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Sociologie de la misère et misère de la sociologie

Jean-Gérard Lapacherie ne supporte pas les supercheries, et quelle plus belle supercherie que l’explication “100% sociale” des émeutes dont les “sociologues caviar” nous rebattent les oreilles. Refus de la misère? Oui! Mais tout d’abord de la misère mentale.

Les voitures qui brûlent? C’est la faute de la société! Les écoles incendiées? C’est la société qui y aurait mis le feu! Les églises, les gymnases, les autobus, les bâtiments publics, les magasins, etc. consumés par le feu purificateur? L’incendiaire aurait pour nom «société». Tout serait causé par la pauvreté, le chômage, les discriminations. Comme le vocable «société» est extensible aux dimensions du cosmos, les sociologues y fourrent tout ce qui leur passe dans la tête: République, France, racisme, vous et moi, SDF et EDF, colonisation, esclavage, cages d’escalier, HLM, Sécu, etc. Il n’est rien au monde qui ne soit pas «social»: même les allumettes le sont. Voilà les explications clés en main que déclament à tous les vents du monde les bardes aveugles de la sociologie.

La misère est leur Satan. Un Pakistanais transforme-t-il une jeune femme qui refusait ses avances en torche vivante? Les sociologues de la misérable Ligue des Droits de l’Homme y voient la preuve de «la violence et de l’archaïsme des rapports de sexe dans lesquels vit encore la société française». Combien de litres d’essence faut-il acheter pour brûler dix mille voitures, deux cents autobus, vingt écoles, des gymnases de cinq cents mètres carrés, des églises, des poubelles, de grandes et de petites surfaces, des boutiques, deux synagogues? Dix mille, vingt mille, cent mille? À plus d’un euro le litre, mettre le feu aux banlieues coûte très cher: ça exige investissements, logistique, modes d’approvisionnement sûrs, qui sont hors de portée des pauvres. Seuls les nantis peuvent s’offrir autant de litres d’essence. Quand ils se pavanent devant les cameras, ils arborent les signes de la richesse: vêtements griffés et casquettes de marque.


Naguère, les admirateurs de l’URSS gobaient les fables que leur fourguaient les régimes communistes. Les sociologues ont de qui tenir. Ils ne voient pas les voitures de grosse cylindrée, ils ne voient pas les revenus tirés des trafics divers, ils ne voient pas le patrimoine immobilier accumulé dans les pays d’origine, ils ne voient pas le train de vie somptuaire. Ils ne voient que le social. Ils tiennent le coupable, ils ne le lâcheront pas. Pourtant, il suffit de comparer les revenus réels des immigrés à ceux de leurs compatriotes restés au pays pour faire de la pauvreté une énorme blague. Le chômage? Les incendiaires sont scolarisés ou en formation. À leur âge, il n’y a pas de Français qui travaille ou ait travaillé. Les discriminations? Aux Etats-Unis ou en Afrique du Sud, étaient apposés des panneaux «interdit aux Noirs» dans les lieux publics. Inscrites dans la loi, les discriminations parquaient les autochtones dans des réserves. En France, dans le métro, il n’y a pas de voiture interdite à qui que ce soit, il n’est pas interdit aux étrangers d’inscrire leurs enfants dans les écoles. Les musulmans accèdent, comme tous les autres, à la fonction publique, etc. Il y a quelques années, plus de la moitié des logements sociaux étaient occupés par des immigrés ou des étrangers, de sorte qu’ils sont, en proportion, plus nombreux que les Français à être logés à bon prix. La Constitution de la Ve République porte dans son article 2: «(la France) assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race et de religion». Alors que les discriminations sont fictives, la lutte contre les discriminations, en revanche, ne l’est pas: c’est la énième resucée de la volonté totalitaire de pénétrer dans les consciences, d’orienter les choix, d’avoir prise sur les esprits, d’intenter des procès à tout bout de champ.

La thèse de la misère est imaginaire, mais les buts qui y sont assignés ne le sont pas. Grâce à la misère, les incendiaires sont exonérés de toute responsabilité dans les crimes épouvantables qu’ils commettent. Les voilà blanchis pour l’éternité. Ce ne sont pas les incendiaires qui incendient les écoles, mais la société, c’est-à-dire chacun de nous, vous, moi, la France, les institutions, la police, l’EDF ou même Sarkozy, le bouc émissaire idéal, qui porte un nom à consonance étrangère et qui compte, parmi ses aïeux, des Juifs. En bref, les coupables sont les victimes, ceux qui ont contribué à la construction des écoles ou à l’achat des bus, ceux dont les ancêtres ont édifié les églises, ceux qui vont payer la reconstruction ou le remplacement des biens incendiés. Les victimes sont coupables des crimes qui leur sont infligés.

Au cours de ce siècle des ténèbres qu’à été le XXe siècle, seul le racisme a adopté ce mode accusatoire. Les hitlériens ont chargé d’abord les Juifs de tous les péchés du monde, avant de les exterminer. Ainsi, ils justifiaient par le social ou leur propre misère la haine qu’ils vouaient à ceux qui ne leur ressemblaient pas. Les sociologues de la misère ne procèdent pas autrement: ils font porter sur les innocents la responsabilité des incendies, émeutes, crimes, etc. pour justifier que ces innocents soient dépouillés de leur pouvoir ou même éliminés, d’abord symboliquement, puis effectivement. Ce qu’ils ressuscitent, c’est le bouc émissaire, ce pelé, ce galeux, ce sous-homme qui souille de sa seule présence la pureté du monde. Plus que tout autre, le tyran Lénine a recouru à la thèse sociale. Les criminels, disait-il, ne sont pas responsables des crimes qu’ils commettent: c’est la société mauvaise qui les pousserait à piller ou à incendier les biens publics ou privés. Il suffisait d’instaurer le communisme pour que, par enchantement ou miracle, il n’y ait plus, dans la société devenue parfaite, de crimes contre les biens ou contre les personnes. On sait ce qu’il est advenu de la thèse sociale: Lénine a vidé les prisons. Libérés, les criminels ont «nettoyé la terre russe de tous les insectes nuisibles». Pourtant, 85 millions de morts, quatre génocides, des montagnes de crimes de masse et contre l’humanité n’ont pas dissuadé le Parti socialiste, à la fin des années 1970, d’assigner aux crimes la même cause sociale. Si on «changeait la vie», la sécurité serait rétablie.

La sociologie de la misère ne signifie plus que la misère de la sociologie. Les musulmans de France, selon les sociologues, n’auraient pas d’histoire, ils seraient dépossédés de leur mémoire, ils n’auraient ni racines, ni imaginaire, ni passé, ils seraient aliénés par la France ou l’Occident, évidemment. Grimés en acteurs sociaux qui singeraient la comédie médiatisée (au sens où elle n’existe que dans la sociologie), ils sont réduits à la seule misère, exclus, défavorisés. Leur univers se réduirait au périmètre de l’immeuble où ils habitent. En bref, ils sont l’image des sociologues de la misère, simples projections de l’univers mental de Bourdieu, Dubet, Touraine, Wievorka, Debarbieux, Muchielli. La thèse sociale est injurieuse à la fois pour les immigrés et pour les Français à qui elle est assénée. En effet, ces musulmans viennent des pays les plus politisés qui soient au monde, où l’idéologie est au centre de tout, où l’esprit d’examen n’a pas de place, où l’esprit critique est aussi rare que le pétrole et autres richesses du sous-sol y sont abondants, et où les «écoles» coraniques sont plus nombreuses que les bureaux de poste. Ils ont une histoire, une mémoire, une vision du monde. Ils ont pour héros des conquérants, des envahisseurs, des colonisateurs. Les grandes dates de leur comput sont l’hégire, la révélation du 27 ramadan ou la «fattah», mot arabe qui désigne la conquête de nouveaux territoires, l’imposition à de nombreux peuples d’une loi nouvelle, etc. En 2002, les chaînes de télévision ont montré des images de la «Boucherie ENNASR» de Lille. Personne ne s’est interrogé sur ce nom. En arabe, il signifie «victoire». La victoire en question n’est pas celle de 1918, mais celle des soldats de l’islam qui, en un siècle, de 622 à 732, ont conquis par les armes la moitié du monde connu d’alors et y ont imposé la Charia. La boucherie célèbre la victoire de l’islam sur les infidèles et leur réduction au statut de dhimmis. Des mosquées établies en France se nomment El Fattah. En arabe, «fattah» signifie «ouverture» et «conquête». Il désigne le fait historique suivant, quand, après 632, les armées de l’islam se sont ouvert d’importants territoires et les ont conquis. La sociologie de la misère occulte ces faits.

Depuis des décennies, la sociologie sombre dans la misère. Elle ne voit plus les faits ou les choses, elle ne voit que fantômes ou zombies. La connaissance est l’Iphigénie sacrifiée sur l’autel de la propagande. Les représentations qu’elle invente et diffuse sont collectives, ce que Lévi-Strauss, dans Anthropologie structurale, nomme «représentations sociologiques»: «les représentations sociologiques (des peuples primitifs) ne sont pas seulement une partie ou un reflet de leur organisation sociale»; elles «peuvent, comme dans les sociétés plus avancées, la contredire complètement ou en ignorer certains éléments». Lévi-Strauss ne croyait pas si bien dire. Certes, il reste fidèle à Marx, pour qui l’idéologie est l’image renversée de la réalité. Il suffit d’énoncer le contraire de ce qu’elle affirme pour atteindre le réel. Comme les primitifs, les sociologues tordent la réalité dont ils ne connaissent rien. La misère qui aurait mis le feu aux écoles n’est que l’image renversée de leur propre misère intellectuelle. Autrement dit, ils sont encore plus aliénés que les primitifs ou les «sauvages» de Lévi-Strauss.


Jean-Gérard Lapacherie pour Libertyvox


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© Jean-Gérard Lapacherie pour LibertyVox - Article paru le 10/12/2005 Imprimer cet article
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