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Hommage à Soljénitsyne

Par delà la mort de Soljénitsyne et les aspects controversés du personnage, Pavel voit dans son œuvre une mise en garde contre tous les totalitarismes.

Devenu célèbre en Occident grâce à "L'Archipel du Goulag", Soljénitsyne nous a quitté. Peu ont vraiment lu cet impressionnant ouvrage. Il est des oeuvres comme cela dont la réputation incontestable ne reflète pas nécessairement le nombre de lecteurs réels. Pensons seulement à Joyce ou à Proust.

Longtemps avant la sortie de "L'Archipel du Goulag", Soljénitsyne se forgea une réputation en publiant «Une journée d'Ivan Denisovitch», petit livre sous forme de description ou plutôt de dissection anatomique d'une précision scientifique, nonobstant sa superbe qualité littéraire, de la vie des détenus dans les camps de travaux forcés en Sibérie. Un livre choc pour beaucoup qui croyaient encore à cette époque au miracle soviétique. Une foudre de vérité désintoxiquante, tombée du ciel, dégagée des apparences sur lesquelles reposait le décor du paradis des bâtisseurs du communisme. Soljenitsyne se fit par la suite spécialité de poser des mines de vérités dérangeantes dans les champs du bonheur factice soviétique.

Pour une grande partie de nos contemporains se sentant encore concernés par les événements décrits dans ces livres, du fait de la proximité géographique et de l'affinité culturelle, le décor et les personnages se situent toutefois quelque part au milieu d'un lointain siècle passé et se transforment tout doucement en une abstraction vouée à rejoindre toutes celles dont les rébarbatifs manuels d'Histoire regorgent déjà. C'est loin et cela ne pourra plus se répéter. C'était spécifique à une période et à un système particulier, dûment décortiqués et mis au ban depuis.

Mais détrompons-nous. L'œuvre de Soljénitsyne, bien que focalisée sur une mise en œuvre historique particulière des pratiques totalitaires, reste un alarmant avertissement de portée universelle. Car il n'y a pas "des" totalitarismes. Le totalitarisme est un et indivisible. Soljénitsyne nous met en garde contre la désastreuse et inévitable dérive qui se produit invariablement chaque fois que la porte infernale d'une idéologie totalitaire est ouverte et qui se solde toujours, tôt ou tard, par des montagnes de cadavres.

Peu importe si l'idéologie totalitaire promet la fiction d'une "société parfaite" à un groupe fermé (aryens) ou si elle se veut ouverte à tous (masses laborieuses, musulmans). La route vers le bonheur totalitaire est inimaginable sans l'adversaire qui se met en travers du chemin, sans l’ennemi qu'il faut exterminer au préalable. Au départ, l'ennemi n'est conçu que comme un élément externe (bourgeoisie, mécréants), mais la logique propre au totalitarisme ne tarde guère à s'en imaginer et en fabriquer en son sein. Car dans un monde bâti exclusivement sur la bipolarité partisan-ennemi, dans un monde qui, depuis le départ, ne sait construire son image autrement qu'en se référant inlassablement à un empêcheur imaginaire d’arriver aux splendeurs du nouvel ordre, l'ennemi est pour ainsi dire immortel. L'idée du Diable n'a pas d'autre logique. D'où la nécessité persistante d'extirper l'ennemi en question, une tâche sans fin qui devient au bout du compte un but en soi et se substitue furtivement à tout autre et surtout celui proclamé initialement. Ainsi, le nombre impressionnant d'"ennemis" exterminés, toujours inversement proportionnel aux faibles réalisations civilisationnelles, est un des signes distinctifs majeurs du totalitarisme.

L'œuvre de Soljénitsyne se rappelle à nous. Ne succombons pas à la dangereuse illusion qu'il s'agit d'une fresque historique sans lien avec notre temps. Il y a une clé d'importance capitale pour ne pas mal interpréter son message : Soljénitsyne n'était pas un réformateur, il était un dénonciateur, un témoin à charge. Son immense élégance, audace et honnêteté d'esprit lui ont permis de ne pas devenir un énième vulgaire chantre des totalitarismes "à visage humain", à l'époque où le totalitarisme "des Lumières" n'était pas encore à la mode. Il ne s'est jamais abaissé à l’ineptie d'une idéologie (totalitaire) «mal appliquée» par de «mauvaises personnes» «pervertissant le message» (la prochaine application devant corriger les erreurs). Antienne servie par les tenants du plus vieux et menaçant des totalitarismes : l’islam et de ses zélateurs qui, comme Malek Chebel, tentent sournoisement de l’exonérer de ses quatorze siècles d’obscurantisme tombé sur les terres dominées par son idéologie. Mais quel intérêt de comparer l'œuvre d'un grand écrivain avec les opuscules d'un médiocre hagiographe opportuniste ?

A première vue, aucun, sauf que l'islam totalitaire lance son offensive en toute impunité et dans l'indifférence quasi générale. Et en lieu et place d'un Soljénitsyne, nous sommes gratifiés de cohortes de Ramadan, Chebel, Meddeb et autres Benzine, suppôts de ce totalitarisme. Or, paradoxalement, ne peut surgir un Soljenitsyne qu'au sein d'une grande culture que l'application du totalitarisme n'a pas encore réussi à corrompre définitivement au niveau intellectuel. Elle retrouve encore ses capacités de produire des anticorps salvateurs. Tel était le cas de la Russie, ce géant controversé.

Ne mésestimons pas le capital de mise en garde contenu dans l'œuvre de Soljénitsyne. Il nous permet de rester alertes vis-à-vis des méfaits indicibles d'un totalitarisme qui ne veut toujours pas dire son nom, mais qui intimide systématiquement, en ne reculant devant aucun moyen, ceux qui veulent le dénoncer. Ne perdons jamais de vue que l'Archipel du Goulag n'est jamais trop loin, qu'il soit mis en chantier sous des formes en apparence différentes, mais en apparence seulement, au nom de la race pure, du prolétariat ou du grand, unique et définitif message d'Allah.



© Pavel pour LibertyVox

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© Pavel pour LibertyVox - Article paru le 07/08/2008 Imprimer cet article
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