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Sept Gitans

Des émeutes de Perpignan à Daniel Pearl, en passant par l’Arménie, Amar Bergham, les manifestations lycéennes, Florence Aubenas et Amnesty International. André Dufour, plus mordant et ironique que jamais, nous livre son bloc-notes.

Sept Gitans

Dans notre pays qui s’interdit tout ce qui serait susceptible de stigmatiser collectivement un groupe ethnique ou religieux à travers les méfaits d’un individu, les journaux s’abstiennent généralement de mettre en avant l’origine ethnique, ou une supposée appartenance à une religion, d’un délinquant ou d’un criminel de droit commun.

C’est tout à l’honneur de notre culture. On ne peut dès lors que se demander ce qui pousse les mêmes journaux à intituler un dramatique fait divers par «Sept Gitans mis en cause à Perpignan» pour le meurtre d’un jeune que son nom désigne déjà comme «Maghrébin». Les Gitans, qui ne sont nulle part chez eux, sont-ils de surcroît expulsés de nos principes? En tous cas, ce tragique fait divers, qui s’est entre temps «enrichi» d’une nouvelle victime maghrébine (dont nous ne connaissons pas le meurtrier) et qui annonce d’autres violences, tend à se banaliser et nous fait constater, une fois de plus, que le territoire de la République Française, dite «une et indivisible», est devenu le théâtre d’une Intifada entre minorités ethniques, voire de ces minorités d’origine immigrée contre les Français «blancs», alors que naguère, la République ne connaissait que des «Français» indiscriminés.

Merci les irresponsables imbéciles imbus de leur «supériorité» et aux idéologues crétins détenteurs de la «Vérité» qui nous gouvernent ou qui nous dictent et nous imposent depuis cinquante ans le «la» du politiquement correct. Il est vrai que ce n’est pas notre Président de la République qui est personnellement «incommodé par le bruit et les odeurs du voisinage immigré».

Discrimination positive et politiquement correcte

Bien naïfs ceux qui pensent qu’il suffit d’avoir la loi de la République de son côté pour inhumer ou incinérer un défunt dans le respect d’un choix clairement exprimé de son vivant. Cela reste toujours vrai sauf que, à l’instar de notre grammaire, nos règles générales connaissent de plus en plus d’exceptions. Ainsi, pour qu’un citoyen français puisse faire respecter sa volonté, mieux vaut ne pas porter un nom tel qu’Amar Bergham. Les trois enfants majeurs de cet homme décédé le mois dernier à Lille, ont beau affirmer que leur papa qui avait totalement rompu avec toute pratique religieuse et avait maintes fois fait connaître sa volonté d’être incinéré; la justice française a beau leur donner raison dans un premier temps; c’était sans compter sur le veto islamique. Selon ces obscurantistes bornés, «seule une autorité judiciaire musulmane exerçant dans un pays musulman doit définir et vérifier les causes de l’apostasie d’une personne», nous faisant toutefois oublier qu’en pays musulman, l’apostasie n’est même pas envisageable puisque de toute façon, elle y est passible de la peine de mort.

Bien entendu, à en croire un Malek Chebel, l’Islam étant «religion d’urbanité, de tolérance et d’amour», tout chrétien ou juif est libre, en terre d’islam ou de djihad, de se convertir à l’islam. Où allons-nous ? Faut-il conseiller à toute personne qui n’est pas croyante de se faire délivrer par une autorité religieuse «qualifiée» une attestation officielle d’incroyance ou d’apostasie? Force est de le croire puisque l’Administration de la République Française, courbant l’échine devant une fatwa, a suspendu la crémation et laisse le corps du défunt bénéficier, en ces jours de canicule précoce, de la fraîcheur de la morgue. Privilège et droit d’ingérence par ailleurs refusés, fort heureusement du reste, aux catholiques, protestants, juifs, bouddhistes et autres croyances ou incroyances. Jusqu’à la dernière minute, on pouvait espérer que la cour d’appel, saisie de cette affaire, enverrait paître ces intrus débarqués d’un autre âge ou évadés d’un asile d’aliénés. Force est de constater que nos juges, qui ne sont pas tenus d’être plus courageux que nos hommes politiques, ont subordonné la loi de la République française à «l’autorité judiciaire musulmane exerçant en pays musulman». Désormais, celui qui est né musulman doit être inhumé musulman, même s’il avait de son vivant rompu avec l’islam. Voilà une jurisprudence qui introduit dans le droit français une discrimination «positive» en faveur du fondamentalisme islamique. La charia prime désormais sur le droit français. Champion de ce genre de discrimination, notre Nicolas Sarkozy y trouvera un motif de satisfaction.

Crachats et razzias

Un jeune lycéen vient d’écoper de cinq mois d’emprisonnement, certes avec sursis mais quand même… Motif: lors des récentes manifestations lycéennes, il se serait rebiffé devant un policier chargé du maintien de l’ordre, le gratifiant de surcroît d’un crachat. Du moins, telle est la version de l’accusation retenue par nos magistrats. Mais que voulez-vous? Les malchanceux policiers actuels sont moins craints et moins respectés par nos gosses que leurs héroïques devanciers des années 40. A cette époque, les enfants terrorisés, que dès potron-minet ils arrachaient à leurs lits et à leurs mères, se contentaient de pleurer. L’héroïsme de ces braves fonctionnaires fut même récompensé et honoré à la Libération par l’attribution de la fourragère à l’ensemble de la police parisienne. Mais les choses ne sont plus ce qu’elles étaient. Nos jeunes ne savent plus ce qu’est le respect; il est donc temps que nos juges, se substituant aux parents et enseignants défaillants, le leur apprennent enfin. Car on ne peut pas dire que nos braves policiers et nos juges intègres soient systématiquement sévères envers eux. Par exemple, lors de ces mêmes manifestations des lycéens, ces derniers ont pu être agressés et dépouillés par des hordes de jeunes barbares venus d’on ne sait quelles banlieues. Or, nul ne peut accuser les nombreux policiers présents sur les lieux de s’être comportés autrement qu’en paisibles spectateurs. Sans doute n’étaient-ils pas équipés de boucliers pare crachats. Et tout aussi sereinement les juges attendent-ils que les policiers capturent et leur livrent l’un de ces pillards. Ne serait-ce que pour qu’ils écopent d’un non-lieu positivement discriminatoire ?

Pauvre Arménie

Une petite carte dans la page économique du Figaro indiquant le tracé d’un oléoduc, quoi de plus anodin? Sauf qu’il s’agit d’un oléoduc reliant Bakou (Azerbaïdjan) au port méditerranéen de Ceyhan (Turquie).

Recherchant habituellement le moindre coût et les plus grands profits, les compagnies auraient dû normalement adopter un tracé plus court que cet arc de cercle qui figure sur la carte. Mais voilà: le tracé en ligne droite, c'est-à-dire le plus court d’un point à un autre, comme chacun d’entre nous l’a appris à l’école, passerait par la petite république d’Arménie, pays partageant avec Israël le peu enviable statut d’Etat encombrant, dont l’existence ou la disparition est à la merci des intrigues et compromis entre grandes puissances. Nations dont ils servent de monnaie d’échange. Et voilà pourquoi l’Arménie, privée de débouché sur la mer par une meurtrière purification ethnique commise par la Turquie, enclavée, étouffée entre deux pays «laïcs» musulmans hostiles et une Georgie peu solidaire, est une fois de plus boycottée et exclue par le réalisme politique et le libéralisme dogmatique des activités économiques internationales. À part ça, avec tant d’amis déclarés qu’ils comptent parmi les nations et les gouvernements peu avares de bonnes paroles, les Arméniens n’ont plus besoin d’ennemis. Mais que fait donc l’ONU dans tout ça? N’est-ce pas son rôle que d’assurer une existence paisible et sans entraves à toutes les nations «unies»? Et le blocus ou le boycott, moins violents qu’une attaque armée directe, ne sont-ils pas une forme de guerre? Oui mais voilà... Ceci est une autre histoire.


L’Archipel des prisons

Que ferions-nous sans Amnesty International? Face aux tortionnaires, aux bourreaux, au déni des droits de l’homme, il fallait bien des femmes et des hommes pour alerter, sans parti pris ni exclusive, cette partie de l’humanité qui croit encore aux vertus humaines. Voici donc l’Oncle Sam une fois de plus cloué au pilori. Origine du litige: atteintes aux droits de l’homme. Chacun penserait qu’il s’agit du droit à la vie des passagers et équipages d’avions projetés contre les Twin Towers de New York, engloutissant au passage quelques milliers d’employés se trouvant là pour gagner leur vie; des droits des milliers de travailleurs et écoliers madrilènes hachés menu dans les trains de banlieues. Que nenni! Par je ne sais quel pervers retournement, Amnesty International s’inquiète des droits de ceux qui commanditent, organisent ou accomplissent ces hécatombes ou s’y impliquent. Ces criminels sont paraît-il isolés dans un «archipel de prisons secrètes et illégales», «les droits de la défense sont bafoués, ils n’ont droit à aucun avocat et sont coupés du monde».

Illégalité? Mais par rapport à quelle «légalité»? Devons nous rappeler aux âmes attendries et compatissantes, éprises de justice, qu’au moment même où «l’archipel des prisons», américaines, ça va de soi, est stigmatisé, 150 emprisonnés «légaux» palestiniens, coupés du monde et ne bénéficiant d’aucune assistance d’un avocat, attendent dans une prison clandestine de Gaza leur exécution «légale» pour intelligence avec l’ennemi israélien. Certes, c’est bien vilain que de collaborer avec l’ennemi, encore que l’on puisse se demander si les véritables ennemis des palestiniens, ceux qui leur ont fait le plus de mal depuis un demi-siècle, ne sont pas d’abord les prétendus «résistants». Mais enfin, quelle que soit la faute commise, la peine de mort est contraire à la «philosophie» d’Amnesty International. Alors, pour que ces donneurs de leçons deviennent crédibles, attendons que cet organisme humanitaire s’élève avec la même vigueur contre l’Autorité palestinienne coupable de procès staliniens et contre toutes les organisations terroristes qui, sous couvert d’une «juste cause» ne sont que des ONG du crime. Mais, solidarité oblige, on ne peut attendre d’une ONG, fut-elle humanitaire, qu’elle s’attaque à d’autres ONG, fussent-elles criminelles.


«Reporters Sans Frontières» ou «Reporters Dhimmis»?

Florence Aubenas est revenue vivante. On est bien content pour elle si, telle une amie des bêtes, elle est allée faire trempette dans un marigot infesté de crocodiles. Mais quel tintamarre autour de ce fait divers. Pour une personne libérée, on ne sait sous quelles conditions, promesses, compromissions et rétributions, combien de centaines, combien de milliers de victimes de cette guerre livrée par le fascisme islamiste à tous ceux qui, dans le monde, se veulent simplement libres, libres du choix de leur mode de vie, de pensée, de conscience. Guerre livrée aussi à ceux qui réclament cette liberté, aussi bien pour les femmes que pour les hommes.

En tout cas, une vie sauvée étant toujours une bonne nouvelle, cela mérite d’être signalé dans nos médias au milieu de tant de mauvaises nouvelles. Mais ça ne mérite guère plus de quelques lignes, ces quelques lignes que l’on juge suffisantes pour nous apprendre comme ça, en passant, que quelques villageois ont été égorgés en Algérie, que trois prisonniers de droit commun ont été exécutés dans une prison palestinienne, deux par pendaison et un par balle. Ah, qu’ils furent magnifiques ces militants de reporters sans frontières pour sauver une collègue en détresse! Heureusement qu’ils sont là pour défendre, jusqu’aux antipodes, la sécurité et la liberté des journalistes.

Mais ces journalistes militants, qui se firent bien discrets lors de la capture et l’assassinat de leur confrère Daniel Pearl, souffrent probablement de presbytie, puisque nul d’entre eux ne semble s’être aperçu que, lors d’une conférence de presse donnée à Paris même par un représentant du Hezbollah, honorable organisation caritative qui, à ses moments perdus, prenait des otages français pour le compte de ses commanditaires syriens, celui-ci a refusé de répondre à un journaliste, sans que personne n’y trouve à redire. Il est vrai que ces militants étaient confrontés à un cas de conscience: le confrère évincé était juif et travaillait pour un journal israélien. Alors «reporters sans frontières»? Ce titre même est une imposture. On imagine le crédit que l’on peut accorder à ces Dhimmis pisse copies en livrée.


André Dufour pour Libertyvox

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© André Dufour pour LibertyVox - Article paru le 14/06/2005 Imprimer cet article
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