La Une de LibertyVox en RSS: 15 derniers articles 30 Tous
Retour à l'accueil
Retour à la Une  

L’Anschluss de l’Europe par la Turquie

Dans cet article au vitriol pour Jacques Chirac, alors que commencent les négociations pour l’entrée de la Turquie dans l’U.E, David Dawidowicz n’hésite pas à parler de véritable Anschluss de l’Europe.

Dire que l’intrusion de la Turquie dans l’UE, ou même la «simple» ouverture de négociations avec elle, est loin de faire l’unanimité, serait une litote.

Pour ne parler que de la France, la seule vue de la Turquie parmi les pays signataires du traité de constitution européenne, laissant ainsi présumer de son adhésion, a suffi pour assurer la défaite du front commun Hollando-Chiraquien du Oui. Si la voix du peuple et la loi de la majorité ont un sens dans un régime démocratique, ce «non» prouve que les citoyens désavouent leur Président, moins sur le contenu de la constitution fourre-tout, que peu de citoyens ont du reste lue et encore moins comprise, que sur la question turque.

Or, destination touristique mise à part, la Turquie n’est pas populaire. Elle inquiète, elle déroute, elle semble même faire de son mieux pour entretenir cette impopularité, qui n’est que peu redevable au fait qu’elle soit musulmane à 99 %. Encore que les colonies de peuplement turc implantées en Europe nous donnent déjà un aperçu peu séduisant de cette population, réputée la moins arriérée, qui ne répond en rien à l’idée que nous nous faisons d’un peuple européen. Ce qui rebute, c’est ce nationalisme chauvin exacerbé et arrogant aux yeux des Français et de leurs voisins européens, dont le nationalisme s’est considérablement émoussé depuis les hécatombes du siècle écoulé. Ce qui nous rebute, ce sont les mœurs «familiales» qui valorisent encore, entre autres, le crime d’honneur, le mariage plus ou moins forcé, cette constante mise en avant de la religion dans nos pays où celle-ci se pratique plutôt dans la discrétion. Le négationnisme turc sur le génocide des Arméniens nous reste en travers de la gorge, alors que l’Allemagne, remise de ses fantasmes de grandeur nationaliste et en reconnaissant les atrocités commises par le régime nazi, a gagné en dignité et en considération. Nos concitoyens supportent mal ce refus arrogant de reconnaître Chypre, pays membre de l’U.E, dont la Turquie occupe une grande partie du territoire et y instaure, en toute illégalité, un État croupion musulman qu’il peuple de ses colons après en avoir expulsé, selon une tradition historique, les habitants grecs orthodoxes. Cette incompréhension qui engendre la crainte s’exprime partout, jusqu’ au sein de l’UMP, parti on ne peut plus godillot pourtant, créé initialement dans le seul but d’assurer une majorité à son candidat à la présidence de la République.

Tout est ambigu, équivoque, paradoxal et étranger à l’idée que les Européens se font d’un pays candidat. Rien n’est simple avec la Turquie, ni la géographie, ni ses institutions, ni sa politique, ni son histoire, ni son peuplement qui la renvoie au cœur de l’Asie.

Musulmane, elle a accueilli à bras ouverts les Juifs que l’Europe chrétienne puis nationaliste persécutait, spoliait, exterminait ou expulsait alors que par ailleurs, l’empire Ottoman, par la suite suivi par le pouvoir Jeune Turc, se livrait à un meurtrier nettoyage ethnique des Grecs et surtout des Arméniens, réduisant presque à néant leur nombre survivant sur son territoire. Elle est «laïque», mais fait de l’Islam sunnite sa religion d’État et en rend obligatoire l’enseignement dans ses écoles publiques. Et ne parlons pas des multiples entraves opposées aux minorités religieuses musulmanes «déviantes» et aux chrétiens. Elle reproche à l’U.E d’être un «club chrétien» mais elle fait partie, en tant qu’État, non plus laïque mais musulman, de «l’Organisation de la Conférence Islamique», club on ne peut plus musulman, s’autorisant ainsi ce qu’elle nous interdit…

Étrange laïcité! La pression Turque ne serait-elle pour rien dans l’opposition de Chirac à toute référence au christianisme dans la Constitution européenne? Cette opposition serait louable si elle n’était pas mise au service de l’Islam. Elle est «démocratique» mais cette «démocratie laïque» ne se maintient que par la farouche volonté de son armée. L’Iran, dont le régime relativement laïque, qui reposait sur la plus puissante armée de Moyen-Orient et sur une police omniprésente, ne s’est-il pas effondré devant un mouvement de foules manipulées par un ayatollah pervers et borné et ne crée-t-il pas un précédent? Or, paradoxalement, si la Turquie, se pliant aux normes européennes, obligeait l’armée à rentrer dans ses casernes, cette mesure assurerait une majorité écrasante au courant national-islamique, plus proche des valeurs saoudiennes ou iraniennes qu’européennes. Attirée par l’Europe qui, au détriment de ses pays membres les moins développés, devra financer son développement pour l’amener au niveau atteint par l’Irlande, mais tiraillée entre l’Asie centrale dont elle partage les affinités ethniques, et l’Arabie saoudite dont elle partage le sunnisme, la Turquie est avant tout turque. Farouchement.

Ce n’est ni un défaut qu’on puisse lui reprocher, ni une qualité qu’elle s’attribue pourtant avec fierté, c’est une réalité. Que pourront opposer à ce nationalisme exacerbé, les autres membres de l’UE au nationalisme ramolli et à la religiosité discrète? Et les dix ans qui, paraît-il, s’écouleront avant son admission déjà programmée, suffiront-ils pour changer en profondeur la nature de ce peuple qui se sera entre temps accru de vingt à trente millions d’âmes? Leurs représentants dans les instances européennes, renforcés par les élus de souche turque résident déjà dans l’U.E, dont ils auront acquis la citoyenneté, ne pèseront-ils pas d’un poids démesuré sur les décisions ou indécisions des instances européennes?

Je crains qu’Alexandre Adler, dont j’apprécie par ailleurs parfois les analyses géopolitiques, ne se berce d’illusions dans son brillant plaidoyer pour la Turquie et l’Iran, «Rendez-vous avec l’Islam», en se basant sur une réception à l’ambassade de Turquie à Téhéran où il fut: «accueilli par la Cinquième symphonie de Mahler que jouait la radio musicale (turque). Puis après un verre de vin et du café turc, il eut la grâce d’entendre l’ambassadrice interpréter au violon la première sonate de Beethoven, accompagnée au piano d’une jeune et fougueuse iranienne qui avait maintenu, par des leçons particulières, le savoir musical que l’on pouvait acquérir si librement sous le Chah». J’aurais bien aimé partager une telle soirée, mais cet auteur érudit et distingué devrait davantage plonger dans les foules de la Turquie profonde et des colons turcs d’Allemagne, ou de France. Il verrait alors qu’il ne suffit pas de compter quelques virtuoses de l’archet et du clavier pour devenir un peuple européen; ou alors, à cette aune, Alexandre Adler devrait aussi plaider pour la candidature de la Corée du Sud, de la Chine et du Japon.

On a la désagréable impression qu’en haut lieu on se paie la tête du citoyen, que les choses se sont concoctées en coulisses, que de troubles arrangements et compromissions se sont faits dans la plus parfaite opacité. Et de nous demander en quoi ces arrangements étaient si inavouables, au point que nous en avons été tenus dans l’ignorance durant près de quarante ans, et de nous retrouver brutalement devant un fait accompli rendu irréversible.

Et l’image pénible des ultimes tractations nous ont montré que ce n’est pas l’Union Européenne, mais la Turquie qui impose sa règle du jeu, qui menace, qui joue au maître chanteur. Dans un brutal retour en arrière, le sort de l’Europe ne se joue plus à Bruxelles, mais à Canossa et à Munich.

Mais pour toute réponse aux légitimes interrogations des Français, notre Président de «l’État c’est Moi», retrouvant l’arrogance et la fermeté qui lui font si cruellement défaut devant les féodalités arabes et la Turquie, nous fait un bras d’honneur. Serait-ce la seule forme de l’honneur encore à sa portée?

Toutes les conditions se trouvent ainsi réunies pour que la Turquie puisse opérer son Anschluss de l’Europe.


David Dawidowicz pour Libertyvox.

Retour à la Une

© David Dawidowicz pour LibertyVox - Article paru le 13/10/2005 Imprimer cet article
URL de cet article = http://www.libertyvox.com/article.php?id=136