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Elections en Israël

Martin Birnbaum revient sur les élections israéliennes, leur place dans les médias et les problèmes régionaux qui demeurent.

Le système électoral israélien est fondé sur la proportionnelle intégrale. Il s’agit du système le plus démocratique imaginable et du système le plus détestable car, en cas d’égalité de voix obtenues par «les grands partis», les plus petits, agissant à la marge, deviennent les plus forts en faisant du chantage pour obtenir ceci ou cela en échange de leur appui à la Knesset. Les récentes élections ont permis cependant de «laminer» les partis les plus petits de gauche ou de droite, y compris le parti «religieux» qui était souvent par le passé le «faiseur de roi».

Quatre partis se partagent 83 % des voix, les «extrêmes» de gauche (Meretz) ou de la droite religieuse (Shas, United Thora, etc.) se trouvent pour la première fois incapables de peser sur la formation du gouvernement qui, pour disposer d’une certaine stabilité, doit avoir plus de 60 députés sur un total de 120.

Un premier constat : les trois partis «arabes» disposent d’un nombre de députés égal à presque 10 % du total (11 sur 120). Naturellement, aucun commentaire de la presse internationale ne relève ce fait, au Proche-Orient, une opposition à caractère existentiel à l’état dans lequel elle existe occupe 10 % des places de l’Assemblée Nationale. Pas besoin de se demander combien de coptes siègent au Parlement égyptien ou si une opposition existe dans les pays «démocratiques» arabes (la Syrie par exemple où son président est élu avec 99,9 % des voix).

Les commentateurs «avisés» (et les gouvernements occidentaux influencés par leur matraquage ou en pensant à des franges de la population de leurs pays) détectent, analysent et, naturellement, critiquent le «glissement à droite» des électeurs israéliens. Mention particulière pour le parti «ultranationaliste, d’extrême droite, voire fasciste» «Israël - Notre Maison» d’Avigdor Lieberman. On est habitué aux exagérations quand il s’agit d’Israël, mais venant après la guerre à Gaza, on devrait être et un peu plus circonspect et un peu plus mesuré. Il faudrait savoir que lorsqu’on est de droite en Israël, c’est comme si on était radical-socialiste en France. Alors l’extrême droite israélienne, ce n’est même pas Monsieur de Villiers pour ne pas parler de Le Pen… Disons qu’il s’agit d’un parti de centre droit comme l’UMP en France.

Ce parti fût-il de centre ou d’ailleurs, est marqué du sceau de l’infamie «ultranationaliste». L’essentiel de ce qu’il prêche se résume à deux positions fortes à caractère existentiel pour Israël. Il s’agit de demander la loyauté envers l’état à tous ses citoyens et, compte tenu de l’expérience historique mondiale, d’obtenir la séparation des populations.

Pour ce qui est de la première demande, il s’agit d’obtenir que la population arabe israélienne ait non seulement les mêmes droits mais les mêmes devoirs que la population juive. Accepter l’état de la majorité, état juif, et lui être loyal, veut dire ipso facto traiter les palestiniens des territoires qui, un jour, peut-être, auront un état, comme des voisins et non pas comme des «frères». Ceci veut dire aussi que lorsqu’on est député à la Knesset, on ne doit pas faire acte d’allégeance à l’Autorité Palestinienne, à la Syrie ou à tout autre état qui ne vise que la disparition d’Israël. Le cas du député Bishara qui, soupçonné d’avoir fourni des informations à caractère confidentiel au Hezbollah pendant la guerre du Liban en 2006, a fui la justice de son pays, illustre les propos de Lieberman. Certes, la double nationalité pose problème dans beaucoup d’endroits au monde. Mais ce dont il s’agit ici, c’est de se déterminer en tant que citoyen d’un état que tous ses voisins voudraient voir disparaître et admettre que si cet état se défend contre des organisations terroristes, la moindre des choses est d’être solidaire de son état et non desdites organisations. Ultranationalisme ? Fascisme ? Voire. Israël n’est pas la France qui peut se permettre (comment ferait-elle autrement ?) de voir six de ses soldats refuser d’aller en Afghanistan car… musulmans, ce qui n’a pas l’air de choquer grand monde.

La deuxième demande paraît pourtant logique du point de vue de l’expérience historique mondiale. En effet, dès que deux populations arrivent au bout de multiples tentatives échouées de "vivre ensemble", la solution est la séparation. C’est ce qui s’est passé par explosion en Yougoslavie (séparation en Serbie, Croatie, Bosnie, Monténégro, Macédoine) mais c’est aussi ce qui s’est passé, en silence, tranquillement, pour la Tchéquie et la Slovaquie. Le cas de la Bosnie est doublement intéressant car il y a eu, aussi, échange de populations serbes et bosniaques (pour ne pas dire chrétiennes et musulmanes). Avigdor Lieberman part d’un constat imparable : le contrôle par Israël de territoires disputés depuis 1967 a conduit à la création de quelques agglomérations (ayant tous les attributs de vraies villes) et dont certaines dépassent 50.000 habitants. Puisque l’on envisage la création d’un Etat Palestinien, qui plus est «Jüdenrein», pour faire simple, où les juifs n’auront pas le droit de résider, il serait souhaitable que l’on procède à une séparation de populations et à un échange de territoires. Ainsi, une partie du Nord d’Israël où la population arabe est prépondérante serait transférée à l’Etat Palestinien, tandis que les agglomérations évoquées seraient transférées à Israël. Naturellement, le tout en parfaite équité, km carré pour km carré. Ainsi, des arabes israéliens iraient rejoindre leurs «frères», obtenant ainsi une adéquation parfaite entre leur identité religieuse, communautaire, traditionnelle et leur citoyenneté. Bien entendu, on crie au scandale et on travestit le concept de séparation de populations (et territoires) en une infâme accusation de «fascisme», couvrant la «volonté d’expulser les arabes». Il n’est pas cependant inutile de comprendre ce que recouvre le rejet de cette proposition : l’espoir, qu’à terme, il y aura deux états pour un peuple, le «peuple palestinien». Car les arabes israéliens comprennent qu’ils ne jouiront jamais dans l’état qui se prépare des mêmes libertés, droits civiques et situations économiques. Et leur espoir caché est évident : obtenir la majorité dans l’Etat Juif, soit par la démographie, soit par le «retour des réfugiés». Il est donc légitime, de leur point de vue, de rejeter une telle proposition. Mais du point de vue de l’histoire et de la majorité juive d’Israël, la proposition n’a rien d’infamant.

«Israël - Notre Maison» a été fondé par des émigrés russes, essentiellement laïques, qui apportent avec eux une Weltanschauung dérivée de l’expérience du régime communiste dans lequel eux, ou leurs parents, ont vécu. C’est ainsi qu’ils plaident pour le mariage civil (seul le religieux a cours en Israël, séquelle de l’Administration Turque et Britannique ensuite), pour l’établissement d’une constitution (Israël n’en a pas), pour la séparation complète de l’état et de la religion (loin d’être évidente en Israël) etc. Mais le monde occidental (pour ne pas parler du monde musulman, dont la pratique de la tolérance politique est parfaitement connue) l’a décidé, ce parti est d’extrême droite, il doit être isolé. Sans aucune vergogne, on voit Javier Solana intervenir au nom de l’Europe pour dire qu’il vaudrait mieux que ce parti ne se retrouve pas dans la coalition qui formera le prochain gouvernement d’Israël.

On devrait cependant se souvenir de la manière dont Ariel Sharon a été traité par la presse mondiale et les gouvernements occidentaux : assassin, fasciste, tueur d’enfants arabes, on en passe et des meilleures, jusqu’à ce qu’il évacue Gaza et reçoive d’incessantes félicitations, congratulations et invitations. Les visionnaires d’alors avaient prévu ce que Gaza allait devenir. Peut-être même que les gouvernements occidentaux, sachant ce qu’il allait advenir, n’étaient pas mécontents de voir Israël faire, elle-même, un pas vers sa possible (souhaitable, en tout cas, pour eux) destruction.

Ceci pour rappeler en même temps une évidence historique : la droite peux faire plus facilement la paix que la gauche. Begin a montré le chemin en rétrocédant à l’Egypte la totalité du Sinaï pour une paix qui, clopin-clopant, dure depuis 32 ans. Mais faire la paix amène tout de suite la question : «avec qui» ?

On sait maintenant que «le peuple palestinien» a deux gouvernements sur deux territoires, la Cisjordanie et Gaza. Celui de Cisjordanie n’existe que grâce aux subsides internationaux (oublions ce qui part vers les comptes étrangers des dirigeants…) et à la sécurité assurée par Israël, mais n’a en réalité aucun pouvoir d’engager son peuple sur la voie de la paix avec Israël. Certes, depuis Oslo et encore plus depuis Annapolis, les deux protagonistes se trouvent dans un «processus de paix». Le monde s’est contenté jusqu’ici de mettre plus l’accent sur le «processus» que sur la paix. Gaza est tenue d’une main ferme par le Hamas qui crie sur tous les toits qu’il ne reconnaîtra jamais Israël et que sa mission est sa destruction, aidé en cela par un acteur en train de devenir prépondérant au Proche-Orient, l’Iran. Bref, à supposer que par un coup de baguette magique de notre président, grand spécialiste de l’apaisement des conflits, ou de celle de Barack Obama, tout dernier héro des gauches mondiales, Israël arrive à un accord avec l’Autorité Palestinienne, celle-ci n’a pas la capacité d’engager les deux parties palestiniennes dans un accord de paix avec Israël, ce qui conditionne, en premier, la création d’un Etat Palestinien. La faute en incomberait à Israël et, comme si les juifs n’étaient pas suffisamment nombreux pour être vilipendés, Le Figaro (12.02.09) publie ce commentaire (accepté par le «modérateur») «c'est cet état qui détient un arsenal terrifiant (normal : il est aidé depuis 50 ans par toutes les puissances occidentales, qui ont même été jusqu'à lui donner la bombe... n'est-ce pas, la France ?) qui a accueilli 500 000 russes d'extrême-droite, fascistes et non....juifs !!!! histoire de se faire des bataillons de colons. Ces russes qui n'ont qu'un mot à la bouche : Cisjordanie et Gaza, c'est simple : seront rasés comme Grozny !!!!».

Mais tout le bruit que l’on fait sur la dérive droitière d’Israël, comme toutes les accusations de «crimes de guerre ou contre l’humanité» avant, pendant et après la guerre à Gaza, ne sont qu’un rideau de fumée qui est censé cacher le vrai problème du Proche-Orient et du monde : l’Iran et sa marche forcée vers la bombe.

C’est à tort que pendant deux décennies on a voulu faire croire au monde que le conflit israélo-palestinien était «la mère des conflits». Ce n’est pas parce que pendant ces deux décennies personne n’a manifesté en Europe ou dans les pays musulmans contre les attentats en Indonésie ou en Thaïlande, contre le génocide au Rwanda, les massacres du Darfour ou du Niger (deux pays où il ne fait pas bon de ne pas être musulman) mais uniquement contre Israël et ses «crimes» que le fond des choses n’était pas évident. Car pendant ce temps l’Iran a exporté sa «révolution» comme l’Union Soviétique avait exporté la sienne. Une différence majeure toutefois, l’Iran s’appuie sur le coran, viatique d’un milliard et demi d’êtres humains, disposés et disponibles pour une solidarité agissante quand il est question de s’affirmer face à l’infidèle.

La nouvelle administration américaine est en train de changer radicalement le cap de sa politique au Proche-Orient. Elle espère, comme les européens pendant sept ans de négociation, arrêter la marche de l’Iran vers la bombe et prévoit deux étapes : détacher la Syrie de l’Iran et obtenir un accord israélo-palestinien. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que les deux étapes se confondent car la Syrie contrôle, pour le compte de l’Iran, les deux milices qui empêchent (ou empêcheront) tout accord entre Israël et les palestiniens. Elles ne sont que des têtes de pont de l’Iran au Proche-Orient et leur affiliation à l’islamisme rampant mais conquérant, sponsorisé par l’Iran, ne peut succomber devant aucun argument rationnel. Mais on peut toujours essayer de traiter de manière rationnelle l’irrationnel… Ce qui, tôt ou tard, indépendamment de la couleur de la coalition gouvernementale israélienne, révèlera crûment que la solution de «deux états, pour deux peuples» est mort-née et que tous les soins qui lui ont été apportés ne l’étaient que post mortem.

Que faire ? Une théorie, tenant compte de l’impossibilité de régler le conflit, met en avant la nécessité de la séparation. Le «mur» tant décrié est un exemple : depuis sa construction, aucun attentat suicide n’a eu lieu sur son tracé. Mais il y a l’exemple inverse, quitter un territoire auparavant contrôlé par l’armée israélienne peut conduire à rapprocher les forces ennemies (supplétifs de l’Iran) du cœur d’Israël : le Sud du Liban en 2000 ou Gaza en 2005. Le cas de Gaza est emblématique à plus d’un titre, mais les spécialistes de la diabolisation d’Israël n’en ont cure : des palestiniens avaient la possibilité, sur un territoire qu’ils administraient, de commencer à créer les structures de leur futur état. C’est pour cela que depuis des lustres on disait «Gaza d’abord». On a l’habitude de dire qu’Israël contrôle toujours les entrées et les sorties du territoire transformé en «prison à ciel ouvert». Il s’agit d’un mensonge manifeste. Le port et l’aéroport (détruits depuis) servaient de porte d’entrée pour des armes et munitions, ce qui a conduit, non seulement Israël mais aussi l’Egypte, à imposer un contrôle strict des points de passage. Que l’on ne se trompe pas : si le Hamas qui contrôle Gaza veut aujourd’hui obtenir l’ouverture des points de passage, ce n’est pas pour importer des denrées de première nécessité pour la population locale qui ne sont d’ailleurs pas stoppées par Israël, c’est d’abord pour introduire dans le territoire des systèmes d’armes et des combattants formés en Syrie ou en Iran pouvant représenter des menaces autrement plus sérieuses que les 7.000 fusées «artisanales» tirées sur le Sud d’Israël pendant les sept dernières années.

La deuxième théorie a l’avantage de la simplicité : plus aucune concession (surtout pas dans l’optique «la terre contre la paix») et une opération militaire comme celle de Gaza chaque fois que cela s’avère nécessaire. On comprend cependant que les deux théories ont un point commun : en aucun cas il ne faut envisager la réunion de Gaza avec la Cisjordanie, car cela conduirait à créer sur l’Ouest d’Israël une autre entité terroriste contrôlée, in fine, par l’Iran. Ce qui est parfaitement compris par la Jordanie qui ne voudrait pas, elle, avoir à sa porte la même entité terroriste. Mais cela n’empêche pas le Roi de Jordanie de dire le contraire en soutenant la création d’un état palestinien sur les deux territoires.

Et la communauté internationale ? Il y a les pays qui, faisant de bonnes affaires avec l’Iran n’ont aucun intérêt, surtout par temps de crise économique, à se prononcer en faveur de l’Etat Juif. D’autres qui font de bonnes affaires avec les pays pétroliers arabes qui ne voudraient pas perdre une clientèle fortunée, tout en ayant quelques scrupules à se montrer trop ouvertement adversaires d’Israël. Alors cette communauté internationale qui, dans un moment d’égarement, a fixé trois conditions pour que le Hamas devienne un interlocuteur acceptable (reconnaissance d’Israël, renonciation au terrorisme et respect des accords signés par Israël et l’Autorité Palestinienne) est en train de faire des acrobaties dialectiques pour les oublier, avec en tête notre excellent ministre des affaires étrangères et comme Monsieur Loyal, le clown Javier Solana.

Quant au Hamas, un ancien fonctionnaire de l'UNRWA dénonce la dérive de la vocation de cette agence. James Lindsay, un ex-conseiller juridique de l'agence onusienne d'aide aux réfugiés palestiniens, a publié la semaine dernière un rapport accablant : l'organisation onusienne emploie et accorde des avantages en nature aux terroristes membres du Hamas, fait des déclarations politiques unilatérales et finance la publication d'ouvrages scolaires encourageant à la discrimination. Le Hamas a fait disparaître sept tonnes d'armes et de munitions emmagasinés dans des entrepôts des Nations-Unies alors que les artificiers onusiens devaient procéder à leur élimination.

En parallèle, on commence à faire des dons pour reconstruire Gaza. C’est une aberration stratégique car on va réparer la base d’attaque de l’Iran contre Israël et un déni éthique car on va ainsi gratifier le Hamas d’une récompense pour ce qu’il a fait. Et ceux qui disent qu’il faut aider les populations palestiniennes qui souffrent à Gaza devraient pour commencer, comprendre que c’est le Hamas qui fait souffrir ces populations car c’est son fond de commerce. Il suffit de se souvenir qu’avant Oslo plus de 250.000 palestiniens travaillaient en Israël soit 50 fois plus qu’aujourd’hui…

«L'insouciance et l'utilisation cynique des installations civiles et aveugle par le Hamas, comme les tirs de roquettes contre les populations civiles, sont des violations flagrantes du droit international humanitaire», dit James Holmes, (responsable des affaires humanitaires de l’ONU au Conseil de sécurité des Nations-Unies) dans un rapport au Conseil de Sécurité.

Qu’à cela ne tienne, le monde avance, le négationnisme reprend des couleurs, les Etats-Unis vont aller à Genève pour assister à la diabolisation institutionnelle d’Israël par les pays respectueux des droits de l’homme (Libye, Soudan, Pakistan, Venezuela, Cuba etc.), vont «parler» à la Syrie et à l’Iran, bref, tout va pour le mieux sans le meilleur des mondes. Et on attend notre président pour régler ce conflit qui dure depuis plus de 100 ans…

© Martin Birnbaum pour LibertyVox

 

Ci-dessus et à la Une : Benjamin Netanyahou, nouveau Premier Ministre israélien

Ci-dessus : Avigdor Lieberman

Sarkozy caricaturé dans la presse arabe

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© Martin Birnbaum pour LibertyVox - Article paru le 20/02/2009 Imprimer cet article
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