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Guy Millière. Partie 1. Mai 2005

Guy Millière répond, avec sa coutumière détermination et non sans humour, aux questions de la Rédaction. Nous vous proposons aujourd'hui la première partie de cet entretien.

I ère Partie

Liberty Vox: Bonjour Guy Millière. Débarrassons nous tout de suite des questions gênantes... Etes-vous, comme j’ai pu le lire sur un forum du Net, un “agent propagandiste à la solde du clan néo-conservateur Bushiste”? Emargez-vous au Département d’Etat américain?

Guy Millière: Cela va de soi. Je suis même un agent de la CIA. J’ai des offres du Mossad. Je suis une hyène venimeuse et une vipère lubrique, pour reprendre des qualificatifs utilisés dans le journal L’Humanité, dans les années 1950, à l’égard de gens comme moi. À lire ce qu’écrivent quelques excités d’extrême droite et d’extrême gauche à mon égard, je ne doute pas que s’ils avaient le pouvoir, je serais dans un camp de rééducation ou six pieds sous terre. Je préfère en rire. Plus je vois qui me hait, plus je me dis que je n’ai pas tout à fait tort. Je me définis comme un combattant de la liberté. Dès lors que les néo-conservateurs américains veulent disséminer la liberté et la démocratie sur la planète, leurs idées me conviennent. Dès lors que les Etats-Unis sont un pays de liberté, cela me convient aussi. Je ne suis pas « pro américain », comme certains le disent, mais pro liberté. Que cela déplaise aux ennemis de la liberté ne me surprend pas. Que les ennemis de la liberté détestent les Etats-Unis et aujourd’hui, l’administration Bush, ne me surprend pas non plus. Les Etats-Unis et l’administration Bush sont un vrai danger pour les ennemis de la liberté.

LV: Si vous n’êtes pas un agent, et je vous crois sur parole, d’où vous viennent cette passion et cet amour de l’Amérique? Si ça vous aide, allongez vous pour nous en parler.

GM: Je suis très bien debout, merci. Je laisse la position couchée à ceux qui attendent la mort de leur propre civilisation. Mon amour de l’Amérique découle de mon amour pour la liberté. Dans le monde occidental au cours des deux derniers siècles, aucun pays n’a incarné la démocratie, la liberté individuelle, les droits de l’être humain avec davantage de constance. Tout n’est pas parfait dans l’histoire américaine, bien sûr, mais c’est une société qui dès le départ a été guidée par des idéaux et a cherché à les faire avancer. L’esclavage a subsisté dans le Sud après l’indépendance, mais il y avait le courant transcendantaliste, Emerson, Thoreau, pour lutter contre lui et, au bout du transcendantalisme, il y a eu Abraham Lincoln. Il y a eu des problèmes dans le Sud jusqu’aux années 1950, mais il y a eu Martin Luther King pour reprendre la parole des transcendantalistes et pour avancer encore. Le rêve américain reste vivant aujourd’hui. Il continue et continuera à avancer. Les Etats-Unis sont, avec Israël, le seul pays fondé sur des idéaux et qui n’existe que depuis et par ces idéaux, et pour les faire avancer. Si l’on regarde l’histoire du vingtième siècle, on voit, qui plus est, que quand les sociétés européennes étaient tentées par le totalitarisme, les Etats-Unis ne se sont jamais approchés de cette tentation. Les Etats-Unis ont vaincu au vingtième siècle tous les grands totalitarismes. Il reste des résidus du passé, la Corée du Nord, Cuba, la Chine qui, si elle n’est plus totalitaire, reste autoritaire mais s’ouvre au marché. Il reste l’islamisme. Mais les Etats-Unis continuent et continueront le combat.

Je n’oublie pas que si la France est une démocratie (très imparfaite) aujourd’hui, c’est grâce aux Etats-Unis. Je n’oublie pas que si l’Europe est en paix, pour l’essentiel, depuis 1945, c’est grâce aux Etats-Unis encore. Je n’oublie pas que si l’Europe centrale est libre aujourd’hui, pour l’essentiel, c’est grâce aux Etats-Unis toujours. Si les Irakiens et les Afghans ont pu voter et disposent de libertés impensables pour eux voici peu, c’est grâce aux Etats-Unis. Il reste des actes terroristes, c’est certain, mais les actes terroristes ne doivent pas faire oublier que le vent de la liberté souffle au Proche-Orient aujourd’hui et dans d’autres régions du monde, grâce aux Etats-Unis. Je n’ai, je dois le dire, pas toujours pensé ainsi. J’ai découvert les Etats-Unis au fil de voyage, au fil de lectures. La liberté individuelle a toujours été pour moi le bien le plus précieux, et j’en ai déduit une éthique de la liberté qui guide mes pas. Les Etats-Unis sont le garant primordial, depuis des décennies, de l’éthique de la liberté sur cette terre. Ils peuvent faillir quelquefois, mais quand ils faillissent, aucune autre puissance n’a jamais pris le relais, et ce sont les forces de l’oppression qui ont connu une victoire passagère.

LV: Pour aggraver le dossier à charge, vous êtes un pro israélien acharné. Aimez-vous à ce point souffrir?

GM: Je ne suis pas acharné, mais déterminé. Je n’aime pas souffrir. Mais je préfère vivre debout que couché, je l’ai dit. Je n’ai pas une éthique à géométrie variable. Je pratique le scrupule intellectuel. Je remarque simplement que toutes les luttes d’émancipation ont été, au long du vingtième siècle, vues d’un œil favorable par les bien-pensants, à une exception près, la lutte d’émancipation des juifs. Il m’arrive aussi de penser qu’Israël n’est jamais traité dans les instances internationales et dans la presse européenne comme un Etat comme les autres, mais comme un juif parmi les Etats, traité comme on traitait les juifs en Europe ou dans le monde arabe dans les années 1930-1940.

Je connais aussi très précisément l’histoire, je ne souffre d’aucune amnésie sélective. Si les grands pays occidentaux avaient toujours eu une conduite éthique, Israël vivrait en paix dans des frontières sûres et reconnues internationalement, le fascisme et l’antisémitisme, omniprésents depuis longtemps dans le monde arabo-musulman, n’auraient pas fait l’objet de telles complaisances. Le peuple palestinien a été créé intellectuellement par des islamistes, des antisémites et le KGB pour devenir un instrument de guerre contre Israël et contre l’Occident. Il existe déjà un Etat arabe palestinien, la Jordanie, créée sur 80% du territoire du mandat palestinien. L’OLP n’a pas été créée pour «libérer» un peuple, mais pour détruire Israël. Nous sommes dans une situation très grave où, à cause de la création du peuple palestinien, on se plait internationalement à persécuter Israël. La seule ligne décente serait: tous les Etats de la région doivent devenir des Etats de droit. Israël n’en a pas besoin car c’est déjà un Etat de droit.

L’Autorité palestinienne ne pourrait recevoir un Etat qu’en devenant un Etat de droit, ce qui me semble impossible: il n’existe pas dans l’histoire un mouvement terroriste qui se soit transformé en parti politique démocratique. Les arabes palestiniens méritent un changement de régime et la liberté. Si l’on a un minimum de respect pour les droits de l’homme, on doit dire qu’aucun être humain ne mérite d’être gouverné par l’Autorité palestinienne. En regardant l’attitude de nombreux hommes politiques vis-à-vis d’Israël et du monde arabe, je ne puis que me poser des questions: se mentent-ils à eux-mêmes en se disant qu’ils traitent Israël comme un Etat comme les autres ? Se mentent-ils à eux-mêmes en traitant l’Autorité palestinienne comme une entité respectable? Sont-ils certains de ne pas faire preuve d’antisémitisme et de racisme, tant vis-à-vis des juifs d’Israël que vis-à-vis des arabes vivant en Cisjordanie et à Gaza, qu’ils semblent considérer comme indignes de vivre libres…

LV: Vous avez très tôt pris clairement position pour George W Bush. Pouvez-vous nous expliquer ce choix? Posture morale? Enjeux stratégiques? Idolâtrie?

GM: Idolâtrie, bien sûr. Tous les soirs, je me prosterne cent fois devant la photo de George W Bush. Sinon, j’ai des insomnies. Je fais de surcroît le pèlerinage une fois par an pour embrasser, un par un, les poteaux du ranch de Bush à Crawford, Texas. Trêve de plaisanterie. Je laisse ce genre de comportements aux bien pensants qui, voici trente ans, se promenaient en agitant le petit livre rouge pendant que Mao exterminait des Chinois par millions ou à ceux qui pensent digne de se promener avec sur leur T-shirt l’effigie d’un terroriste sanguinaire, Che Guevara.

Bush est un homme digne, imprégné d’éthique, entouré d’autres gens, juifs et chrétiens, eux-mêmes imprégnés d’éthique. Cela ne plait pas et semble incompréhensible en France où les églises sont vides et où l’antisémitisme remonte, explicitement ou implicitement, sous la forme de l’antisionisme. Je ne suis pas croyant, mais je n’oublie pas que ce sont les valeurs du judaïsme et du christianisme qui sont les fondements des idées modernes de liberté et de responsabilité individuelle, de droits de la personne humaine et d’égalité de droit, d’état de Droit et de démocratie, de bien et de mal.

Je pense que l’Europe en général, et la France en particulier, sont malades et atteintes de relativisme aigu. Le mensonge et l’hypocrisie se banalisent et, du coup, les Européens pensent que tout le monde est menteur et hypocrite. C’est très malsain. Il y a aussi les enjeux stratégiques, bien sûr. La doctrine Bush, aujourd’hui mise en œuvre par l’administration Bush, me semble la seule manière viable de remédier aux problèmes du monde. Le terrorisme doit être vaincu. Les Etats qui financent ou abritent le terrorisme doivent changer profondément et cesser totalement de se livrer à ce genre d’activités, sous peine de subir le sort du régime de Saddam Hussein. L’islamisme doit lui-même être vaincu et, dans le cadre de la bataille pour le cœur de l’islam en cours aujourd’hui, il faut que voient le jour des Etats de droit musulmans. Ce qui est en train de se passer en Irak aujourd’hui. Seul un homme de la droiture et de la détermination de George W Bush peut mener cette politique sans fléchir. Le monde anglo-américain a déjà connu des dirigeants de cette trempe: Winston Churchill, Margaret Thatcher, Ronald Reagan, Tony Blair. Je ne doute pas qu’il en connaîtra d’autres. Le peuple américain est en sa majorité profondément imprégné de valeurs qui permettent l’émergence, en cas de danger, d’hommes tels que George W. Bush. Dans le contexte malsain qui est le nôtre, je ne suis pas surpris qu’on ne comprenne rien à tout cela.

LV: Vous étiez favorable à la Guerre en Irak, nous vous offrons une dernière chance de convaincre les anti-guerre. Quel bilan en tirez-vous aujourd’hui?

GM: Je pense que les anti-guerre, qui ne devraient pas être hypocrites et avouer franchement qu’ils étaient favorables au statu quo et donc favorables au maintien de Saddam Hussein au pouvoir, ne seront jamais convaincus qu’ils avaient tort. Ils ne sont pas pacifistes, mais amoureux de tout ce qui détruit la liberté individuelle et les droits de l’homme. Leurs parents manifestaient en faveur des communistes vietnamiens et des khmers rouges. Leurs grands parents idolâtraient les tueurs du FLN algérien ou Joseph Staline. Plus tard, ils ont reporté leur amour sur Mao, sur Fidel Castro, sur Arafat et autres criminels du même acabit. Qu’ils aient préféré Saddam Hussein n’a rien d’étonnant. Qu’ils disent aujourd’hui qu’on n’impose pas la démocratie par la guerre devrait les inciter à relire l’histoire. C’est par la guerre que l’Europe a été libérée du nazisme et, si la guerre était venue plus vite, des millions de vies auraient été épargnées et la Shoah aurait pu être évitée. C’est par la guerre que le Japon est devenu démocratie et, là aussi, on aurait pu arrêter Hiro Hito avant. C’est par la «guerre froide» qui, en Corée, au Vietnam, en Afrique subsaharienne, en Amérique latine, a pris parfois des allures de «guerre chaude», que l’Union Soviétique a fini par être vaincue. Si l’on ne combat pas le mal, il avance. Les anti-guerre sont en fait des compagnons de route du mal et du totalitarisme. Je leur souhaite de devenir compagnons de déroute.

Le bilan que je tire de la guerre en Irak est que l’Irak est un pays où la liberté avance: que ce pays ait connu des élections au suffrage universel, qu’il ait un président kurde, qu’il s’y publie librement des dizaines de journaux de toute tendance, que le quiétisme de l’ayatollah Sistani puisse y parler de démocratie islamique, tout cela me semble extraordinaire. Et tout cela va non seulement assurer un avenir plus libre et plus prospère pour les Irakiens, mais renforcer le vent de liberté et de réforme qui souffle aujourd’hui sur le monde arabe. Bilan très positif donc. Une police et une armée de l’Irak libre sont en train de se constituer et je rends hommage à leur courage. Les islamistes et les derniers saddamistes continuent à faire des attentats, et c’est effroyable, mais ils savent qu’un Irak stable, décent, prospère, fera tache d’huile. C’est un épisode décisif de la bataille pour le cœur de l’islam qui est en train de se jouer. Le bilan aurait été plus positif encore, si la France ne s’était livrée à des manœuvres de diversion, pour tenter de sauver l’ancien régime et pour donner le temps à celui-ci de disséminer des caches d’armes, et de faire disparaître les armes chimiques et bactériologiques dont Saddam disposait. La France ne sort pas grandie de cet épisode. Et la façon dont l’information est faite concernant l’Irak en France est scandaleuse. On ne parle de l’Irak que quand un attentat a lieu. On ne montre jamais les avancées de la liberté, qui sont pourtant très réelles. Les dirigeants de la diplomatie française ne veulent pas dire qu’ils se sont déshonorés. Et les grands médias ne veulent les contredire. Je pense aussi que certains partisans de la paix, et donc du maintien de Saddam et des charniers de Saddam, jouissent en voyant les attentats en Irak: dans leurs fantasmes, des gens qui tuent des Irakiens aspirant à la liberté ne peuvent pas être tout à fait mauvais.

LV: Pro Bush, pro Sharon, Pro guerre... Vous les multipliez...

GM: Dans un pays profondément malsain, il est effectivement difficile de se situer dans le camp de la liberté individuelle et des droits de l’homme. Je ne suis pas pro guerre, mais pro liberté encore une fois. En France aujourd’hui, on est aisément antisioniste, pour ne pas dire qu’on est antisémite, on est aisément anti-américain, pour ne pas dire qu’on déteste la liberté individuelle, on est pour le droit des dictateurs à exterminer leurs populations en paix, on pense aisément que les arabes sont juste bons pour avoir des dictateurs, on tremble souvent devant l’islamisme et on se prosterne devant lui, au nom d’une «tolérance» qui cache mal la lâcheté et la haine de soi. J’ai la sensation de vivre dans un pays très détraqué. J’espère encore un sursaut de dignité. Mais je n’y crois guère. En général quand on est à bord d’un navire en train de couler, on s’inquiète. Le navire France est en train de couler, mais nul ne semble s’inquiéter: les passagers sont tous intoxiqués mentalement et ne voient pas venir le naufrage. Ils risquent fort de se noyer tous, béats et satisfaits, anesthésiés devant leurs écrans de télévision.

LV: Croyez-vous vraiment que l’on puisse “imposer” la démocratie? Ne pensez-vous pas que la démocratie soit le fruit d’un long processus socio-historique?

GM: J’ai répondu à cette question, je crois, en parlant de l’Allemagne et du Japon après la Seconde guerre mondiale. Je pense que tout être humain placé dans des conditions propices choisira la liberté plutôt que l’oppression, à l’exception de quelques criminels qu’il faut mettre hors d’état de nuire. Il importe de créer les conditions propices et de mettre les criminels hors d’état de nuire. Il importe de dire que tous les discours peuvent se tenir, à condition que ce soit dans le cadre maintenu et préservé d’un Etat de droit stable.

LV: Pensez-vous que notre culture de la démocratie soit compatible avec le monde arabe en général et l’Islam en particulier? Voyez-vous vraiment à court ou moyen terme un état arabo-musulman devenir démocratique?

GM:
Oui, l’Irak est en train de devenir démocratique et de devenir un Etat de droit, et je ne doute pas que cela va donner des idées aux populations du monde arabo-musulman. L’ayatollah Sistani représente une vision modérée del’islam shiite, tout à fait compatible avec la démocratie. Au sein de l’islam sunnite, des intellectuels commencent à se faire entendre et parlent de réformes démocratiques nécessaires. Le combat crucial du vingt et unième siècle est le combat pour un islam réformé, compatible avec la démocratie et le développement économique. C’est un combat immense, mais il n’y a pas d’autre choix que de le mener. Le maintien du monde arabo-musulman dans le sous-développement et l’absence de liberté serait dramatique en ce que cette situation permettrait à l’islamisme de perdurer. Or l’islamisme doit être vaincu.

Nous sommes dans une époque d’optimalités technologiques, ce qui peut servir au bien et à la prospérité, peut aussi servir au mal, il ne faut jamais l’oublier. Dire que l’islam n’est pas compatible avec la démocratie, c’est rentrer dans un schéma de guerre de civilisations et faire le jeu de Ben Laden et de Zarqawi. Faire le pari inverse et tout faire pour se donner les moyens de faire le pari inverse, c’est tendre la main au monde musulman et lui dire que ce n’est pas l’islam que nous rejetons, mais ses interprétations dogmatiques et extrémistes. Les musulmans ont leur place dans la Civilisation avec un grand C. Le combat est entre la Civilisation avec un grand C et la barbarie totalitaire, entre le monde connecté de la globalisation et ceux qui veulent maintenir des déconnexions et des dysfonctionnements, ou veulent détruire la connexion. Il faut avoir une vision planétaire des choses. C’est au nom de cette vision planétaire que je dis aussi que l’ouverture de l’Occident à la Turquie, l’arrimage de la Turquie dans la Civilisation avec un grand C, est très important. Il faut discerner les spécificités de l’islam turc, sa diversité, il faut connaître ses penseurs et rompre avec une turcophobie primaire.

LV: Vous stigmatisez régulièrement l’anti-américanisme des européens et le rôle leader de la France dans ce domaine. Quelle est votre analyse de ce phénomène?

GM: La France a un problème particulier. Elle a été une grande puissance, elle n’est plus qu’une petite puissance. Nombre de Français ne supportent pas que les Etats-Unis soient devenus la première puissance du monde et rêvent toujours que la France retrouvera son rang et son prestige. Ce phénomène n’existe pas aux Pays-Bas ou au Danemark par exemple, car ces pays n’ont jamais été des grandes puissances. L’anti-américanisme est une donnée constante en France depuis la naissance des Etats-Unis. Aux yeux des élites françaises, les Etats-unis, cela a été successivement le pays où il n’y avait pas de nobles et juste des gueux, le pays qui ne comprenait rien au socialisme, le pays de l’abomination capitaliste, le pays du cosmopolitisme, le pays de l’impérialisme.

Les Français, en général, se pensent plus intelligents et plus cultivés que les Américains et pensent que la première place des Etats-Unis est usurpée. Comme dit un vieux slogan «nous on n’a pas de pétrole, mais on n’a des idées»: penser que les Américains peuvent avoir du pétrole et des idées est insupportable. Les Français pensent souvent que leurs hommes politiques sont plus intelligents et les hommes politiques américains sont très bêtes, surtout quand ils sont républicains et conservateurs.

Aujourd’hui, comme chacun sait, les Etats-Unis sont gouvernés par un débile, et ils ont le plein emploi, 4% de croissance, ils ont réussi à renverser plusieurs dictatures et à les remplacer par des démocraties, la France elle, est gouvernée par des gens supérieurement doués, et cela se voit en politique intérieure et en politique étrangère. La France est pour beaucoup dans la dissémination en Europe d’une obsession de rivalité avec les Etats-Unis et de l’idée selon laquelle l’Europe aurait des valeurs supérieures, plus «civilisées». Joue un rôle dans cette situation, aussi le fait que la France ait encore, à ce jour, la gauche la plus marxiste et la plus archaïque d’Europe, et le fait que la droite française ait subi l’empreinte forte du gaullisme, qui a fait croire en la «grandeur» de la France, en son «message singulier», et en le fait qu’en 1944-45, la France s’est libérée toute seule et a échappé de justesse à une occupation américaine. Imaginez: que des Français aient collaboré avec les Américains! Quelle infamie! Le couple franco-allemand faisant front contre l’américanisation de l’Europe qu’on voit aujourd’hui, c’est quand même mieux. Et puis ce n’est pas la première fois que le couple franco-allemand fait front contre l’Amérique…

LV: Anti-bushisme ou réel anti-américanisme?

GM: Comme je viens de l’expliquer, l’antiaméricanisme est toujours présent, mais il est bien plus accentué quand c’est un républicain et a fortiori un républicain conservateur qui est à la Maison Blanche. Reagan était un malade mental, un débile, un homme dangereux et un cow-boy de série B aux yeux des Français, et il serait inutile d’essayer de leur expliquer que c’était un grand homme. Bush n’a pas fait de cinéma, mais on lui applique les qualificatifs qu’on a appliqué à Reagan, avec un peu plus de haine parce qu’entre temps, les Etats-Unis sont devenus plus puissants et plus prospères et la France est devenue plus détraquée et plus envieuse. Même s’il réussit ce qu’il entreprend, il sera sans doute inutile d’essayer d’expliquer aux Français en 2008 que Bush a été un grand président.


À suivre…


Dans la suite de cet entretien : Turquie, Europe, Moyen-Orient, Islam, Politique étrangère US, MRAP.




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© La Rédaction pour LibertyVox - Article paru le 09/05/2005 Imprimer cet article
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