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Le Liban et Israël: du mythe à la réalité |
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Jacques Piétri passe la crise libanaise au prisme de la notion d’Etat. |
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Le Liban existe-t-il? À n’en pas douter il existe une terre
libanaise, un peuple libanais, une culture libanaise, mais existe-t-il
un État libanais (1) et qu’en est-il du contenu et de la signification
d’une Nation libanaise? De Kissinger au Hezbollah, en passant par Hafez
El Hassad, nombreux furent ceux qui cherchèrent et cherchent encore, à
enterrer le Liban, ou pour être plus exact, à le sacrifier sur l’autel
de l’arabité. Parmi les multiples causes de la guerre libanaise de 1975
à 1990, il y a le fait que le pseudo État libanais s’est montré, dès
cette époque, incapable de maîtriser un mouvement palestinien,
véritable État dans l’État, mieux organisé et surtout mieux armé.
Nasser, en son temps, avait conseillé aux Libanais de ne pas laisser
les Palestiniens entrer dans leurs villes, car ils n’en sortiraient
jamais et contrôleraient tout. Les Palestiniens ont bien failli avoir
la peau des Libanais, lesquels, comme tous les peuples, sont bien
oublieux et ne vouent aucune reconnaissance aux Israéliens qui leur ont
permis d’échapper à l’hégémonie palestinienne. La Syrie a très vite
pris le relais et placé sous son aile un «État libanais» qu’elle n’a
jamais reconnu; depuis plus de cinquante ans, il n’y a jamais eu
d’échanges d’Ambassadeurs entre le Liban et La Syrie, à quoi bon ont
toujours dit les Syriens, il y a bien «deux peuples mais une seule
Nation».
Le Liban est un pays compliqué, s’il bénéficie d’un climat
exceptionnel, d’une géographie tourmentée mais pleine de ressources, il
dispose d’une population traversée par de redoutables contradictions
religieuses et culturelles. L’existence d’une couche d’intellectuels et
d’artistes de très haut niveau, qui a souvent fait le choix d’habiter
en dehors du Liban, n’a jamais eu beaucoup d’influence sur l’évolution
politique du Liban. L’expérience multimillénaire des «Phéniciens» dans
le domaine commercial et bancaire a engendré des habitudes, des
réflexes égocentristes, des incapacités à s’ouvrir à «l’autre», à
refuser la notion «d’intérêt général». Cette attitude, cette mentalité
ont été déterminantes dans le refus, de la part des classes
dirigeantes, d’accepter l’existence d’un véritable État. Si trop d’État
est insupportable, nous sommes bien placés en France pour le savoir,
l’absence d’État crée une situation invivable, il en résulte
l’incapacité de gérer le social et le collectif en dehors des réseaux
familiaux et communautaires; l’égoïsme individuel ou communautaire est
élevé à la hauteur d’une loi. La presse vient de relater un événement
significatif d’une certaine mentalité libanaise: Les organisations
humanitaires sont aujourd’hui assaillies par des milliers de
Thaïlandais, Indonésiens ou Sri Lankais, anciens employés de familles
libanaises fuyant le pays, sans se soucier du sort de gens qui étaient
à leur service et qu’ils laissent dans le dénuement le plus complet, ne
disposant ni d’argent, ni de passeports.
Les Syriens se sont toujours satisfaits de cette maladie congénitale du
Liban, de cette allergie à l’État, ils ont systématiquement assassiné
les rares hommes politiques libanais qui avaient le sens de la Nation
et la capacité de résister à leur impérialisme. C’est bien pour ces
raisons qu’ils ont assassiné, en 1982, le Président Bachir Gemayel,
dans l’indifférence générale de l’opinion internationale; c’était
l’époque où «Le Monde» avait inventé cette merveilleuse, autant
qu’imbécile, expression «d’Islamo-progressistes» pour désigner les
Palestiniens et les milices chiites que combattaient «les fascistes»
phalangistes. La myopie et le simplisme de nos pontifes intellectuels a
depuis cinquante ans atteint des sommets.
C’est parce que le Premier Ministre libanais, Rafik Hariri avait lui
aussi les dimensions d’un homme d’État que la Syrie l’a fait exécuter.
Cette fois, la communauté internationale s’étant ému de ce crime, la
Syrie a dû retirer les trente mille hommes qu’elle faisait stationner
au Liban depuis quinze ans. Si la Syrie a ainsi obtempéré, c’est aussi
parce qu’elle disposait sur le territoire libanais d’un relais
efficace, d’une armée de remplacement: le Hezbollah. Certes ce dernier
est armé politiquement et matériellement par l’Iran, mais les armes et
les idéologues transitent par la Syrie avec sa bénédiction. Ainsi le
Hezbollah a un tuteur: l’Iran, un relais: la Syrie, un territoire: le
Liban. L’armée libanaise est bien incapable de contrôler une
organisation mille fois mieux armée qu’elle.
Le Liban se caractérise par deux tares majeures, le refus d’un État
moderne et le communautarisme. Les Libanais sont comme beaucoup de
gens, ils ont toujours voulu le beurre, l’argent du beurre et le
sourire de la fermière, en d’autres termes, ils n’ont jamais voulu
payer assez d’impôts pour bâtir un État digne de ce nom, capable de
doter le pays des équipements éducatifs et sociaux et de disposer d’une
armée digne de ce nom. Le communautarisme religieux a servi d’alibi et
de remède palliatif à ces carences, mais ce remède s’est révélé pire
que le mal. C’est ainsi que le Hezbollah, succursale chiites de l’Iran,
a pu constituer une armée puissamment armée, sur la base du fanatisme
religieux et de la haine d’Israël, sans que personne n’y trouve à
redire, ni au Liban, ni il faut bien le dire en Europe.
Peut-on imaginer un groupe terroriste retranché dans une ville telle
que Nice, transformée en bastion inexpugnable, qui se mette à envoyer
des missiles sur les villes italiennes d’Imperia, San Remo, Vintimille
ou Turin? Les Italiens, après avoir constaté que la France se trouvait
dans l’incapacité d’empêcher ces tirs, ne manqueraient pas de prendre
des mesures de rétorsion notamment en bombardant les zones d’où partent
les missiles ainsi que les axes qui en permettent l’approvisionnement.
Ajoutons que ce groupe niçois aurait pour objectif affiché de rayer
l’Italie de la carte et d’exterminer tous les Italiens. Il se
trouverait sans doute quelques bonnes âmes pour qualifier de
«disproportionnées» les mesures prises par le gouvernement italien.
Au fond, ce que de bons esprits reprochent à Israël c’est sa mauvaise
volonté à se laisser anéantir et à voir sa population exterminée, comme
ne cesse de le marteler Ahmadinejad dans le silence assourdissant de la
communauté internationale. Je n’ai pas entendu, à cet égard, le
président Chirac qualifier ces immondes propos «d’excessifs ou de
disproportionnés». Si l’on doutait un seul instant de la responsabilité
direct de ce Ahmadinejad dans le présent conflit, il suffirait de se
reporter aux propos qu’il tenait avant l’enlèvement des soldats
israéliens, lors d’une conférence des Ministres des Affaires étrangères
des pays voisins de l’Irak. Ce personnage annonça en effet qu’il
fallait s’attendre à «l’imminence d’une grande explosion de colère
envers Israël». Qui peut douter aujourd’hui que le présent conflit a
été voulu par l’Iran, notamment pour servir de rideau de fumée à ses
diaboliques projets nucléaires.
Personne de sensé ne doute de la responsabilité du Hezbollah et du
Hamas, instrumentés par l’Iran et la Syrie, dans le déclanchement des
hostilités, sauf quelques pseudo intellectuels dévoyés. Il y a quelques
jours, au cours de l’émission «C dans l’air», un certain J.P. Colin, se
disant professeur de droit international, le visage déformé par la
haine, promettait à Israël le pire des destins. C’est une haine
semblable que professe dans une tribune libre du Figaro, JF Legrain en
expliquant que dans toute cette affaire il n’y a qu’un seul
responsable: Israël. De l’anti-sionisme à l’antisémitisme, il n’y a
même plus l’épaisseur d’un cheveu. Si un jour, ce qu’à Dieu ne plaise,
Ahmadinejad envoyait sur Israël un missile nucléaire provoquant deux ou
trois millions de morts, il se trouverait certainement, en Occident, de
bons esprits, parmi les «droitsdel’hommistes» professionnels pour
déplorer ce regrettable incident et même verser quelques larmes
crocodilesques, ajoutant aussitôt «qu’après tout les Juifs l’avaient
bien cherché».
Le Liban subit des pertes tragiques, s’agissant notamment des pertes
humaines, - un pont cela se reconstruit, un être humain jamais – pour
autant le Liban n’est pas menacé de disparition et personne ne se
prononce en ce sens, or c’est tout le contraire pour Israël et son
peuple et c’est pour cette raison qu’il est odieux de qualifier
«d’excessives» ou de «disproportionnées», les mesures de sauvegarde
qu’il entreprend. Si dans la rue un homme me menace d’une hache et me
déclare qu’il va me couper la tête, et si par bonheur ou par prudence,
car je connais bien cet homme, je dispose d’un revolver et tue cet
homme, avant qu’il ne le fasse, aurais-je eu une réaction
«disproportionnée»? Tel sera certainement l’avis de Messieurs Colin et
Legrain, mais qui se soucie de l’opinion de ces irresponsables?
Dans son remarquable éditorial du Point du 27 juillet, Claude Imbert
observe à juste titre que la «haine d’Israël» a infecté la communauté
chiite du Liban, on pourrait ajouter que cette haine réveille dans nos
régions les vieux démons anti-sémites et munichois, «Périsse le dernier
Juif, mais faisons la paix avec les nazislamistes». Quand
comprendra-t-on qu’Israël est le bastion avancé de la civilisation et
des valeurs occidentales? Finira-t-on par comprendre que ce n’est pas
seulement la «haine du Juif» qui guide le Hezbollah, le Hamas ou Al
Kaïda, mais la haine des «Lumières». Ces organisations se moquent
éperdument des destructions, de la mort et de la misère, elles s’y
complaisent, s’en nourrissent, s’en gavent, la paix est leur ennemie.
C’est au genre humain que ces fanatiques ont déclaré la guerre, ce sont
eux les véritables responsables des victimes libanaises.
Du point de vue arabo-islamiste, tout pas vers la paix, toute
concession, tout compromis est considéré comme une victoire de leur
camp et une défaite de leur adversaire. C’est ainsi que le départ des
Israéliens en 2000 du sud du Liban ou, il y a quelques mois, de la
bande de Gaza ont été salué comme une grande victoire contre «l’ennemi
sioniste». Comme il faut toujours «saluer la victoire», dans le premier
cas, le Hezbollah s’est mis à bombarder les villages du Nord d’Israël,
dans le second, le Hamas s’est empressé d’enlever un soldat
israélo-français. Peut-on imaginer un seul instant qu’un État
démocratique normal (est-il besoin de rappeler qu’Israël est le seul
État démocratique du Moyen-Orient !) puisse rester longtemps sans
réaction devant le massacre de ses concitoyens et le rapt de ses
soldats?
Tous ceux qui ont fréquenté un tant soit peu le Moyen-Orient ont pu
observer la douce manie des belligérants arabes de s’abriter derrière
les populations civiles, de poster des troupes, d’installer des
batteries d’artillerie ou des lance-missiles à l’intérieur de bâtiments
publics. Les écoles ou les hôpitaux constituent en ce domaine des
terrains de prédilection. Le résultat est garanti dans tous les cas: ou
bien l’ennemi, pour des raisons humanitaires, s’abstient de répliquer,
ou bien, il le fait et dès lors la propagande peut s’en donner à cœur
joie en dénonçant le massacre «d’innocentes populations civiles». Les
Israéliens protègent leur population civile des tirs de katiouchas et
autres missiles en construisant de véritables abris; le Hezbollah
creuse très profondément dans la terre et réalise des abris bétonnés
pour abriter ses lances missiles, personne n’a entendu dire qu’il en
faisait autant pour la population libanaise. Tout au contraire, il fait
en sorte que la riposte israélienne contre ses installations, produise
le maximum de dégâts parmi les civils. Le Hezbollah et le Hamas sont
passés maîtres dans l’art d’exploiter les nombreux morts que fait la
guerre parmi les non combattants. (Les Nazis, en leur temps, ne se
privaient pas d’exploiter dans leur propagande, les dizaines de
milliers de morts civils des bombardements alliés de Dresde ou de
Hambourg.)
Tout le monde en convient, l’armée libanaise est bien incapable de
faire face à une situation aussi complexe. L’idée d’une force
d’intervention multinationale, entre Le Liban et Israël n’est pas
absurde, encore faut-il observer que si l’État Israélien lui est
favorable, si les Libanais ne demandent pas mieux, les terroristes du
Hezbollah y sont opposés; on comprend pourquoi, car pour être efficace
cette force doit être le bras armé de l’application stricte de la
résolution 1559 de l’ONU qui prévoit le désarmement du Hezbollah. Cette
force d’intervention internationale ne doit en rien ressembler à la
FINUL, condamnée à faire de la figuration et à servir de boucliers aux
lanceurs de roquettes. C’est une véritable gendarmerie internationale
qu’il convient de créer, (le GIGI, Groupement d’intervention de la
Gendarmerie internationale) Cette force doit avoir le nombre pour elle,
au moins vingt et sans doute trente mille hommes sont nécessaires, elle
doit disposer de la puissance de feu nécessaire, afin de réduire les
irréductibles, être munie d’instructions claires et précises avec
notamment l’initiative du feu: tout individu, en dehors de la police et
de l’armée libanaise, pris les armes à la main, doit être traité en
conséquence. Autant dire, qu’il faudra encore beaucoup de patience pour
mettre sur pied un tel instrument.
Le jour où le monde disposera d’une «police internationale», le sang
continuera certes à couler, on peut cependant espérer qu’il coulera un
peu moins. Il faudra cependant encore un certain temps, beaucoup
d’efforts et beaucoup d’abnégation avant d’y parvenir. L’ignorance,
l’intolérance et le fanatisme ont encore de beaux jours devant eux.
« Il y a de grandes flaques de sang sur le monde
où s’en va-t-il tout ce sang répandu
...................................................................
la terre qui tourne et qui tourne
avec ses grands ruisseaux de sang (2). »
L’homme est ainsi fait qu’il prend plaisir à faire couler le sang d’un
autre homme, parce que justement il est «autre», ce qui suffit pour le
qualifier d’«ennemi».
Jacques Piétri Pour LibertyVox
Notes :
1) Je faisais déjà ce constat, il y a vingt ans, lorsque je
dirigeais la mission franco-libanaise pour la Région Métropolitaine de
Beyrouth.
2) Chanson dans le sang, Jacques Prévert. 
Source image: http://www.modia.org/visiter/nord0504.html
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