La Une de LibertyVox en RSS: 15 derniers articles 30 Tous
Retour à l'accueil
Retour à la Une  

Haro sur la Serbie!

A trop crier haro sur la Serbie, l’Europe ne se condamne-t-elle pas à une balkanisation à court terme? David Bescond analyse les pressions exercées par nos apprentis sorciers et y voit un triste présage.

Depuis quelques semaines la Serbie est à nouveau sous la pression combinée, de la communauté internationale, des nationalistes bosniaques et monténégrins. Cette offensive vigoureuse se développe simultanément sur quatre fronts :

- Celui du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) avec pour exigence l'extradition vers La Haye de Radovan Karadzic et de Ratko Mladic, respectivement anciens chefs politique et militaire des Serbes de Bosnie,

- Celui du procès pour "génocide" que la Bosnie intente à la Serbie devant la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye,

- Celui sur l'indépendance du Monténégro, dernière république de l'ancienne Yougoslavie encore liée à la Serbie, à travers un référendum d'autodétermination prévu pour le printemps 2006,

- Et enfin, celui sur le futur statut du Kosovo lors des négociations ouvertes en février dernier à Vienne, sous l'égide de l'ONU, entre les délégations de Serbie et de la province rebelle. Ces négociations doivent être conclues d'ici la fin de l'année.

Cette multiplicité des attaques n'est pas une coïncidence. Sans tomber dans la paranoïa, ces questions sont en effet anciennes et répondent à des dynamiques qui leur sont propres, il est difficile de croire que cette simultanéité est le simple fruit du hasard. Il ne s'agit pas d'un complot mais de la convergence d'intérêts différents et pourtant complémentaires. Les trois premiers fronts sont plus ou moins instrumentalisés pour amener la Serbie à accorder l'indépendance au Kosovo. Pour arriver à ses fins la communauté internationale dispose d'une arme de destruction massive envers Belgrade: le chantage de l'adhésion à l'Union européenne.

Cela fait maintenant plus de dix ans, sans succès, que le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie exige l'extradition des deux anciens chefs bosno-serbes. Ceux-ci sont supposés se cacher en Serbie ou dans la république serbe de Bosnie. Mais la procureur du TPIY, Carla Del Ponte, a su saisir l'opportunité diplomatique qui s'offrait à elle: l'ouverture de discussions entre Belgrade et l'Union européenne sur la signature d'accords de stabilisation et d'association, préalables à l'ouverture de négociations d'adhésion à l'UE. Elle a fustigé dans son rapport au commissaire européen à l'élargissement, Olli Rehn, la "coopération insuffisante" de la Serbie avec le TPIY. Le commissaire, dans son rapport aux ministres des affaires étrangères de l'Union européenne, le 27 février, en a conclu que les pourparlers entre Belgrade et l'UE ne pouvaient se poursuivre sans une coopération totale des autorités serbes avec le TPIY afin que soit traduit en justice les deux inculpés. Les Vingt-Cinq ont donc signifié au chef de la diplomatie serbe, Vuk Draskovic, que si la Serbie ne respectait pas ses engagements envers le Tribunal de La Haye, la prochaine réunion entre les deux délégations, fixée au 05 avril, serait annulée et les négociations suspendues. Si l'Union européenne soutien le TPIY, ce n'est pas uniquement pour des questions de justice ou de morale. L'enjeu est de taille. Si la Serbie cède à ce chantage sur le TPIY, et on ne voit pas comment il pourrait en aller autrement tellement le désir d'Europe de la population serbe est important, il est fort probable qu'elle y sera également sensible lorsqu'il s'agira de lui faire définitivement abdiquer sa souveraineté sur le Kosovo.

La Bosnie a également entamé avec l'Union européenne des discussions devant mener à terme à l'ouverture de négociations d'adhésion. Le 27 février, elle a engagé devant la Cour internationale de justice de La Haye une action contre la Serbie pour "génocide". Là encore, la justice et la morale ne sont pas les seuls éléments qui guident le gouvernement de Sarajevo. Celui-ci s'inquiète des négociations en cours dans la capitale autrichienne sur le futur statut du Kosovo. Si celui-ci devait obtenir son indépendance, Belgrade et les nationalistes serbes de Bosnie ne manqueraient pas de faire remarquer la différence de traitement entre les deux provinces. La république serbe de Bosnie depuis sa création a toujours souhaité un rattachement à la Serbie. Hypothèse toujours refusée par la communauté internationale au nom de l'intégrité de la Bosnie et du danger de remettre en cause les frontières des anciennes républiques yougoslaves par les minorités. Principes honorables... mais qui semblent s'être curieusement évaporés dans le cas du Kosovo. Une condamnation de la Serbie par la justice internationale dans les prochains mois pour "génocide" envers le peuple bosniaque lui enlèverait définitivement toute légitimité pour réclamer, lors des tractations qui ne manqueront pas d'arriver à Vienne, une similitude de traitement pour la minorité serbe de Bosnie. Cette épée de Damoclès levée, l'Union européenne pourrait envisager sereinement d'intégrer une Bosnie pacifiée et aux frontières définitivement fixées. Une difficulté en moins pour les "arbitres" de la communauté internationale.

L'offensive des nationalistes monténégrins pour obtenir l'indépendance de cette ancienne république yougoslave, encore liée à la Serbie, est en revanche un véritable casse-tête pour l'Union européenne. Outre le fait que l'indépendance de cette république de 600.000 habitants privera la Serbie de son unique accès à la mer, elle coupera également la minorité serbe (30% de la population) de la Serbie. Tous les ingrédients pour provoquer une flambée nationaliste en Serbie sont donc réunis. Ce qui tomberait fort mal à propos au moment où l'ONU négocie le statut futur du Kosovo. L'Union européenne a senti le danger. Ne pouvant faire plier la détermination des nationalistes monténégrins au pouvoir, elle a décidé de changer quelque peu les règles du futur référendum. Pour sceller le divorce avec Belgrade, le résultat du référendum devra réunir une majorité de 55% des votants, avec un seuil de participation de 50%. Sous la pression des Européens les autorités du Monténégro ont adopté ces dispositions le 2 mars dernier. L'avantage est double. Si 55% ou plus des Monténégrins votent pour l'indépendance, l'Union européenne pourra toujours se prévaloir auprès des autorités de Belgrade d'avoir fait le maximum pour éviter cette situation. En revanche, si le résultat s'inscrit dans la fourchette des 50-55%, cette indépendance "en suspension" sera un magnifique moyen de pression sur Belgrade dans les négociations sur le Kosovo. Si les Serbes devaient se faire tirer l'oreille sur la question kosovare, l'UE laissera clairement entendre qu'elle pourrait fermer les yeux sur la barre fatidique des 55% et reconnaître de facto l'indépendance du Monténégro. Il n'en reste pas moins que cette offensive des nationalistes monténégrins est certainement celle qui embarrasse le plus la communauté internationale. La plus difficile à piloter et à gérer.

Jusque dans les années 20 les Serbes étaient encore majoritaires au Kosovo, berceau de la culture et de la religion des Serbes. Mais avec la deuxième guerre mondiale les partisans serbes et leurs familles furent tués ou chassés du Kosovo par les nazis et leurs collaborateurs musulmans, albanais et bosniaques, engagés dans les divisions SS Skanderberg et Handchars. Après la guerre, le régime communiste interdira le retour des réfugiés serbes dans la région afin de limiter l'influence de la Serbie au sein de la fédération Yougoslave. Puis, durant la seconde moitié du XXème siècle la démographie galopante des musulmans albanais du Kosovo associée à une forte immigration des albanais d'Albanie fuyant la misère de leur pays fera que, dans les années 1990, la province est habitée à 90% de musulmans albanais. On estime aujourd'hui qu'un Albanais du Kosovo sur trois est originaire d'Albanie ou descendant d'immigrés albanais récents. Le Kosovo s'est ainsi progressivement islamisé. Résultat: "Le Kosovo est proche de l'indépendance". Cette petite phrase émane d'un diplomate de la Minuk (la Mission des Nations unies au Kosovo) au journal "Le Monde" du 03 mars 2006. Car pour la communauté internationale la cause est entendue. Les négociations n'existent que pour ménager les susceptibilités serbes et pour conférer à l'accord qui en résultera la légitimité et la force du droit international. C'est donc un Kosovo indépendant, à plus ou moins brève échéance, qui sortira de ces négociations. Les Serbes, pour toutes les raisons citées plus haut, céderont. Lorsqu'on n’a aucun atout dans son jeu, il ne peut en être autrement. Les perspectives d'une adhésion à l'UE et la garantie, par la communauté internationale, du respect des minorités serbes au Monténégro, au Kosovo et en Bosnie seront les "cadeaux" qui permettront aux négociateurs serbes de rentrer à Belgrade en sauvant la face. De toute façon le peuple serbe lassé par 15 ans de guerres et de privations n'aspire qu'à deux choses: la croissance économique et l'adhésion à l'UE. Mais cette victoire des islamo-maffieux du Kosovo qui se profile, risque bien d'être l'illustration de ce qui attend l'Europe occidentale dans un avenir à moyen terme. Des communautés musulmanes devenues majoritaires sur un territoire donné et qui pour obtenir le "droit" de vivre selon les préceptes coraniques s'insurgeront par les armes. De multiples mouvements de guérilla, sur le mode de l'UCK, verront le jour, notamment en France.

Lorsque les négociations de Vienne prendront fin, nos médias unanimes présenteront l'accord arraché à la Serbie comme une grande victoire de la démocratie, comme une grande victoire de la diplomatie onusienne et européenne, comme l'acte de naissance d'une Europe unifiée permettant d'accueillir en son sein nos frères des Balkans. En vérité il s'agira de la naissance d'un paradigme. Du paradigme kosovar, conséquence directe des préceptes islamiques qui veulent qu'une communauté musulmane n'a pas à obéir aux lois d'un Etat "infidèle" et qu'elle doit, dès qu'elle en a les moyens (militaires, économiques ou démographiques), se révolter pour faire sécession de l'Etat impie afin de pouvoir vivre selon les lois coraniques. Les exemples à travers le monde sont multiples. Nous refusons de les voir. Nous connaîtrons bientôt des situations similaires en Europe occidentale. Peut-être se souviendra-t-on alors que cette Serbie humiliée, dépouillée, fut le laboratoire européen de ce paradigme et qu'à l'époque, on lui a refusé toute clémence et toute compréhension.



David Bescond pour LibertyVox.

Retour à la Une

© David Bescond pour LibertyVox - Article paru le 07/03/2006 Imprimer cet article
URL de cet article = http://www.libertyvox.com/article.php?id=169