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Ingrid est rentrée !

Ingrid est libre ! Ingrid est rentrée ! et Michel Poirier en coulisses y voit le scénario d’un «Les bons, les brutes et les truands»…

A en croire le battage partisan auquel se livrent la famille, le gouvernement français et la presse française, comme d’habitude, on est porté à croire que la libération des 15 otages des FARC en Colombie a été le résultat de leur «lutte pour la liberté». Et si les premiers mots de la franco-colombienne Ingrid Betancourt ont été pour remercier l’armée colombienne, en revanche, les rejetons français n’ont pas daigné prononcer le nom du président de la Colombie comme s’ils avaient peur que cela leur brûle la langue…

Certes, la libération de cette femme politique colombienne, française par un mariage suivi d’un divorce, a eu une grande importance pour ses enfants et sa mère. Sachant cependant qu’elle avait quitté la France après son divorce d’avec son mari, diplomate français, pour se lancer dans la bataille politique en Colombie, devenir sénateur, solidement ancrée dans la gauche locale, elle qui descend d’une famille de la grande bourgeoisie colombienne, on pourrait se poser la question «que fait la France dans cette affaire» ?

Certes, dans le discours d’investiture de Sarkozy, la libération d’Ingrid Betancourt était annoncée comme un objectif prioritaire. Pas exactement comme l’augmentation du pouvoir d’achat des masses laborieuses mais… en bonne place, comme, d’ailleurs, la libération des infirmières bulgares des geôles du Colonel Kadhafi. Mais déjà depuis 2002, date du kidnapping de Mme Betancourt, la France était le pays le plus en pointe pour œuvrer en faveur de sa libération. Les élites, de droite et de gauche, comme Monsieur de Villepin ou des leaders socialistes, ne pouvaient pas laisser tomber une ancienne amie, camarade d’études, eux qui se sont trouvés en même temps sur les bancs de Sciences Po. Si ce n’était que cela…

Mais ce n’était pas que cela. La France, adepte de l’apaisement et de la discussion avec les terroristes de tout bord, avec un zèle digne de causes plus nobles, a pris pratiquement le parti des kidnappeurs contre le pouvoir démocratique colombien. Par delà les épisodes burlesques (avion militaire de transport envoyé à Manaus, au Brésil, sans prévenir les autorités brésiliennes…) ou le déroulage de tapis rouges pour Chavez, clone vénézuélien de Fidel Castro, hissé au rang de «négociateur» avec les terroristes, la France demandait à l’Etat colombien d’accepter les revendications d’une bande de narcomarxistes. Elle demandait, plus ou moins ouvertement, à la Colombie de démembrer son territoire pour accorder un sanctuaire d’environ un tiers de sa superficie aux preneurs d’otages, pardon… aux «révolutionnaires marxistes», et de céder aux revendications diverses et multiples de ces bandits abrités par la jungle depuis 40 années, avec le support matériel des autres «socialistes» d’Amérique Latine (Venezuela, Equateur, Bolivie en particulier), et des gauches mondiales au motif que le président de la Colombie est un homme de droite…

Pendant de très longues années la diplomatie française a complaisamment fait la danse du ventre devant les FARC et Hugo Chavez, allant jusqu’à proposer l’accueil en France de quelque 500 «guérilleros» condamnés et emprisonnés par la justice colombienne en échange de la libération d’Ingrid Betancourt.

Objectif prioritaire de Nicolas Sarkozy, terrain de prédilection de Kouchner, spécialiste humanitaire de la gauche, recyclé à droite, il était tout naturel que cette affaire devienne une grande cause française et dispose à ce titre d’un énorme panneau sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris, grâce à Delanoë qui préfère les grandes causes et son militantisme socialiste au nettoyage de Paris, devenue une des villes les plus sales d’Europe. Et pour remuer les bons sentiments du bas peuple, on a choisi une photo de l’intéressée en très piteux état, fait savoir que si elle n’était pas libérée elle risquait la mort à brève échéance, en rendant par avance responsable le président colombien qui ne voulait pas abdiquer ses principes lui interdisant de négocier avec des terroristes visant la destruction de son état.

Pendant ce temps, la famille française (les deux enfants, mais aussi «l’ex») se rependaient sur toutes les radios et télévisions de France et de Navarre pour dire pis que pendre du président colombien. Par delà l’amour filial, par delà l’absolue normalité de la défense d’un être opprimé, ceux qui réclamaient la libération d’Ingrid Betancourt occultaient la responsabilité des FARC, l’ignominie de leurs actions et arrivaient à faire un transfert (voir le Père Freud…) non moins ignoble avec l’assentiment des élites et du gouvernement français.

Il y a encore trois semaines, Bernard Kouchner, abonné humanitaire de première classe du trajet Paris – Caracas, allait voir Hugo Chavez, fournisseur d’armes des Farc et bailleur de fonds à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars, pour «faire avancer» le projet de libération d’Ingrid Betancourt. Mais toute action, toute politique se jugent aux résultats.

Le résultat ? Une action des forces spéciales colombiennes libère, sans tirer un seul coup de feu, 15 otages des FARC dont Ingrid Betancourt. Dans les premières images de la télévision colombienne, elle pleure et sourit quand elle raconte sa libération, comme si c’était le script d’un film d’action … Nonobstant ses positions politiques, elle a l’élégance de remercier non seulement Dieu mais l’armée colombienne et le Président Uribe, se considérant elle aussi comme un soldat de son pays.

La presse mondiale (pas encore la française, toute à tresser des lauriers à l’action de la France, des associations de supporters et de tous les signataires de pétitions diverses) commence à mettre un peu de lumière sur cette action d’éclat de l’armée colombienne. Et, comme on ne prête qu’aux riches, à ceux qui les ont aidés : Etats-Unis et Israël.

Il y avait trois otages américains, mais sans intérêt pour les combattants français de la liberté, pour qui ils n’étaient que des «mercenaires» de la lutte anti-drogue. Sans bruit, sans pétitions, sans portraits sur l’hôtel de ville de San Antonio au Texas, les Etats-Unis ont aidé la Colombie en formant leurs forces spéciales et en leur fournissant les équipements nécessaires. Jeudi, le colonel William Costello, porte-parole du commandement SUD des Etats Unis, a indiqué qu’ils «ont cherché leurs otages pendant les cinq dernières années, tous les jours, en effectuant 3.600 vols de surveillance et de reconnaissance au-dessus de la jungle et qu’ils ont dépensé plus de 250 millions de dollars pour cela».

Tout en soulignant que le mérite de l’opération appartient à la Colombie, des sources israéliennes nous apprennent que des dizaines d’experts israéliens ont participé à l’élaboration du plan suivi pour la libération des otages, dont la coordination a été assurée par un ancien chef d’état major «opérations» de Tsahal (Israël Ziv) arrivé hier à Tel-Aviv en provenance de… Bogota. Déjà en mars 2008, Chavez qui n’a pas toujours tort, voyait la main d’Israël dans la destruction d’une base des FARC en territoire équatorien et la mort de leur numéro deux.

Il y a dix-huit mois, la Colombie a demandé à Israël de l'aide dans sa lutte contre les FARC. Des anciens membres du Mossad ou du Shin Beth sont allés sur place pour contribuer à la formation des forces spéciales colombiennes. Israël avait déjà vendu des avions avec et sans pilotes (drones), des armes et surtout des systèmes perfectionnés utilisés pour la collecte de renseignement, ayant permis par exemple aux agents colombiens de faire croire au geôlier en chef des FARC que l’ordre de rassembler les otages au même endroit, émanait du téléphone satellitaire du nouveau commandant suprême de son organisation.

Pendant ce temps, les structures politiques colombiennes, en commençant par le président du pays, tenaient bon face aux imprécations de tous les biens pensants qui leur demandaient de céder aux FARC. Ils assumaient leur volonté de ne pas se soumettre, ni aux vendeurs d’air fussent-ils français de droite ou de gauche, ni à ceux qui voulaient la destruction du pays pour en constituer un nouveau paradis communiste.

Juste avant que Nicolas Sarkozy -hommage du vice à la vertu- remercie Alvaro Uribe et l’armée colombienne pour la libération des otages, on avait l’impression qu’Ingrid Betancourt avait été libérée grâce aux actions des médias, de la famille et du gouvernement français. Mais on a pu observer, qu’une fois le discours du président passé, la vulgate dominante est restée la même… Et pour souligner l’implication de la France, les enfants français du "soldat colombien", accompagnés du toujours disponible Bernard Kouchner, sont partis dans un Airbus de la République vers Bogota pour embrasser leur mère et la ramener avec eux hier en France. Quand on aime on ne compte pas mais, sans être pingre, on devrait se dire que par les temps qui courent cela doit faire cher l’embrassade…

Ingrid Betancourt est «rentrée» en France. Pourtant elle a quitté ce pays, qui n’était qu’un intermezzo dans son existence, pour se lancer dans la vie politique de son vrai pays, la Colombie. Elle voulait devenir sa présidente nonobstant les seulement 1% des voix dont elle était créditée par les sondages quand, à ce titre (et non pas comme une vulgaire touriste) elle fut kidnappée par cette bande d’assassins pires que la lie de la terre qu’elle était allée voir auparavant pour les convaincre de participer à la création d’une nouvelle Colombie…

Il est humain de se réjouir de la libération d’un être des mains de tels assassins. Il ne peut pas être indifférent de voir à quel degré d’absurdité la diplomatie française (et ses patrons) est arrivée, mais avec le sens du sous-entendu que l’on lui connaît, elle participe déjà à une tentative lancée par la télévision Suisse Romande pour déconsidérer ce que la Colombie a fait : tout n’aurait été qu’une mascarade, en réalité, on aurait payé 20 millions de dollars aux FARC pour libérer les 15 otages. La réponse du Quai ? «La France n’ayant pas participé à cette opération, elle ne sait rien de son financement».

Au départ, on savait qui étaient les bons et qui étaient les brutes (rôles inter-changés dès la libération des otages) mais il n’était pas clair de savoir qui étaient les truands. Depuis hier on le sait. Au fait, qu’est devenu, Monsieur Chavez ? Bah, le colonel Kadhafi nous avait déjà fait comprendre que nos gouvernants ne sont que des sinistres plaisantins.


© Michel Poirier pour LibertyVox

Source image: AFP

Image à la Une: Le président Uribe

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© Michel Poirier pour LibertyVox - Article paru le 05/07/2008 Imprimer cet article
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