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Deux minutes de silence, cinq années d’incitation à la haine jihadiste

Quand les mots tuent aussi sûrement que les armes. Nidra Poller appelle à un sursaut sémantique, première condition d’une lutte anti-terroriste cohérente. La rédaction lui souhaite la bienvenue sur Libertyvox.

C'est touchant, la cérémonie: l'Europe s'arrête à midi pile heure londonienne pour rendre hommage aux victimes des attentats du 7 juillet. Le visage fermé, la larme au coin de l'oeil, les citoyens prononcent un énorme soupir communautaire. Sur les lieux du drame gisent des gerbes enveloppées de cellophane comme des blessés. Le mensonge pieux s'inscrit en subliminale: «nous sommes tous des londoniens.»

Je serais tentée de dire, «ni fleurs ni couronnes.» Donnez-nous plutôt des cailloux de lucidité, des nuggets of truth, de la lumière pour sortir du tunnel.

Je l'étais, moi, londonienne en vrai pendant trois ans au début des années soixante. Entre américains, on se moquait de l'accent britannique: «si tu secoues un Brit dans la nuit, il se réveillera en sursaut et il parlera normalement comme toi et moi.» Maintenant on voit que c'est vrai: Dans l'amas de ferraille explosée et fondue, devant l'horreur des corps déchiquetés, devant les informations fournies par le très fiable Scotland Yard, le mot est sorti sans contre feu: kamikaze. On raconte que la BBC, secouée, a lâché tous azimuts le mot terroriste, se reprenant seulement un ou deux jours plus tard pour balayer tout ça et le remplacer par des circonlocutions de circonstance.

Certains d'entre nous ont essayé en vain de démontrer qu'une ligne droite passe des attentats perpétrés contre des civils en Israël à ceux visant des civils américains, balinais, espagnols, irakiens et j'en passe. Soudain, cette ligne s'est tracée d'elle-même à Londres: des kamikazes! Des kamikazes au sein de l'Europe! Du jamais vu. Des kamikazes contre des Européens innocents. Des kamikazes faits maison. Les deux réalités, israélienne et européenne, sont fondues dans la chaleur des explosions meurtrières.

N'empêche, les habitudes d'aveuglement sont tenaces. Nos commentateurs restent bloqués au stade de la stupeur de faux innocents. La télévision française se promène dans les rues orientales de Leeds, micro tendu. De vieux Pakistanais, dont l'identité britannique ne laisse aucune trace vestimentaire, expriment leur étonnement. Untel? Terroriste? Comment est-ce possible? C'est un garçon bien, d'une famille sans histoire. Plus loin, des jeunes de la deuxième, voire la troisième génération, parlant avec l'accent du Nord et habillés à l'occidentale, racontent la même histoire de «pas possible.» Seulement, les uns comme les autres, disent en passant qu'untel est devenu, récemment, plus religieux.

Ah bon? Plus religieux. Pas plus exclu, plus chômeur, plus victime de discrimination, plus pauvre, non: plus religieux, c'est tout. Qu'apprend-on quand on est musulman et plus religieux? À faire du terrorisme? Non. On apprend à faire le jihad. Allez me dire que «the man in the street» du quartier musulman de Leeds n'a jamais entendu parler du jihad. Qu'il n'y en a pas un seul à le dire dans un microphone de France 2, pour ne citer qu'elle.

Deux minutes de silence ne pèsent pas lourd contre cinq années d'incitation à la haine jihadiste relayée par nos médias depuis l'an 2000. Le DVD des «Excuses» d'un Dieudonné qui se vante de sa haine anti-juive est
actuellement in your face dans les FNAC, alors que son penchant intellectuel représenté par le ménage à trois Morin Naïr Sallenave suscite l'admiration de fervents défenseurs de la liberté d'expression. Mais allons, comme on dit, aux racines du terrorisme.

Notre France 2 nationale refuse toujours de se libérer du péché de blood libel commis par ses services le 30 septembre 2000. Toute tentative d'éclairer ce reportage douteux sur la «mort» de Mohamed Al Dura, «cible des tirs venant des positions israéliennes», dixit Charles Enderlin, se transforme en boomerang. De même que les victimes des attentats jihadistes sont accusées des crimes commis contre eux, des journalistes, de simples citoyens, et des représentants du gouvernement israélien sont envoyés sur les roses, voire mis en examen, pour avoir simplement demandé des explications sur ce reportage qui ne repose sur rien de solide, tout en étant la source d'énormes ennuis pour des Juifs dans le monde entier, et pas que pour des Juifs: Ousama Bin Laden, qu'on ne présente plus, s'est servi de la légende du petit Mohamed pour animer une vidéo de recrutement de jihadistes.

Au lieu de se remettre en cause, France Télévisions s'enfonce, et le CSA avec, et ainsi de suite jusqu'aux hautes sphères de l'état. Au point d'oublier que le petit Mohamed, made in France 2, est le premier shahid du jihad de l'an 2000, et que le vrai nom d'un kamikaze est: shahid. Certes, il n'est pas allé bardé d'explosifs tuer des grands-mères avec leurs petits-enfants, des écoliers, des survivants de la Shoah et autres citoyens israéliens; il s'est fait tuer en fac-similé par un reportage télévisuel, et son image continue à armer de jeunes meurtriers convaincus d'être dans leur bon droit.

Pourquoi s'étonner de l'arrivée sur la scène européenne des homegrown jihadis quand les médias européens reprennent à leur compte depuis cinq ans déjà la propagande qui les illumine et les pousse au meurtre? En
justifiant le meurtre des Israéliens, on a justifié le meurtre des Londoniens tout aussi coupables.

Rien à faire, Paris n'a pas décroché les JO. Elle s'arroge donc une médaille d'or en lutte antiterroriste. Oh la la ces Anglais, quels fainéants et combien naïfs face au terrorisme contre lequel nous luttons de
façon exemplaire. Obnubilée par notre excellence dans la matière, l'une de nos chaînes a réussi à transformer l'anglo-jamaïcain Richard Reid en pakistanais! Voulant illustrer la mauvaise cuvée sortie du Finsbury Park Mosque grâce à l'indulgence des autorités anglaises, on nous a montré Zacharias Moussaoui, citoyen franco-marocain, et le «pakistanais» Reid. En oubliant de rappeler que c'est la police française qui a permis à Reid de monter dans l'avion, chaussé comme nous le savons, et identifié dans un premier temps comme sri lankais!

Quand un spécialiste du calibre de Daniel Pipes dit que les Français battent les Anglais en lutte antiterroriste [Le Figaro 11 juillet 2005] en citant, parmi d'autres exploits, la loi «contre le voile», on est en droit de
décliner les félicitations tout en sachant qu'il n'a pas forcément tort au niveau de la comparaison. Mais, ne perdons pas notre temps à discutailler sur le classement: nous sommes tous défaillants. Il reste toutefois à savoir pourquoi, si nos services sont tellement performants que leur réputation traverse l'Atlantique, on nous parle si peu ici des réseaux démobilisés, des arrestations, des déportations. Comment? On ne nous
parle même pas du problème qu'on est à ce qu'il paraît en train de régler avec une efficacité admirable! Les problèmes, s'il y'en a, au Moyen Orient avec des ramifications sur le territoire français, seraient selon nos médias et la plupart de nos spécialistes la faute aux Israéliens, aux Américains.

Puisqu'on a frappé Londres, et le mot kamikaze a été prononcé en association avec le mot terroriste, on peut demander que les recherches linguistiques soient poussées plus loin pour arriver enfin à appeler le terrorisme de son vrai nom de jihad et le kamikaze, shahid. Ensuite, il faudrait réexaminer le récit qui soutient la phase actuelle du jihad à partir de ses débuts en septembre 2000. On verra que «la mort du petit Mohamed» fait partie du récit et non pas de l'actualité. À vrai dire, il lance un récit qui se poursuit depuis cinq ans dans une trajectoire où cause et effet sont renversés.

Pour nous éviter d'autres minutes de silences en hommage aux Européens déchiquetés, il serait temps que nos médias apprennent à parler un autre langage et que des responsables, tel le nouveau président de France Télévisions, acceptent enfin de participer à une enquête indépendante sur leur rôle dans la fabrication du mythe du jihad qui se cache derrière l'appellation romantico-révolutionnaire d'Intifada en Israël, de justes desserts à Manhattan, de résistance en Iraq, et qui n'a pas de nom en Europe.
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Nidra Poller *

Paris 16 juillet 2005

* Ecrivain (romancière) américain, Nidra Poller vit à Paris depuis 1972. Elle a publié des articles chez Metula News Agency, Guysen Israel News, Primo-Europe, et l'Arche en français. Ses articles en anglais sont publiés par la revue Commentary (un grand article paraîtra le 1 septembre), dans le NY Sun, sur FrontPage, American Thinker et Tech Central Station.

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© Nidra Poller pour LibertyVox - Article paru le 31/07/2005 Imprimer cet article
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