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Des lendemains qui pleurent

Suite au texte d’André Dufour, «Vers la fin de l’Occident», Martin Birnbaum aborde la destruction éthique et ethnique de notre pays sous un angle économique.

Pendant le temps nécessaire à la lecture de ce texte, la dette publique de la France augmentera de 1.900 € par seconde : elle était de 1.150 milliards € fin 2006, ce qui fit dire à François Fillon «Je suis à la tête d'un Etat en situation de faillite sur le plan financier … /… C'est une situation qui n'est plus supportable». Nous étions nombreux à croire qu’une fois le constat fait, on allait enfin, conduire le pays vers l’assainissement économique dont il avait besoin. Les déclarations passent comme passent les roses… et la dette publique est aujourd’hui de 1.260 milliards €. En moins de 18 mois la France a augmenté sa dette d’encore 100 milliards €, ridiculisant les propos de Monsieur Fillon et montrant qu’en réalité, le pays ne se trouve pas sur la voie de son assainissement économique, au contraire. De plus, on laisse de côté la dette «hors bilan» (selon les normes internationales) constituée par les engagements de l’Etat au titre des retraites des fonctionnaires, ce qui ajoute environ 900 milliards €, soit un total de plus de 2.150 milliards €. Deux grandes explications sont avancées pour justifier cette situation: l’absence de croissance et le différé dans le temps des effets des réformes entreprises.

Pourtant, il suffit de regarder deux graphiques (évolution de la dette publique et taux de croissance) pour comprendre qu’en France, il n’y a aucune relation entre les deux.

25 années de 1981 à 2006 (source OCDE)

On observe que sur les 25 dernières années (à partir de l’élection de François Mitterrand et nonobstant la couleur de la coalition au pouvoir ensuite) la croissance moyenne du PIB de la France a été d’environ 2%. Les hauts et les bas n’ont eu aucune influence sur l’évolution de la dette qui est passée de 20 % du PIB en 1981 à 64 % du PIB en 2006. Les années de forte croissance (1990 ou 2000-2002) ont seulement ralenti, un peu, le rythme d’augmentation, sans plus.

Sur ce, voilà la crise. Par delà les critiques (plus ou moins fondées) émises à l’adresse du système financier américain (dont l’essentiel a été repris par le monde entier), voilà la France en première ligne pour défendre le capitalisme «à visage humain» qui ne serait pas celui responsable de nos malheurs.

Qu’une Ségolène propose le changement du système (?!), soit. Que des journalistes ignares mettent en exergue l’avantage fantastique de notre système de retraite par répartition (non soumis aux aléas de la bourse) sans observer que le système porte en lui les causes de son explosion future et nous fait vivre à crédit (contribuant à la dette faramineuse du pays), soit encore. Que d’autres se gaussent de «l’explosion en 2008 du système capitaliste comme en 1998 l’implosion du système socialiste», quoi de plus normal dans une France où la vulgate de gauche est prédominante. Mais que nos gouvernants, chantres de l’économie libérale pendant la dernière campagne présidentielle, parlent en utilisant un discours de «gauche»… on aura tout vu.

La crise, réelle, bien entendu, a bon dos quand il s’agit de notre pays. Sans nier ses conséquences probables sur l’activité économique ou sur l’emploi, il faut tordre le cou à la vulgate dominante selon laquelle si nous n’arrivons pas à mettre de l’ordre dans les affaires du pays «c’est la faute à la croissance». Les causes de la destruction de notre pays, qui est en marche, sont structurelles et tiennent au système sociopolitique que les élites de gauche et de droite ont mis en place et défendent bec et ongles. Ce qui veut dire en clair que sans des changements structurels, rien ne sera possible. Mais ce n’est pas ce qui pourrait arrêter nos gouvernants, devenus la risée de l’Europe, d’être pour tout ce qui est contre et contre tout ce qui est pour. En clair, montrer que le roi est nu mais, puisqu’il est roi … accepter qu’il donne des leçons de conduite au monde entier.

Ce qui détruit notre pays c’est l’obésité de l’état, l’immigration subie et l’exacerbation de l’Etat Providence.

L’obésité de l’état ? «Faut-il rappeler que la France compte 83 enseignants dans le secondaire pour 1 000 habitants, là où l’Allemagne en compte 66 et le Royaume-Uni 60 ? 2,2 agents des impôts sur 1 000 habitants là où le Royaume-Uni en compte 1,3, la Suède et le Canada 1,2 ? Faut-il rappeler que la France dispose de 1 987 fonctionnaires pour soutenir les exportations alors que l’Allemagne, qui pèse le double de la France en pourcentage du commerce mondial, en compte 1 046, presque un sur deux en moins ?» (source Le Point).

En 2007, la France (statistiques de la Commission européenne) a détenu le record des dépenses publiques en proportion du produit intérieur brut, non seulement au sein de la zone euro mais au sein de l'Union européenne à vingt-sept. Quand la France dépense pour l’état 100, l’Allemagne dépense 83 (comme le Royaume-Uni), l'Espagne 74 et le «meilleur de la classe» l’Estonie 64 (source Eurostat). Actuellement nous «battons» les Suédois, les Finlandais et les Danois qui en 2000 étaient tous devant nous, mais qui ont fait de très grands efforts pour faire maigrir leur état. Notre pays est le premier en Europe pour les dépenses de l’état, et «c’est les enfants des élèves qui payent les salaires des enseignants». (J. Attali).

Le remède ? Le discours de Toulon de notre président qui, la main sur le cœur, annonce que l’année prochaine on ne remplacera qu’un fonctionnaire (partant à la retraite) sur deux faisant ainsi l’économie de 30.000 postes. Voire. La même chose nous avait été promise pour 2008, mais l’année ne verra que 5.000 postes non remplacés par rapport aux 70.000 fonctionnaires partis à la retraite ! Et si quelqu’un veut faire un calcul simple, un fonctionnaire moyen coûtant 40.000 €/an, on fera une économie de 1,2 milliards € : comparer avec le déficit annuel prévu de 59 milliards € et avec la dette de l’état de 1.250 milliards €.

Le coût de l’immigration ? Deux rapports d’experts «Essai d’évaluation pour la France des coûts de l’immigration» (Prof. J. Bichot, Lyon III-Jean Moulin) et «Le coût réel de l’immigration en France» (J-P Gourévitch, expert international) l’évaluent à 36 milliards € par an. Autant dire que ceux qui nous assènent comme parole d’Evangile «l’immigration est une chance pour notre pays» devraient peut-être consulter les statistiques pour vérifier si ce qu’ils disent correspond à la réalité. Non, ce qu’ils disent ne correspond pas à la réalité. Par ailleurs, la croissance beaucoup plus rapide de la catégorie des moins de 18 ans dans cette population (elle compte aujourd’hui 15 % de la population métropolitaine correspondante, soit 45 % de plus que leur poids dans la population totale du pays) ne fait et ne fera qu’accentuer les écarts, avec comme conséquence une augmentation continue du coût de l’immigration d’origine non européenne. De plus, tandis que le taux de chômage des immigrés européens est comparable à celui de la population autochtone (7,5%), celui des immigrés des pays tiers est de 21,5 %. Cette population ne contribue qu’à hauteur de 4 % des revenus de la France car leur revenu initial individuel se limite à 5 800 € contre 14 400 € de moyenne nationale. En revanche, ils perçoivent 22 % des prestations sociales.

Bien que politiquement incorrect, il faut avoir le courage de dire que 3/4 du déficit chronique des finances publiques de la France est induit par les immigrés d’origine non européenne. Naturellement, les bien pensants rendent la société française responsable de la non intégration des cette population et, tout aussi naturellement, expliquent qu’il faut dépenser de plus en plus d’argent (plans ville, associations, lieux de culte, etc.) pour alléger ce poids. On oublie que lorsqu’on se trouve dans un trou il est vain de creuser pour en sortir…

Et l’Etat Providence ? Résultat de la transformation de la social-démocratie allemande, de sa rupture avec Marx et de son adhésion à l’économie de marché (Bad-Godesberg, 1959) l’Etat Providence s’installe pratiquement dans tous les pays de l’Union Européenne. Et peu importe la couleur des coalitions au pouvoir, à l’exception de l’Angleterre. Partout, le «plus jamais de guerres» d’après 1945 se traduit au plan économique et social par «plus de guerres de classe» et l’apaisement du conflit fondamental du capitalisme tel qu’évoqué par Marx, «caractère collectif de la force de travail, possession ou appropriation individuelle des moyens de production». Systèmes de retraite par répartition, réduction de la durée du travail (annuelle et totale avant la retraite), assurances maladie obligatoires à double financement, éducation gratuite, indemnisation (généreuse) du chômage, développement de l’état et de ses fonctions etc. ont tous été mis en place pendant les «trente glorieuses» (pour certains dans les années 50-80 pour d’autres 60-90).

La France, qui n’a pas vraiment assimilé l’économie de marché, a vécu sans soucis pendant les trente dernières années comme si ses dépenses inconsidérées allaient pouvoir se maintenir éternellement. Elle a accueilli des masses d’immigrés sans ressources et sans capacités prouvées de pouvoir trouver un travail, créé essentiellement pour eux la CMU (couverture maladie universelle), nouvel attrait pour ceux qui veulent vivre en France. Pour les autochtones, elle a réduit la durée du travail au-delà de tout ce que l’on pouvait imaginer (sauf par ceux qui n’ont jamais travaillé dans une activité marchande pour se rendre compte que l’on ne partage pas le travail…). Elle a mis en place des modalités de départ à la retraite, pour certains à partir de 50 ans, pour d’autres, encore aujourd’hui, à partir de 55 ans…), inventé de nouveaux mécanismes pour financer ses dépenses afférentes: CSG, RDS et dernièrement la taxe pour le financement du RSA. Bref, pendant que ses partenaires européens commençaient à se serrer la ceinture, à rogner sur les largesses de l’état providence et à trouver des moyens pour relancer leur croissance économique et la réduction de leurs dettes, la France, insouciante, continuait sur sa lancée. Pour comprendre l’absurdité actuelle du système de retraite par répartition il suffit de donner deux exemples : au début des années 60 il y avait quatre personnes au travail pour une à la retraite, aujourd’hui il y a 1,8 personnes pour un retraité. Qui peut croire que les «mesures» prises (rallongement partiel du nombre d’années de travail ou les changements à la SNCF) sont autre chose que des cataplasmes sur une jambe de bois ?

Pendant 25 ans, d’alternance socialiste en pouvoir de droite, avec une constance permise uniquement par l’incapacité de ses partenaires européens de lui faire entendre raison, la France n’a en rien modifié les fondements de son état qui, individualisme exacerbé oblige, a démissionné devant les oppositions catégorielles aussi multiples que ses propres incapacités. Mais, comme la France est la France, c’est elle qui a imposé Maastricht et les deux critères principaux pour maintenir l’euro : un déficit annuel inférieur à 3% du PIB et une dette totale inférieure à 60 % du PIB. Les années ont passé et les promesses de la France de respecter les critères mentionnés, aussi. On a promis aux partenaires européens de tout faire pour 2006 et ensuite pour 2008 et ensuite pour 2010 et ensuite, croix de bois croix de fer… pour 2012. Et le principal conseiller du prince, Henri Guaino, vient de déclarer «les critères de Maastricht ne sont pas de mise par temps de crise». La France n’a que la Grèce derrière elle pour l’ampleur de son déficit !

Et voilà la crise. Elle fait peur mais notre président monte sur ses talonnettes (pour ne pas dire sur ses ergots…) pour rassurer le bas peuple : Il s’engage à garantir tous les dépôts bancaires des personnes physiques. Quelle tartufferie… Quand on sait que lesdits dépôts représentent quelques 1.800 milliards €, on reste pantois devant l’engagement de Nicolas Sarkozy de les garantir alors que la dette française est de 1.250 milliards €…

La crise fait peur ? Pourquoi ne dit-on pas qu’il s’agit en réalité d’une «purge» ? Depuis des années une partie du monde (la France y compris) vit au-dessus de ses moyens. La crise des «sub-primes» aux Etats Unis n’est que la conséquence du souhait de gens aux moyens limités d’obtenir des conditions d’habitation au-delà de leurs possibilités matérielles. Et qui a encouragé ce souhait «humain» ? Demandez-le à Monsieur Clinton qui pendant huit ans, a promu, encouragé et facilité la vie de Fanny Mae… Lui aussi voulait donner «tout, tout de suite, à tout le monde».

Pourquoi ne dit-on pas que cette crise financière trouve une partie de ses origines dans le transfert de trillions de dollars du monde occidental vers les sables du Proche et Moyen-Orient ou vers les steppes de la Sibérie dont on extrait le pétrole et le gaz avec lesquels la Russie, pays où on ne fabrique plus rien (ou alors des armes…) mais qui affiche des taux de croissance de 5 à 10% l’an et où les profits sont, pour l’essentiel, contrôlés (partagés ?) par l’entourage de Monsieur Poutine, tient prisonnière l’Europe entière.

Pourquoi ne dit-on pas que l’incapacité d’un pays comme la France d’arrêter de vivre à crédit conduit à dégrader la qualité de sa dette, ce qui, par des effets pervers, entraine l’augmentation du loyer de l’argent ou la contraction des liquidités internationales ?

La crise financière passera, certes, comme toute purge le fait. L’organisme qui lui a été soumis maigrira… Mais tant que notre système économique, politique et social ne changera pas, tout ce que nos gouvernants nous disent ne sera que des paroles en l’air. Malheureusement, le pays s’affaiblira et sa conquête «par les ventres» des femmes de ceux qui nous guettent ou par l’invasion organisée, ne sera que plus facile. André Dufour a raison.

Gentil lecteur, vous avez mis 10 minutes pour lire ce texte ? Crise ou pas crise, la dette de la France a augmenté de 1.140.000 € !


© Martin Birnbaum pour LibertyVox

Note : «Vers la fin de l’Occident» d’André Dufour : http://www.libertyvox.com/article.php?id=345


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© Martin Birnbaum pour LibertyVox - Article paru le 11/10/2008 Imprimer cet article
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