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Palestinophrénie |
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“Palestinophrénie”, “Morts supportables”, “Colons partis”... C’est le bloc-notes de rentrée d’André Dufour... |
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Palestinophrénie
Tout y a contribué : un demi-siècle de falsifications historiques
délibérées, de désinformation, d’options politiques des gouvernements,
d’idéologie d’une gauche révolutionnaire en mal de prolétariat et de
masses à agiter, de matraquage médiatique. Les jeux sont faits. Comme
dans le très antisémite Mystère catholique d’Oberammergau, les rôles
sont parfaitement distribués. D’un côté, le bon, la victime permanente
par excellence, à la différence près que le Christ est remplacé par «le
Palestinien» martyrisé, de l’autre côté, l’éternel méchant: le Juif,
ici travesti en Israélien ou en Sioniste portant uniforme et pointant
son arme sur un innocent enfant Jésus palestinien terrorisé.
Dépassé le crime rituel consistant à égorger un petit Chrétien dont le
sang est mélangé à la pâte du pain azyme. C’était juste bon pour le
Moyen Age obscurantiste. Progressiste, l’Evangile selon Saint Charles
Enderlin lui a substitué une version plus moderne en direct, «sans
coupure, sans montage, sans retouches, sans truquages» (Saint-Enderlin
en jurerait sur le Manifeste Communiste et sur le Petit Livre Rouge) le
meurtre d’un enfant palestinien par des tireurs invisibles, «donc
israéliens». Apôtre de ce nouvel Evangile en cassettes, il l’a diffusé
gratis à toutes les télés du monde. À se demander de quoi vit ce saint
ascète; il est vrai que le Saint se sustente de pain sec et d’une
cruche d’eau.
La gauche révolutionnaire qui, de Lénine et Trotski à Staline, de
Staline à Mao, de Mao à Pol Pot, n’a jamais été avare de massacres, de
meurtres et d’atteintes aux droits de l’homme, se substitue du coup au
christianisme sur le terrain compassionnel, nullement gênée de fournir
son contingent de porteurs de valises et d’idiots utiles à cet
islamisme qui, en ce début du 21ème siècle, remplit la fonction
criminogène qui fut celle des nazis du siècle précédent.
Il est vrai qu’en fin de compte, les antifascistes de l’époque avaient
bonne mine devant le pacte qui, voici précisément soixante-six ans,
scellait une alliance entre la «patrie du prolétariat» antifasciste par
essence et l’Allemagne nazie. Alliance contre-nature? À voir les causes
troubles qu’une gauche pervertie soutient ces dernières années, je
dirais plutôt que c’était une «alliance prémonitoire» entre deux
totalitarismes bafouant les droits de l’homme. Il n’y a aucune
différence de nature entre l’alliance du communisme et du fascisme nazi
du siècle dernier et l’alliance de fait du gauchisme et de l’islamisme
scellé sur l’autel de la palestinophrénie.
Si tout ce monde n’en meurt pas, tout le monde en est atteint. On l’a
même vu chez notre Président Chirac, que le ridicule n’a pas tué, on en
est bien contents pour lui, lors des honneurs grotesques et indécents
–de surcroît forts onéreux pour le contribuable- qu’il a rendus à
Yasser Arafat agonisant.
L’année dernière, le prince Nayef Ben Abdelaziz, ministre de
l’intérieur d’Arabie Saoudite, interrogé par un grand quotidien
français, analyse les causes de l’effet boomerang du terrorisme qui
frappe désormais son pays et pointe du doigt Israël qui, selon lui,
«occupe la troisième mosquée» de l’islam et déclare qu’il n’est «pas
juste que les résolutions de l’ONU ne soient pas appliquées».
Du reste, concède-t-il, à cause de ces israéliens, certains sujets
saoudiens «sont favorables aux idées des terroristes et, peut-être, ces
gens-là les aident». Autrement dit, le royaume saoudien, bailleur de
fonds du terrorisme islamiste, n’a besoin d’aucune réforme puisque son
système est parfait, ignorant sans doute que ce pays colossalement
riche connaît désormais un fort taux de chômage parmi ses jeunes sujets
bourrés de coran et d’interdits mais en manque de véritable formation
scientifique ou technologique. Le terrorisme djihadiste ne serait-il
pas pour ces richissimes «oléocrates» un moyen de détourner la révolte
des jeunes devant leur horizon bouché en les poussant à châtier les
infidèles coupables de tous leurs maux? Alors, comment faire pour
contrer l’effet boomerang de cette imbécillité myope dont l’Arabie
bailleresse de fonds du terrorisme fait désormais les frais? En gros:
Quand la Palestine sera enfin édifiée sur l’emplacement d’Israël, comme
«la troisième mosquée» est déjà édifiée sur l’emplacement du Temple de
Jérusalem, tout rentera dans l’ordre; le monde en général et le royaume
petro-saoudien en particulier n’entendront plus parler de terrorisme,
Juré sur le coran!
Sous l’effet de cette palestinophrénie, tout s’explique par Israël: non
seulement «l’argent juif qui domine le monde, contrôle les grands
médias et asservit l’Amérique à Israël», mais aussi, à en croire le
«Réseau Voltaire», la destruction des Twin Towers new-yorkaises, les
carnages en Irak attribués à tort à la «résistance» irakienne,
l’assassinat l’an dernier du cinéaste néerlandais Théo va Gogh attribué
à tort à un islamiste marocain de nationalité néerlandaise, et le
«contrat» (fatwa) lancé contre la députée néerlandaise Ayaan Hirsi,
coupable de féminité et d’apostasie. Pourquoi pas, pendant que nous y
sommes, ne pas voir la main du Mossad derrière la grippe aviaire, les
ruches ravagées par une bestiole parasite, les ravages du Sida en
Afrique, les femmes du Darfour ou d’Algérie violées par les pieux
islamistes avant d’être égorgées comme le Fiqh les y autorise, ou la
sécheresse dont souffre le Sahara. Ou, bien entendu, le raton laveur et
la mort de cet infortuné Brésilien innocent, tué à Londres par des
policiers certes britanniques mais formés par des spécialistes
israéliens. Tout se tient. C’est fou ce qu’un minuscule Etat de 6
millions d’habitants peut nuire aux 6 milliards de Terriens!
On dit que la classe dirigeante d’Arabie est constituée de musulmans
relativement modérés. Nous voilà rassurés. Mais comment traduit-on donc
Tartuffe en arabe wahhabite ? Est-ce seulement traduisible dans la
langue du coran?
Ce ne sont pas les propos de cet individu tout juste débarqué du
septième siècle de notre ère qui nous préoccupent. À sa décharge, il a
derrière lui quatorze siècles d’abrutissement guère propices à
l’épanouissement intellectuel et au discernement. Ce qui est grave,
c’est que par servilité, par affairisme, par idéologie ou le plus
souvent par un psittacisme imbécile, nos politiciens, nos médiocres
médias, nos universitaires, nos penseurs brevetés mettent leurs
pieds qui leur servent de tête dans les pas de ces richissimes arriérés
dont l’islam est davantage une maladie mentale qu’une religion.
C’est cette servilité occidentale qui, en mars 2005, permet à la Libye
de prendre la présidence de la commission des droits de l’homme
de l’ONU et d’y faire condamner Israël pour «violations systématiques
de la convention de Genève», et pour les «violences» commises par des
israéliens, mais pas un mot de la même Commission dite des Droits de
l’Homme sur les Israéliens tués ou mutilés par les violences
palestiniennes. Pas un mot non plus sur les victimes new-yorkaises,
madrilènes, londoniennes du terrorisme coranique. Se sont vainement
opposés à cette condamnation le Royaume-Uni, le Canada, l’Allemagne,
l’Italie, les USA, mais pas la France, non décontaminée du virus de
Munich et de Montoire. Mais peut-être plus prosaïquement, parce qu’à
l’heure du vote, notre délégué prenait l’apéritif au bar de
l’ONU. C’est une bonne excuse.
Mais il n’est que de comparer le nombre de condamnations et
résolutions anti-israéliennes votées par la France (son représentant
n’avait alors certainement pas soif) avec celui de ses
condamnations des atteintes aux droits de l’homme et des crimes commis
par les soudanais, les indonésiens, la saoudiens, les russes, les
chinois et autres, sans parler des crimes palestiniens y compris
contre leurs propres ressortissants, pour mesurer l’asservissement de
la diplomatie française à la ligne «Eurabienne».
Morts supportables
Monsieur Olivier Roy, qui passe, à juste titre je crois, pour un
éminent islamologue spécialiste de surcroît du Moyen-Orient, se demande
dans Le Figaro du 9 août si «le Hamas peut changer». Si je comprends
bien, il demande si ces totalitaires islamistes qui ne connaissent que
le terrorisme comme moyen d’expression, seraient capables de troquer la
ceinture explosive, le lance-roquettes et la voiture piégée en échange
de quelques sièges de députés et quelques portefeuilles ministériels
dans le futur Etat palestinien. D’avance il répond positivement, mais à
condition qu’Israël lui en laisse le temps.
Et de donner en exemple l’Irlande où Jerry Adams, chef terroriste
irlandais, vient de faire la paix avec l’ennemi britannique, chose qui
aurait été rendue impossible si le SAS britannique l’avait éliminé à
l’instar des éliminations ciblées pratiquées par Israël contre les
chefs du Hamas après chaque attentat terroriste de ce dernier. Et
d’ajouter à l’appui de sa démonstration que le Hezbollah libanais, dont
l’objectif de chasser Israël du Liban étant atteint, le nombre de
meurtres de Juifs commis par ces «résistants» atteint un niveau
désormais «supportable» et le Hezbollah se transformant désormais en
composante du jeu politique et démocratique libanais.
Nous découvrons ainsi ce que tout le monde ignorait, à commencer par
Olivier Roy: à savoir qu’à ses impressionnants titres universitaires,
cet éminent spécialiste peut ajouter celui de nécromancien. Autrement,
comment saurait-il que les victimes du Hezbollah situent leur propre
mort à un niveau désormais supportable, donc acceptable? N’étant pas
aussi savant qu’Olivier Roy et ne sachant communiquer avec l’au-delà,
je lui demanderais seulement pourquoi, l’objectif du Hezbollah étant
atteint, celui-ci ne peut se dispenser de tuer des Israéliens, même si,
à 3000 Km du lieu des meurtres, notre spécialiste confortablement
installé dans son fauteuil les juge d’un niveau parfaitement
supportable.
Je demanderais aussi ce qui justifie ses certitudes sur le proche
avenir alors que, «ses objectifs étant atteints», le Hezbollah,
devenant parti politique, ne semble nullement décidé à remettre son
armement lourd et léger aux autorités légales libanaises. Imagine-t-on
en France les partis politiques légaux, tels que l’UDF, le PC, le FN,
le PS ou la LCI masser leurs milices armées le long de la frontière
belge, allemande, suisse, italienne ou espagnole et y expédier de temps
en temps quelques roquettes faisant dans ces pays un nombre supportable
de victimes?
Olivier Roy pourrait aussi bien accepter que le Vlaamsblok, ayant pour
objectif de rattacher Dunkerque et Lille aux provinces flamandes de
Belgique, envoie quelques missiles sur le département du Nord et y
fasse des victimes, à condition que leur nombre ne dépasse pas le
niveau supportable. Et les milices armées de la Ligue du Nord de
bombarder par ci, par là, Menton ou Nice jusqu’à ce que la France
restitue Tende et Brigue à l’Italie. Les indépendantistes savoyards
pourraient agir de même dans l’autre sens pour arracher à l’Italie
Courmayeur et Aoste plus ou moins francophones.
Olivier Roy ne pense quand même pas que Cheikh Yacine, chef «spirituel»
et figure emblématique du Hamas, que les Israéliens ont finalement
éliminé, se serait un jour décidé à transformer son organisation du
crime hallal en parti politique respectable mais, ajoute-t-il
«l’histoire est pleine de volte-face, à commencer par celle de Sharon
sur les territoires», et de craindre d’avance que les israéliens ne
restent pas passifs devant les attentats sanglants du Hamas auxquels il
s’attend, perpétrés par les «désespérés» de cette mouvance. Par contre,
les actes terroristes du Hamas ne semblent lui inspirer aucun
souci. Pas plus que pour la Charte du Hamas qui se fixe pourtant pour
objectif l’élimination totale de l’entité sioniste d’Israël et
l’expulsion de tous les Juifs qui auront survécu à l’anéantissement de
cet Etat. Espère-t-il qu’à l’instar d’Arafat auquel notre André Dumas
«le bien chaussé» avait soufflé la réponse politiquement correcte, le
chef du Hamas déclarera cette charte caduque? Ou ne vaut-il pas mieux
croire que, par instinct de survie et face aux fachos totalitaires, il
n’est jamais trop tôt pour prendre un «Mein Kampf» au sérieux et
surtout de réagir à temps et de façon appropriée, c'est-à-dire en
éradiquant les radicaux?
Mais que vaut mon point de vue de profane face à celui d’un
spécialiste? Aussi ne demanderais-je qu’à croire Olivier Roy, mais pour
cela j’aurais besoin d’exemples plus édifiants que celui du terrorisme
irlandais. À aucun moment de son histoire que je sache, l’I.R.A ne
visait à effacer le Royaume-Uni de la carte du monde et d’en chasser la
population britannique. Et quel ultra Catholique irlandais a-t-il un
jour envisagé de placer l’ensemble des Iles britanniques sous
l’autorité politique et religieuse du Saint Père?
De même, faudrait-il nous convaincre que le meilleur moyen d’encourager
la Hamas à changer serait d’encourager d’abord Israël à rester passif
devant chacun des futurs carnages «inévitables» que le Hamas entend
commettre, même si Olivier Roy pense que devant cette passivité, ces
terroristes trouveront le jeu moins amusant et finiront par s’en
lasser. En somme, à qui la faute si face aux Juifs d’Israël le Hamas
est moins heureux que Hitler face aux Juifs européens?
Le jour où le Hezbollah remettra son armement aux autorités légales
libanaises et dissoudra son armée et ne se comportera plus comme un
Etat dans l’Etat, le jour où le Hamas remettra spontanément son
armement à l’Autorité palestinienne ou, à défaut, le jour où les
pouvoirs libanais et palestinien se comporteront contre les milices
armées, comme naguère Ben Gourion face aux organisations armées du
groupe Stern et de l’Irgoun pour asseoir l’autorité de l’Etat
nouveau né, alors oui, Olivier Roy aura eu raison d’évoquer «ces
volte-face dont l’Histoire est remplie». Après tout, en vertu de
ces surprenants «volte-face», il arrive même parfois que les stratèges
en chambre et les joueurs de Kriegspiel ne se trompent pas. Bons
perdants, nous serions les premiers à nous en réjouir.
Les «colons» sont partis
Ils ont quitté, contraints, forcés, le cœur gros, leurs maisons que
leurs parents ou grands parents avaient bâties, les champs qu’ils
cultivaient, les ateliers où ils exerçaient leur métier. Les colons
russes ont quitté Kaliningrad, Viborg, Petsamo, les îles
Kouriles; les colons polonais ont quitté la Prusse Orientale, la
Poméranie, la Silésie... Les colons tchèques sont également partis des
districts Sudètes, les militaires russes basés dans les Kouriles
cèderont la place aux pêcheurs japonais. Les réfugiés vont pouvoir
revenir. Kaliningrad redeviendra Königsberg, Wroclaw et Gdansk
redeviendront Breslau et Dantzig. Et Lhassa, évacué par les colons
chinois, pourra de nouveau accueillir le Dalaï Lama et les réfugiés qui
avaient quitté le paradis marxiste maoïste…
Mais voilà que je me trompe de lieu et d’époque! Tout ce qui s’est
passé avant 1946 n’est-il pas bel et bien entériné, légitimé par la
dure loi que les pays sortis de la guerre dans le camp des vainqueurs
imposent habituellement aux vaincus? Cette loi de la guerre n’est elle
pas fondatrice du prétendu «droit international» que l’on invoque
constamment mais de façon sélective?
Mon erreur est certainement due au fait que ma montre retarde. Les
«colons» qui, en ce mois d’août finissant de l’an 2005, sont partis
parfois en larmes, mais sans effusion de sang, s’étaient eux aussi
installés sur des terres évacuées par les armées ennemies qui, à
l’instar de l’Allemagne nazie, avaient opté pour la guerre pour rejeter
les Juifs à la mer et, comme l’Allemagne nazie, l’ont perdue. Mais la
différence «légale», «morale» et «compassionnelle» se situe dans les
trois années qui séparent 1948 de 1945; elle se situe aussi dans le
fait que les Juifs ont beau être vainqueurs des Arabes, ils ne pas
moins les vaincus de la guerre de 1939-1945. Ils en sont même les
vaincus absolus. Et les vaincus n’ont aucun des droits que les
vainqueurs s’arrogent. Les vainqueurs de 1945 qui se sont arrogé un
droit de veto au Conseil de Sécurité, imposent leur loi à leur profit
exclusif, parfois au profit de leurs protégés, sans se soucier des
peuples qui en font les frais. C’est cette loi du plus fort ou du plus
riche que l’on désigne par «droit international».
Vaincue, l’Allemagne fut amputée de toute sa partie orientale au
bénéfice des colons russes et surtout polonais; la Finlande invaincue
de l’agression de Staline en 1939 (que nos historiens pollués par
le stalinisme gomment allègrement) mais lâchée par l’Amérique et
l’Angleterre, est restée amputée de la Carélie occidentale et Petsamo
annexées par leur ancien agresseur soviétique; l’Italie vaincue fut
amputée de l’Istrie au bénéfice de la Yougoslavie. Et jusqu’à la
vertueuse France, victorieuse par repêchage anglo-américain, qui a
arraché à l’Italie quelques miettes de territoire autour de Tende et de
Brigue désormais rattachés au département des Alpes-Maritimes, à la
grande fureur du grand chef d’orchestre Arturo Toscanini. En
représailles, ce dernier annula sa tournée en France. C’était moins
meurtrier qu’un bombardement mais ce ne fut pas moins une frustration
pour nos mélomanes. Malgré son retournement tardif, l’Italie était
classée dans le camp des vaincus et ne pouvait dès lors qu’expier et
payer. Et lorsque notre Président jacques Chirac prononce les noms de
Wroclaw ou de Kaliningrad, il les qualifie sans sourciller de villes
polonaise ou russe, gommant ainsi de nos mémoires les villes allemandes
de Breslau et de Königsberg.
Or, les Juifs n’avaient pas d’alliés lorsque l’antisémitisme
développait ses métastases en Europe, lorsque les Allemands les
persécutaient puis les anéantissaient. Aucun pays, gagné par la
«philosophie» d’un Emile Chartier dit «Alain» ou par le pacifisme du
socialiste Marcel Déat, n’était disposé à prendre leur défense puisqu’à
leurs yeux, il s’agissait d’une affaire intérieure allemande et que
toute ingérence dans ce pays étant incompatible avec le «droit
international» («droit» qui, de nos jours, a toujours bon dos), on
n’allait pas se laisser entraîner dans la guerre par les Juifs et pour
leur seul profit… On parlait alors d’un «Problème juif», jamais d’un
problème antisémite. De nos jours, le «problème juif» a cédé la place
au "problème du Proche-Orient" et l’antisémitisme traditionnel
européen, auquel la Shoah a donné un sérieux coup de vieux, est
récupéré et réactivé par le vigoureux antisémitisme rajeuni d’un islam
virulent.
Qui se souvient encore de ce printemps de 1939 à Berchtesgaden où se
tenait une conférence internationale pour chercher une solution au
«problème juif»? Le gouvernement polonais qui, à quelques mois de
l’invasion allemande, en faisait une affaire prioritaire, y était
représenté à son plus haut niveau, la Roumanie et la Hongrie de même.
Il y fut question de déporter tous les Juifs d’Europe à Madagascar. On
peut se demander si une telle solution était réalisable sans l’aval de
la France, puissance tutélaire qui n’était pas représentée à cette
«conférence». Or, selon Pierre-Jean Deschodt et François Huguenin,
auteurs de «La République xénophobe» (Lattès 2001), les archives
françaises qu’ils ont consultées semblent confirmer que le gouvernement
français en avait connaissance et n’écartait pas une telle
solution. À son crépuscule, la Troisième République inscrivait déjà
dans ses gènes les prolégomènes du Statut des Juifs, leur marquage,
leur déportation et la politique de Collaboration que Vichy n’allait
pas tarder de mettre en œuvre.
Pendant ce temps, les bateaux chargés de Juifs fugitifs d’Allemagne,
ainsi que de l’Autriche et de la Tchéquie annexées au Grand Reich, ne
trouvaient dans aucun pays démocratiques un port pour les y débarquer
et devaient revenir en Allemagne où les camps de concentration, avec la
mort pour issue, les attendaient.
La Grande-Bretagne qui, par mandat de la Société des Nations,
garantissait la création d’un «Foyer National Juif» en Palestine, en
interdisait l’entrée au moment même où les Juifs étaient le plus
menacés. Les Juifs n’avaient pas d’alliés quand par trains entiers ils
étaient transportés vers les camps d’extermination. Ni la
Grande-Bretagne, ni l’Amérique qui bombardaient pourtant à tour de bras
les villes et les objectifs stratégiques allemands, ne jugeaient
nécessaire de détourner quelques bombardiers pour paralyser les
infrastructures de la déportation. Les Résistants français, dont le
courage n’est pas en cause, ont bien saboté et détruit quelques trains.
Mais il s’agissait d’objectifs strictement militaires. Nos cheminots
résistants n’avaient aucun ordre pour saboter les trains de la
déportation.
À aucun moment, même en août 1944, alors que la Préfecture de Police de
Paris, si active dans les rafles aux Juifs, faisait enfin «volte-face»
et passait à la Résistance et que les Alliés s’enfonçaient dans le
territoire français, alors que le moindre camion à gazogène qui
empruntait nos routes devenait la cible de l’aviation alliée, les
convois de déportés juifs pouvaient encore partir des camps de
concentration, gardés par les gendarmes et policiers français, sans
être gênés durant leur trajet vers les lieu d’extermination.
Pour ne parler que de la France, si tant de Juifs ont échappé à la
déportation et à la mort, ils n’en sont à coup sûr redevables à aucune
autorité française officielle ou clandestine et bien peu à des réseaux
de résistance, mais majoritairement à des initiatives individuelles et
spontanées de «simples» gens inorganisés de cette France «d’en bas»,
sans titre homologué de résistant, à quelques ecclésiastiques
n’obéissant à aucune autre directive que celle de leur conscience. La
France, celle de son peuple, valait déjà beaucoup mieux que ses «grands
commis de l’Etat» et que le corps de hauts fonctionnaires de la
République qui, sans état d’âme, s’étaient mis au service du Maréchal
et de l’Occupant nazi. La France libérée a connu ses procès contre ceux
qui ont collaboré avec l’Occupant, et ses tribunaux de l’Epuration
avaient parfois la main lourde; mais n’était pas considérés comme acte
d’intelligence avec l’Ennemi ou de Collaboration, le «simple» fait pour
des fonctionnaires de toutes catégorie et de tout grade, d’avoir
débusqué, fiché, recensé, enregistré, traqué, arrêté, interné, malmené,
spolié et livré les Juifs à l’ennemi allemand. C’est ainsi qu’un
radical-socialiste tel que Bousquet, maître d’œuvre des grandes rafles,
ne fut jamais inquiété et était même reçu à la table du très socialiste
président François Mitterrand qui avait lui aussi trempé dans le
gouvernement de Vichy, alors nullement gêné par le Statut des Juifs. Un
Maurice Papon, parmi tant d’autres, protégé par tous les gouvernements
de la 4ème et de la 5ème République, que l’on découvre soudain
Résistant homologué lors de son procès bien tardif, estimait avoir fait
son devoir de fonctionnaire et de «résistant» en livrant aux nazis les
Juifs de son département. Les seuls procès intentés contre cette
catégorie de fonctionnaires le furent non pas par le Parquet qui, au
contraire, freinait des quatre fers, mais à titre privé par les
survivants juifs. On a alors entendu un Léon Boutbien, humaniste,
franc-maçon, éminent résistant, ancien déporté, déclarer au tribunal de
Bordeaux où il était venu pour témoigner, que le procès Papon n’est
qu’un complot juif contre la République. Rien de moins!
Notons que pas plus que Léon Boutbien, la France n’est antisémite pour
autant, à fortiori si on la compare à certains pays tels que la
Roumanie ou la Pologne où on a vu la populace enhardie par la passivité
de la police, lyncher et massacrer des Juifs survivants de la
Shoah qui voulaient simplement rentrer chez eux et où survit encore
aujourd’hui un antisémitisme viscéral, alors que les Polonais n’ont
pratiquement plus de Juifs à se mettre sous la dent. La Pologne a été
«nettoyée» de ses 3 millions et demi de Juifs dont la présence dans ce
pays, qui dérangeait tant les nationalistes catholiques polonais,
remontait au moyen âge. Ces Juifs majoritairement disparus ainsi que
les rares rescapés sont définitivement les vaincus d’Hitler.
Or, sentant qu’ils ne sont nulle part bienvenus et que la citoyenneté
qui leur était octroyée dans quelques pays avancés comme en Allemagne
ou en France, n’était pas irréversible, c’est parmi ces Juifs là, parmi
ces 35% de survivants des dix millions de Juifs d’Europe –en tenant
compte des Juifs d’URSS et de la Grande Bretagne- qui vivaient avant la
Shoah, c’est parmi ces vaincus qu’Israël, qui allait bientôt naître en
tant qu’Etat indépendant, devait trouver son plus gros contingent,
bientôt rejoints par les Juifs chassés des pays arabes, et par ceux
qui, en Union Soviétique, détenaient un passeport mentionnant une
«nationalité juive» mais sans lien avec un territoire national et
subissaient l’antisémitisme croissant et meurtrier de la tyrannie
communiste.
Ces vaincus de la guerre ou de la citoyenneté aléatoire entendaient
cette fois-ci conquérir une citoyenneté incontestée au lieu d’une
citoyenneté octroyée et prendre leur défense en mains. Mais face à une
population mondiale qui a triplé tandis que population des pays arabes
a quadruplé, les Juifs sont les seuls au monde à n’avoir pas retrouvé
leurs effectifs de 1939. Leur nombre était alors évalué à seize millions
répartis dans le monde. Compte tenu d’un accroissement naturel, les
neuf à dix millions de Juifs restants, répartis dans le monde, son
passés à quelque douze millions de nos jours.
Hitler clamait que sa guerre était dirigée uniquement contre les Juifs.
Il disait vrai. Et par crainte de leur opinion publique peu encline à
faire la guerre pour les Juifs, les Alliés ont laissé la Shoah suivre
son cours sans entraves. En se fondant sur la démographie, on peut
considérer que seuls les Juifs sont en 1945 et depuis lors les seuls
vaincus de la guerre. On comprendra dès lors que, contrairement
aux droits que se sont arrogés les vainqueurs d’Hitler, les Juifs,
seuls vaincus des nazis, ne peuvent se prévaloir d’un statut de
vainqueurs et des prérogatives qui en découleraient. Les habitants du
Goush Katif et autres villages de la Bande de Gaza, pas si fachos
qu’une habile et perverse propagande médiatique nous les a présentés,
en font l’amère expérience. Cette évacuation est-elle au moins un pas
vers la paix? Autant croire que les concessions territoriales
successives faites à Hitler durant les six années qui séparent 1933 à
1939 ont abouti à la paix. Car, contrairement aux guerres
«conventionnelles» que le monde a connues, le conflit dit du
Proche-Orient, comme ce fut du reste le cas de la guerre nazie, ne
porte pas sur un tracé des frontières mais sur un droit même à
l’existence et à la vie. De sorte que, dans la logique du totalitarisme
islamique arabe, comme ce fut le cas du totalitarisme nazi, chaque
concession doit être le prélude d’autres concessions jusqu’à ce qu’il
ne reste plus rien à concéder. C’est là que, comme leurs devanciers de
l’entre-deux-guerres, les pacifistes tant européens qu’israéliens se
laissent aveugler en prêtant aux barbares sanguinaires leur
propre logique et leurs propres sentiments.
Un signe devrait nous alarmer: on a beaucoup entendu parler et vu à la
télé des pacifistes israéliens de Shalom Akhshav faisant descendre 100
000 protestataires dans les rues de leur minuscule pays. Mais où
voit-on des foules pacifistes descendre dans les rues arabes? Or, même
si les régimes policiers des Etats musulmans leur feraient courir des
gros risques, on ne voit pas beaucoup de pacifistes arabes en exil
s’exprimer dans les pays du monde libre, alors que nos télés donnent la
vedette aux opposants «pacifistes» israéliens.
Déjà le Hamas, sans en être contredit par le pouvoir formel de la
Palestine, et sans que nos «pacifistes» européens protestent ou s’en
alarment, annonce que son combat va reprendre de plus belle après
l’évacuation de Gaza et durera jusqu’à l’établissement d’un état
musulman sur «toute» la Palestine débarrassée de l’entité sioniste et
vidée de sa population juive. Aux yeux de ces Mahométans, fils du
djihad, dans lesquels Olivier Roy voit des futurs hommes politiques
respectables, l’évacuation du Goush Katif n’est pas un premier pas vers
la paix mais vers l’évacuation de la totalité du territoire israélien.
Et l’Autorité Palestinienne, si choyée par les bailleurs de fonds, les
chancelleries et les grands médias internationaux, n’a ni la volonté ni
l’autorité pour contrarier cette politique de guerre permanente.
Un vieil ami juif me disait jadis qu’il est difficile et pénible d’être
juif. Je le crois volontiers en ajoutant qu’il me semble encore
plus difficile d’être à la fois Juif et Israélien. Difficile comme le
courage, car l’Israélien n’est jamais qu’un Juif ordinaire, mais qui a
décidé de ne compter sur personne d’autre que sur soi-même pour
survivre, combattre les pogromistes exterminateurs et défendre la vie
de ses proches les armes à la main. On a appelé cela le Sionisme et les
sombres crétins l’ont assimilé au nazisme. Venant de la part des
imposteurs qui ont trempé dans le pacte entre Hitler et Staline et qui
ont été complices de l’extermination par ce dernier de tous les
militants anti-fascistes persévérants, ce n’est à considérer que comme
un aboiement de chiens hargneux. Mais tout compte fait, nous, citoyens
de pays libres auxquels il ne manque que le courage et des perspectives
qui ne se limitent pas à l’économie et la facilité, puissions-nous ne
jamais devoir un jour regretter de n’avoir pas été aux côtés d’Israël
pendant qu’il en était temps.
André Dufour pour Libertyvox
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