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Contre Poutine

Martin Birnbaum dresse un portrait sans concession de la Russie et rend Poutine responsable de son triste état.

Entrées dans une zone de turbulences par temps fort, les grandes puissances économiques cherchent des solutions pour redonner aux marchés financiers la confiance dont ils ont besoin pour pouvoir fonctionner sans encombre. Il est remarquable que le plus grand détenteur de réserves en dollars, (trois mille milliards…) la Chine, brille par son absence de toutes les grandes rencontres dont le but est de montrer la solidarité du monde face à une crise dont on s’efforce encore d’occulter les raisons profondes. Mais ce qui est encore plus remarquable, c’est que l’Europe avec notre président à sa tête, s’active à faire entrer la Russie de Vladimir Poutine dans le cercle de ceux qui devraient décider de ce qu’il y a à faire. A-t-on raison de vouloir cela ?


De prime abord il semblerait que cette démarche soit justifiée. La Russie n’a-t-elle pas été admise au G7 qui est devenu G7+1 ? N’a-t-elle pas des réserves de plus de 500 milliards de dollars ? Certes, sa dernière aventure en Géorgie a rafraîchi l’enthousiasme d’une partie de l’Europe à la considérer comme un pays «en voie de démocratisation». Certes, son opposition actuelle aux tentatives de solution des conflits partout dans le monde (Iran, Proche-Orient, Soudan et tout dernièrement l’Amérique latine) qui traduirait sa volonté de revenir au statut de l’Union Soviétique, pose problème à tous ceux dont l’apaisement sert de viatique. Certes, le fait que l’Europe soit prisonnière des fournitures russes de gaz et pétrole rend les choses délicates dès qu’il s’agit de fixer des «lignes rouges» à ne pas transgresser comme, par exemple, respecter l’intégrité de la Géorgie. Pourtant, et pour des raisons différentes, trois pays (la France, l’Allemagne et l’Italie) se sont faits les chantres de la collaboration avec la Russie de Monsieur Poutine.


L’Allemagne, parce que premier investisseur occidental en Russie et parce que «l’Ost Politik» fait partie de ses intérêts vitaux (rien de nouveau sous le soleil, Hitler aussi avait besoin de «l’espace vital» qui se trouvait à l’Est). Gerhart Schröder, son dernier Chancelier, avant de se vendre à Monsieur Poutine pour un salaire annuel de 1 million d’euros, a imposé au parlement allemand un accord énergétique et le trajet, conçu par la Russie pour éviter de passer par la Pologne, d’un oléoduc financé en grande partie par son pays.


L’Italie parce que premier investisseur dans l’industrie automobile russe et premier fournisseur de produits alimentaires et/ou de luxe. l’Italie soutient également la politique de la Russie d’opposition à l’application de sanctions contre l’Iran où elle vise (espère), mettre la main sur l’exploitation d’un énorme gisement gazier et financer la construction d’un nouveau gazoduc qui, selon les souhaits de la Russie et de l’Iran, ne passerait pas par des pays «non sûrs» (Géorgie, Turquie, etc.).


La France, constance diplomatique depuis De Gaulle oblige, ne fait que suivre sa ligne traditionnelle, ayant culminé avec l’impensable alliance «Chrirac – Schröder – Poutine» lors du déclenchement de la guerre en Irak, qui consiste à favoriser la Russie face aux Etats-Unis. Nonobstant les professions de foi de notre président concernant son amitié pour les USA, il fait lui aussi le lit de la Russie sans se préoccuper de ce que ce pays et son dictateur actuel représentent. «Real Politik» ?


Mais quelle Russie veut-on faire entrer dans le cercle des décideurs pour résoudre les problèmes mondiaux et, aujourd’hui, la crise financière ?


En avril de cette année elle a approuvé la résolution 1808 du Conseil de sécurité des Nations Unies relative à la souveraineté de la Géorgie, son indépendance et son intégrité territoriale. Par ailleurs elle a toujours déclaré qu’aucune opération militaire d’un pays contre un autre ne pouvait se faire sans l’autorisation de l’ONU. Mais pendant des années elle a préparé l’opération «Géorgie» et dès la première réponse du gouvernement de ce pays à ses provocations, elle l’a envahi en détruisant tout sur son chemin. Ensuite, elle a reconnu «l’indépendance» des deux provinces rebelles (avec Cuba, le Venezuela et le Hamas…) et, en vertu d’accords militaires tout de suite négociés et mis en œuvre, y a installé ses fusées et son artillerie pour tenir sous leur menace Tbilissi, la capitale géorgienne. Pour ceux qui n’ont pas la mémoire courte, tout cela rappelle l’invasion de la Pologne en 1939 quand l’Armée Rouge intervint pour «protéger les minorités russes et biélorusses» de ce pays. La déclaration de Sergueï Lavrov, ministre Russe des Affaires étrangères, faite à la mi-septembre, semble sortie tout droit des archives de son ministère : «C’est le leadership géorgien stupide qui a plongé le pays dans cette malheureuse guerre. La Russie a réintégré la scène internationale en tant qu'Etat responsable qui peut défendre ses citoyens", a-t-il dit. "Si d'aucuns doutaient de cela, nos actions pour contraindre la Géorgie à (accepter) la paix (...) et la reconnaissance de l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie devraient avoir dissipé leurs doutes", a-t-il ajouté.


Nicolas Sarkozy, à la tête de l’Europe, a fait conclure un «plan de paix» qui, entre autres, prévoyait le retrait des troupes russes sur les positions d’avant l’invasion de la Géorgie. Quelques heures après avoir signé de sa main les accords conclus, plusieurs de ses stipulations ont été contredites par le Kremlin, le laissant paraître pour un idiot. Deuxième tour à Moscou pour obtenir que les troupes russes se retirent : promis, juré ce sera fait dans les dix jours après l’envoi d’observateurs européens, au plus tard le 1er octobre. On envoie notre Kouchner national pour constater le 8 octobre que les russes n’ont pas respecté leur parole. Qu’à cela ne tienne, avec le culot monstre qu’on lui connaît, il répond à une journaliste qui lui fait remarquer que les accords sont violés "Les phrases, c'est quelque chose, la réalité, c’en est une autre. Vous avez une autre solution ?". Sauf que Monsieur Poutine a pu constater que la bourse de Moscou a perdu plus de 500 milliards de $ de capitalisation (Gazprom seul a vu sa capitalisation passer de 350 milliards $ en mai 2008 à moins de 150 milliards $ en août 2008, bien avant la crise financière…) et que, conséquence du conflit géorgien, plus de 45 milliards $ sont sortis de Russie courant août et septembre.

Cette saignée des finances russes suivait celle de juillet quand Poutine menaça le groupe Mechel, géant du charbon et de l’acier, denrées convoitées par son entourage, en lançant une menace, à peine voilée, de lui faire subir le même sort que celui de Youkos, premier groupe pétrolier du pays, dépecé, démembré, mis en faillite, détruit (ainsi que la valeur qu’il représentait) en raison des velléités politiques opposées au Kremlin de son principal actionnaire. La sortie de Vladimir Poutine a coûté 60 milliards $ à la capitalisation de cette société et plus de 20% à la bourse de Moscou. Monsieur Poutine a-t-il compris quelque chose ?


On nous dira que l’économie russe a été reconstruite pendant les années Poutine. Certes, mais sur un seul pilier, l’énergie (pétrole et le gaz). Ces dernières années, et plus particulièrement depuis 2002, les prix du pétrole et du gaz, constants jusque là, ont augmenté de façon vertigineuse et la Russie n’y est pas étrangère. C’est en 2002 qu’on découvrit (preuves fournies par un groupe d’iraniens «dissidents») le programme nucléaire iranien à but militaire caché. Par peur de représailles, l’Iran réduit sa production de pétrole, suivi, guerre oblige, par l’Irak et les prix des hydrocarbures furent multipliés par cinq !


C’est là qu’il faut trouver les raisons de l’opposition russe à toute sanction sérieuse contre l’Iran. En maintenant un régime de sanctions trop faibles pour modifier le comportement de l’Iran, la Russie perpétue une situation qu’elle juge bénéfique pour elle. Non seulement l’augmentation des prix déstabilise les marchés internationaux du pétrole -les prix étant plus élevés qu’ils ne devraient l’être- mais les grandes réserves de gaz naturel de l’Iran sont hors d’atteinte pour une utilisation européenne, ce qui renforce la dépendance du continent à la Russie. En clair, la politique actuelle sert parfaitement les intérêts de Moscou. D’une part, elle empêche toute action militaire contre l’Iran, de l’autre, elle enrichit la Russie par le maintien d’un prix du pétrole élevé, tout en lui permettant de dicter en grande partie la politique européenne en facilitant son dépendance énergétique vis-à-vis d’elle.


Mais ce faisant, Monsieur Poutine a rendu l’économie de la Russie presque totalement dépendante du prix du pétrole. Ce qui, par contrecoup, peut provoquer son effondrement si le prix du baril se contracte. En effet, le budget russe est constitué sur la base d’un baril à 95 $, attendons-nous à la voir souffrir quand celui-ci descendra vers 65 $ (il est déjà à 80 $ et la tendance baissière est évidente en raison de la réduction de la demande suite à la crise financière…).


La Russie de Monsieur Poutine fait illusion quand on ne regarde que les gratte-ciel de Moscou, les constructions de luxe partout ou la préparation des jeux olympiques à Sotchi. En réalité, la société russe est encore plus faible qu’elle ne l’était à l’époque soviétique. «C’est parce que la Russie n’a rien, que le pétrole et le gaz. Nos magasins vendent des vêtements turcs, des appareils électroniques chinois, des chaussures de sport d’Indonésie, des téléphones portables taïwanais et ainsi de suite. Même le ciment est maintenant moins cher à importer de l’étranger que de le produire en Russie. » (Kommersant, Moscou).


La Russie n’a rien, elle n’est pas un «grand pays» et toutes le rodomontades des «agents d’influence» ou des «idiots utiles» n’y changent rien.
À la fin de la guerre froide, l’Union Soviétique avait une population totale de près de 300 millions d’habitants et un produit national brut estimé à environ 8.200 $ par habitant. À cette époque, les Etats-Unis avaient une population de près de 250 millions et un produit intérieur brut d’environ 20.800 $ par habitant. Les USA, avec une population inférieure, assuraient une économie égale au double de l’Union Soviétique. Vingt ans plus tard, la population russe est d’environ 140 millions d’habitants, avec un PIB d’environ 9.300 $ par habitant, alors que la population des Etats-Unis dépasse 300 millions d’habitants, avec un PIB de 44.000 $ par habitant (chiffres 2006). Aujourd’hui, la population des Etats-Unis est le double de la Russie et l’économie américaine est dix fois plus grande.


Monsieur Poutine est responsable de cette descente aux enfers. Comment ? Pourquoi ? Essentiellement parce qu’il a estimé que la plus grande tragédie du 20ème siècle était la disparition de l’Union Soviétique et que, dès lors, il fallait par tous les moyens faire revenir la Russie au rang qui était le sien il y a plus de vingt ans. Sauf que la population russe est en train d’être décimée par les ravages du Sida, de l’alcoolisme et de la tuberculose, sans parler du tabagisme, des suicides ou des accidents de circulation. La tuberculose ? Maladie totalement éradiquée dans les pays développés, l’Organisation Mondiale de la Santé considère qu’il s’agit d’une épidémie. 300 millions d’habitants aux Etats Unis, 650 personnes mortes de cette maladie. 140 millions d’habitants en Russie… 24.000 morts en 2007. La Russie représentait 21% des cas de tuberculose enregistrés en Europe en 1990, 35% en 2006 (Statistiques OMS). Les chiffres du Sida sont encore plus graves: en Europe occidentale, 70% des personnes infectées sont des hommes de plus de 30 ans, en Russie, 80% sont âgées de 15 à 29 ans. Un dessin pour la suite ? Et pour conclure, un extrait d’un rapport du Docteur Guennadi Onischenko, Directeur des Services Sanitaires de Russie : «9% seulement des hôpitaux de Russie qui soignent la tuberculose répondent aux normes d’hygiène, 21% ne disposent pas d’eau courante, chaude ou froide, et 11% n’ont pas le tout-à-l’égout» (cité par H-M. Fechbach, Woodrow Wilson International Center for Scholars). Ceci explique en partie pourquoi l’espérance de vie de l’homme russe n’est que de 57 ans (et décline constamment) et que l’écart avec celle des femmes (14 ans) est le plus grand connu dans le monde développé.

Alors que Monsieur Poutine, disposant de pouvoirs sans limite, a capitalisé sur son industrie pétrolière, la volatilité du marché mondial du pétrole signifie que le risque d’un retournement est élevé et que la population russe, déjà mal lotie, s’enfoncera encore dans sa misère. La bourse russe, thermomètre de son ouverture à l’économie de marché, vient de voir partir en fumée 1000 milliards $, plus des deux tiers de sa capitalisation du mois de mai 2008. Mais au lieu de s’occuper de la santé, du développement des infrastructures, de la ré-industrialisation du pays, bref, de tout ce qui conditionne l’avenir des russes, Monsieur Poutine et son entourage on veillé à l’accaparation des moyens de productions les plus rentables et au partage des profits en faveur d’une nouvelle nomenclature, pour l’essentiel, d’origine KGB, comme Monsieur Poutine du reste.


Trois événements apparemment sans relation ont conduit à cette dégringolade : l’affaire Mechel, la guerre en Géorgie et la crise financière. Les deux premiers sont dus directement à la gestion du pays par Vladimir Poutine tandis que la crise déclenchée par les «sub-primes» est sans doute en partie liée à la politique des «prix forts» du pétrole et du gaz, base de sa doctrine.


Alors ? Est-on certain que Monsieur Poutine a conduit la renaissance économique et sociale de la Russie ?


Poutine n’est désormais qu’un banal tyran. Pour asseoir son pouvoir il a, entre autres «petites choses», réduit au silence les médias, laissé assassiner ses opposants, surtout journalistes, a sans doute fait empoisonner Viktor Iouchtchenko, le président ukrainien (d’où son surnom en référence à Dracula de «Vlad L’empoisonneur»), fait procéder à la nationalisation de pans entiers de l’industrie pour contrôler directement ou par ses séides leurs profits, fait confisquer par des moyens de coercition fiscaux, écologiques ou autres, l’essentiel des investissements énormes du monde occidental dans l’exploitation du pétrole et du gaz en Sibérie.


Au plan mondial, pour le taux de mortalité à 5 ans (TMM5 – UNICEF), la Russie se classe 125ème, pour l’indice de développement humain (PNUD – ONU) elle se classe au 67ème rang, bien loin du Costa Rica, des Bahamas ou des Seychelles, derrière le Panama, la Malaisie, la Bulgarie et le Mexique…


Quant à la corruption qui ronge tout en Russie, elle se classe 126ème sur 159, juste devant la Guinée Equatoriale. Elle était 90ème au début des années 2000 quand Monsieur Poutine, principal responsable de celle-ci, prit les rênes du pouvoir. Comment attendre par conséquent une quelconque amélioration ?


Dans une note aux investisseurs, UBS (Suisse) rappelle diplomatiquement le vieux paradigme de l'augmentation du risque politique de retour en Russie et réduit son évaluation du marché boursier russe de 20%, soit une valeur marchande de 300 milliards de $. En réalité, en cinq mois, c’est plus de 1.000 milliards de $ qui sont partis en fumée…


En oubliant tout à la faveur de la crise financière, c’est ce partenaire qui ne partage pas nos valeurs que notre président veut imposer à l’Europe. Ce faisant, il participe à trahir nos idéaux et facilite notre suicide. Mais Nicolas Sarkozy, trop occupé à séduire l’Emir du Qatar, est plus préoccupé par la propagation de la langue arabe en France que par la défense de nos valeurs.


© Martin Birnbaum pour LibertyVox


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© Martin Birnbaum pour LibertyVox - Article paru le 21/10/2008 Imprimer cet article
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