS, avec le communisme pour religion d’Etat à vocation universelle. Le prolétariat, ou du moins les nantis et les bobos qui parlent en son nom, sont encore frustrés de ce paradis perdu. Fort heureusement, un paradis chasse l'autre. La semaine écoulée nous aura ainsi gâtés d’un reportage télé d’Envoyé Spécial consacré aux Beurs qui s’expatrient dans les Emirats du Golfe et d’un reportage sur le même thème paru la même semaine, est-ce un hasard ? dans le Figaro du 18 février sous la signature de Georges Malbrunot.

En gros, des jeunes talents français ne trouvant aucun débouché en France, «en raison de leur origine maghrébine», trouvent leur bonheur, un emploi bien rémunéré, la prospérité et parfois la fortune, dans les Emirats. Et de surcroît, ces jeunes Français par le droit du sol, peuvent y retrouver leurs véritables racines, l’Islam, et leur véritable identité, la Oumma. Alors, sur cette terre d’islam, ils peuvent enfin «pratiquer pleinement leur religion sans avoir à se cacher», comme c’était leur cas en France, comme l’affirment certains d’entre eux. On aimerait leur demander combien d’églises, de pagodes ou de temples hindous les autorités locales émiraties subventionnent-elles, comme le font en matière de mosquées, et en toute illégalité, certains maires français en mal d’électeurs musulmans. Et puis quand on voit sur les aires de repos de nos autoroutes ou dans certaines rues de Paris des musulmans se prosterner à l’heure de la prière sans se soucier de la gêne qu’ils provoquent, quand on voit dans nos rues les musulmanes s’afficher dans leur pieux accoutrement conçu par des fabricants de sacs d’emballage, on n’a pas l’impression qu’ils vivent un islam des catacombes, mais passons… ils ont le droit de s’exprimer et même de mentir comme nous avons encore le droit de douter, de critiquer et de contester. Alors profitons en avant que nos autorités, allant au devant des injonctions de l’OCI, nous imposent un bâillon.

Mais revenons à notre sujet : Nos aïeux ont connu l’alliance du sabre et du goupillon, nos Beurs «expatriés» découvrent le charme de «l’alliance de la BMW et du Coran» en feignant d’oublier que derrière le Coran il y a surtout le sabre qui orne le drapeau de leur prophète. Le sabre n’est qu’un symbole mais un symbole exprime mieux la réalité que les discours lénifiants enrobés de vaseline. Et de nous montrer l’image de la réussite en la personne d’un créateur de restaurants, d’un architecte et j’en passe. Caméra braquée sur le luxueux et spacieux logement disproportionné pour un homme astreint à vivre sans sa famille, payé par son employeur, la grosse bagnole et tous les signes extérieurs de la réussite. Le rêve pour des rescapés des cités HLM «ghettos» décidés à se démarquer des leurs copains qui continuent à «tenir les murs», à occuper les halls d’immeubles et à traficoter dans des bizness pas très hallal.

Honte donc aux employeurs «Souchiens» qui obligent tous ces génies incompris à s’expatrier, privant ainsi notre pays de leur créativité, comme ce fut jadis le cas des Huguenots que l’intolérance royale a refoulés en Prusse, aux Pays-Bas et autres pays qui ont largement profité de leur savoir faire. Je me sens, vous vous sentez, nous nous sentons tous coupables. Cela semble du reste l’objectif recherché par ce genre de reportages.

Il ne nous reste plus qu’à savoir quelles discriminations raciales ou religieuses contraignent également tant de nos diplômés «de souche gauloise» catholiques, protestants, juifs ou athées à s’expatrier au Canada, en Australie, aux Etats-Unis ou plus près de nous, dans les pays de l’U.E.

Il est certain que dans des pays nouveaux riches où tout est à faire, à créer, à construire, et où l’argent du pétrole et du gaz coule à flots, et c’est particulièrement le cas des émirats, il y a davantage d’offres d’emploi de haut niveau que dans un vieux pays tel que la France, lestée d’une intrusion migratoire «bas de gamme» quant au niveau de qualification et dont la population rétrograde se montre de surcroît rétive aux charmes et avantages du «multiculturalisme». Allons donc admirer le multiculturalisme en terre d’islam.

Alors je me suis souvenu du loup et du chien de la fable de La Fontaine, le chien, bien nourri, vantant au loup famélique les charmes de la vie auprès des humains. Le loup est sur le point de suivre le chien jusqu’à ce qu’il remarque le collier que celui-ci porte. Et apprend que les maîtres qui prennent si grand soin du chien l’attachent aussi parfois. Le loup n’est alors pas du tout disposé à échanger sa liberté contre une nourriture assurée.

Or ce n’est pas Envoyé Spécial, émission qui passe à une heure de grande écoute et se doit d’écarter tout ce qui pourrait donner une image négative de l’islam, mais le reportage du Figaro, dont le nombre de lecteurs est de loin inférieur à celui des téléspectateurs, qui involontairement peut-être, nous fait découvrir le pot aux roses.

Constatons seulement que ni le reportage télé, ni celui de Malbrunot, ne font état du sort des centaines de milliers de travailleurs étrangers, des soutiers venus des pays très pauvres, qui triment bien plus que nos 35 heures hebdomadaires pour un salaire de misère sur les chantiers sous une température de 40 ou 50°, ni du personnel domestique traité en esclave dont les employeurs «font suer le burnous». Constatons aussi que même pour les mieux rémunérés, il n’est pas question du «droit» au regroupement familial. Ça c’est bon pour coloniser l’Occident, pas en «terre d’islam». Mais Malbrunot, que l’on ne saurait qualifier d’islamophobe, nous confirme qu’à fonction et qualification égales, le salaire de l’étranger est inférieur de 25% à celui de l’Emirati autochtone. Telle est la règle. Et puis il semblerait que les pieux Emiratis appliquent le programme de Jean-Marie le Pen, puisque la préférence nationale, entre autres en matière d’emploi y est imposée. Et ces Beurs qui auraient brûlé des milliers de voitures supplémentaires si la France appliquait la même règle et la même discrimination salariale, trouvent cela normal dans un pays islamique. C’est-y pas beau l’amour ?

Alors lorsque Malbrunot donne la parole et presque le mot de la fin à Khalid, l’un des «expatriés» qui parle de revenir en France «lorsque la France aura appris à vivre avec ses musulmans», on a envie de rétorquer à ce donneur de leçons que nous le reconnaitrons comme Français, comme l’un de nos concitoyens, lorsqu’il aura appris à vivre avec les Français. C’est aux derniers venus qu’il appartient de s’enquérir des règles de vies, de codes, des tabous et du sacré de la population en place et non le contraire. Le contraire, c’est une colonisation, une intrusion.

L’islam n’est respectable qu’en tant que religion parmi d’autre, non au dessus des autres. Est-ce que les bouddhistes, les zoroastriens, les hindouistes, les sikhs, les bahaïs et adeptes d’autres croyances ou convictions, non moins respectables que l’islam, exigent que nous apprenions à vivre avec eux et à nous conformer à leurs croyances ? Permettez-moi de vous donner un exemple personnel : à un moment donné de ma vie, en 1946, j’emménageais pour quelques mois dans une petite ville allemande près de Bonn. Une copine de cette localité m’avait averti qu’un nouveau venu qui s’y installe doit se vêtir en sombre, mettre des gants et faire le tour des maisons du voisinage pour se présenter. C’est ce que je fis : «Guten Tag, permettez moi de me présenter : André Dufour, de Paris, votre nouveau voisin». Invariablement la maitresse et le maître de maison m’invitent à entrer, à prendre une tasse de café et à goûter à la pâtisserie préparée en prévision de ma visite. C’est un rite d’intégration qui implique l’acceptation des us et coutumes du lieu. Est-il besoin de dire qu’après une telle tournée, il faut plusieurs semaines avant de goûter à une pâtisserie ? Ne pas agir ainsi m’aurait fait passer pour un malotru, un intrus. Je n’ai pas demandé aux citoyens de cette ville d’apprendre à vivre avec moi, c’est à moi qu’il appartenait d’apprendre à vivre avec eux. Moyennant quoi, soixante ans après, j’y ai gardé quelques liens d’amitié.

Et si je devais vivre quelque temps en terre d’islam, je me garderais de prendre un repas arrosé de vin à la terrasse d’un restaurant un jour de ramadan. Non seulement par une évidente prudence, mais avant tout par respect pour les us et coutumes du pays. Là je veux bien apprendre à vivre avec les Musulmans. Mais pas chez moi. Chez moi, dans mon pays laïque, je ne connais pas la religion des gens qui m’entourent ou avec lesquels je suis en relation. Je ne connais que des Français, hommes ou femmes, des concitoyens. En France, il est aussi malséant de mettre sa religion en avant que ses goûts et mœurs sexuels. Cela relève de la vie privée, de la vie intime, non du domaine public.

Alors, Monsieur Khalid, je vous aime bien comme concitoyen, le reste me laisse indifférent. Je n’ai donc pas davantage à apprendre à vivre avec les adeptes de tel ou tel guide, führer, gourou, prophète ou messie qu’avec les adeptes de telle ou telle idéologie ou avec les communautés sexuelles «déviantes». Tant qu’ils restent discrets et n’essaient pas de nous imposer leurs lois. Libre à vous de ne pas l’admettre et je respecte votre choix. Mais alors, et sans rancune, je vous souhaite tout le bien possible, santé, bonheur et prospérité au sein d’une famille heureuse et regroupée, en terre d’Islam, où les musulmans apprennent si bien à vivre avec les Chrétiens, les Juifs, les Hindouistes, les Bouddhistes, les Bahaïs, les athées, les "infidèles" et les «renégats».


© André Dufour pour LibertyVox

 

Ci-dessus : Drapeau d'Arabie.

Image à la Une : l'émir du Qatar

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© André Dufour pour LibertyVox - Article paru le 21/02/2009 Imprimer cet article
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