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Union de la ou pour la Méditerranée ?

Qu’elle soit «de la» ou «pour la» Méditerranée, André Dufour dénonce cette Union, cheval de Troie d’Eurabia.

Retour d’une virée en terres d’«Occident», je fais le tri du courrier, des journaux et revues qui se sont accumulés au cours de ces dernières semaines. Même si une actualité sélectionnée par les médias chasse celle qui l’a précédée, certains faits d’apparence mineure, loin d’être dépassés, illustrent parfaitement l’actualité d’aujourd’hui et, hélas, celle de demain.

Dans le domaine des croyances politiques n’y a plus de «Droite» ni de «Gauche». La ligne de partage passe désormais entre ceux qui veulent une Union «de la» et ceux qui la veulent «pour la» Méditerranée. Voilà donc une Union qui commence par désunir. C’est un début prometteur.

Longtemps je cherchais, sans y parvenir, à comprendre la finalité de cette Union «pour» la Méditerranée qu’avec son talent de bonimenteur de foire, notre président de la République s’ingénie à nous fourguer. Aucun discours officiel, aucune analyse d’un «spécialiste» de service ne m’y ont aidé. Et voici que le 14 juillet, jour de notre fête nationale, je trouve dans la page «Opinions» du Figaro un article traitant de l’Union pour la Méditerranée signé Hakim el Karoui en sa qualité de président du «Young Mediterranean Leaders Forum».

Je ne nourris aucune prévention contre ce Forum, ne serait-ce que parce que j’en ignorais l’existence, ni contre son distingué président dont je lis le nom pour la première fois. Je ne lui reprocherai pas les idées exprimées qui relèvent tout bonnement de la liberté d’expression qui a cours en «Occident». Je ne m’étendrai pas sur cette histoire de «génération suivante» (maghrébine), «celle qui n’a pas connu le colonialisme, celle qui réclame à l’Europe visas et liberté plutôt qu’excuses et repentance, même si elle n’oublie pas» en faisant toutefois remarquer à ce distingué jeune homme que pour ce qui est de la liberté, qu’il commence donc par la réclamer non à «l’Occident» où ses nombreux concitoyens et coreligionnaires qui s’y sont implantés en jouissent pleinement, mais aux «Pays d’Islam» comme il les nomme sans vergogne, sans risquer il est vrai de se voir traiter «d’identitaire» par nos sourcilleux antiracistes brevetés qui réservent cet infamant qualificatif aux seuls défenseurs de l’identité française, chrétienne ou juive.

Ce n’est pas à nous mais à ce «Young Mediterranean Leaders Forum» qu’il appartient de lutter dans leurs propres pays pour y instaurer la Liberté assortie d’égalité de droits et de chances entre femmes et hommes, d’abolir toute discrimination de croyances et pratiques religieuses, d’imposer la liberté de pratiquer la religion de son choix et d’en changer, dans les deux sens, d’arracher aux autorités la liberté d’association, la liberté d’opinion et de conscience. Ce n’est pas à «l’Occident», toujours suspecté de néocolonialisme que cette «nouvelle génération» doit demander tout cela ; c’est à elle-même qu’il appartient d’opérer une véritable révolution culturelle et mentale dans leurs pays d’islam. Ils nous trouveront toujours de leur côté dans ce juste combat.

Je comprends cette nouvelle génération qui, «sans rien oublier», dépasse les exigences de repentances et d’excuses. Mais puisqu’il s’agit pour elle de «ne rien oublier», qu’elle n’oublie pas non plus le colonialisme de l’envahisseur arabe, les torts et les souffrances qu’il a infligés à la population autochtone berbère qu’il a islamisée et arabisée de force, lui interdisant l’usage et l’enseignement du tamazight, leur langue, alors que les méchants colonisateurs français qui ne sont jamais allés si loin, ont au contraire laissé à chaque Algérien l’absolue liberté de croyance, de culture et de pratique religieuse.

Ce n’est qu’après ce préalable que nous sortirons de l’ère des suspicions et cesserons de craindre que le «flux d’hommes et de femmes de la Méditerranée» ne soit pas un flux de colonisation et de transplantation culturelle à sens unique d’hommes et de femmes du Sud vers le Nord de la Méditerranée.

Mais on peut toujours rêver alors que la toponymie utilisée par l’auteur est révélatrice des objectifs ou du subconscient de la «nouvelle génération» qui «demande des visas» à gogo. Ainsi la phrase «indispensable dialogue entre les Pays d’Islam et l’Occident». En somme il nous est demandé de reconnaître que les pays bordant le Sud et l’Est du bassin méditerranéen sont irréversiblement et exclusivement «pays d’Islam», c'est-à-dire dotés d’une forte identité nationale, religieuse et culturelle intangibles, tandis que «l’Occident» n’est qu’un point cardinal, un no man’s land, un espace géographique sans personnalité, sans identité culturelle, sans Histoire, sans racines religieuses que l’on peut ainsi islamiser à sa guise. C’est un peu la plaisanterie caricaturale du socialisme : «ce qui est à toi est à moi, ce qui est à moi n’est pas à toi».

Mais puisqu’il semble naturel et conforme à la morale universelle de parler de «pays d’Islam», au sud et à l’est de la Méditerranée, serait-il moins naturel, moins moral et moins légitime de dire que l’Europe, qui se déploie au Nord de la Méditerranée, est terre de Chrétienté ? Cela choquerait-il le président et les adhérents du «Young Mediterranean Leaders Forum» ? Après tout, un récent sondage ne nous apprend-il pas que 80% des jeunes Français, à des degrés divers de pratique, se déclarent encore Catholiques ? Ce n’est pas une opinion opposée à une autre opinion susceptible de faire débat, mais la constatation d’un fait tangible et visible enraciné dans l’Histoire de l’Europe. Il faut être un sacré imposteur pour soutenir, comme le faisait Jacques Chirac dans sa fonction présidentielle, que les racines de l’Europe sont aussi musulmanes que chrétiennes. C’est une escroquerie intellectuelle. A croire qu’il soit devenu honteux de rappeler une évidence historique : christianisées de gré ou parfois sous la contrainte, les nations européennes sont constituées de peuples majoritairement chrétiens. Le fait qu’à tel ou tel moment de son Histoire, ou en tel lieu de son espace, l’Europe fut confrontée à des envahisseurs musulmans ne change pas le caractère chrétien de notre Continent, pas plus que la présence parfois massive de Chrétiens à tel ou tel moment de l’Histoire du rivage méridional de la Méditerranée, et ce bien avant l’invasion arabe, ne change en rien le caractère musulman actuel de cette aire géographique.

Mais ce qui est licite et légitime au Sud est devenu non seulement honteux mais de surcroît interdit au Nord. Soutenir, sans exclure pour autant la liberté de croyance ou d’incroyance de tout individu, que l’Europe est terre de chrétienté peut même nous valoir une humiliante garde à vue dans les geôles crasseuses de la République, comme Fernand Cortes de Conquilla vient d’en faire l’expérience pour avoir dans la foulée dénoncé, sur un site internet étranger, le mépris, l’irrespect et l’incivisme de certaines catégories d’immigrés à l’égard de nos valeurs et de notre culture. Je suppose, et j’en suis ravi, que Monsieur Hakim el Karoui ne sera pas poursuivi pour avoir mis en avant le caractère musulman de son pays d’origine, mais j’aimerais aussi que mon compatriote Fernand Cortes de Conquilla, dont il n’est pas nécessaire que nous partagions les idées, ne soit pas plus inquiété par nos pandores pour ses prises de position en faveur des «Pays de Chrétienté» que ne l’est l’honorable président du «Young Mediterranean Leaders Forum» pour ses «Pays d’ Islam». Tout simplement au nom de l’Egalité inscrit sur le triptyque de notre devise dont se réclame notre prétendue République. (Lire la mésaventure de Fernand Cortes ici : http://www.libertyvox.com/phpBB/viewtopic.php?t=1486&start=55)

Alors, que l’on mette un «de» ou un «pour» entre Union et «la Méditerranée», je crains que celle-ci ne soit qu’un machin ou un cheval de Troie pour concrétiser une autre entité magistralement dénoncée par l’historienne Bat Ye’Or dans «Eurabia», son incontournable ouvrage. Un machin qui amalgamera les populations de l’Europe et les «pays d’Islam» selon la formule du pâté d’alouette : une alouette «occidentale» et un chameau islamique.


© André Dufour pour LibertyVox

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© André Dufour pour LibertyVox - Article paru le 10/08/2008 Imprimer cet article
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