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«Machin» et «Droit international»

Dans ce premier article pour Libertyvox, David Dawidowicz s’attaque au “Droit international” et à l’ONU, le fameux “Machin” du Général de Gaulle. Les démocraties peuvent-elles continuer à y fréquenter, sous couvert d’un bien étrange “Droit international”, des états voyous? N’y ont-elles pas déjà perdu une part de leur âme? Nous lui souhaitons la bienvenue au sein de la rédaction.


À l’heure où plusieurs Etats revendiquent un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU, il faudrait pouvoir reproduire intégralement l’article d’Armand Laferrère paru sous le titre évocateur de «Faut-il en finir avec le droit international?» dans le numéro 109/printemps 2005 de l’excellente revue trimestrielle «Commentaire». Le résumer ne peut qu’émousser l’acuité et la pertinence de l’analyse, voire la trahir. Aussi vous inviterais-je à puiser à la source même, ce qui vous permettra de découvrir de surcroît quelques autres excellents articles qui nous changent des journalistes et analystes sévissant dans les médias conformistes. (Publicité totalement désintéressée et bien méritée.)

En gros, l’auteur dénonce l’imposture des politiciens et des ONG, parmi lesquelles la Croix Rouge, qui invoquent sans cesse, et prétendent imposer selon leurs propres critères arbitraires, un prétendu droit international inexistant, car à géométrie variable, construit à partir d’usages, de résolutions et de votes, cette sorte de caricature d’assemblée législative qu’est l’Organisation des Nations Unies.

En fait, l’ONU, créée par les états sortis victorieux de la guerre mondiale et qui entendaient dicter leur loi aux autres Etats, ne correspond plus du tout aux changements et bouleversements intervenus entre temps dans le monde. Elle a vite vieilli car elle est porteuse, dès le départ, de trop de «malfaçons». Or, dit l’auteur, «la règle de l’égalité de tous les états au sein des organes de l’ONU a une conséquence mécanique inévitable: presque toutes ces institutions –l’Assemblée générale, mais aussi les commissions et les organisations rattachées- donnent automatiquement la majorité à un joyeux mélange de kleptocrates, de théocrates, de présidents colonels, de psychopathes et de communistes à la papa. Les représentants à l’ONU de ces chefs d’Etat se moquent éperdument du règne de la loi, puisqu’ils en refusent le bénéfice à leur propre population »

Tout est dit dans ce raccourci; il s’applique aussi, voire surtout, aux cinq membres permanents du Conseil de Sécurité dont le poids est renforcé par le droit de veto que se sont attribué les quatre puissances victorieuses et la France repêchée in extremis. Aucune de ces puissances ne sort indemne en matière de droits de l’homme et de probité. Le fait que la Chine ou l’URSS, bien plus que les autres membres permanents, étaient et sont encore loin de l’idéal démocratique et des droits de l’homme, n’exonère aucunement les trois autres puissances qui, à un moment ou à un autre, n’ont échappé à toute sanction que par l’effet du droit de veto. On imagine alors sans peine les intrigues, les compromissions et les magouilles entre «gentlemen» bien élevés qui ont des comptes à rendre à leurs Parlements, et les authentiques voyous sans foi ni loi, virtuoses en extorsions de fonds, détournements d’aides internationales et élimination des opposants trop gênants.

Cela rappelle le temps où un gentleman tel que Neville Chamberlain donnait du «Monsieur Hitler» à un gangster psychopathe et serial killer. À la différence près que les voyous se voient à présent portés à la présidence d’une commission des droits de l’homme grâce aux voix d’autres voyous acquises d’avance et du lâche assentiment de démocraties telles que la France, tandis qu’un autre Etat de droit inspiré par Mussolini, peut impunément occuper une partie de Chypre (comme le fit Mussolini le jour de la Toussaint de 1938 en envahissant l’Albanie) et y remplacer la population fugitive grecque par des colons turcs. Or l’ONU votera la énième condamnation d’Israël pour «colonisation illégale», alors que la Turquie, sur laquelle on ne peut pas compter pour rapatrier les colons turcs qu’elle a installés dans les territoires occupés de Chypre, n’en a jamais été condamnée pour autant. Sans oublier les faits accomplis dans un passé pas si lointain par la Russie victorieuse, la Pologne et la Tchécoslovaquie qui, à partir de 1945, dans les territoires occupés et annexés, ont installé leurs colons à la place des quinze à vingt millions d’Allemandes expulsées. Quel Etat membre de l’ONU parlera-t-il d’un «droit de retour» ou d’une «juste compensation» pour ces réfugiés expulsés ou pour leurs descendants?

Par le même jeu des majorités automatiques, les Palestiniens qui n’ont pas d’Etat n’en pèsent pas moins à l’ONU, non seulement par les voix des états arabes et affidés acquis d’avance, mais aussi et surtout, à travers des organismes qui assurent un soutien aux seuls palestiniens. On citera notamment le «Département pour les droits des Palestiniens», la «Commission des droits inaliénables du peuple palestinien», les «Bureaux du coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient», le «Représentant personnel auprès de l’OLP et de l’AP», «l’Organisation internationale pour la question palestinienne» . Rien de comparable n’existe pour des peuples persécutés, bafoués, refoulés, colonisés, interdits d’Etat, tels que les Tibétains, les Kurdes, les Arméniens, les Chrétiens de rites Assyriens ou autres, les Soudanais non musulmans du Sud, les Soudanais noirs musulmans du Darfour, cette liste n’étant pas exhaustive. Aucune commission ad hoc non plus pour des peuples opprimés et décimés par des régimes tyranniques telle la Corée du Nord ou les minorités ethniques de Birmanie. Et pourtant, si la Palestine est considérée comme un état de facto pour ce qui concerne les aides démesurées dont ses apparatchiks bénéficient, elle échappe à toute condamnation en matière d’atteintes aux droits de l’homme dont sont victimes non seulement les israéliens mais aussi, pour ne pas dire davantage, nombre de palestiniens.

Jusqu’à l’effondrement de l’Union Soviétique, la scandaleuse attribution par Churchill et Roosevelt d’une zone d’influence à l’URSS, a attribué de facto à cette puissance plusieurs Etats satellites qui, à l’ONU, votaient tous comme l’Union Soviétique, sans égard pour l’intérêt des peuples de ces pays vassalisés. De son côté, la «décolonisation» a donné naissance à de nouveaux états membres dont les dirigeants «kleptocrates» ont vendu à la puissance la plus offrante leur vote à l’ONU, la France n’étant pas la dernière à recourir aux voix africaines achetées. Si cette pratique pouvait renforcer la position russe ou française à l’ONU, celle-ci n’y a guère gagné en respectabilité ni en crédibilité.

Autre tare congénitale de l’ONU: la règle de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats membres. De ce fait, de nombreux Etats voyous, non seulement l’Irak, la Syrie, l’Arabie Saoudite, la Libye, mais aussi des membres permanents du Conseil de Sécurité comme la Chine, les Etats-Unis, l’URSS… ou même la France, ont pu, «en sous-main», donner leur appui à des chefs d’état corrompus ou à des organisations armées «résistantes», se rendant ainsi responsables ou complices d’innombrables atteintes aux droits de l’homme, voire à de véritables génocides sans encourir la moindre condamnation onusienne, droit de veto y aidant.
On comprend alors que ces grands états se sentent un peu mal à l’aise pour donner des leçons par exemple à l’Iran qui fait la guerre à Israël par Hezbollah interposé, ou à la Syrie qui en fait de même par l’intermédiaire du FPLP et autres «résistances» de «gauche», de sorte que, n’étant pas directement et ouvertement impliqués, ces Etats n’ont jamais été condamnés par l’ONU et ne le seront jamais. Il est certes plus facile de bombarder Belgrade pour secourir les nationalistes albanais du Kosovo que de bombarder Ankara pour secourir les indépendantistes kurdes. Et parions que l’obstruction des Etats arabes fera obstacle à toute résolution de l’ONU en faveur des populations noires du Darfour victimes des exactions du régime soudanais.

Et je ne parle pas des innombrables magouilles relevant du gangstérisme que le système onusien facilite, comme cette histoire de nourriture contre pétrole qui a affamé et fait mourir des centaines de milliers d’Irakiens démunis, mais enrichissant la «nomenklatura» non seulement irakienne mais aussi… française. Mais cette dernière semble bien protégée par une opportune loi d’immunité de fonction.

Alors ils nous font bien rigoler ces sinistres politiciens et ces hurluberlus isolés ou regroupés au sein d’ONG parfois montées de toutes pièces par des états peu recommandables, qui ne cessent de hurler exclusivement contre Israël pour prétendu non respect d’un «droit international» à géométrie variable, se rendant du même coup, par leur passivité et leur «discrétion» face aux véritables drames humains, complices des massacres tels que ceux commis depuis vingt ans au Darfour ou au Soudan du Sud, ou au Rwanda, comme ils furent complices du génocide commis par les Khmères Rouges auxquels la parenté idéologique de ces mêmes ONG a accordé l’immunité.

Cette collusion entre états de droit et états voyous explique aussi la fixation de l’ONU sur les 600 000 réfugiés palestiniens de la guerre que les Etats arabes ont déclanchée contre l’Etat d’Israël naissant, pour lesquels l’ONU a crée un organisme permanent ad hoc absorbant la quasi-totalité des aides internationales, alors que les quelque 60 à 80 millions de réfugiés et «personnes déplacées» issus des guerres d’Extrême Orient, d’Europe et de la partition de l’Inde, n’ont eu droit qu’à un vague organisme temporaire doté de moyens ridicules, ce qui n’a pas empêché l’absorption de ces dizaines de millions ces réfugiés.

Parle-t-on encore par exemple, des plus des quinze millions de réfugiés allemands? Des millions de réfugiés hindous ou musulmans du sous-continent indien qui donna naissance au Pakistan? Et qui demande à la Pologne de rapatrier la quinzaine de millions de ses «colons» implantés en Silésie, dans une partie de la Prusse orientale et en Poméranie sur les terres et dans les maisons abandonnées par les fugitifs allemands? Et qui demande aux Russes d’évacuer leurs colons installés à Königsberg rebaptisé Kaliningrad? L’immense Russie sous peuplée, qui s’étend de Saint-Pétersbourg à Vladivostok, manquerait-t-elle de place pour réinstaller ses colons rapatriés? Mais à l’instar des réseaux maffieux, il existe à l’Onu un partage de territoires, de sorte qu’il est bien plus commode, à force de résolutions et de créations d’organismes du genre «Quartet» et autres «Feuilles de Route» d’exiger du seul Israël l’évacuation de quelques villages «illégalement» implantés sur des terres ancestrales.

Si je m’étends sur l’exemple d’Israël, c’est que, sur ce point, l’ONU, manipulé par les Etats arabes et les ONG gauchistes, n’est pas sans rappeler le Sejm polonais. Durant les 20 années de son existence (1919-1939), ce Parlement inscrivait le «problème juif» à l’ordre du jour de toutes ses sessions, au point que, poussé par cette obsession, un ministre polonais s’était rendu au début de 1939 à Berchtesgaden pour étudier avec les dirigeants nazis la meilleure façon de régler le «problème» juif à l’échelle européenne. Quelques mois plus tard, la Pologne, envahie par les forces conjointes du Troisième Reich et de l’Union soviétique était rayée de la carte en attendant le tour des autres pays européens.

Alors, que nos amis arméniens, dont il est question dans le récent bloc-notes d’André Dufour, ne se fassent pas trop d’illusions. La soif de pétrole, les considérations stratégiques et la Realpolitik feront toujours pencher la balance des «Etats amis des Arméniens» du côté turc ou azéri et nul d’entre eux ne lèvera le petit doigt pour faire valoir les droits légitimes de l’Arménie sur le Haut-Karabakh, terre arménienne dont Staline, entre deux beuveries, fit un jour cadeau à l’Azerbaïdjan. Du moins telle sera la réalité pour les peuples minoritaires tant que les états démocratiques, faute de pouvoir réformer l’ONU, ne «divorceront» pas de cette cour des miracles pour créer un nouvel organisme. C’est en gros ce que préconise Armand Laferrère. Dans cette nouvelle Organisation, dont les critères d’admission seraient bien plus proches de ceux de l’Union Européenne, ne siégeraient que les états de droit démocratiques fondés sur l’égalité de l’homme et de la femme, la liberté absolue de conscience, la dignité humaine, l’abolition de la peine de mort. Il appartiendra alors aux autres états de s’amender et de s’aligner sur cette charte des nations démocratiques pour y être admis, et non l’inverse.

C’est un long chemin à parcourir, jalonné de «Révolutions Orange» et de «NON» aux technocrates irresponsables peu soucieux des «œufs cassé pour faire une omelette», mais un proverbe chinois, paraît-il, ne dit-il pas que le plus long voyage commence toujours par un premier pas ?

David Dawidowicz pour Libertyvox

Notes :

1 «Commentaire », 116, rue du Bac, 75007 Paris. abonnements@commentaire.fr, http://www.commentaire.fr

2 Philippe Meyer www.judeoscope.ca



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© David Dawidowicz pour LibertyVox - Article paru le 19/06/2005 Imprimer cet article
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