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Ahmadinejad: directeur de campagne de Jacques Chirac ?

Et si Ahmadinejad était l’atout majeur de Chirac pour se maintenir au pouvoir ? C’est l’avis de David Bescond.

Au printemps dernier, sur le quai d'une gare, j'avais une discussion avec un ami au sujet de la situation française. Ce dernier affirmait que Jacques Chirac était mort politiquement. Il est vrai que son jugement survenait après le cuisant échec sur la Constitution européenne, les émeutes de novembre et le naufrage du CPE. J'ai répondu par l'affirmative mais en mettant un bémol: "Il a encore une chance d'être réélu". Mon ami me regarda avec étonnement. "Si une grave crise internationale venait à survenir durant la période de la campagne présidentielle, les Français pourraient bien avoir un réflexe légitimiste et se réfugier auprès de celui qui semble avoir la plus grande expérience des affaires internationales. Et comme aucun homme politique français n'a son expérience dans ce domaine, je te laisse deviner la suite". "Et quelle pourrait être cette grave crise internationale?" me demanda mon ami. J'ai alors répondu: "Une crise sur le nucléaire iranien".

Entendons-nous bien, je déteste la théorie du complot. Jacques Chirac n'a aucun pouvoir pour provoquer une crise internationale de grande envergure. En revanche j'étais persuadé, en ce printemps 2006, que la bête politique qui sommeille en lui ne laisserait pas passer l'opportunité de rebondir et d'assurer sa survie politique si elle se présentait à lui.

Or qu'observe t-on depuis cet été? Le conflit qui a opposé Israël au Hezbollah du 12 juillet au 14 août n'est que le premier épisode d'un affrontement israélo iranien qui n'a pas pour vocation de s'arrêter là. Car l'origine de ce conflit est à rechercher au niveau des tensions internationales créées par la volonté des mollahs iraniens de se procurer l'arme atomique. Depuis plusieurs mois, les diplomates iraniens laissent clairement entendre que l'Iran sera amené à prendre des mesures de rétorsion en cas de sanctions par le Conseil de sécurité de l'ONU. Ils ont même indiqué les fronts concernés par une riposte iranienne: l'augmentation des prix du pétrole, une déstabilisation de l'Irak, l'instrumentalisation du Hezbollah. La résolution des Nations Unies qui exige de l'Iran l'arrêt total de ses activités d'enrichissement de l'uranium arrive à échéance le 31 août. La guerre entre Israël et le Hezbollah a éclaté le 12 juillet. Il ne s'agit pas d'une simple coïncidence mais d'une manoeuvre de l'Iran afin de faire clairement comprendre aux Occidentaux que Téhéran dispose d'une capacité de nuisance extrêmement élevée dans la région.

Ne nous voilons pas la face, l'avenir est sombre. Une fois que le Conseil de sécurité votera les sanctions pour punir les manquements de l'Iran à ses obligations, la situation internationale risque de se détériorer très sérieusement. Déjà Moqtada Al-Sadr, le leader extrémiste des chiites irakiens, a prévenu qu'il mettrait sa milice au service de l'Iran si le besoin s'en faisait sentir. Le Hezbollah reçoit actuellement une aide importante en provenance de l'Iran via la Syrie, afin de reconstituer ses forces. Ce qui explique la colère de la Syrie qui ne veut pas voir s'installer la FINUL à sa frontière afin de ne pas entraver ce processus de réarmement. Mais du côté israélien on se prépare également au prochain chapitre. Ainsi le ministre Rafi Eitan, ex-patron du Mossad, a récemment déclaré: "Nous devons préparer tout le pays à faire face à une attaque aux missiles", car pour lui, en cas de conflit armé entre l'Occident et l'Iran à cause du programme nucléaire iranien, c'est l'Etat hébreu qui sera l'objectif numéro un des missiles de la République islamique. Car en Israël des informations commencent à filtrer. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France se seraient mis d'accord sur les mesures à prendre contre la République islamique. Une entente en la matière serait intervenue ces derniers jours au cours de consultations diplomatiques. L'Amérique et Israël auraient également admis l'idée de frappes aériennes contre les sites nucléaires de la République islamique. Quant à la Russie, elle ne semble pas exclure non plus une évolution musclée des événements puisqu'une source dans les milieux diplomatiques a confirmé l'existence d'un plan de rapatriement des citoyens russes d'Iran en cas de conflit.

C'est à la lumière des ces informations qu'il convient de replacer les hésitations, les revirements de Jacques Chirac sur le déploiement de soldats français au Liban Sud. Le président de la République sait que la période qui va s'ouvrir à partir du 1er septembre est lourde de menaces. Les pressions sur l'Iran, qui ne manqueront pas d'intervenir, vont amener Mahmoud Ahmadinejad à abattre ses cartes. L'une de ces cartes a pour nom Hezbollah. Le risque est grand pour les soldats français de se retrouver très rapidement entre l'enclume israélienne et le marteau iranien. Mais après bien des hésitations, après bien des discussions avec ses proches conseillers, Jacques Chirac a décidé de courir le risque. Car ce qu'il sait également, ce qu'il sait surtout, c'est que seule une crise internationale, crises dans lesquelles d'ailleurs il excelle, pourra lui redonner ses chances de conserver l'Elysée. Pour pouvoir jouer un rôle dans cette tempête qui s'annonce, la France se devait d'avoir ses soldats sur le théâtre libanais. Mahmoud Ahmadinejad peut demain devenir le meilleur directeur de campagne de Jacques Chirac.

David Bescond pour LibertyVox

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© David Bescond pour LibertyVox - Article paru le 27/08/2006 Imprimer cet article
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