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Ignorance économique

Voici un point de vue insolite de Yoland Bresson, un économiste hors norme qui ne manquera pas de susciter quelques légitimes interrogations et interventions.

Assez d’ignorance économique érigée en vertu !


De pseudo-experts en économie, relayés par des candidats à la présidence de la République, ne cessent de prétendre au langage de la vérité et du courage en s’appuyant sur des affirmations péremptoires, répétées à l’envi et que des médias avides de catastrophisme diffusent comme des évidences.

Ainsi : «la France vit au-dessus de ses moyens», «La dette de l’Etat dépasse 1000 milliards € soit plus de 17.000€ par français, voilà le problème majeur», «La France s’appauvrit», «Pour la première fois nos enfants auront un avenir moins riche que leurs parents»… Toutes affirmations notoirement fausses, qui assorties de la comparaison, voulue de bon sens, avec la situation d’un ménage se conclue par : «la France est au bord de la faillite» !

Un ménage vit au-dessus de ses moyens quand il dépense durablement plus qu’il ne gagne. Il ne peut donc épargner. Or, le taux d’épargne français est particulièrement élevé, au contraire par exemple du taux d’épargne américain qui lui, est négatif. Peut-être veut-on seulement signifier que l’Etat est régulièrement en déficit budgétaire ? Mais c’est le lot de la plupart d’entre eux et la règle européenne l’a même établi comme une contrainte, récemment respectée, à 3% du PIB. Alors pourquoi tant d’inquiétudes ?

C’est nous dit-on que le déficit accroît encore une dette devenue abyssale. Or, nos experts légitimés, comme M. Pébereau ou ceux de l’Institut de l’entreprise et bien d’autres, confondent stock et flux, erreur fréquente qui coûte de biens mauvais résultats à n’importe quel étudiant en économie. Les 1000 milliards sont le volume de la dette, un stock. Pour apprécier son poids, il faut la comparer à un autre stock, en l’occurrence au patrimoine de la France et les 17000€ par français au montant du patrimoine moyen et non au revenu moyen du citoyen. On mesure aussi le poids d’un emprunt, en flux, à la charge de remboursement. Chacun sait que la prudence pour éviter le surendettement impose de ne pas rembourser mensuellement plus du tiers de son revenu. Pour l’Etat, actuellement, pour continuer d’effrayer, on dit que les intérêts absorbent la totalité de l’impôt sur le revenu et on omet de préciser que ce dernier représente maintenant moins de 20% des recettes fiscales. Quel ménage ne se satisferait pas d’une telle charge de remboursement. La confusion atteint ici un tel degré qu’un candidat a pu affirmer récemment à la télévision qu’en réduisant la dette d’un point de PIB, il reviendrait à chaque Français 60€, de quoi augmenter le pouvoir d’achat !

Notre croissance réelle, corrigée de l’inflation, n’est actuellement pas très élevée, mais elle n’en est pas moins positive comme les années précédentes. Nous sommes donc chaque année collectivement plus riches. Comment donc soutenir que la France s’appauvrit ? Si l’on ajoute que l’Euro s’est apprécié au surplus de 30% par rapport au Dollar, chaque Euro gagné enrichit le Français plus que l’Américain. La confusion, là, se situe entre le volume de richesses et la répartition de cet enrichissement entre les Français. L’inégalité augmente et appelle pour la réduire d’autres solutions que celles suggérées. On peut même être assuré que la docte ignorance ainsi instillée n’amène à ne proposer que des programmes dits sérieux, sans audace, se contentant d’un jeu à somme nulle, ne donnant d’un coté que ce que l’on prend d’un autre, pour satisfaire la sacro sainte réduction de la dette, devenue l’alpha et l’oméga de toute la politique économique. Cela permettra de ne pas s’attaquer au vrai problème : La seule façon de retrouver des marges de manœuvres budgétaires pour financer des réformes indispensables consiste à réduire les dépenses publiques et donc à diminuer le nombre des fonctionnaires, de les réaffecter, d’accroître la productivité de la fonction publique car le poids des prélèvements est le prix que l’Etat fait payer aux citoyens les services qu’il leur rend. À l’évidence, là, ce prix est notoirement considéré comme excessif eu égard à la qualité de ces services.


Yoland BRESSON pour LibertyVox

Professeur émérite d’économie de PARIS XII
Doyen de Faculté.






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© Yoland Bresson pour LibertyVox - Article paru le 21/04/2007 Imprimer cet article
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