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Quand l’islam parle d’une seule voix

Le procès intenté contre Charlie Hebdo est l’occasion pour Joachim Véliocas, dans ce premier article pour LibertyVox, de dénoncer l’attitude très ambiguë de la Mosquée de Paris et autres tenants d’un Islam dit “modéré”, propagateurs du mythe de “l’Islam des Lumières”.

Le procès des caricatures est à bien des égards un révélateur montrant que sur l’essentiel, les principaux acteurs de l’islam en France convergent vers une même voie : celle qui demain, espèrent-ils, mènera la France à faire sienne une nouvelle identité islamique, affirmée et protégée.

Depuis des années, les médias s’évertuent tant bien que mal à opérer des distinctions artificielles entre «des» islams. D’un côté, l’islam intégriste wahhabite et salafiste, respectivement incarnés par l’Arabie Saoudite et les Frères musulmans. De l’autre «l’islam modéré», «du juste milieu», incarné par le Maghreb et donc Dalil Boubakeur. Postulat permettant de ne pas jeter le bébé islamiste avec l’eau du bain de l’islam qui, nous dit-on, peut parfaitement s’intégrer à la civilisation française.

Or, voici que Dalil Boubakeur, a porté plainte au pénal contre Charlie Hebdo avec la Ligue islamique mondiale, organisation wahhabite, et l’UOIF, branche française des Frères musulmans, en mai 2006. Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) est coincé. Coincé entre la volonté d’afficher un islam «ouvert et tolérant», pour le rendre comestible à l’opinion publique française, et l’obligation de prendre en considération la volonté de la oumma afin de légitimer sa représentativité. Boubakeur a tranché, mais la participation du parangon de «l’islam modéré» à ce procès d’un autre âge, relooké par l’idéologie anti-raciste, n’étonnera que les imbéciles. Le 26 mars 2005, Dalil Boubakeur rendait visite aux dirigeants l’UOIF lors de leur congrès annuel, «une amitié d’une décennie» déclara-t-il à un journaliste de oumma.com. Au journaliste, il s’expliquait sur les anicroches qu’il avait pu avoir dans le passé avec l’UOIF qui surgit renforcée en 2003 après les premières élections du CFCM. Le partage du gâteau de la représentation de l’islam avait passablement irrité le monopole tranquille de l’institutionnel Recteur. Cependant, solidarité islamique oblige, Boubakeur se garderait bien de ranger dans la case «islamiste» l’UOIF afin de s’en démarquer. La volonté d’excommunier une organisation vouant un culte au Hamas, et ayant pour guide théologique Yussuf al-Qaradawi, favorable à l’extermination physique des homosexuels et des apostats, aurait pourtant été de bon ton pour un «modéré». Non, Boubakeur, lors de la même interview, confie que «nos objectifs sont tous convergents (avec l’UOIF ndlr), seules nos méthodes peuvent différer». Au moins, c’est clair.

Dans un livre indispensable, «Quand le Maroc sera islamiste» (La découverte), Nicolas Beau et Catherine Graciet ont parfaitement exposé la vacuité des espérances de ceux qui diagnostiquent une réforme libérale de l’islam contemporain. Au Maghreb autant qu’ailleurs, les mouvements politiques islamiques conservateurs n’ont jamais été aussi puissants. Les modernes qui, par exemple, relativiseraient la pertinence de la peine bien établie du délit de blasphème, sont des traîtres roulant pour l’Occident.

Pour Boubakeur, la Ligue islamique et l’UOIF, c’est très simple, Charlie Hebdo, en osant faire un lien entre la violence, Mahomet et les islamistes, a fait preuve de «racisme». Montrer un personnage accueillant les «martyrs» au paradis en leur demandant de rebrousser chemin car le lieu est à court de vierges, est "un véritable délit d'expression de la haine raciale" pour Boubakeur, comme si l’idéologie politico-religieuse de l’islam était une race ! Ne craignant pas le ridicule, cette accusation délirante ne convaincra pas le quidam qui voit quotidiennement à la télévision des islamistes, personnifiés par le Hamas, le Djihad islamique ou les Talibans, justifiant leurs méfaits par une référence constante au Prophète.

Mohammed Sifaoui, courageux journaliste d’investigation, a simplement apporté son témoignage en faveur de l’hebdomadaire en exposant le drapeau de l’Arabie saoudite où se déroule la chahada soulignée d’un sabre. De même, il présente le blason des Frères musulmans, soit deux sabres entrecroisés. Il rappelle à juste titre que les premiers à avoir associé islam et violence sont les musulmans radicaux, et non les journaux occidentaux. Abdel Wahab Meddeb, fin connaisseur de l’islam, témoigne également en affirmant avoir ri en visionnant la caricature de Charlie Hebdo. Ces deux hommes seraient-ils donc racistes pour les représentants du Conseil français du culte musulman, Etat dans l’Etat à dissoudre d’urgence ?

La mise sur pied du CFCM est, maintenant c’est indéniable, une faute de Nicolas Sarkozy, dépassé par sa créature à laquelle il s’oppose publiquement en soutenant Charlie Hebdo. Islam «de» France ? Non, un islam conquérant «EN» France, qui a de plus l’indécence de déplorer la politisation du procès des caricatures, alors que l’islam est justement une idéologie qui politise la religion. Pour finir et éviter toute confusion, Mohamed Sifaoui, s’il se dit musulman, a gardé de l’islam «civilisationnel» le vernis culturel et non la foi militante enracinée. Considéré comme apostat, il vit sous la menace des radicaux. Meddeb, lui, le concède ouvertement, n’est pas un croyant. Ce procès aura au moins comme mérite de montrer le parfait décalage entre ces partisans –très occidentalisés- d’un «islam des lumières», mythe n’existant que dans leur esprit, flattant les désirs trop optimistes de l’Occident, et les organisations musulmanes représentatives.



Joachim Véliocas pour LibertyVox.
Auteur de "L'islamisation de la France" aux éditions Godefroy de Bouillon

Source images ci-dessus: Charlie Hebdo (N° 712 du 8 février 2006, cause du procès)


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© Joachim Véliocas pour LibertyVox - Article paru le 15/02/2007 Imprimer cet article
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