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Si vis pacem, para bellum

“Si tu veux la paix, prépare la guerre”. Petit état des lieux de la guerre qui s’annonce par Martin Birnbaum.

Si vis pacem, para bellum. Voilà un adage vieux de deux millénaires que Bernard Kouchner a eu l’imprudence de citer pour expliciter la position de la France vis-à-vis de l’Iran. Propos, tous comptes faits, anodin si on le compare avec l’alternative énoncée par notre président pour le même pays, «la bombe ou le bombardement». Depuis deux semaines tous ceux qui lavent les cerveaux de notre bon peuple, les journaleux de toutes les feuilles i-monde(s), maîtres à penser donneurs de leçons de RTL («on refait le monde» avec le concours d’un communiste même pas repenti, caricature qui devrait faire le bonheur des chansonniers …), toutes les radios et télévisions françaises (y compris France 24 «La voix de la France») n’arrêtent de déverser des tombereaux de bave sur notre pauvre Ministre des Affaires Etrangères. Et s’accorder avec M. Ahmedinejad pour considérer que «La France n’est pas sérieuse» … Pendant que les journaux iraniens publient une photo de Bernard Kouchner avec une kippa (probablement prise à Yad Veshem) pour souligner que son père était juif.

Bien entendu, on ne s’occupe pas de ce qui est essentiel : interdire, par tous les moyens, l’accès à la bombe à un régime totalitaire qui menace l’existence de l’état juif en attendant de menacer celle de plusieurs états arabes sunnites de la région. Le tout avec la complicité patente de la Russie qui, dans un passé récent, semblait prendre la voie de la démocratie en rupture d’avec son propre régime totalitaire.

Essayons de regarder deux des composantes les plus actives d’une situation géopolitique qui se complique de jour en jour : la Russie et la France. En effet, si l’Iran est devenu ce qu’il est et s’il s’arroge le droit d’ingérence dans les affaires des pays du Proche-Orient, il a réussi cela en bénéficiant de la complicité de la Russie et de l’incapacité de la France de se doter d’une politique autre qu’arabe pour être présente dans cette région du monde.

La Russie est un rébus enveloppé de mystère au sein d'une énigme (W. Churchill). Exsangue au moment de l’implosion de son système économique et social, ayant disposé de l’aide (immense et encore utilisée) des Etats-Unis et de l’Allemagne pour démanteler une partie de son arsenal nucléaire obsolète et devenu dangereux, mais profitant depuis une dizaine d’années d’une augmentation faramineuse des coûts des matières premières (pétrole, gaz, minerais divers) la voilà requinquée. Avec la complicité active et irresponsable de l’Europe elle est devenue incontournable dans l’approvisionnement en gaz de celle-ci (30 % de ses besoins) et, partant, capable d’imposer ou au moins d’infléchir les positions politiques de celle-ci dans le sens qui lui convient. En ajoutant cette contrainte à l’esprit d’apaisement de l’Europe qui, de toute manière, lui rendait service. Retrouvant son statut de puissance impériale elle fait face aux Etats-Unis partout où elle le peut. En particulier au Proche-Orient. Non seulement elle fournit à l’Iran un réacteur nucléaire, mais elle lui donne aussi la possibilité de défendre ses sites (soupçonnés d’être actifs pour fabriquer une bombe) contre des éventuelles actions militaires. Ce n’est pas tant le réacteur qui pose problème mais, surtout, la formation d’ingénieurs et techniciens à des connaissances nécessaires pour avancer vers l’option militaire du nucléaire. Que cherche la Russie ?

Voilà quarante ans, elle a été un facteur important du déclenchement de la guerre des six jours. Le porte-parole en chef de l'Armée de l'Air Russe, le colonel A.V. Drobyshevsky, vient de le confirmer, en l’écrivant pour la première fois, que c'étaient des pilotes soviétiques avec les avions russes les plus avancés de l’époque, les MiG-25 « Foxbat », qui avaient exécuté des vols provocateurs au-dessus de l'installation nucléaire d’Israël de Dimona en mai 1967, juste avant la guerre de six jours. L’idée poursuivie était relativement simple : provoquer Israël à déclencher une guerre, intervenir pour stopper «l’agresseur» et détruire, à l’occasion, Dimona. Les choses ont marché trop bien (Nasser ayant annoncé le blocus du Détroit de Tiran, voie d’accès d’Israël à la Mer Rouge) sauf que … Israël a détruit, au sol, pratiquement tous les appareils russes ou égyptiens se trouvant en Egypte. La chose était relativement connue, ce qui surprend c’est le moment où le porte-parole de l’Armée de l’Air Russe la confirme. Ceci pourrait ne pas être fortuit. Mais il y a quarante années de cela...

Un historien tchèque, ayant eu accès aux documents déclassifiés des années 60 – 90, vient de publier, à Prague, un volumineux ouvrage par lequel on apprend que le Pacte de Varsovie, ayant assigné à la Tchécoslovaquie la tâche de conquérir une partie du Sud-Est de la France en cas de conflagration, avait prévu, aussi, «130 tirs nucléaires pour atteindre Lyon». Le plan de marche est resté en vigueur jusqu’en 1986 et ce n’est qu’après l’implosion de l’Union Soviétique qu’il a été mis à l’index en 1990 à la demande de Vaclav Havel devenu président de la Tchécoslovaquie. Pour Petr Lunak, l’historien tchèque, les documents mis à jour «révèlent la vraie nature du régime soviétique qui a élaboré cette stratégie très agressive au début des années soixante en dépit d'une détente relative entre l'Est et l'Ouest et alors que l'Otan n'avait jamais envisagé d'offensive terrestre sur le territoire du pacte de Varsovie». La nature du régime soviétique n’est autre que la nature du régime russe actuel.

En mars 1991, les 2 milliards de dollars reçus par la Syrie des Etats-Unis pour sa participation à la première guerre du Golfe, sont arrivés dans les caisses russes via la Corée du Nord : plus de 150 missiles Scud-c et une vingtaine de lanceurs ont été fournis à ce pays que personne ne menaçait. Depuis 2004, sous prétexte de reconstruire une nouvelle base navale dans le port syrien de Tartus, la Russie installe non seulement des missiles à courte et longue portée, mais crée des unités d’assemblage pour le même armement et de rajeunissement des fusées Scud (d’origine russe ou coréenne). Enfin, en 2006 des contrats de fourniture de systèmes d’armes «défensives» sont conclus avec la Syrie (et l’Iran). Ces systèmes sont en train d’être installés de manière telle qu’ils puissent, de loin, attaquer des cibles situées à n’importe quel endroit en Israël.

Trois exemples qui montrent que depuis plus de quarante ans la Russie fait tout ce qu’elle peut pour rendre crédibles les menaces des pays arabes visant la destruction d’Israël, tout en constituant une menace latente pour l’Europe (on pourrait parler du reste du monde si on évoquait la crise des fusées à Cuba ou l’Angola …). La montée en première ligne de l’Iran en tant que liquidateur potentiel d’Israël n’a pas posé problème à la Russie bien qu’un cinquième de la population d’Israël soit constituée par des anciens ressortissants russes… mais juifs. La politique de la Russie menace non seulement Israël mais aussi, de toutes les manières possibles, la sécurité des pays européens : la reprise des vols des bombardiers stratégiques porteurs de bombes nucléaires à la limite de l’espace aérien des pays de l’OTAN en est la dernière preuve.

C’est avec ce pays qu’un escroc, Jacques Chirac, ci-devant président de la France (qui, s’il n’avait occupé le Palais de l’Elysée, aurait aussi bien pu occuper une cellule à la Santé …) s’est acoquiné pour s’opposer aux Etats-Unis. Un pays dont le rôle déstabilisateur n’a cessé et ne cesse de peser sur le sort du monde et, en premier lieu, sur le sort du Proche-Orient.

La France, en vertu de sa «politique arabe» n’a cessé, à son tour, depuis le renversement d’alliance opéré par le Général de Gaulle en 1967, d’être un facteur déstabilisateur au Proche-Orient. Non seulement en s’opposant à toutes les tentatives de règlement du conflit israélo-arabe (exemples : Giscard d’Estaing et son opposition à l’accord de paix Sadate – Begin, Jacques Chirac conseillant à Yasser Arafat de ne pas accepter les conclusions de Camp David ni celles de Taba, «paramètres Clinton», en le poussant à «obtenir mieux»). Non seulement en participant à l’armement de pays que personne ne menaçait ou ne menace mais en agissant avec une irresponsabilité inouïe : la vente d’un réacteur nucléaire à Saddam Hussein a été l’occasion pour ce dernier de déclarer «c’est le premier pas concret vers la fabrication de l’arme atomique arabe». La France qui a fourni à l’Irak des avions (peints en blanc …) qui ont participé aux bombardements avec des gaz des populations kurdes. Et le même Jacques Chirac, premier ministre en 1980, qui donna instruction à l’ambassadeur de la France auprès de l’ONU «de faire tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher la condamnation de Saddam Hussein après l’utilisation d’armes chimiques contre les Kurdes» (Pierre-Louis Blanc, ancien ambassadeur de France auprès de l’ONU, «La Valise Diplomatique»).

Des années après, s’érigeant en spécialiste du nucléaire et des fusées, Chirac déclarait («on» ? «off» ?) au New York Times et au Nouvel Observateur à propos des menaces de l’Iran «s’ils l’envoient sur Israël, la bombe ne fera pas 200 mètres et Téhéran sera rasé». Passons sur le fait d’envisager froidement que le régime des mollahs puisse envoyer une bombe atomique sur Israël, passons sur le fait que Téhéran (8 millions d’habitants) puisse être rasé (par qui ?) mais comment a-t-il calculé les 200 mètres ? Si on prend en charge un vol supersonique de la fusée porteuse de la bombe, soit 1km/seconde … selon notre spécialiste en fusées, Téhéran sera rasé dans deux dixièmes de seconde ! Un tel processus de décision, sans compter le temps nécessaire à l’action, ne fait pas partie de ce qui est connu aujourd’hui. Et si l’on se place dans l’hypothèse d’un vol subsonique (soit 800 km/heure donc 220 m/seconde) il faudrait quand même une seconde pour accomplir le programme de Chirac. Son environnement s’étant ému, à la stupéfaction du monde entier, Chirac a rectifié ses propos le lendemain en ajoutant -entre autres palinodies- une nouvelle de poids : si la bombe est lancée par l’Iran, elle serait détruite avant qu’elle quitte le ciel iranien car plusieurs pays ont la possibilité de le faire. Qui ? Comment ? En combien de temps ? Ce qui est important c’est que la France a donné le sentiment qu’elle peut vivre avec un Iran nucléaire et si celui-ci attaque nucléairement Israël, eh bien, la France n’aura rien à faire : débarrassée d’Israël et de Téhéran pour le même prix … Israël ? Bon débarras, plus personne n’en parlera plus. Téhéran ? Enfin les pays arabes sunnites, amis et sponsors de Chirac seront débarrassés d’une crainte existentielle. C’est cette politique qui est suivie encore aujourd’hui. Nicolas Sarkozy sait ne pas pouvoir se libérer de l’emprise des pays arabes (les ventes d’armes à la Libye ne sont que le sommet de l’iceberg) ni ne veut attiser les feux dans les «cités» prêtes à s’enflammer à la demande de leurs frères de l’autre côté de la Méditerranée. S’opposer à la bombe iranienne veut dire pour la France garder son hinterland arabo-musulman.

Alors ? Pourquoi s’en prendre à Bernard Kouchner ? Négocier avec l’Iran ? On le fait depuis sept ans. Celui qui en a la charge (Javier Solana) n’hésite pas cependant à dire «l’Iran avance de façon constante vers l’acquisition des armes nucléaires et les négociations ne progressent pas… Mais ceci ne signifie pas la guerre…. On doit résister à la tentation de décider des frappes militaires qui pourraient créer une situation plus mauvaise que la possession d’armements nucléaires par l'Iran». Tout le monde peut résister à la tentation des frappes militaires. Mais écoutons les pays du Golfe dire, in petto, «si l’Iran est bombardé on va avoir des problèmes avec ce pays pendant 18 mois ; si l’Iran n’est pas bombardé on aura des soucis pendant trente ans …». L’Iran qui vient d’être élu comme vice-président de la Commission de l’ONU pour le désarmement, co-président (avec la Libye) du Conseil de l’ONU pour les Droits de l’Homme et qui, nonobstant ses nombreux appels pour la destruction d’Israël en niant aussi l’Holocauste, vient d’être choisi par les Nations Unies pour faire partie du comité qui préparera la conférence mondiale contre le racisme en 2009.

Mais Israël ? Le monde entier fait semblant de croire que ce que l’Iran veut (la disparition d’Israël), il ne le tentera pas une fois la bombe en sa possession. Mais Israël a du mal à attendre pour voir d’autant plus que la chaîne du nucléaire se rapproche dangereusement de ses frontières. Selon Sunday Times, l’incursion récente d’Israël en Syrie a permis non seulement la destruction d’un site nucléaire irano-syro-nord-coréen mais aussi la récupération de composantes destinées spécifiquement au nucléaire miliaire. Relisons dès lors Montesquieu, L’Esprit des Lois : «Entre les sociétés, le droit de la défense naturelle entraîne quelques fois la nécessité d’attaquer lorsqu’un peuple voit qu’une plus longue paix en mettrait un autre en état de le détruire et que l’attaque est, dans ce moment, le seul moyen d’empêcher cette destruction … »

La Russie, suivant en cela la politique de l’ancienne Union Soviétique, pour des raisons qui lui sont propres, œuvre à la déstabilisation du Proche-Orient en général et à la destruction d’Israël en particulier. On annonce la visite de M. Poutine en Iran courant octobre : les mollahs reçoivent un brevet d’urbanité de la part d’un ancien du KGB qui ramène la Russie, sur le plan des libertés, vingt cinq ans en arrière. Pense-t-on qu’il leur dira qu’il est inacceptable qu’ils plaident pour la destruction d’Israël ? Quelle importance quand en France même, des éditorialistes du Figaro, tirant leurs références confuses de l’antiquité ou de ce qui s’est passé il y cent ans, mais auréolés de leurs statut de politologues-philosophes et spécialistes de tout, titrent «Il ne faut pas désespérer de l’Iran». La France, «depuis deux siècles sa diplomatie est aux mains d’une sorte de clan qui fonctionne par cooptation et évolue entre la mégalomanie, une idée boursouflée de la grandeur de la France » et de sa mission civilisatrice», l’antisémitisme, la condescendance anti-américaine et l’idée que pour maintenir sa grandeur» elle doit s’affirmer en tant que puissance musulmane» (DPJ, National Review cité par I. Lasserre, « L’Impuissance Française »). La France «puissance musulmane ? «Jacques Chirac fut un grand chef d’Etat arabe. Aucun chef d’Etat au monde n’a fait autant pour les causes arabes que Chirac. Les Arabes le regretteront beaucoup (KK, Courrier International, même référence).

Et Israël, pauvre pays rempli de juifs et qui, devenu le Juif des Nations, devrait de plus (Yom Kippour oblige) demander pardon à tous pour le tracas qu’elle leur cause de par son existence …


© Martin Birnbaum pour LibertyVox

Chars soviétiques à Budapest en 1956

Char soviétique à Prague en 1968

Migs russes "égyptiens" détruits au sol par Israël en juin 1967

Image à Une: Bernard Kouchner

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© Martin Birnbaum pour LibertyVox - Article paru le 24/09/2007 Imprimer cet article
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