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Toujours plus de moyens

Michel Poirier fait un bref bilan du système éducatif de ces 30 dernières années.

Au plus fort de la saison de grèves, voilà les fonctionnaires qui viennent mettre leur grain de sel dans le paysage social du pays. Certes, on met en avant leur pouvoir d’achat qui (à l’encontre de ce que dit l’INSEE) se serait contracté pendant les deux dernières années. Certes, pour pouvoir caresser dans le sens du poil ceux qui ont l’habitude de descendre dans la rue, la classe politique (de droite comme de gauche) enfourne ce nouveau cheval de bataille. En ne faisant plus confiance à l’INSEE et en oubliant que le pouvoir d’achat n’est que le résultat, direct, de la contribution de chacun à l’économie de marché du pays. C’est vrai, la France a du mal à accepter les contraintes de l’économie de marché, mais faisant partie de l’ensemble Europe, sauf d’en sortir, elle est tenue à faire siennes quelques règles de bonne conduite. La première étant que l’on ne devrait pas dépenser plus que ce que l’on produit, sauf s’il s’agit d’investissements à caractère productif dont les effets demandent un temps long pour apparaître. C’est d’évidence le cas de l’éducation, nationale en France, car gouvernée par un ministère, un des plus gros employeurs du monde -sinon le plus gros- après l’armée chinoise et russe, qui, à son tour, a été (est) gouverné en réalité par des syndicats qui, naturellement, se préoccupent premièrement des intérêts de leurs mandants.

Il est instructif de voir que pendant que les enseignants (et à leur suite tous ceux qui gravitent autour de la sphère de l’éducation, fussent-ils élèves ou étudiants, de gauche naturellement quand ils ne sont pas carrément trotskistes) réclament des moyens de plus en plus importants, on oublie que l’éducation est le deuxième poste du budget de fonctionnement de l’Etat après les dépenses de santé. Le tableau qui suit montre que de 1974 à 2004, soit sur 30 ans, les fonds consacrés par la nation à l’éducation ont été multipliés d’un facteur de 9 (neuf). Et par rapport à 1984 (première année d’un très grand effort obtenu par J-P. Chevènement, à l’époque Ministre de l’Education) il y a eu une augmentation de 225 % ! Le tout en euros (prix courants). S’agissant d’un temps long, on devrait commencer à voir ce que l’effort de la nation a produit comme retombées.


On le sait. L’analphabétisme a augmenté, le nombre de gosses sortant du primaire qui ne savent ni lire ni écrire (correctement) a augmenté. Pendant ce temps, l’effort fait pour le primaire a été plus important que pour le total (235 % vs 1984).

Et le graphique montre que pendant des années pendant lesquelles le nombre d’élèves a diminué, le nombre d’enseignants a progressé d’une manière presque linéaire. Voilà pour le primaire.

Pour le supérieur, il suffit de se référer au Recteur de la Sorbonne qui indique que 72 % des étudiants qui prennent une carte de première année ne sont plus présents en deuxième année. 35.000 étudiants en Sorbonne, université qui dispose de 3.500 €/étudiant et qui pourrait voir ce montant doubler ou tripler si une sélection (mot obscène en France) faisait de sorte que la perte en ligne soit réduite de moitié. Pendant ce temps, l’effort fait pour le supérieur s’est traduit par un multiplicateur de 10,5 (1050 % !) vs 1974 et de 275 % vs 1984.


Qu’importe … on a réussi, par le lavage des cerveaux mis en place par les élites qui dirigent la nation, à faire croire aux gens qu’il faut toujours plus de moyens, par exemple, pour l’éducation. Et dès que l’on ose dire que, peut-être, il ne faudrait pas remplacer tous les fonctionnaires qui partent à la retraite on vous répond, doctement, «faut-il réduire le nombre d’enseignants ?». Un jour, quelqu’un aura le courage de dire oui et, peut-être même, de faire en sorte que l’on agisse dans ce sens. Ce n’est pas, pour l’instant, la voie prise par Nicolas Sarkozy, espérons qu’il reviendra aux engagements de sa campagne pour les élections présidentielles.

Ce qu’il y a de pernicieux dans le processus «toujours plus de moyens», c’est l’incapacité de ceux qui sont en charge de l’éducation nationale, soit de mieux répartir les ressources existantes, soit de s’attaquer aux pertes de substance récurrentes. Claude Allègre a eu le courage de dévoiler le taux d’absentéisme des personnels de son ministère : plus de 7 % à l’époque, ce qui voulait dire, en clair, que presque 100.000 personnes étaient payées à ne rien faire. On objectera que les gens ont le droit d’être malades et les enseignants femmes d’être enceintes, mais il suffit de comparer ce taux d’absentéisme avec celui des populations qui travaillent dans le privé pour se rendre compte du coût indu que la nation doit subir. Et sans parler des 35 heures, des semaines de vacances et des stages de «perfectionnement» à caractère artistique ou de réalisation de céramiques …

Et si on a le courage de parler éducation, il faudrait se souvenir qu’il s’agit d’un des trois facteurs principaux qui avaient permis, pendant presqu’un siècle, l’intégration des populations immigrées dans notre pays. Et pour les autochtones du principal «ascenseur social». Qu’il s’agisse des immigrés ou des autochtones, ceux qui ont fait de leurs intérêts l’objet principal de leurs préoccupations, ont la responsabilité du déclin non seulement de l’éducation nationale mais aussi du sens civique et, partant, de la France. Sans être «déclinologue», il faut bien essayer de comprendre pourquoi notre pays suit une spirale descendante quand le monde occidental fait l’inverse.

A la sortie de la guerre, De Gaulle ayant eu besoin du «parti de fusillés» pour asseoir sa première prise de pouvoir, l’a laissé occuper une place anormale sur l’échiquier politique français. Parti des fusillés qui avait réussi à occulter sa période de collaboration et, surtout, celle de la «Liquidation des Traîtres» (lire le livre instructif du même titre). L’idéologie du Parti Communiste a métastasé ensuite vers des couches de plus en plus nombreuses, ayant été véhiculée aussi par un Parti Socialiste qui ne voulait pas rompre avec les vieilles lunes marxistes mais qui se complaisait cependant dans l’économie de marché. Une sorte de schizophrénie qui a sciemment, systématiquement, déboussolé la société française. En parallèle, ce parti a perdu ses appuis socioprofessionnels. Qui se souvient encore qu’il s’agissait d’un parti ouvrier ? Ségolène Royal essayant de séduire les électeurs de F. Bayrou et L. Fabius s’affichant partout avec O. Besancenot … Les enfoirés, aurait dit Coluche…

Et c’est ainsi que, de gauche à droite et de droite à gauche la société française a dérivé vers une organisation absurde : sur les 577 députés il y a presque 300 enseignants, fonctionnaires (comme si les enseignants ne l’étaient pas…) et cadres techniques de l’Etat, dont 148 sont enseignants, ce qui fait que 25 % des députés représentent un groupe qui ne constitue que 2% du total d’inscrits aux élections !

Comment croire que plus de la moitié de l’Assemblée Générale prendrait l’initiative ou accepterait de voir rogner ses privilèges ? Le père Marx disait «aucun groupe social ne renonce de son propre gré à une parcelle de son pouvoir». Alors, comme cette catégorie s’oppose, jusqu’ici avec succès, à tout changement profond de la société française, il n’est que normal de voir toutes les autres en faire autant : régimes de retraite particuliers, exonérations multiples et diverses, niches fiscales de toute nature, rien n’est épargné à cette société qui croule sous ses propres turpitudes en attendant que d’aucuns commencent à faire des efforts.

Le nouveau président saura-t-il obtenir de ce vieux pays de faire ce qu’il a fait pendant les «trente glorieuses» ? Rien n’est moins sûr et ce n’est pas les abandons successifs (reforme au rabais des universités, concessions coûteuses aux régimes spéciaux de retraite, annonces absurdes concernant le pouvoir d’achat, etc.) qui constituent de bons augures. Merci Europe de nous faire vivre à l’abri de ton Euro et des efforts que les autres ont fait et font pour nous …


© Michel Poirier pour LibertyVox

Note de la rédaction: LibertyVox ne partage pas les vues de l'auteur, entre autres, sur l'Europe et l'Euro. Nous pensons que cette construction européenne, en détruisant les identités nationales, ne peut être que néfaste.

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© Michel Poirier pour LibertyVox - Article paru le 28/11/2007 Imprimer cet article
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