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L’islam traditionnel face au droit républicain de la Femme au respect

Anne-Marie Delcambre, au lendemain d'une conférence sur "le droit de la Femme au respect", revient, pour Libertyvox, sur la place de celle-ci dans l'Islam. La République saura-t-elle, face à l'offensive islamiste, sauvegarder son principe d'égalité?

Tout a commencé quand Emmanuel Brenner a fait paraître son livre «Les territoires perdus de la République». Tout d’un coup, on s’est aperçu qu’être juif ou être femme posait un problème dans ces banlieues françaises où la loi islamique était parfois préférée à la loi de la République!

Et c’est alors que s’est créée l’association P.E.R.E.C «pour une école républicaine et citoyenne».

Un an après le vote de la loi sur le port des insignes religieux, cette association a décidé de faire porter sa réflexion sur «Le droit de la femme au respect». J’ai accepté de participer à ce débat le samedi 4 juin 2005 à 14 heures, à la mairie du 3ème arrondissement, 3 rue Eugène Spuller à Paris, sachant que seraient présents Bernard Stasi, ancien ministre, Président de l’Association France-Algérie, ancien président de la commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité, Frédéric Encel, docteur en géopolitique, l’inspecteur général Obin, dont le rapport a fait couler beaucoup d’encre, et Mohamed Abdi, vice-président de l’association «Ni putes ni soumises».

Alors que je mentionnais le titre de la conférence que je devais faire sur «l’Islam traditionnel face au droit de la femme au respect», un ami régisseur me répondit «le titre me fait penser à une chanson d’Aretha Franklin: «R.E.S.P.E.C.T». Ce mot est tellement mis à toutes les sauces. C’est sans doute «le mot» le plus utilisé dans nos banlieues... Lorsque j’étais en tournée avec des musiciens d’origine maghrébine, j’ai enfin compris qu’eux et moi ne parlions pas de la même chose lorsque nous parlions de respect. Le «respect» était clairement pour eux une notion de soumission au «dominant» (ou qui se croit tel)... Refuser cette domination, refuser de se soumettre, c’est manquer de «respect». Donc traiter l’autre en «égal», au sens le plus «basiquement humain» ou au sens démocratique du terme, avec des droits et devoirs, est impossible... Il m’a fallu plusieurs mois pour que ce soit clair comme du cristal et les «clashs» furent nombreux.»

J’ai longuement réfléchi à cette réflexion tirée de l’expérience de quelqu’un qui est en dehors du monde des arabisants et de l’islam.

Que signifie le mot «respect» en français?: c’est la considération que l’on a pour quelqu’un et que l’on manifeste par une attitude déférente envers lui. Il y a donc l’idée d’estime, de déférence, de politesse respectueuse. En même temps, on fait cas de la personne, on l’apprécie, on lui accorde de l’importance.

En arabe, le respect (ihtirâm), c’est l’attitude de vénération qui s’adresse à ce que l’on considère comme sacré, interdit au profane. On ne touche pas, on ne profane pas. Or, qui est plus vénérable respectable que le sage vieillard, le cheikh, honorable. Il faut respecter celui dont la tête s’est éclairée par la canitie. Le vieillard (cheikh) a droit au respect du fait de son expérience et de sa sagesse. Dans le monde musulman traditionnel, honorer, respecter le vieillard est quasi automatique.

Mais la femme, a t’elle droit automatiquement au respect dans le monde musulman traditionnel?

Je réponds non, sans aucune hésitation. La femme n’a droit au respect que si elle est digne de respect, si elle mérite le respect, c’est-à-dire si elle est respectable, si elle est honorable!!! Pour être respectée, la femme doit le mériter. Le respect n’est pas accordé d’emblée, du premier coup, sans difficulté, automatiquement. Elle doit forcer le respect!! Le respect, pour les femmes, en islam est un droit qui se mérite. Il faut qu’elle montre, qu’elle démontre par son comportement, par ses actes qu’elle est digne de respect, apte au respect («ahl li»). Dans l’islam traditionnel, la femme digne de respect est, bien entendu, la femme musulmane croyante qui prie, qui fait l’aumône, qui jeûne, qui est pudique, (sourate 33 verset 34/35 ou sourate 57 verset 17/18). C’est la femme qui obéit à son mari (sourate 4, verset 38/34), qui ne sort pas dénudée, qui ne traîne pas le soir dans les rues, sans protection masculine légitime (père, frère, mari), qui ne regarde pas effrontément les hommes, qui ne s’esclaffe pas pour se faire remarquer, qui ne frappe pas du pied pour laisser voir la finesse d’une cheville, le galbe d’une jambe ou plus, scandale!! Je n’exagère pas.
Sourate 24, la lumière, verset 31 «Dis aux croyantes de baisser leurs regards, d’être chastes et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît. Qu’elles rabattent leurs voiles sur leurs poitrines (..) Ensuite se déplacer avec dignité: «Que les croyantes ne frappent pas le sol de leurs pieds pour montrer les atours qu’elles cachent».
Sourate 33, verset 59 «O Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants qu’elles ramènent sur elles leurs grands voiles (jalâbîbihinna, jilbâb pl.jalâbîb).

Celle qui mérite le respect est la croyante HONORABLE, la femme bien, la femme dont le vêtement est décent et indique qu’elle est VERTUEUSE.

Dans l’islam traditionnel, nous voyons fleurir tous ces qualificatifs qui existent ou existaient dans les autres religions. «La femme sage et vertueuse est celle qui sera louée» dit la Bible et Paul de Tarse, dit St Paul, célèbre pour sa misogynie pathologique, demande aux femmes d’être soumises à leurs maris.
Le christianisme, par rapport à la conduite sexuelle «Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre» établit un précédent: la prostituée est pardonnable. Mais l’islam est une religion de la loi !! Il ne pardonne pas à celle qui commet l’adultère: sourate 24, verset 2 «La fornicatrice et le fornicateur, flagellez chacun d’eux de cent coups de fouet! Que par égard pour la religion d’Allah, nulle indulgence ne vous prenne en leur faveur. Et qu’un groupe de croyants assiste à leur punition».
La femme voleuse aura la main tranchée (sourate 5, verset 42/38). La femme désobéissante sera admonestée, reléguée dans sa chambre, battue si elle persiste dans sa désobéissance (sourate 4, verset 38/34).

Par rapport à l’islam traditionnel, la femme non-musulmane cumule deux handicaps! celui de femme et celui d’infidèle, celle qui adhère à une religion faussée!! Je ne veux pas insister sur la condition du non musulman (dhimmi) en terre d’islam. Si le non musulman a un statut d’infériorisé, d’opprimé, de sous-homme, de «chien», ce chien d’infidèle devient au féminin cette chienne d’infidèle. Les infidèles sont des chiens. Les infidèles femmes sont des CHIENNES!!!
Méprisée en tant que femme, méprisée en tant que non musulmane, au regard de l’islam traditionnel, elle ne peut pas changer son statut de femme bien sûr, mais elle peut se convertir à l’islam. Mais même dans ce cas, elle ne sera respectable, digne de respect, que si elle respecte certaines règles, obéit à un certain nombre d’interdits.

OR, L’ACQUIS DE LA MODERNITE, LA LAICITE, C’EST QUE LA LOI DES HOMMES L’EMPORTE SUR LA LOI DE DIEU.

Pour la laïcité républicaine et citoyenne, la femme a droit au respect, même si sa vie privée est chaotique, même si elle est célibataire, même si elle affirme être athée, agnostiques, non-croyante, même si elle change de religion, même si elle marche dans la rue, légère et court-vêtue, les cheveux au vent ou les cheveux coupés à la garçonne, même si mariée, elle refuse d’être soumise à son mari, si elle refuse de lui obéir, si elle se refuse à lui.
Certes, il y a des cas où elle n’aurait pas le droit au respect, légalement parlant, les cas où elle ne respecte pas la loi, où son comportement tombe sous le coup de la loi:
- Si elle bat ses enfants
- Si elle tue son mari ou son amant
- Si elle vole et escroque tous ceux qu’elle rencontre
- Si elle commet les délits ou crimes punis par la loi

Mais on doit quand même considérer qu’elle reste un être humain susceptible de recouvrer l’estime de ses concitoyens et c’est pourquoi la loi française estime qu’elle a le droit d’être défendue, le droit d’avoir un avocat, quel que soit son crime.
La laïcité, la morale de la loi française et républicaine, respecte la femme et considère qu’elle a droit au respect, qu’elle soit juive, chrétienne, musulmane, hindoue, zoroastrienne, bahaï, bouddhiste, qu’elle soit croyante ou athée.

L’appartenance religieuse, géographique, sexuelle n’a rien à voir. La dignité simple et suffisante d’être un être humain suffit. Pas de sexe fort ou de sexe dit faible. Un être humain sans discrimination! C’est ce principe de non-discrimination qui sous-tend l’interdiction d’être raciste, d’être sexiste, qui sous-tend l’interdiction de distinguer entre les religions, d’en privilégier une et d’inférioriser les autres. Pas de statut de soumission de la femme ou du non musulman dans cette société laïque à laquelle je crois. Cette société-là, dans laquelle nous voulons vivre, préfèrerait, s’il fallait exagérer, traiter les animaux comme des humains, mais ne pas traiter certains humains comme des chiens, ces chiens d’infidèles! comme c’est inscrit dans un certain inconscient collectif musulman! L’humanisme laïc refuse la torture de l’Inquisition contre les hérétiques, refuse qu’on puisse être tué pour délit de blasphème, refuse qu’une femme puisse être attaquée et traitée de putain parce que jugée mauvaise femme, corrompue. Il faut que la distinction pure-impure soit refusée comme critère de jugement, cette pureté dangereuse comme le dit Bernard Henri Lévy. Il faut que soient dénoncées des phrases comme «un homme, une femme et Satan est au milieu des deux» que l’on trouve dans la Sunna [1] <#_ftn1>, parce que c’est contre la mixité, parce que c’est contre la liberté, parce que la femme est un être humain, pas une créature du diable et que Satan n’a rien à voir avec les relations entre humains!!

Droit des femmes au respect spontanément, sans conditions, (ce qui n’existe pas dans l’islam traditionnel!), pas un respect qui s’accompagne de peur, de crainte, mais un respect qui s’accompagne d’estime.

Je laisserai le mot de la fin au Père Antoine Moussali: «nisâ’» veut dire «femmes», la racine NSW est proche de la racine NSY. Or la racine nasiya veut dire «oublier». Oublier c’est rendre invisible à la mémoire. Mais en fait, le monde musulman traditionnel, avouons-le, a voulu rendre les femmes invisibles, valorisées seulement lorsqu’elles sont mères «L’enfer est peuplé de femmes», «Le Paradis est sous les pieds des mères». Les femmes contre les mères d’après le livre de Camille Lacoste-Dujardin. On respecte les mères, pas les femmes. La femme doit se faire oublier.

Or, respecter c’est donner de l’importance, accorder de l’estime, manifester de la déférence, avons-nous dit au début de notre intervention. Rendre visibles les femmes, les placer en pleine lumière, les valoriser, leur donner une place égale à celle de l’homme, c’est l’apport de la laïcité républicaine et de la loi des hommes qui, je m’en excuse auprès des musulmans, sur ce sujet des femmes et des non musulmans, va plus loin et est plus juste que la loi d’Allah!.

Anne-Marie Delcambre, islamologue et Professeur d’arabe littéraire. Pour Libertyvox

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© Anne-Marie Delcambre pour LibertyVox - Article paru le 05/06/2005 Imprimer cet article
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