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Célébrations

Quatrième rapport du jeune Qahir Ezzalam à son oncle, le second vizir du Royaume du Qoranistan.

O mon oncle sage et avisé, frère cadet de feu mon père, vous m’enseignâtes jadis à vénérer la geste millénaire de nos ancêtres, à tenir ce qui est archaïque pour meilleur que ce qui est récent ou moderne, à préférer le kitab aux billevesées des marxistes, vu que la Révolution, la vraie, la seule, la parfaite, eut lieu il y a très longtemps dans nos déserts arides, et à célébrer les seuls événements de notre lointain et glorieux passé. Je vous suis infiniment reconnaissant de m’avoir appris à avancer tout droit au milieu de la large avenue de la Vérité.

Au Monomotapa, tout est chamboulé, cul par-dessus tête, sens dessus dessous. Ce qui est blanc chez nous est noir ici, et inversement. J’en reste sans voix. Les habitants de ce pays, même les vrais croyants, de plus en plus nombreux, ont de bien étranges habitudes qui nous laissent ébahis, nous les doctorants, les boursiers et les hôtes scientifiques de la grande Mosquée de Cantabrique.

Savez-vous que le Monomotapa célèbre des événements qui ne se sont pas produits il y a quarante siècles, mais il y a quarante ans seulement, et que la vie s’interrompt pendant ces célébrations ? Quarante ans, c’est quarante fois douze lunes ou, dit en base 10, quatre décennies - autant dire, rien. C’est même plus court que la vie d’une guenon hamadrya. Passe encore que l’on célèbre des faits qui ne sont même pas mentionnés dans les Annales de notre Qoranistan ; mais les célébrations vont nous écorcher les oreilles longtemps. Elles ne durent pas une nuit, ni un mois, mais une année entière. 365 jours et 365 nuits consacrés à l’éloge de trois rassemblements au cours desquels des étudiants, ivres ou drogués, ont dépavé deux ou trois rues de la Capitale. Qu’accomplirent-ils de glorieux ? Pris La Mecque païenne, extirpé l’infidélité, fait voir aux juifs de quel bois nous nous chauffons ? Même pas ! Ils ont joué pendant quarante minutes aux terrassiers et ils en sont fiers quarante ans plus tard ! Leur superbe n’a pas été effacée par le temps qui passe. Ils sont toujours vêtus en terrassiers comme au premier jour. Ils finiront dans la terre, qu’ils ont un peu remuée, dans ce même costume.
Voilà un entêtement qui échappe à tout entendement.

A ce jour, des amoncellements de livres, très épais, ont été publiés pour célébrer la gloire de ces « événements », lesquels, dans notre Royaume, sont signalés d’un ironique RAS. Je me demande si tous ces livres n’ont pas été écrits par la même plume, tant ils se répètent l’un l’autre. Le filon est bon, les éditeurs n’ont pas, comme nous, de pétrole ; ils espèrent gagner de l’argent en publiant sous des titres différents le même livre, écrit par le même poilu de 68 qui a défendu la patrie en danger sur les barricades et qui tient sa rue Saint Jacques à Paris pour le Chemin des Dames à Verdun. S’il n’y avait que des livres, ce serait un moindre mal. Personne n’est obligé de les lire. Mais il y a les films, les émissions de télévision, les débats à la radio, les articles de journaux et les conférences. Comment ne pas les voir ?

Hier le satrape Cohn-Bendit, venu des froides contrées tudesques, prononça, pour célébrer 68, une conférence dans la salle culturelle de la Mosquée. Ce Cohn-Bendit n’est pas barbu et chevelu comme notre Satrape à nous, mais petit, rond, rondouillard même ; il a les cheveux rouges, comme on dit dans notre langue et roux dans la langue du Monomotapa. Quarante ans après, il est vieux, presque gâteux, fatigué par l’alcool, las même, ayant abusé de tout et du rien, etc. Sa conférence s’est résumée à un péan, mais à sa seule gloire. Avant 68, le Monomotapa était plongé dans le chaos et ses habitants vivaient dans les ténèbres. Il a suffi qu’il vînt pour que la lumière soit et que les autochtones fussent enfin tirés de l’abîme où ils végétaient. Figurez-vous, du moins c’est ce dont il se vante, qu’il aurait appris, il y a quarante ans, aux habitants du Monomotapa, qu’il tient pour des moins que rien ou des demeurés de la première pluie, que les filles ne naissent pas dans les roses, ni les garçons dans les choux. Ce coup de baguette aurait libéré ce pays de ses chaînes. Les femmes auraient appris leur vraie nature, étant persuadées jusque là (mais selon le seul satrape tudesque) que le plaisir sexuel émanait du Saint Esprit, et elles auraient jeté aux orties leur froc de pruderie. Quant aux hommes, il leur aurait été enseigné qu’ils éprouveraient plus de plaisir en copulant avec les femmes plutôt qu’avec les chèvres !

Je n’en crus pas mes oreilles. Où étais-je ? « Mais pour qui me prend-on ? Je ne suis pas une guenon hamadrya à qui on peut faire gober n’importe quoi ! », m’indigné-je. Mais j’étais le seul qui eût le courage de contester le Tudesque, les talibans, qui se pressaient autour de la Mosquée, applaudissant à tout rompre le pape soixante-huitardiste.

Que conclure de cela ? Rien. Les maréchaux soviétiques, que nous chassâmes, vous et moi, de la sainte terre d’islam, avaient pour fétiches les milliers de médailles qu’ils arboraient fièrement sur la poitrine ; le satrape tudesque a lui aussi les mêmes médailles. Les koufar ont des fiertés à leur image. A la Mosquée, je m’initie de moins en moins à la science de l’homme, et de plus en plus à la science de koufardise. Soyez assuré, mon oncle, que je vous rapporterai prochainement les pas de géant que j’accomplis dans cette science nouvelle.


© Qahir Ezzalam pour LibertyVox

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© Qahir Ezzalam pour LibertyVox - Article paru le 24/03/2008 Imprimer cet article
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