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Le Proche-Orient sans Chrétiens ? |
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Jean-Gérard Lapacherie met en lumière la lente mort des Chrétiens d’Orient, les grands oubliés de l’anti-racisme, du devoir d’ingérence, victimes eux aussi de la “Politique arabe de la France”. |
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Le Proche-Orient d’où les Chrétiens seraient partis, sous la contrainte
ou librement, est une éventualité qui est de plus en plus souvent
évoquée et que de nombreux faits rendent plausible. Si cette
éventualité se réalisait, le destin des Chrétiens d’Orient, de fragile
et menacé qu’il est, basculerait dans la tragédie. Tragédie, parce que
l’Orient est la terre du Christ et que c’est en Orient, dans l’Egypte,
la Syrie, Israël, les territoires palestiniens, la Jordanie, l’Irak, la
Turquie actuels, qu’est né le christianisme. C’est à Alexandrie que les
«Livres des Hébreux» ou «Bible» ont été traduits pour la première fois
en grec. C’est en Egypte que les formes chrétiennes de l’érémitisme et
du monachisme ont été élaborées, avant qu’elles ne se diffusent en
Occident. Nicée, où ont été fixés en 325 le credo et le dogme de la
Trinité, Chalcédoine, où a été rappelée en 451 la double nature du
Christ, Ephèse, où Marie a été désignée en 431 comme la «mère de Dieu»,
Antioche, où les disciples du Christ ont été nommés à la fin du Ie
siècle «chrétiens», Nysse, Nazianze, Constantinople, Damas, Alexandrie,
Edesse, etc. sont les lieux de la mémoire chrétienne. Certes, la
plupart de ces noms ont été mutilés ou effacés. Antioche ne compte
quasiment plus de Chrétiens. Certes, ces Chrétiens d’Orient portent des
noms étranges: ils sont coptes en Egypte et en Ethiopie (orthodoxes,
catholiques ou même protestants), nestoriens en Irak et en Inde (ils se
divisent en Assyriens, Chaldéens, Malabars, Malankars), syriaques et
jacobites en Syrie ou en Jordanie, Maronites au Liban, Arméniens, là où
ils n’ont pas été massacrés, Melkites dans tout le Proche-Orient (ils
se divisent en grecs catholiques ou en grecs orthodoxes), etc.
Pourtant, le drame qu’ils vivent ne relève pas de la seule religion. Il
est essentiellement politique et c’est d’un point de vue politique
qu’il faut l’appréhender.
1. La connaissance des réalités
Il est indécent d’aborder la condition des Chrétiens du Proche-Orient,
sans en avoir une connaissance raisonnée, organisée, sans passion. Le
savoir vient de témoignages, de travaux savants et d’un examen serré et
sans concession du vocabulaire dont nous usons.
Les témoignages sont de trois ordres. Les responsables religieux des
Chrétiens du Proche-Orient ne sont pas libres: ils savent que toute
plainte à l’étranger, toute protestation publique, tout appel à l’aide,
provoqueraient de violentes représailles. Leur parole est surveillée, à
la fois par eux-mêmes et par les autorités. Les responsables religieux
de France et d’Europe sont eux aussi très prudents. De plus, ils sont
paralysés par la recherche du dialogue à tout prix avec l’Islam. Sœur
Emmanuelle est la charité du Christ en acte. Personne ne peut émettre
de critique à son encontre. Rappelons seulement un fait. Sœur
Emmanuelle raconte qu’elle a pris la décision à la fin des années 1960
d’abandonner l’enseignement, parce que, dans l’institution d’Alexandrie
(La Mère de Dieu?) où elle enseignait le Français, ses élèves n’avaient
pas contribué à une quête en faveur de musulmans déshérités, à
l’occasion du mouled ou anniversaire du Prophète. Elle en a été
chagrinée. Ses élèves, elles, résistaient. Sœur Emmanuelle a pour
absolu la charité, ses élèves ont réagi politiquement. Leurs familles
sont victimes de persécutions, elles ont perdu leurs biens entre 1956
et 1961, des parents ont dû s’exiler. Il leur était impossible de faire
preuve de générosité envers des populations qui leur sont hostiles et
au nom de qui leurs familles sont persécutées. C’est pourquoi les
témoignages qui ont une valeur sont ceux des seules victimes. Laissons
les exilés témoigner, ceux qui sont réfugiés en Occident et qui, parce
qu’ils n’ont pas laissé de famille ou de proches dans leur pays,
peuvent parler librement.
La connaissance peut venir de quelques savants, pas de spécialistes de
l’Islam, orientalistes ou islamologues, qu’ils soient ou qu’ils ne
soient pas musulmans, parce que tout, chez Berque, Gardet, Etienne,
Veinstein, Kepel, Saïd, procède de la volonté d’occulter les
persécutions dont sont victimes les Chrétiens et de prouver, contre
toute vérité, que les victimes en Orient sont les musulmans. Des
savants, pourtant, élaborent un savoir, en toute indépendance et hors
de toute préoccupation apologétique. Ce sont Bat Ye’or, l’historienne
de la dhimma, Jean-Pierre Valognes, diplomate, auteur de «Vie et mort
des Chrétiens d’Orient» (Fayard), Christophe Luxemberg, philologue,
auteur d’un ouvrage en allemand, qui n’est pas encore traduit en
anglais, sur les «sources araméennes et syriaques du Coran», Alexandre
Del Valle, spécialiste de géopolitique, Anne-Marie Delcambre, qui lit
Le Coran sans œillères. On peut se reporter aux sites Internet
chaldéens ou arméniens. Tous ces auteurs, sauf Mme Delcambre, ont
adopté un pseudonyme, qui n’est pas un «nom de plume», mais une
protection. Deux fatwas ont été émises contre Luxemberg. Del Valle est
menacé. Si Jean-Pierre Valognes, diplomate, avait publié son livre sous
son nom, sa carrière aurait été brisée, comme celle de Jean-Pierre
Péroncel Hugoz l’a été. Alors que celui-ci était correspondant du Monde
au Caire entre 1974 et 1980, nombre de ses articles ont été censurés:
ils étaient jugés hostiles à l’islam et à Sadate, qui favorisait la
ré-islamisation de son pays. Son livre Le radeau de Mahomet a été
critiqué. Rappelé à Paris, il lui a été confié la rubrique
«francophonie» (où ses analyses ont été considérées comme gênantes),
puis le tourisme. Comme là encore, il gênait, il a été relégué à la
rubrique «philatélie» et collections diverses.
Les romans écrits par des écrivains français d’origine orientale,
grecque catholique ou juive (Paula Jacques, Alia, Solé, Sinoué,
Maalouf) sont aussi des sources de connaissance, à condition de séparer
ce qui tient de l’histoire de ce qui relève de la fiction. C’est dans
un roman de Paula Jacques que l’on apprend qu’en mai 1948, les Juifs
d’Egypte ont été victimes de pogroms, que certains d’entre eux ont été
parqués dans des camps de concentration, avant d’être expulsés
d’Egypte; c’est dans «Quand le soleil était chaud» de Josette Alia que
ce que Berque nomme «incendie du Caire», en janvier 52, incendie qui a
préparé le coup d’Etat militaire de juillet 52, a été en fait
l’incendie, aux cris d’Allah akbar, d’immeubles, magasins, biens
appartenant à des Juifs.
Enfin, il ne peut y avoir de connaissance rigoureuse sans examen des
mots qui désignent les réalités du Proche Orient. Tout le vocabulaire,
du plus simple au plus prétentieux, tous les concepts, toutes les
notions, doivent être soumis à un travail de « nettoyage »
terminologique. S’il existe un domaine piégé, c’est celui-là. Des
centaines de mots font écran à la connaissance. Le Moyen Orient arabe
est un livre publié dans la collection U (destinée aux étudiants), chez
Armand Colin. Les deux mots du titre sont faux. Moyen Orient est la
traduction de l’anglais Middle East qui désigne en théorie les pays qui
se trouvent au milieu du continent asiatique. Le terme français exact
et reçu par l’usage est Proche-Orient ou Levant. Arabe est aussi un mot
piégé. La plupart des pays dits arabes ne sont pas habités par des
Arabes. Ils ont été arabisés, ils sont devenus arabophones, ils ne sont
pas arabes au sens propre de ce terme. Les chrétiens d’Orient sont
rarement arabes, sauf en Jordanie. Les coptes ne sont pas arabes, les
Egyptiens non plus ; les grecs catholiques, les melkites, les
assyro-chaldéens non plus. En fait, « arabe » est un terme idéologique
(donc trompeur et inexact), qui sert d’oriflamme au nationalisme pan
arabe, idéologie qui a émergé dans l’Empire ottoman au milieu du XIXe
s, pour inciter les ressortissants soumis et colonisés de cet Empire à
renouer avec la grandeur passée et fantasmée des « Arabes ». C’est
cette idéologie qui légitime les pouvoirs en Egypte, en Irak, en Syrie,
en Libye, en Algérie…
2. L’exode
Au Proche-Orient, les réfugiés ou les exilés se comptent par millions.
C’est une facette, tragique et méconnue, des conflits qui s’y
déchaînent. Pour se faire une idée de l’ampleur que prend le phénomène,
il convient de rappeler quelques chiffres.
Tous les Arabes de la Palestine sous mandat britannique n’ont pas
quitté la portion de Palestine qui a été accordée en 1947 par
l’Organisation des Nations Unies aux Juifs. En avril mai 1948, quand
Israël a été créé et que les armées arabes d’Egypte, du Liban, de
Syrie, de Jordanie, lui ont déclaré la guerre et l’ont envahi, de
nombreux Arabes ont quitté Israël pour se réfugier dans les pays qui
agressaient Israël. En 1949, l’UNWRA, qui avait été créée à l’occasion,
en dénombrait plus de 700000. Ils seraient aujourd’hui plus de trois
millions. En 1947, plus d’un million de Juifs vivaient dans les pays
arabes et musulmans, du Maroc à l’Iran, de la Turquie au Yémen,
certains depuis des millénaires, comme les caraïtes d’Egypte.
Aujourd’hui, il n’y a plus de Juif dans ces pays. Tous en sont partis
sous la menace ou la contrainte pour Israël ou les pays occidentaux
(France, Espagne, Canada, Etats-Unis, Australie, etc.) Le troisième
grand exode touche les Chrétiens: le nombre de ceux qui sont partis
depuis la fin de la guerre est évalué à plus cinq millions, peut-être
dix millions. Alors que les deux premiers exodes sont terminés, le
troisième, lui, continue. Il s’achèvera quand le dernier Chrétien aura
quitté le Proche-Orient. De ces trois exodes, c’est aussi celui qui est
oublié. Les réfugiés palestiniens sont protégés, des reportages leur
sont consacrés, des associations les soutiennent ou les défendent,
l’ONU leur a construit des maisons, les a soignés, a éduqué leurs
enfants. Ils ne sont pas abandonnés à eux-mêmes. D’ailleurs, ils vivent
à proximité de leur terre natale (ou de celle de leurs ancêtres), un
«droit au retour» leur est reconnu, alors que beaucoup ont quitté
Israël volontairement pour se joindre aux armées arabes qui avaient
promis de jeter les Juifs à la mer. L’exode des Juifs est moins connu,
bien qu’il soit aussi dramatique. Les Juifs vivant dans les pays arabes
et musulmans n’ont pas eu d’autre solution que de fuir. C’était l’exil
ou la mort certaine. Alors que la population d’Israël compte de 20 à
30% d’Arabes, musulmans pour la plupart et, pour quelques-uns,
chrétiens, les pays arabes et musulmans se sont débarrassés des Juifs
qui vivaient sur leur sol. Ils ont été totalement purifiés, Israël ne
l’a pas été.
Des trois «peuples», musulman, juif, chrétien, ceux qui connaissent le
destin le plus tragique sont les chrétiens. Alors que les Palestiniens
vivent près de chez eux et gardent un mince espoir de retour, que les
Juifs sont revenus, pour la plupart d’entre eux, dans leur propre pays,
non pas nécessairement le pays où ils sont nés, mais le pays de leurs
ancêtres, les Chrétiens eux quittent définitivement et sans espoir de
retour leur terre – la terre où ils sont nés et la terre où leurs
ancêtres sont installés depuis la nuit des temps – pour se réfugier
loin de chez eux, parfois très loin, aux antipodes, jusqu’en Australie.
L’exode se fait dans le silence, un silence assourdissant, un silence
qu’aucun éclat de voix ne brise, un silence qui risque de demeurer
éternel. Pourtant, les raisons qui les poussent à l’exil ne sont pas
différentes de celles qui ont incité les Juifs à quitter les pays
musulmans. C’est pour échapper à un destin de sous-homme et aux
persécutions que les Chrétiens quittent le Proche-Orient.
3. La dhimma
Le lot des Chrétiens d’Orient est fait de discriminations, de mépris,
d’exactions et de persécutions. Leurs souffrances ont commencé il y a
quatorze siècles et elles durent encore, plus lancinantes. Les
exactions et les mauvais traitements sont légaux et prévus par la
dhimma qui régit le statut des non musulmans dans les pays d’islam.
Elle s’applique aux Juifs et aux Chrétiens, qui sont dits dhimmis. Les
autres, animistes, païens, athées, hindouistes, sont légalement
condamnés à mort. Dhimmi est traduit en français par «protégé», ce qui
laisse entendre, à tort, que des lois protègent les Chrétiens et les
Juifs. La traduction la moins inexacte serait «tolérés». On les tolère,
comme on tolère des mendiants devant chez soi, alors que, dans l’islam
ou avec l’islam, qui est censé achever la Révélation, ils n’ont plus de
raison d’exister.
Les règles de dhimma ont été élaborées par des théologiens du VIIIe s.
qui ont institué les crimes de guerre de la conquête arabe en normes
juridiques. Le monde connu a été divisé en deux zones, nommées, l’une,
dar el islam et, l’autre, dar el harb ou «maison de l’islam» et «maison
de la guerre». Au milieu, s’étend une zone intermédiaire, celle de la
trêve: c’est une zone provisoire, puisque la durée d’une trêve (il
s’agit d’une interruption du djihad) ne peut excéder dix ans. La dhimma
résulte du djihad victorieux. Dans le dar el harb, les Chrétiens, les
Juifs, les païens, les athées sont harbis (c’est-à-dire «à
exterminer»), combattus, tués ou réduits en esclavage. Dans le dar el
islam, les chrétiens et les Juifs, à condition qu’ils acceptent la
domination des Musulmans, sont «tolérés», au sens où les lois du djihad
ne leur sont pas appliquées, du moins tant qu’ils se soumettent à
l’Islam: ils ont droit à la vie sauve. Leurs terres sont «fey» ou
«butin de guerre», ils peuvent continuer dans l’erreur, mais
discrètement (on ne construit plus d’églises, les cloches ne sonnent
pas), ils ne peuvent pas monter à cheval, sur un âne seulement, etc.
Surtout, ils sont soumis à un impôt spécial et «à merci», la jiziya,
dont les musulmans sont exemptés, qui peut être prélevé n’importe quand
et dont le taux dépend de la seule décision des autorités islamiques.
Les spécialistes du «Moyen-Orient arabe» assurent que, dans les
années 1830-70, et d’abord en Egypte, province de l’Empire Ottoman, la
dhimma a été assouplie, puis abrogée. Les chefs d’Etat – Mohammed Ali
et ses successeurs en Egypte, le sultan ottoman – ne voulaient plus que
les Chrétiens et les Juifs soient traités comme des «sujets» de second
ordre, sans droit. Ils n’ont pas agi par compassion, mais parce que le
rapport de forces leur était défavorable et qu’ils redoutaient, si les
persécutions se poursuivaient officiellement, que les puissances
européennes interviennent pour secourir les Chrétiens, comme la France
l’a fait au Liban en 1861 et la Grande Bretagne en 1882 en Egypte.
La dhimma s’est maintenue dans les faits, officieusement en quelque
sorte, et surtout, dans les années 1950-1960, elle a été rétablie sous
le manteau du socialisme ou du nationalisme arabe. En effet, comment
expliquer les massacres dont les Chrétiens d’Orient et les Juifs ont
été les victimes en 1860, 1861, 1894-96, 1909, 1915-16, 1920-23,
1927-28, 1948, 1952-56 et dans les années 1960? Les Chrétiens, qui
avaient opté pour le développement sur le modèle occidental, ont été
accusés d’arrogance ou de vouloir dominer les Musulmans, ils ont été
victimes de pogroms, et certains exterminés. En 1860, à Damas,
l’ascension sociale des Grecs Catholiques a été stoppée par les
massacres de milliers de membres de cette communauté. En 1894-96, 1909,
1915-1916, 1920-1923, les Arméniens qui tenaient à recouvrer leurs
libertés publiques n’ont plus été «tolérés». Ils ne voulaient plus être
régis par la dhimma: ils ont été éliminés par un génocide. Il en est
allé de même en 1948-52 pour les Juifs d’Egypte.
Le nationalisme arabe, apparu au milieu du XIXe siècle, en même temps
que la nahdah, que l’on compare à tort à la Renaissance des Arts et des
Lettres en Europe, est ambiguë. C’est une idéologie séculière dans
quelques-unes de ses formulations (la modernité littéraire), mais
religieuse dans ses fondements, qui prône un retour aux sources,
c’est-à-dire à l’Islam originel, celui de Mahomet entre 611 et 632 et
celui de ses immédiats successeurs qui ont conquis le monde, et qui
incite à l’imitation des ancêtres vénérés (salaf), à savoir les
guerriers de l’islam conquérant. La nahdah a regroupé des sceptiques et
des religieux. Soit l’Organisation de Libération de la Palestine. Le
plus connu des partis qui la composent est le Fattah. Le nom fattah,
qui signifie «ouverture», désigne ce qui s’est produit, entre 632 et
642, quand les Arabes sont sortis d’Arabie pour conquérir le monde: on
dit en arabe, par métaphore, qu’ils se sont ouvert le monde. De même,
Arafat est un pseudonyme. Son véritable patronyme est Husseini, la
famille du grand mufti de Jérusalem, de 1927 à 1945, qui a été l’allié
déclaré d’Hitler dans les pays musulmans. Arafat est le nom d’une
colline de la Mecque, qui fait l’objet d’un rite lors du pèlerinage
annuel.
En Egypte, en Syrie, en Irak, en Turquie, etc. les nationalistes arabes
ou turcs se sont travestis en «socialistes» pour réintroduire la
dhimma. Les biens des étrangers, tous Chrétiens, des Juifs ou des
chrétiens autochtones, des seuls infidèles, ont été mis sous séquestre
et transférés aux musulmans ou à l’Etat musulman. L’autonomie partielle
(état civil, éducation, culte, rites, etc.) dont jouissaient les
communautés chrétiennes a été abolie, et cela, pour reconstituer
l’oumma originelle, islamiser les lois sous la pression de l’Arabie
saoudite et rétablir une charia souterraine, qui est en partie dans les
lois et qu’appliquent les organisations islamiques (et pas
l’Etat).
Les persécutions ont beau être avérées, elles sont tues en Europe, dans
les pays dits libres ou «Chrétiens», en particulier en France.
4. Le silence
Les écrivains des XVIIIe et XIXe s. et du début du XXe s., Hugo,
Tharaud, Giraudoux, Rousseau, Voltaire, Péguy, etc. ne se sont jamais
tus quand les Chrétiens d’Orient étaient massacrés. Or, leur sort a
empiré au début des années 1950, sans que quiconque émette la moindre
protestation. L’affaire Dreyfus et le massacre des Arméniens ont été
concomitants. Les dreyfusards, à l’exception de Péguy et de France, ont
refusé de protester contre ces massacres, parce que, prétendaient les
progressistes allemands du Parti social démocrate (le parti de Lénine)
et les progressistes français du socialisme anticlérical, les Arméniens
étaient des commerçants ou des capitalistes. Aujourd’hui, rien n’a
changé. Les progressistes dénoncent des discriminations en France et en
Europe, là où il n’y en a pas. En revanche, ils refusent de voir
l’Himalaya de discriminations dont sont victimes les Chrétiens
d’Orient. Cet aveuglement est consécutif à la haine qui est vouée au
christianisme par les progressistes, où que ce soit, en France, en
Europe ou en Orient.
La haine explique le silence de l’intelligentsia, mais pas celui de
l’Etat. La cause déterminante en est la politique étrangère élaborée au
milieu des années 1960, quand des hommes politiques («gaullistes»
hélas) aidés de spécialistes de l’islam (Berque) ont conçu la
«politique arabe de la France», qui a remplacé la vieille politique de
soutien aux Chrétiens d’Orient. Le mot arabe est éloquent: il signifie
que notre diplomatie s’est alignée sur l’idéologie arabo-islamique. De
fait, elle a apporté son soutien à tous les régimes totalitaires, celui
de Hussein, du FLN, de l’Arabie ou du Maroc. La Syrie a fait assassiner
un Ambassadeur de France et a tué ou fait tuer des centaines de
Français: la France s’est abstenue de toute riposte. La Libye, qui a
fait exploser en vol le DC 10 d’UTA, n’a jamais été sanctionnée. Le
ministre Dumas déclarait en 1992: «il faut savoir tourner la page».
Pendant trente ans, la France a porté à bout de bras Arafat, elle lui a
sauvé la vie, elle lui a donné le soupçon de légitimité que même les
chefs d’Etat arabes lui déniaient. On assurait au Quai d’Orsay
qu’Arafat était le seul qui puisse signer la paix avec les Israéliens,
bien qu’il leur ait fait une guerre totale, finançant même les
attentats, et détournant à son seul profit les milliards de dollars ou
d’euros qui ont été attribués par les pays d’Europe au peuple
palestinien. Arafat mort, la paix est enfin possible. De fait, tout se
passe comme si la France avait voulu que la guerre dure jusqu’à la
destruction d’Israël. De même, elle donne asile aux militants
d’associations islamiques pro GIA, FIS, ennahdah, qui organisent la
guerre dans leur pays, comme elle a favorisé la montée de l’islam
politique en France ou encourage la haine antisémite en comblant de
subventions les associations racistes (Sawt el islam, UOIF, MRAP).
5. Les Chrétiens d’Orient et la France
Nous Français, plus que les Européens, nous sommes concernés par ce qui
arrive aux Chrétiens d’Orient. En tant que Français, entendus dans un
sens plein de ce mot, et non comme une étiquette que l’on appose d’un
coup de tampon sur des documents administratifs à droite de la mention
«nationalité», nous sommes les héritiers d’une longue histoire. En
signant des accords avec le pouvoir ottoman, François 1e a obtenu, en
échange de sa neutralité dans la guerre que l’Europe menait pour se
libérer du joug islamique, des «échelles» au Levant (facilités
commerciales dans les ports contrôlés par les Ottomans) et la
protection des Chrétiens d’Orient. Pendant des siècles, la France a
assumé cette seconde charge. De nombreuses églises, qui s’étaient
séparées de l’Eglise universelle du Ve au XIe s, ont renoué en partie
avec Rome: les Chaldéens en 1553, les Malabars en 1552, une partie des
Malankars en 1930, une partie infime des Coptes en 1824, une partie
infime des Ethiopiens en 1930, une fraction des Syriaques en 1783, des
Arméniens en 1742, en 1724 une partie des Melkites sous le nom de Grecs
Catholiques…
Or, notre pays a renoncé à remplir ses devoirs historiques depuis un
demi-siècle. Certes, l’empire ottoman n’existe plus. Elle aurait dû
continuer à protéger les Chrétiens au nom des droits universels de
l’homme, elle ne l’a pas fait. Il y a un siècle, la France donnait
asile aux Arméniens, aux Grecs Catholiques ou aux Maronites menacés de
mort. Désormais, les Chrétiens d’Orient qui s’exilent préfèrent se
réfugier au Canada, en Australie, aux Etats-Unis plutôt que dans le
pays des droits de l’homme, dont ils pensent qu’il ne les protègera
plus.
Même pour ce qui est des droits de l’homme, les conséquences en sont
dramatiques. Les Français sont soucieux d’Universel et s’émeuvent
volontiers aux malheurs d’autrui. Ils ont fondé des milliers
d’associations humanitaires et inventé le droit d’ingérence. Si des
persécutés méritent leur compassion, ce sont les Chrétiens d’Orient qui
disent «non» malgré le mépris, résistent aux pires humiliations en
dépit des menaces, continuent dans leur être au péril de leur vie, et
cela depuis quatorze siècles. Les héros de la résistance à la tyrannie,
ce sont ces Chrétiens d’Orient. Aucune voix ne s’élève pour des
défendre. Le silence prouve que l’ingérence de compassion est une pure
hypocrisie. L’impératif moral nouveau «n’accepte pas ou ne supporte pas
ou ne souffre pas que soit fait à autrui ce que tu ne voudrais pas
qu’on te fit» s’arrête aux Chrétiens. Il suffit que les victimes soient
des Chrétiens pour que, d’un coup, le droit d’ingérence, la solidarité,
l’urgence et autres jolis mots dont on nous rebat les oreilles soient
oubliés. En 1942, Hitler aurait répondu à ses conseillers qui le
mettaient en garde contre les risques qu’il courait en mettant en œuvre
la «solution finale»: «Qui se souvient du massacre des Arméniens?». En
France, personne ne se souvient du génocide des Chrétiens du sud
Soudan, de 1982 à 2004, parce que tout le monde, quand ce génocide
s’est produit, a fermé les yeux et s’est imposé le silence. Le
Proche-Orient est en voie de purification. De l’Etat français, des
organisations prétendument antiracistes reçoivent des millions d’euros
de subventions, avec lesquels ils fabriquent des délits, en
piégeant des patrons de boîtes de nuit, des propriétaires d’appartement
ou des employeurs, uniquement pour prouver que les Français sont
racistes. Or, ces associations cachent les discriminations qui
accablent les Chrétiens dans les pays d’origine. Les Maghrébins laïques
de France et les Kabyles chrétiens sont les seuls qui protestent contre
ces crimes. Ce sont eux qui ont alerté l’opinion publique sur les
violences qui touchent les Coptes en Egypte et même aux Etats-Unis, où
une famille copte du New Jersey a été assassinée, semble-t-il parce
qu’elle protestait contre les crimes de l’Islam.
Ces faits nous concernent en tant que Chrétiens. Les scissions, à la
suite des conciles de Nicée (325), d’Ephèse (431) et de Chalcédoine
(451), la séparation de 1054, ont affaibli le christianisme, en
particulier, face à l’expansion de l’Islam. Ces scissions ont été
consécutives à des querelles portant sur la personne du Christ et
exprimées avec des mots de la philosophie grecque ousia, qui signifie
«essence» et «existence», qui a été traduit par «substance», et phusis,
qui signifie «nature», et ce, dans un milieu de personnes cultivées
formées à la rhétorique grecque. Si l’on ne veut pas que la tragédie de
l’Orient s’étende à l’Occident, l’œcuménisme judéo-chrétien est une
nécessité, non pas théologique, mais politique. Les querelles doivent
faire place à l’unité. Car, et l’hypothèse ne doit pas être écartée, il
est possible à terme que les Chrétiens de France et d’Europe subissent
le même sort que leurs frères d’Orient. Deux amis coptes, l’une
protestante, l’autre catholique, faisaient état devant l’auteur de ces
lignes en 1980 de l’hostilité croissante dont ils étaient la cible dans
leur propre pays, hostilité verbale et discriminations juridiques qui
débouchaient souvent sur des crimes gratuits. Je n’ai pas voulu croire
à la gravité apocalyptique de la situation. Alors, nous commentions un
article du journal Le Monde qui faisait état (c’était il y a 26 ans) de
la présence d’un million de musulmans en France: seuls les adultes
étaient, semble-t-il comptés. Ils m’ont fait la réflexion suivante:
«Parce que vous, Français, vous vous croyez à l’abri? Vous aussi, vous
serez un jour menacés dans votre être!».
La dhimma, ou soumission à l’ordre le plus injuste qui soit, qu’elle
soit ou non imposée, progresse partout, en Orient, où elle est la
règle, mais ailleurs aussi. L’attestent, la décision de faire adhérer
la Turquie sans le moindre préalable (reconnaissance du génocide
arménien et retrait de ses troupes de Chypre), l’assassinat de Van
Gogh, dont le documentaire Soumission, qui est fait de témoignages
authentiques de femmes ayant vécu sous la loi de l’Islam et recueillis
par l’admirable député Ayaan Hirsi Ali, d’origine somalienne, aurait
été diffusé sur toutes les chaînes publiques de France et d’Europe, si
le tueur, au lieu d’être un musulman marocain, avait été un «fasciste
blanc», la lâcheté des autorités de la France face à la montée en
puissance de l’islam politique dans le monde, la complaisance devant le
prosélytisme islamique qui se développe dans les écoles, les collèges,
les lycées et dont fait état un rapport de l’Inspection générale de
l’Education nationale (rapport Obin), que le ministre garde secret,
alors qu’il aurait dû le rendre public. Les choses étant ce qu’elles
sont, on ne doit pas s’étonner que l’élimination ou l’exode des
Chrétiens d’Orient se fasse dans le silence complice ou approbateur de
nos élites.
Jean-Gérard Lapacherie pour LibertyVox
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