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Etranges événements

Deuxième rapport du jeune Qahir Ezzalam à son oncle, le second vizir du Royaume du Qoranistan

Ô mon oncle, frère cadet de feu mon père, il se passe au Monomotapa d’étranges événements, dont la survenue ne cesse d’étonner les quelques Qoranistanais qui y résident, en qualité de boursiers ou d’hôtes scientifiques. Pour y parfaire la science de l’homme, ce pays n’est pas la Chine, où tout croyant doit aller un jour, mais le savoir y était tenu jadis pour le souverain bien. Du moins, il est réputé l’y avoir été, ce dont je doute de plus en plus souvent.

Dans un précédent rapport, je vous entretins de l’usage miraculeux que les satrapes de la Mosquée de Cantabrique faisaient de la démocratie pour asservir les peuples, mais avec leur assentiment. J’en fus émerveillé. Pour que vous appreniez à en tirer les avantages et surtout à en éviter les inconvénients, il convient que je vous entretienne maintenant de l’usage singulier et inouï que les colons établis au Monomotapa font de cette même démocratie. Comme vous le savez, les étrangers qui forment ces colonies viennent des cinq continents de la terre, même de Laponie ou de Mélanésie, pays dont j’appris hier le nom dans ce service public de proximité qu’est désormais la Mosquée, mais que je suis incapable de situer sur une carte. Les plus nombreux sont originaires d’un pays que les satrapes citent souvent en exemple et qui se nomme le Fachicistan. Ne me demandez pas où il se situe, je serais bien en peine de vous le dire. Je vous promets cependant de me renseigner. Je veux progresser, comme vous l’exigeâtes, dans la connaissance de la géographie, qui, comme chacun sait, une science très utile à la gouvernance. Des Fachicistanais, j’en ai rencontré quelques-uns, bien qu’ils ne soient pas très nombreux en Cantabrique, préférant l’air vicié des banlieues à l’air pur des montagnes, mais il y en a beaucoup, m’a assuré un thésard algérien qui les évite comme s’ils avaient la peste, dans la Capitale et ses environs. Je peux vous les décrire. Ils ont uniformément des cheveux blonds, des yeux clairs, une mâchoire épaisse, un front fuyant, le torse large et bombé, de longues jambes. Ils parlent fort, ils sont violents, ils disent des mots grossiers, que la décence m’interdit de répéter ici, ils crachent par terre, ils font beaucoup d’enfants. Comble d’ignominie, ils sont idolâtres. Ils n’invoquent pas Allah ; ce sont des fanatiques de balle au pied, ce jeu, que nous appelons dans notre belle langue «koret el qaddam».

Il y a dix jours, au Grand Stade de la Capitale, l’équipe de balle au pied du Monomotapa jouait contre celle du Fachicistan. Dans les tribunes, les places étant chères et les autochtones pauvres, n’avaient pris place que des Fachicistanais, riches et prospères, qui avaient déployé les drapeaux de leur pays en hurlant à gorge déployée «Heil Fachicistie», «Fachicistan über alles», «Mort aux Juifs et au Monomotapa». Bien entendu, ils huèrent le pauvre hymne national, rabougri, mou, triste, à l’image des autochtones, et tous les joueurs qui n’étaient ni blonds, ni grands, ni fascistes et dont le crime était d’adorer Allah. Devant mon poste de télévision, j’en fus tout remué et même indigné : comment osent-ils mépriser Allah ?

Les autochtones à qui je fis part de mon étonnement me répondirent, avec beaucoup de veulerie à dire vrai, qu’ils n’entendaient rien à l’art de siffler et que, ignorant de quelle couleur était le drapeau du Fachicistan, ils refusaient de se prononcer sur une question aussi ardue que les huées. Mes voisins du troisième étage, qui, bien qu’ils soient des fidèles de notre religion, sont de bons vivants, ajoutèrent même, en rigolant comme des bossus, comme si les huées les mettaient en joie : «t’en fais pas ; c’est qu’un début, t’en verras d’autres, et des meilleures !». Ils ne croyaient pas si bien dire.

A peine les Fachicistanais furent-ils sortis en hurlant leurs injures, bien entendu, du Grand Stade qu’un accident de la circulation, comme il s’en produit tant dans les pays sous-développés, leur offrit l’occasion de prouver qu’ils n’étaient pas des singes, puisqu’ils savaient faire autre chose que siffler ou huer. Enfin, ils allaient montrer au monde entier de quel bois ils se chauffaient : en une nuit, excités par l’alcool, ils pouvaient mettre le Monomotapa à feu et à sang. Deux motards fachicistanais venaient de heurter une voiture. Pour le malheur du Monomotapa, cette voiture était conduite par des agents de la Paix. «Racistes de sale race, ont hurlé les Faschicistanais présents au Grand Stade, nous allons vous faire passer l’envie d’être des Juifs !». Aussitôt dit, aussitôt fait. Ce banal accident de la circulation provoqua le plus violent pogrom dont j’eusse été le témoin, dépassant en ampleur la fameuse Nuit de cristal ou les ratonnades de l’empire tsariste. Tout ce qui sentait le Monomotapa fut incendié : autobus, écoles, voitures, bâtiments publics, poste de police, bibliothèque, livres, etc. Des coups de feu furent tirés sur des agents de la Paix, sous le prétexte qu’ils n’étaient pas fachiscitanais. Le feu purificateur épargna par miracle les commerces et les voitures de ceux qui avaient le bonheur de l’être.

Prenez conscience de cette horreur, mon oncle ! Le Monomotapa est tolérant, il est multiculturel, il accueille toutes les religions de la terre, même les religions perverses qui n’ont pas de Livre. Notre religion, la seule qui soit vraie, la religion d’Allah, est en passe d’y devenir la première religion. Eh bien dans ce pays en voie d’être islamique, les adorateurs d’Allah sont agressés, uniquement parce qu’ils adorent Allah ; et leurs biens, parce qu’ils n’appartiennent pas aux Fachicistanais, partent en fumée dans de nouvelles nuits de cristal. Cela ne peut pas durer, mon oncle. Faîtes quelque chose. Appelez au grand djihad contre le Fachicistan et ses ressortissants. Libérez le Monomotapa de ce joug infâme. Vous en avez le pouvoir. Notre pays est riche, immensément riche, il peut tout acheter, même le retour des Fachicistanais dans leur patrie.

Soyez assuré, mon oncle, que je vous narrerai dans un prochain rapport les événements qui perturbent les cursus en science humaine à la Mosquée de Cantabrique et dans la République du Monomotapa.


© Qahir Ezzalam pour LibertyVox.


Cérémonie de remise de diplômes

Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

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© Qahir Ezzalam pour LibertyVox - Article paru le 28/11/2007 Imprimer cet article
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