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Comment Le Monde écrit l’histoire

“Le Monde” s’étant encore surpassé au sujet du sort des Coptes d’Egypte, Jean-Gérard Lapacherie, comme à son habitude, démonte une à une les méthodes de l’immonde quotidien du soir.

Staline, dit-on, crevait les yeux des popes, afin qu’ils fussent moins distraits en lisant leur bréviaire. C’est ainsi que l’idéologie en use, si bien que presque tout le monde est aveugle là où ce monstre règne. On a deux yeux depuis quinze ans en Pologne, en Hongrie, en Russie; les Français ne sont pas près d’ouvrir un œil, car en France, il est des gens en place au Monde et ailleurs qui ne veulent même pas que l’on soit borgne.

Venons-en aux faits. En Egypte, depuis trente ans ou plus, il ne se passe pas de semaine sans que des coptes soient agressés, pas de mois sans que des coptes soient assassinés, pas d’année sans qu’une église soit vandalisée ou incendiée.

Le Monde, daté du 18 avril, en rend compte lumineusement.

Première règle: ne pas appeler les choses par leur nom. Les crimes ne sont jamais nommés crimes, mais «heurts entre coptes et musulmans»; les pogroms ne sont des pogroms, mais des «tensions interconfessionnelles»; les incendies volontaires d’églises sont le résultat de la «montée des extrémismes coptes et musulmans». À la descente, ce sera au tour des mosquées d’être incendiées. On ne sait pas qui est agressé, sinon qu’il y a eu un copte assassiné et cinq coptes blessés, mais on ne sait pas non plus qui agresse. Victimes et bourreaux sont renvoyés dos-à-dos, bien que, au cours des trente dernières années, jamais un seul copte n’ait tué un étranger, ni même des musulmans.

Deuxième règle: révéler des causes fictives. Le Monde ne dit pas qui sont les criminels; en revanche, il va tout droit aux causes, en sautant toutes les étapes. La cause première est abstraite, très éloignée, presque épurée, mais elle est double: c’est la «structure» et c’est la «crise». La «structure» incriminée est la «structure politique du pays»; la «crise» qui cause tous ces maux est la «crise économique et sociale». Le Monde tient la révélation de ces causes du responsable d’une revue littéraire éditée par un parti marxiste. Que vient faire la littérature là-dedans? Elle est là sans doute pour révéler, mais au deuxième ou au troisième degré, le caractère fictif des causes révélées. En Egypte, il y avait quelques marxistes, quand il y avait des Juifs, c’est-à-dire avant 1952. Ceux qui ne se sont pas réfugiés à l’étranger, comme Curiel, ont rejoint les partis extrémistes de l’islam, comme Mahmoud Hussein. Mais c’est aux marxistes qu’il est fait appel pour piocher, ce qu’ils font depuis un siècle et demi, dans le même éternel réservoir à causes: le pouvoir asservi au capitalisme (la «structure politique») et le capitalisme lui-même, dont on sait qu’il est entré dans la phase terminale de son existence et que la «crise» qu’il connaît va déboucher sur le Grand Soir.

Troisième règle: faire porter sur les victimes la responsabilité des crimes qu’ils subissent. Un homme est montré du doigt: il vit aux Etats-Unis. Ce n’est pas Bush, c’est un prêtre copte dénommé le «père Zakaria» qui prêcherait la haine de l’islam «sur une télévision satellitaire copte». Il existe des sites Internet coptes, il n’existe pas de télévision copte par satellite. Au Monde, on doit avoir abusé de cocaïne ou de whisky pour prendre les chaînes de télévision islamiques appelant à tuer les Chrétiens pour des chaînes de télévision coptes appelant à tuer des musulmans.

Quatrième règle: regretter les temps anciens. Le Monde est un journal de référence, puisqu’il a des références historiques. Les temps anciens évoqués avec nostalgie sont les années 1920, quand le parti Wafd avait pour mot d’ordre «La religion est pour Dieu et la patrie pour tous» et avait dessiné sur ses bannières le croissant et la croix.

Cinquième règle: désigner les vraies victimes. Ce ne sont pas les coptes, mais les artistes de gauche. Dans un pays où «la Constitution affirme que l’islam est la religion de l’Etat et la charia la source principale de la législation», «les cheiks de la mosquée Al-Azhar multiplient les fatwas sur le côté licite du point de vue religieux ou non de toute production intellectuelle, culturelle et artistique».

Sixième règle:
ne jamais replacer les crimes dans la situation ou le contexte où ils sont commis. Depuis plus de trente ans, en Egypte, les coptes sont victimes au mieux de discriminations ouvertes et éhontées, au pis de pogroms et de ratonnades. En juin 1981, pendant trois jours, des groupes armés islamiques ont tué, souvent au hasard, des dizaines de malheureux dans un quartier chrétien du Caire: pendant la décennie qui avait précédé, il ne se passait pas de semaine sans que soit incendiée ou vandalisée une église, agressés des coptes, par ailleurs soumis à la jiziya, tués des malheureux. Pendant près de vingt ans, la Ligue égyptienne des droits de l’homme a protesté contre les émissions de télévision qui, chaque vendredi, présentaient les Chrétiens comme des sous-hommes qui ne méritaient pas de vivre. Les pogroms d’Alexandrie en novembre dernier (églises attaquées, une religieuse assassinée, etc.) et de ce mois-ci («attaque à l’arme blanche, vendredi 14 avril, de trois églises coptes de la ville», écrit Le Monde daté du 18 avril: sic: les églises ont été attaquées au couteau?), s’inscrivent dans une longue série de pogroms, de ratonnades, de meurtres gratuits, de crimes racistes. Dans ce journal de référence et incontournable, il n’est fait aucune référence aux événements antérieurs, ni même au rapport de force (favorable à l’islam: neuf musulmans pour un chrétien), ni même aux chartes de l’ONU qui sont censées défendre les minorités, ni même à l’existence en Egypte depuis plus de 80 ans de partis musulmans qui prônent l’islamisation totale de l’Egypte par la violence, ni même aux versets du Coran qui appellent à «tuer» les infidèles. Aucun de ces faits n’existe.

La réalité que les lecteurs du Monde sont invités à retenir est exprimée dans le titre en gros caractères: c’est la «montée des extrémismes coptes et musulmans». Être une référence signifie aujourd’hui faire la révérence, toujours aux mêmes puissants.


Jean-Gérard Lapacherie pour LibertyVox

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© Jean-Gérard Lapacherie pour LibertyVox - Article paru le 21/04/2006 Imprimer cet article
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