La Une de LibertyVox en RSS: 15 derniers articles 30 Tous
Retour à l'accueil
Retour à la Une  

À partir de combien morts un massacre devient-il important ?

«23 nomades ont été assassinés par un groupe d’islamistes armés dans la nuit de mercredi à jeudi 30 mai…à 200 Km à l’ouest d’Alger. Le dernier massacre important (c’est moi qui souligne) de civils remonte au 2 mai…32 personnes assassinées par un groupe armé dans la région de Tiaret. Depuis le début du mois (de mai 2002) quelque 190 personnes ont été tuées».( Le Monde 31 mai 2002)

Pourquoi ressortir un article qui remonte à trois ans et que l’actualité sans cesse renouvelée relègue bien vite aux oubliettes? C’est que cet «important», par-delà d’un éventuel lapsus, est révélateur des conséquences induites par la technique délibérée de modelage de nos esprits opéré par une presse qui épouse la ligne AFP.

Ce lapsus n’est pas sans rappeler le cri du cœur du ministre Raymond Barre à la suite de l’attentat islamiste contre la synagogue de la rue Copernic, disant à peu près: «On a voulu tuer des Juifs, on a tué des innocents». Raymond Barre n’est certes pas connu comme antisémite mais des siècles d’antijudaïsme ont acculturé l’idée selon laquelle il est normal de tuer des Juifs, forcément coupables de quelque chose. Les non juifs devant a priori être innocents.

Comme l’observait le philologue Victor Klemperer dans son étude «L T I, la langue du IIIe Reich», et qu’Orwell avait déjà pressentie dans sa Novlangue dans 1984, le choix d’un vocable, d’une locution, ne relève pas d’un style littéraire mais d’une méthode insidieuse d’asservissement mentale à une idéologie dominante. Il pourrait paraître hasardeux de comparer un régime démocratique, où la diversité d’opinions et la liberté d’expression est encore de mise, à un système totalitaire gouverné par un parti unique avec un ministère de la propagande, comme ce fut le cas de l’Allemagne nazie ou de l’empire soviétique. Mais, mise à part la brutalité des systèmes totalitaires, la technique d’intoxication des esprits n’est pas tellement différente dans nos pays libres lorsque la pensée est régie par une classe d’intellectuels imposant sa ligne idéologique à travers son langage codé et ses normes dogmatiques.

En apparence, rien ne permet de déceler le moindre piège ou anomalie dans l’article précité, à part cette échelle de valeurs qu’il faut gravir pour passer d’un massacre sans importance à un massacre important. C’est du reste ce côté «anodin» qui m’a amené à choisir ce texte. Mais celui-ci devient moins anodin lorsqu’on le situe dans le contexte de la ligne rédactionnelle de l’AFP et du journal et surtout par rapport au traitement d’autres faits analogues dans le même média.

Rappelons-nous que cet article est de mai 2002. À cette date, les médias dénoncent à pleines pages les «crimes de guerre» (à croire qu’il y a des guerres sans meurtre) de l’armée israélienne à Jénine, alors qu’il s’agit pour les combattants israéliens de traquer dans leur repaire des individus qui ont pour objectif le massacre délibéré de paisibles civils israéliens. Nous sommes en présence d’une véritable guerre urbaine qui fait également des victimes parmi les soldats de Tsahal, et non d’un massacre délibéré commis sur des civils sans défense. Mais les médias et les réseaux arabes et gauchistes, groupés dans un maillage serré de «collectifs» et «comités» pro palestiniens, se mobilisent.

Des foules d’Arabes appuyées et encadrées par des militants islamistes et gauchistes, unis dans un même combat, défilent dans les villes françaises en hurlant mort à Sharon, ce qui est de «bonne» guerre, mais aussi «mort aux Juifs», derrière les banderoles du MRAP et de la LDH, parties prenantes des manifs.

Ne craignant pas le grotesque, nos palestinophiles et palestinomaniaques comparent la résistance de Jénine à celle de Stalingrad ou au soulèvement du ghetto de Varsovie. Rien de moins! Mais quand on fait le décompte des palestiniens qui sont tombés les armes à la main, on s’aperçoit qu’ ils se comptent par quelques dizaines, en tout cas beaucoup moins qu’un mois de pieux massacres, importants ou pas (160 femmes, enfants, hommes désarmés selon l’article du Monde vu plus haut), commis en Algérie le même mois de mai par les «hommes armés» islamistes.

Nos télés n’ont jamais de cameramen ou de correspondants en Algérie pour «immortaliser» ces horreurs et les journalistes préfèrent le «front» palestinien dont ils peuvent tout raconter sans quitter leurs hôtels climatisés de Tel-Aviv ou de Jérusalem, se contentant souvent de signer, «en toute confiance et objectivité» des papiers ou des vidéos généreusement rédigés ou montés par des officines palestiniennes. Du reste, les 25000 km2 qui incluent le «grand» Israël et la petite Palestine, abritent la plus forte densité mondiale de correspondants, journalistes, reporters , cameramen et «enquêteurs», bien plus nombreux en tout cas que sur tout le continent africain 1200 fois plus vaste (Darfour, Soudan du Sud, Rwanda ou Côte d’Ivoire compris) que le «grand» Israël, «territoires occupés» compris. Et je ne parle pas des innombrables militants humanistes, pacifistes, écologistes et autres «oéngéïstes», tel José Bové, que l’on a plus souvent vu à Ramallah «sous le feu israélien» et surtout sous les projecteurs des caméras télé, qu’au Darfour ou au Tibet.

Alors, recourant à l’AFP, nos médias expédient ces massacres «hallal» en quelques lignes de la énième page, puis n’en parlent plus. Dès lors, on ne peut plus les accuser de dissimulations. Les victimes algériennes sont bien «massacrées», il n’y a du reste pas d’autre terme approprié pour qualifier ces horreurs, mais sans le moindre commentaire, sans le moindre jugement de la part des journalistes «engagés». On retrouvera, grâce à cette complaisance de fait, quelques-uns des meurtriers en France où leur qualité de «réfugiés» leur permet de prêcher la haine dans les banlieues. Mais lorsqu’il s’agit de faire état des victimes israéliennes d’attentats palestiniens, il est d’usage de préciser qu’elles ont «perdu la vie» ou même «trouvé la mort ». Or chacun sait que «perdre» ou «trouver» n’implique pas une tierce personne; il n’y a pas de coupable lorsque les gens sont assez négligents pour «perdre» ne serait-ce que la vie ou assez «chanceux» pour «trouver».

Dans cette dramaturgie linguistique, le massacré est à la fois acteur, coupable et victime. Donc aucun risque de compter un assassin parmi les Palestiniens, ils font forcément partie des innocents au sens balladurien du terme. Le fait d’être Palestinien ou Arabe, en tant qu’ex-colonisé, est intrinsèquement une vertu exonératoire de toute faute. À la limite, ces écoliers Israéliens déchiquetés dans un bus scolaire ne sont victimes «que» de la «provocation» de Sharon sur «l’Esplanade des mosquées». Alors, sus à Sharon!


Dans cette néo-LTI si sournoisement pratiquée par l’AFP et ses amplificateurs médiatiques, Le Monde ou Libé, dont la partialité va parfois jusqu’à la falsification et le mensonge, et qui sont imbattables dans cette catégorie, il n’y aura jamais de coupable musulman, arabe ou palestinien, mais toujours et forcément, directement ou par ricochet, des responsables ou des coupables israéliens et américains.

Il aura fallu près de 2000 ans d’enseignement chrétien du mépris pour aboutir à la Shoa. À présent, dans ce siècle de la vitesse et grâce à la technique de la LTI, il n’a guère fallu plus de trois décennies de matraquage médiatique pour installer la stigmatisation et la diabolisation d’Israël dans les cerveaux des foules. Certes il faut faire la différence entre Israël et les Juifs disent les «antiracistes», mais comme Israël abrite à peu près la moitié des Juifs du monde, nous voilà rassurés sur leur sort: on ne les exterminera plus parce qu’ils sont Juifs; impensable puisque leurs exterminateurs en puissance sont anti-racistes militants et condamnent l’antisémitisme, mais parce qu’ils ont le tort d’être Israéliens. On n’arrête pas le progrès de l’humanité.

Aller-retour Munich-Pékin

Voilà donc notre Premier Ministre à Pékin où, parlant au nom de chacun d’entre nous, il donne sa bénédiction à l’Anschluss de Taiwan. Ce commis voyageur de Jacques Chirac ne se soucie pas plus de ce qui convient aux 22 millions de Taiwanais qu’aux 60 et quelques millions de Français. Et pour que cet empire totalitaire chinois puisse réaliser son projet officiellement gravé dans le marbre de sa nouvelle loi «anti-sécession», la France, en notre nom, entend lever toutes restrictions internationales sur la fourniture d’armements.

Permis d’agresser

Cette loi «anti-sécession» qui se voit légitimée par la France chiraquienne, mérite une explication. Formose, dont la population autochtone, Malaise à l’origine, fut colonisée par les chinois à parti du XVIIe siècle, avant d’être cédée au Japon à la suite d’une des nombreuses guerres entre ces deux pays, par un traité en bonne et due forme en 1895. Elle ne fut arrachée au Japon par les troupes chinoises commandées par Tchang kaï-chek, qu’après la capitulation japonaise en 1945. C’est dire que Formose ne fut chinoise que durant une courte période.

C’est la victoire des armées communistes de Mao qui provoqua le repli des troupes du gouvernement légal sur Formose, suivies de quelques millions de réfugiés fuyant les lendemains qui chantent du communisme. Formose devint donc, en 1949, l’ultime territoire et le siège du gouvernement légitime chinois. Alors que la Chine communiste, ouvrant ses camps «de rééducation par le travail», traduction chinoise de «Arbeit macht frei» des camps nazis, sombrait dans la misère et sa population soumise à la terreur, Formose vécut un essor industriel et économique sans précédent et fut rapidement classée parmi les «tigres» de l’Asie.

Il va sans dire que la Chine Maoïste, qui faisait fantasmer les jeunes gauchistes français devenus entre temps les directeurs de nos pensées, souffrait de cette comparaison qui ruinait sa propagande et démentait les théories gauchistes. Cela dura jusqu’en 1971, date à laquelle, à la faveur d’une coalition des pays communistes et des nouveaux états membres de la ligue arabe et du bloc de pays afro-asiatiques, dits «non-aligné», constitué en 1955 à Bandung, l’ONU vota l’expulsion de la Chine «nationaliste» en dépit du droit de veto de ce pays membre permanent du Conseil de Sécurité, et son remplacement par la Chine Maoïste.

Nous avions connu ce genre de substitution de légitimité lorsque le gouvernement français issu du Front Populaire nomma le maréchal Pétain ambassadeur de France à Burgos, siège du «gouvernement» putschiste facho de Franco, alors que les troupes légales de la République espagnole, privées d’armement par le gouvernement de gauche français, résistaient encore à Madrid.

La France, qui rêve de diriger les affaires étrangères de l’Europe (seul un NON au référendum pourrait contrarier cet objectif) se lance désormais dans une campagne contre l’embargo sur les armes destinées à la Chine. La France étant championne de la paix, comme on l’a vu à la veille de l’attaque américaine contre Saddam Hussein, je suppose que la dictature chinoise destine le matériel militaire importé aux collectionneurs privés et aux musées.

La France a bien changé depuis qu’en 1967, De Gaulle, s’opposant au projet israélien de briser le blocus maritime mis en place par Nasser, imposa l’embargo sur les Mirages pourtant payés d’avance par Israël. Aux yeux du grand De Gaulle, la paix méritait bien une telle malhonnêteté commerciale et la trahison de ses engagements. Ce qui n’a pas empêché ce même grand homme d’aussitôt approvisionner le colonel Kadhafi en avions de combat et autres inoffensifs joujoux qui seront «prêtés» à Nasser dans sa guerre contre Israël... Les passagers des avions abattus entre-temps par ledit colonel sont certainement heureux dans leur au-delà de savoir qu’ils en sont redevables au gouvernement français.

Nous avons appris à qualifier l’Angleterre de «perfide Albion». Pourtant, depuis François 1er et ses successeurs, Il est fou de voir ce que la France, en digne «Fille aînée de l’Eglise», a su se gagner comme amis et admirateurs. Le Turc, «pour abaisser la Maison d’Autriche», permettant aux populations chrétiennes égéennes, balkaniques et caucasiennes de «bénéficier» durant des siècles du joug de la Turquie musulmane. Les Tchécoslovaques, que la France, croyant assurer sa tranquillité, a offerts à l’ogre hitlérien comme s’il s’agissait de vulgaires Taiwanais, sans oublier cette France du général Gamelin, restée les bras croisés, tandis que les armées nazies ravageaient la Pologne alliée. Cette France, du moins une certaine France moche, que je me garderai de confondre avec les Français courageux et probes, souvent d’une «France d’en bas», qui se sont manifestés ou que j’ai connus sous l’Occupation, n’a cessé de trahir la confiance que les peuples plaçaient en ses nobles et vertueuses proclamations de foi.

Souvenons-nous aussi des Juifs, privés de leur nationalité française, avant d’être remis comme du bétail aux exterminateurs nazis. Souvenons-nous des allemands anti-nazis et des républicains espagnols réfugiés en France, livrés aux Nazis. Souvenons-nous des harkis lâchement abandonnés, en toute connaissance de cause, aux égorgeurs de l’Algérie devenue indépendante et dont les survivants, réfugiés en France, sont relégués comme des pestiférés afin de ne pas déplaire à leurs bourreaux algériens et au trop plein de population que l’Algérie déverse sur la France.

La France des Droits de l’Homme? Certes, mais qui n’a pas bronché devant le scandale d’une ONU dominée par des gouvernements peu recommandables en matière de respect de la liberté et de la dignité humaine, qui place le colonel Kadhafi à la présidence de la Commission des Droits de l’Homme. Nos politiciens, qui n’ont pas l’étoffe d’hommes d’état, donnent l’impression qu’ils serrent les fesses devant le moindre froncement de sourcils des tyrans arabes ou chinois. Pensons aussi à nos concitoyens Arméniens, que notre Président bafoue, en soutenant, sans contre partie, l’adhésion de la Turquie à l’U.E.

Mais la France, je parle de celle qui se reconnaît de moins en moins dans ses élus, semble en avoir ras le bol de ces dirigeants prêts à envoyer à la mort des peuples entiers et à vendre leur âme pour une commande de quelques Airbus assortis de missiles, de chars, de sous-marins, de vedettes, de «zains zains» électroniques et autres engins de mort.

Chirac, héraut et héros du pacifisme? Voilà un pacifisme à géométrie bien variable qui n’a cours que contre l’Amérique et contre Israël, mais qui n’a jamais fonctionné contre Arafat et ses multiples branches armées. Nous voilà à présent, grâce à notre président pacifiste, complice d’une puissance totalitaire bafouant les droits de l’homme qui, occupant et colonisant le Tibet, en infraction au «droit international» sans cesse invoqué en d’autres circonstances, nous demande les moyens de faire la guerre. Il est vrai qu’avec du matériel fourni par l’industrie française, créatrice d’emplois et de plus values, la guerre n’est plus tout à fait incompatible avec le pacifisme. Pays de Montaigne, de Descartes, des Lumières et des Droits de l’homme, la France, Monsieur Chirac nous le rappelle, est aussi la patrie de Tartuffe.

Retour à la Une

© André Dufour pour LibertyVox - Article paru le 05/05/2005 Imprimer cet article
URL de cet article = http://www.libertyvox.com/article.php?id=108