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Parlons de la France

De la SFIO au PS d’aujourd’hui, Michel Poirier, pour ce premier article sur LibertyVox, nous décrit la lente fabrication d’une coquille vide.

À l’occasion des grèves organisées par des syndicats ne représentant même pas 1% de la population, mais qui s’arc-boutent sur la défense de privilèges d’une minorité de salariés, on commence à entendre dire de plus en plus que «le PS est devenu une coquille vide». Il me semble, cependant, que ce qui manque à cette constatation, c’est la substance qui pourrait expliquer pourquoi il l’est devenu (et ne pourra que le rester). Car autrement, à voguer sur l’écume des vagues, non seulement on ne comprend rien mais, surtout, on laisse croire qu’il aurait pu en être autrement. Mais comment ?

1. La césure historique – après les convulsions idéologiques dans le cadre de la SFIO, encore du temps de Jules Guesde et ses positions sur les guerres coloniales, après les crises de 1919 influencées par Lénine de l’extérieur et Cachin/Frossard de l’intérieur, le Congrès de Tour de 1920 consacre la séparation des deux grandes tendances. Une minorité, regroupée autour de Léon Blum, réaffirme son attachement aux valeurs démocratiques de la SFIO et refuse de s’aligner sur les thèses léninistes (la dictature du prolétariat entre autres). Le terreau sur lequel la SFIO s’est créée et développée était constitué essentiellement par la classe ouvrière.

2. L’avant-guerre – la crise de 1929 n’a pas entamé le capital de confiance que la SFIO détenait auprès de la classe ouvrière, mais on assiste à la mainmise du Kominterm sur la direction et les destinées du parti communiste français. Le tout sur fond de déchirement des dirigeants, chacun cherchant à devenir le primum inter pares, position essentielle dans l’organisation quasi-militaire imposée par les russes (qui, in fine, sous le contrôle d’Eugène Fried et d’Anna Pauker choisissent et contrôlent Maurice Thorez). C’est pourtant avec le soutien total de la classe ouvrière française que les socialistes obtiennent pour la première fois, en 1936, le pouvoir. Et les reformes qu’ils réalisent (conventions collectives, congés payés, 40 heures, etc.,) sont premièrement destinées à améliorer la condition des ouvriers, sans pour autant mettre en cause les fondements de l’économie de marché, sans laquelle aucune réforme n’aurait pu voir le jour, nonobstant les oppositions diverses, y compris celle du parti communiste qui soutenait le Gouvernement Blum comme la corde soutient le pendu.

3. L’après-guerre – auréolés de leur rôle pendant l’occupation allemande, compagnons de route de De Gaulle qui avait (déjà …) besoin de la Russie pour crédibiliser la légende de la «France victorieuse», les communistes deviennent le premier parti de la classe ouvrière et obtiennent même plus de 30 % de voix à des élections législatives. Pendant ce temps, la SFIO dérive vers les classes moyennes et perd le support de la classe ouvrière. Le parti est graduellement pris en charge par des représentants de la société civile, essentiellement des avocats rejoints par des enseignants (Mitterrand, Deferre, Mauroy) et des gens venant des classes moyennes, souvent après un parcours de droite vers la gauche, qui savaient encore comment on gagnait l’argent, qui n’étaient pas éloignés de la vie réelle et n’émargeaient à aucun budget de fonctionnaires leur assurant une vie sans soucis. C’est la deuxième fois que les socialistes prennent le pouvoir. Ils mettent en place de nouvelles réformes, mais aucune d’entre elles n’est spécifiquement destinée à la classe ouvrière. Classe ouvrière autochtone qui, en parallèle avec l’évolution du PS vers les classes moyennes, se voit réduite d’un côté par les mutations technologiques auxquelles ses défenseurs habituels (le parti communiste et la CGT) s’opposent par tous moyens, en favorisant, ainsi la constitution d’un chômage structurel, et par l’inclusion d’ouvriers venus d’ailleurs mais qui ne grossissaient pas le réservoir de voix. Cette deuxième prise de pouvoir ne s’accompagne pas, au minimum, d’un aggiornamento idéologique comme celui de Bad-Godesberg de 1959 qui a consacré le renoncement définitif des socialistes allemands (mouvement repris ensuite par tous les socialistes en Europe sauf en France) au marxisme en faveur de l’économie de marché et des traditions chrétiennes, humanistes et démocratiques.

4. Mitterrand, pendant et après – Quatorze années pendant lesquelles le cynisme est érigé au rang de politique de l’état, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur. Discours fustigeant l’argent mais scandales sans nombre touchant les proches du Président qui se permet de faire vivre une famille parallèle au compte de la République, qui bloque pour des années le développement du pays par le «ni-ni» (ni nationalisations ni privatisations), et qui préside à l’explosion de la dette publique (définition Maastricht) qui va de 22 % du PIB en 1981 à 55,5% du PIB en 1995 et qui a créé un handicap que l’on sent irrattrapable. Pendant qu’il fait des expériences en nommant «le premier ministre le plus jeune que la France a jamais eu» ou «la première femme premier ministre en France», les deux avec les résultats que l’on connaît. Et qui ne laisse pas agir le seul premier ministre réellement volontaire pour réformer (Rocard). A l’extérieur, l’épisode «Jaruzelski» (général polonais ayant fomenté et réussi le seul coup d’état militaire connu dans un pays «socialiste») invité en France pendant que son pays plie sous le joug de l’URSS, ou celui de la mise à l’écart de Gorbatchev par des communistes pur sucre (avant la prise de pouvoir par Eltsine) qu’il semble accepter. Pendant ce temps, il laisse le Parti Socialiste être pris en charge uniquement par des fonctionnaires. La grande majorité (sinon la totalité) des dirigeants socialistes, membres du bureau national aujourd’hui, est constituée par d’éminents anciens de l’ENA (Hollande, Royal, Fabius, Guigou, Emmanuelli, Moscovici, Lienemann, etc.,). Un seul d’entre eux a travaillé pendant quelques années dans une banque, tous les autres n’ont connu que les émoluments servis par le budget de la nation et ont vécu, pour une grande partie de leur vie, dans les ors de la République. Mais tous ont appris pendant les années Mitterrand à faire semblant et reproduisent le cynisme de leur ancien maître. Ce faisant, après avoir perdu le support de la classe ouvrière, le PS a entamé une perte sans retour possible de l’adhésion des classes moyennes qui ont supporté l’essentiel du coût de l’incurie socialiste dans la gestion du pays. Et dont une grande partie n’a pas compris sa politique extérieure. La perte du pouvoir après les années Jospin était inscrite dans la logique du désintérêt du PS pour ce qui était son dernier terreau, les classes moyennes. Sauf pour les fonctionnaires.

5. La présidentielle de 2007 – les tombereaux d’insanités, injures et procès d’intention utilisés par le PS pour détourner les masses d’un vote Sarkozy n’ont pas pu occulter le fait que le roi était nu. Le PS n’avait rien à dire sauf d’exprimer une sorte de cacophonie qui mélangeait une vision angélique (mais volontariste …) de l’organisation sociale avec des énormités au plan économique qui dépassaient largement les promesses habituellement faites au moment des élections. Ce qui a fait dire déjà «Le PS est devenu une coquille vide» et qui, ne voyant pas son salut hors une coalition avec François Bayrou, a laissé sa représentante effectuer une obscène danse du ventre pour séduire les électeurs de ce dernier.

Le PS est devenu une coquille vide car il n’a plus le support d’une classe ouvrière autochtone (plus de 10 millions d’ouvriers dans les années 50, moins de 6 millions en 2006, dont presque la moitié, des étrangers) et parce que les classes moyennes l’ont abandonné pour la plupart. On sait aujourd’hui qu’un tiers des voix de Mme Royal était l’expression (d’origine droite, centre ou même gauche) du TSS (tout sauf Sarkozy) et que le reste est venu en totalité (ou presque) des fonctionnaires et assimilés (plus de 8 millions), parmi lesquels la quasi-totalité de ceux qui émargent au budget de l’Education Nationale (presque 1,5 Millions).

Depuis, les élections législatives ont fait tourner le couteau dans la plaie. La majorité présidentielle a été reconduite tandis que le PS est réduit à courir deux lièvres à la fois : François Bayrou, d’un côté, et l’extrême gauche, de l’autre. Il n’y a rien de plus poignant que de voir Laurent Fabius, costume trois pièces et chemise col italien, s’acoquinant avec un Olivier Besancenot, un trotskiste. C’est vrai, il avait déjà H. Weber à côté de lui, qui avait fait sans trop de difficultés le trajet de la Ligue au Sénat …

Le PS aujourd’hui ? Sans support socioprofessionnel (autre que celui des fonctionnaires) avec une direction accaparée par des fonctionnaires n’ayant connu le prix du travail que par ouï-dire, incapable de produire un projet de société selon une logique économique saine, il disparaîtra dans sa forme actuelle comme le PC a disparu ou, si l’on veut, se transformera en secte, comme ce dernier.

Mais revenons aux grèves. Occupée qu’elle est à souligner, à l’occasion des six mois de présidence, combien elle vomit Nicolas Sarkozy, préoccupée par la relation des faits d’armes des centrales syndicales arc-boutées sur les privilèges d’une catégorie de semi-fonctionnaires, faisant ses choux gras de l’histoire lamentable de l’Arche de Zoé, la presse française (papier, radio, TV) ne donne que peu d’importance à ce qui constitue l’essentiel de ce qui est en train de se passer. Essayez, un soir, de suivre ceux qui «refont le monde» avec un journaliste de Marianne, une autre de Charlie Hebdo, la caricature qui représente l’Huma et un ancien trotskiste qui, après avoir connu les ors du «monde» n’arrive pas à comprendre que la France vit dans une économie de marché non soumise aux lois des ses anciens maîtres à penser.

Disons-le clairement : les syndicats sont en train de perdre lamentablement leur toute dernière bataille pour le maintien des avantages acquis d’une catégorie de salariés, qu’on le veuille ou pas, privilégiée. Certes, il y a encore des soubresauts et le transport en commun dans les grandes villes ne donne pas l’impression qu’il y a un «service minimum». Certes, ceux qui ont le contrôle des «centres de pression» (SNCF, RATP, EDF, GDF – autant d’endroits où ceux qui s’opposent à tout sauf à la défense de leurs propres intérêts ont la capacité de faire subir de dégâts au pays) n’hésitent pas à utiliser leur pouvoir exorbitant. Certes, les promesses de campagne de Nicolas Sarkozy sont loin d’être réalisées et, la plupart, ont déjà été écornées pour éviter d’avoir trop de gens dans les rues. Certes, «l’épopée» d’un quarteron d’étudiants gauchistes violant les assemblées générales pour décider de bloquer les facultés (17 sur 85 au dernier comptage) ne semble pas impressionner les cheminots qui ne voient pas d’un bon œil l’invasion par ces zozos des gares parisiennes. Certes, l’invocation (presque comme un Pater Noster) du «cadeau aux riches de 15 milliards» fait encore recette car, selon Goebbels, plus un mensonge est gros, plus il passe facilement [le détail des 13 milliards (non pas 15) comprend 6 pour l’exonération de charges sociales des heures au-delà des 35 heures, un tiers pour l’accession à la propriété, 15 % pour la réduction des droits de mutation et uniquement 3.5 % du total pour la réduction de l’impôt sur la fortune …] ; quatre cinquièmes du total pour des réductions d’impôts essentiellement pour les classes moyennes ; mais … selon François Hollande, un foyer qui gagne plus de 4.000 € par mois est un foyer de riche. Mais la vérité, on la voit comme le nez au milieu de la figure : les syndicats, l’extrême gauche, les adeptes «d’une autre économie» viennent de perdre une bataille essentielle : d’abord par l’absence de support du peuple (plus de deux tiers de la population ne se sentent pas solidaires des grévistes, pourcentage inversé par rapport à 1995) et, ensuite, par la volonté du gouvernement de résister et d’appliquer (enfin, presque …) la réforme des régimes spéciaux. Et la bataille a été perdue non seulement parce que les syndicats (comme le PS) ne représentent plus grande chose parmi la classe ouvrière mais parce que de classe ouvrière … il y en a de moins en moins. Et parce qu’eux comme le PS ont perdu le support de ceux qu’ils sont censés représenter.

Ce à quoi nous sommes en train d’assister, peut-être sans le comprendre vraiment, c’est que la France pourrait se voir vivre sans «sa gauche». Naturellement, dans un pays où il y a trois partis trotskistes, des organisations "altermondialistes", des associations sans nombre vivant en parasites de l’état, des régions, des villes et des communes, on ne s’apercevra pas tout de suite de la lame de fonds qui semble arriver. Mais ce peuple, cartésien, est en train d’intérioriser qu’il coure à sa perte s’il laisse son destin entre les mains de l’état providence, état aujourd’hui en faillite. Ce peuple, tout en ayant dit Non à l’Europe il y a deux ans, est en train de lui dire Oui car il comprend qu’il vit sur le dos de l’Europe qui s’est reformée, qui équilibre ses budgets et qui travaille (plus que 35 heures …). Et qui le protège par l’euro de l’infamie de plusieurs dévaluations qu’il aurait eu à subir, vu l’incurie et l’irresponsabilité des élites (surtout de gauche) qui l’ont gouverné.

Et si Nicolas Sarkozy, en respectant et ses promesses de campagne et l’intelligence du peuple, fait en sorte que les reformes promises, car nécessaires, soient réalisées (sans faux semblants, sans donner d’une main ce que l’on semble prendre d’une autre), eh bien, le déclin de notre pays sera enfin arrêté. Peut-être même que l’on retrouvera la voie de la fierté de faire ce que l’on a fait pendant les «trente glorieuses».

© Michel Poirier pour LibertyVox

Note de la Rédaction : Respectueux de la liberté de parole de ses auteurs, LibertyVox ne partage toutefois pas l’optimisme de Michel Poirier concernant la politique de Nicolas Sarkozy.

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© Michel Poirier pour LibertyVox - Article paru le 16/11/2007 Imprimer cet article
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